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  Vendredi 20 Octobre 2017  
 

Quatrième trimestre 2015

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     Zimbabwe
 
  S.E.M. / H.E. Robert Gabriel MUGABE

« Le Zimbabwe est ouvert aux échanges et au dialogue »

Entretien avec S.E.M. Robert Gabriel Mugabe,
Président de la République du Zimbabwe

En cumulant, en 2015, la présidence de l’Union africaine (UA) et celle de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), le Zimbabwe a accéléré son retour sur la scène internationale. Alors que les sanctions ciblées des pays occidentaux continuent de peser sur le développement du pays, S.E.M. Robert Gabriel Mugabe nous explique les réformes qu’il a récemment engagées en vue d’ouvrir davantage l’économie et la société zimbabwéennes, tout en réaffirmant les principes qui ont guidé leur essor depuis l’indépendance en 1980.

La Lettre Diplomatique : Monsieur le Président, vous êtes devenu le père de la nation zimbabwéenne après avoir lutté pour faire chuter le régime raciste de Ian Smith. Trente-cinq ans après l’indépendance du Zimbabwe, pourriez-vous nous livrer votre perception des spécificités de son parcours ?

S.E.M. Robert Gabriel Mugabe : Le droit à l’autodétermination et à l’appropriation de nos ressources constituait l’objectif de notre combat de libération. Nous les avons atteints par le biais des politiques mises en œuvre pour améliorer l’existence des Zimbabwéens ordinaires. À ce stade, nous avons permis à notre peuple de prétendre à l’émancipation, plus particulièrement grâce au processus de réforme foncière par le biais duquel les terres ont été redistribuées à ceux qui en avaient besoin. Notez également que nous affirmons que notre destin reste guidé par notre peuple et c’est la raison pour laquelle nous insistons sur la politique d’indigénisation et d’autonomisation (Indigenisation and Empowerment policy) dans le cadre de laquelle nos concitoyens sont parties prenantes dans les moyens de production du pays. Nous sommes également très fiers du taux d’alphabétisation de 90% qui prévaut aujourd’hui, représentant le point culminant de nos politiques d’éducation pour tous. Le défi réside dans notre capacité à maintenir cette dynamique. Nos avancées ont subi quelques revers dont une succession de sècheresses qui ont impacté notre sécurité alimentaire ainsi que les sanctions étasuniennes et européennes paralysantes qui ont ralenti le développement de notre pays depuis dix ans.

L.L.D. : Alors que vous avez été élu pour un 7ème mandat en 2013, quels vœux formuleriez-vous pour son développement futur ?

S.E.M.R.G.M.: Plus de deux années se sont écoulées depuis que les Zimbabwéens se sont rendus aux urnes et m’ont réélu. Ces élections sont maintenant derrière nous et mon gouvernement se consacre à la reconstruction de notre nation ravagée par des sanctions illégales que nous infligent les Occidentaux. L’objectif central de mon gouvernement est la restructuration de l’économie, l’autonomisation de notre population, la création d’emplois et l’amélioration de la qualité de vie des Zimbabwéens. Pour parvenir à cela, mon gouvernement a introduit un plan d’action économique pour le pays, à savoir le plan du Zimbabwe pour la transformation durable et socio-économique (ZimAsset) qui sert de guide pour la dynamique de développement du pays jusqu’en 2018.
Le plan ZimAsset reflète la nécessité d’exploiter en totalité les relations internationales et les liens qui existent entre les divers secteurs économiques. Ce plan comprend : la sécurité alimentaire et la nutrition, les services sociaux et l’élimination de la pauvreté, les infrastructures et les services, l’apport de valeurs et de bénéfices. Il est prévu que ce plan d’action consolide les gains apportés par la réforme agraire, l’indigénisation et l’autonomisation économique, ainsi que par des programmes de création d’emplois, qui ont autonomisé les communautés par la redistribution foncière, les fonds de propriétés communautaires et les programmes d’actionnariat salarié (Employee Share Ownership Schemes), entre autres. Au sein de ces plans, nous avons identifié des priorités pour chaque année.


L.L.D. : Ancien grenier à céréales de l’Afrique australe et détenteur de vastes ressources minières, le Zimbabwe se trouve confronté à un ralentissement de sa croissance, qui fut pourtant de 11% par an en moyenne entre 2009 et 2012. Pourriez-vous nous détailler les grandes orientations du Plan d’action en 10 points que vous avez annoncé le 26 août 2015 devant le Parlement zimbabwéen ? En quoi ce plan complète-t-il l’« Agenda du Zimbabwe pour une transformation socio-économique » (ZimAsset) ?

S.E.M.R.G.M.: La priorité de mon gouvernement est de rétablir une croissance économique durable. Pour parvenir à cet objectif et améliorer le climat d’investissement, nous avons élaboré un « plan d’action en dix points » destiné à maintenir la croissance économique et, plus particulièrement, la création d’emplois. Ce plan met l’accent sur l’importance donnée au renforcement du réengagement au sein de la communauté internationale et, en particulier, auprès des bailleurs de fonds multilatéraux.
L’ancrage de ce plan portera sur le développement du secteur agricole et l’apport de valeurs et de bénéfices. Le plan en dix points comprend la revitalisation de l’agriculture et de la chaîne de valeur agro-alimentaire, l’apport de valeurs et de bénéfices aux ressources agricoles et minières, une attention particulière portée au développement des infrastructures, notamment dans les sous-secteurs clefs de l’énergie, de l’eau, des transports et des technologies de l’information et de la communication (TIC), ainsi que la facilitation du potentiel des petites et moyennes entreprises (PME).


L.L.D. : Pourriez-vous nous préciser les modalités du financement de l’Agenda ZimAsset ?

S.E.M.R.G.M.: Le plan ZimAsset dispose d’un budget de 27 milliards de dollars. Le financement du programme fait toujours l’objet de négociations avec nos partenaires bilatéraux et multilatéraux. De plus, nous explorons d’autres sources, dont des ressources nationales, des accords de co-entreprises, les envois de fonds de la diaspora, le financement extérieur ainsi que la diminution du poids de la dette. Des fonds seront également disponibles par le biais de banques et de plans régionaux de développement. Nous nous intéressons également à des fonds tels que le Fonds vert pour l’adaptation au changement climatique pour les infrastructures d’énergie durable.

L.L.D. : Le ZimAsset se concentre sur le renforcement des infrastructures du pays. Quels sont les projets emblématiques visant à valoriser le potentiel énergétique du pays ?

S.E.M.R.G.M.: Le Zimbabwe et la sous-région dans son ensemble souffrent d’un fort déficit énergétique. Nous avons assigné des projets nationaux et régionaux à court et long termes pour répondre à ce problème. L’objectif du Zimbabwe est de générer plus de 4 000 mégawatts (MW) d’ici à 2018.

L.L.D.: L’agriculture constitue un secteur clé de l’économie zimbabwéenne. Quels efforts comptez-vous déployer en vue de lui insuffler une nouvelle dynamique de développement ?

S.E.M.R.G.M.: Le secteur agricole du Zimbabwe est depuis longtemps la clé de sa stabilité et de sa croissance économique. Non seulement, ce secteur forme la base de la subsistance de la population, mais de plus, la croissance économique est, elle aussi, directement liée aux performances de ce secteur. Nous considérons que la croissance et le développement de l’agriculture sera le fer de lance de l’amélioration et de la croissance des autres secteurs de l’économie, en particulier l’industrie et les services.
Pour assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle, mon gouvernement va maintenir ses efforts pour garantir que le secteur agricole reste le cœur de notre économie. Le gouvernement a restauré le soutien financier au secteur agricole afin que les agriculteurs puissent augmenter leur production.
Toutefois, la portée de ce soutien doit être élargie afin de répondre à tous les besoins et aider à l’adaptation au changement climatique. Les grandes priorités comprennent l’amélioration des infrastructures agricoles, afin de minimiser les impacts de la sécheresse par la restauration et l’extension de projets d’irrigation et l’augmentation du nombre de barrages. De plus, le gouvernement zimbabwéen a introduit le Programme de soutien présidentiel qui se focalise sur le soutien aux groupes vulnérables au niveau des foyers et des communautés. Des politiques ont été également mises en œuvre pour promouvoir des initiatives agricoles familiales.

L.L.D. : Comment évaluez-vous l’impact du réchauffement climatique au Zimbabwe et dans les autres pays en développement ? Quelles sont vos attentes à l’égard de la COP21 ?

S.E.M.R.G.M.: L’Afrique est le « point chaud vulnérable » du changement climatique, avec des capacités d’adaptation limitées en raison des forts taux de pauvreté. Il est regrettable de constater que les populations des pays qui ont le moins contribué au réchauffement global sont en fait les plus vulnérables aux sécheresses, aux inondations, à la mort et aux maladies induites par les impacts négatifs du changement climatique. Est-ce que les conditions de vie et les moyens d’existence des populations africaines sont responsables des émissions de gaz à effet de serre qui causent le changement climatique ? Donc, les pays en voie de développement considèrent qu’il incombe aux pays industrialisés, qui sont la cause du problème, d’apporter leur soutien aux peuples des pays en développement afin de minimiser les risques climatiques et les aider à s’adapter à ces changements.
Comme beaucoup d’autres pays en voie de développement, le Zimbabwe est vulnérable aux effets du changement climatique. Un fonds d’aide « climatique » est nécessaire pour permettre aux pays en développement de s’engager dans des activités de réduction et d’adaptation à long terme. Il n’existe pas de vision claire sur la manière dont l’Afrique et d’autres pays en voie de développement peuvent lever des fonds d’aide « climatiques » pour s’adapter de manière efficace au changement climatique et parvenir ainsi à l’objectif de zéro émissions d’ici à 2050.
La clarté devra prévaloir aux cours des réunions prévues à Paris en décembre. En tant que pays en développement, nous demandons des preuves que les pays développés respecteront leurs engagements de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020. Bien qu’encourageants, les engagements pris à ce point ne sont pas suffisamment concrets pour que nous puissions convenir qu’un accord est sur la table. Nous considérons comme encourageant les efforts faits par la France pour assurer qu’un accord significatif soit obtenu à Paris. Les pays en voie de développement demandent également plus de transparence, ce qui conduira à une plus grande confiance pour les décaissements du financement « climatique ».
Les ministres de l’Environnement du Zimbabwe et de la France se sont déjà engagés dans des discussions en septembre 2015 sur les questions environnementales et climatiques. La France est experte dans l’énergie verte et nous espérons tirer davantage de soutien technique pour l’élaboration par le Zimbabwe d’une politique du changement climatique ainsi que pour le développement des compétences de nos institutions.

L.L.D. : À l’instar de la loi sur les joint-ventures ou du projet de création de zones économiques spéciales (ZES), pouvez-vous revenir sur les nombreuses initiatives engagées pour attirer les investisseurs étrangers, ainsi que les forces vives de la diaspora zimbabwéenne ?

S.E.M.R.G.M.: Permettez-moi d’insister à nouveau sur le fait que le Zimbabwe est une destination sûre et ouverte pour les investisseurs. La priorité de mon gouvernement est d’assurer qu’au Zimbabwe les conditions favorisent les investissements directs étrangers, permettent de réduire les coûts et améliorent le climat des affaires. Par le biais de ZimAsset, nous avons identifié des zones économiques spéciales qui vont nous permettre de revitaliser l’économie grâce aux investissements directs étrangers. Concernant la diaspora, mon gouvernement vient de dévoiler un projet de Politique nationale sur la diaspora qui est en passe d’être adopté. L’objectif de cette politique est de tirer avantage des investissements des Zimbabwéens à l’étranger. L’idée est de faciliter l’émission d’obligations de la diaspora et autres instruments financiers pour permettre aux Zimbabwéens qui résident à l’étranger de participer au développement économique de leur pays.

L.L.D. : Comment l’assouplissement de la loi sur l’indigénisation de l’économie de 2008 peut-elle, selon vous, favoriser l’amélioration du cadre des affaires ?

S.E.M.R.G.M.: La loi sur l’indigénisation a été adoptée pour corriger l’injustice de la période coloniale au cours de laquelle les Zimbabwéens ne purent ni accéder aux ressources naturelles dont notre pays dispose, ni les contrôler. Cette politique est destinée à émanciper les populations indigènes spoliées. Le gouvernement travaille à la clarification et à la simplification de la législation ainsi qu’à l’élimination des incohérences politiques en ce qui concerne le décret sur l’indigénisation et l’autonomisation économique. Depuis l’entrée en vigueur de ce décret, de nombreuses compagnies se sont mises en conformité avec les taux de propriété des entreprises de 51/49. Parmi ces entreprises, on trouve Zimplats, Old Mutualand Unki, et beaucoup d’autres.

L.L.D. : Pour la première fois depuis la création de l’Union africaine en 2001, le Zimbabwe en assume la présidence tournante depuis janvier 2015. Comment percevez-vous les retombées de ce mandat pour votre pays ?

S.E.M.R.G.M.: La présidence de l’Union africaine n’a jamais été conçue pour bénéficier individuellement à des pays mais pour continuer l’œuvre de ses pères fondateurs qui aspiraient à la liberté, l’unité et la solidarité pour les Africains. En tant que Président de cette auguste organisation, ma tâche a été clairement explicitée, à savoir en tout premier lieu, faire avancer le thème de 2015 pour l’autonomisation et le développement des femmes. Le point focal de mon mandat concerne également le développement des infrastructures, afin de capitaliser sur le gigantesque potentiel de nos ressources par l’apport de valeur et de bénéfices. La paix et la sécurité constituent également notre priorité.

L.L.D. : Tenant compte des crises que traverse le continent africain et du défi que constitue le terrorisme, quelles doivent être, selon vous, les priorités en vue de renforcer les capacités d’intervention militaire de l’UA et, plus globalement, la construction africaine ?

S.E.M.R.G.M.: Notre continent est effectivement confronté à de nombreux problèmes tels que les conflits actuels en Libye, au Soudan du Sud, en République centrafricaine, ceux de la secte Boko Haram au Nigéria, au Mali ainsi que les troubles dans l’est de la République démocratique du Congo. Il est essentiel que l’Afrique délibère et parvienne à trouver des solutions durables face au terrorisme qui a causé la perte de tant de vies humaines et la destruction de biens. En étroite collaboration avec les partenaires du développement, l’Union africaine (UA) travaille à l’établissement d’une paix durable sur le continent. L’Architecture africaine de paix et de sécurité et la Force africaine en attente poursuivent leurs efforts de paix et de sécurité sur le continent. Je me réjouis que certaines de nos forces régionales en attente soient désormais totalement opérationnelles. Nous devons poursuivre ces efforts pour résoudre nos propres problèmes internes. De plus, en tant que dirigeants, nous avons pris une décision audacieuse en vue de réduire notre dépendance aux donneurs d’ordres et finalement financer notre propre budget opérationnel, y compris les opérations de maintien de paix au cours de cette période de cinq années.

L.L.D. : Considérez-vous que la création, le 10 juin 2015 à Charm-el-Cheikh, d’une vaste zone de libre-échange couvrant l’Afrique orientale, peut constituer une étape décisive vers la concrétisation de l’unité africaine ?

S.E.M.R.G.M.: Dans leur quête pour l’unité, le développement économique et social sous la bannière de l’OUA (Ogranisation de l’Union africaine), les pays africains ont pris diverses initiatives et obtenu des avancées substantielles dans de nombreux secteurs ouvrant ainsi la voie à l’établissement de l’unité africaine. Nous devons poursuivre nos efforts collectifs pour l’intégration et le développement de l’Afrique. De ce point de vue, un développement positif réside dans le lancement, le 10 juin 2015, de la Zone de libre-échange tripartite (TFTA) qui rapproche trois des principales communautés économiques régionales de l’Afrique : la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) ; la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC) ; le marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA).
Vingt-six pays sont membres de ces groupes régionaux, soit 48% des pays membres de l’Union africaine, 51% du PIB du continent et une population totale de 632 millions d’habitants. En tant que dirigeants africains, nous avons discuté, dans le passé, des bénéfices potentiels induits par la création d’un bloc commercial africain intégré et le TFTA est le premier signe tangible d’action que nous prenons pour atteindre cet objectif. L’objectif global du TFTA est d’éliminer les barrières commerciales et de faciliter la circulation des populations entre les pays signataires. Cet accord repose sur trois piliers principaux : l’intégration des marchés, le développement des infrastructures et le développement industriel. En effet, le TFTA est la première étape vers l’unification du continent africain comme bloc commercial par l’amélioration des échanges intra-régionaux africains aujourd’hui trop faibles.

L.L.D. : En votre qualité d’ancien Président de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), quel nouvel élan pourrait, selon vous, être impulsé au processus d’intégration régionale ?

S.E.M.R.G.M.: Notre agenda d’intégration régionale est explicité dans le Plan indicatif régional de développement stratégique (RISDP) dont l’objectif est de renforcer l’intégration de la SADC en vue d’accélérer l’éradication de la pauvreté et d’atteindre d’autres objectifs de développement économique et non-économique.
En complément de ce programme, il existe une stratégie régionale d’industrialisation pilotée par des politiques, des visions et des plans de développement, principalement le traité SADC, le plan indicatif régional de développement stratégique révisé 2015-2020, les protocoles SADC et enfin, plus spécifiquement, par la Politique-cadre de développement industriel (IDPF).
Cette stratégie bénéficie également du plan africain de développement industriel accéléré et de l’Agenda 2063 de l’UA. Elle repose sur trois piliers, à savoir : l’industrialisation comme moteur de la transformation économique et technologique ; la compétitivité comme processus actif permettant de passer des avantages comparatifs à des avantages compétitifs ; l’intégration et la géographie régionales comme contexte du développement industriel et de la prospérité économique. Je suis convaincu que, mise en œuvre efficacement, cette stratégie aura le potentiel d’ouvrir des opportunités au-delà de nos frontières, conduisant à une croissance et à un développement économiques durables.

L.L.D. : Lors de votre discours devant l’Assemblée générale des Nations unies le 24 septembre 2014, vous aviez appelé à l’ouverture d’« un nouveau chapitre » dans les relations entre le Zimbabwe et les pays occidentaux. Quelles pourraient être, selon vous, les modalités d’une concertation en vue de la levée des sanctions occidentales ? Dans quelle mesure l’annonce de la tenue d’une conférence sur l’investissement au Zimbabwe à Londres peut-elle constituer le signe d’une volonté d’accélération du dialogue avec la Grande-Bretagne et, plus largement, avec d’autres membres de l’UE ?

S.E.M.R.G.M.: Lorsque j’ai appelé à un « nouveau chapitre », je souhaitais ouvrir les portes pour un nouvel engagement significatif et sincère basé sur un respect, une souveraineté et une égalité mutuels. De ce point de vue, j’insistais sur le fait que notre différend avec la Grande-Bretagne ne doit pas servir de base à notre isolement par rapport au reste du monde, par le truchement de telles sanctions illégales.
Notre message est parfaitement clair : le Zimbabwe est ouvert aux échanges et au dialogue avec tous les pays pour un bénéfice mutuel. Dans la même veine, si nous souhaitons que le processus de réengagement réussisse, il ne doit pas être soumis à des conditionnalités. Dernièrement, il y a eu quelques ouvertures notables en provenance de l’Ouest, mais nous demandons toujours le retrait total des sanctions pour être en mesure de faire avancer ce processus. Il est exact que différents pays se sont rapprochés de nous, indiquant leur disponibilité pour un réengagement, y compris les Britanniques eux-mêmes comme vous l’avez noté.
Je pense que la Conférence sur l’investissement qui s’est tenue à Londres en septembre 2015 a renforcé la confiance dans le processus de réengagement actuellement en cours et contribuera à convaincre d’autres États membres de l’UE, qui restent en marge, de rejoindre le processus. Nous avons accueilli des délégations de toute l’Europe en quête de partenariats économiques, la Russie en tête avec le plus gros projet. Je peux affirmer en toute confiance que la perception de l’UE a évolué dernièrement et que nous avançons. Vous pouvez noter que l’UE a repris son soutien au gouvernement du Zimbabwe directement par le biais du Fonds européen de développement, ce qui est positif pour notre réengagement.

L.L.D. : Limitées depuis l’adoption de restrictions par l’Union européenne en 2002, les relations diplomatiques établies entre la France et le Zimbabwe depuis l’indépendance en 1980 ont toutefois permis le développement de liens de coopération bilatéraux. Considérant les activités d’organismes comme le Centre de Coopération internationale en Recherche agronomique pour le Développement (CIRAD) ou l’Alliance Française, comment souhaiteriez-vous les voir s’intensifier ? Fort de la visite d’une délégation d’entreprises du MEDEF à Harare en janvier 2015, dans quels secteurs d’activités les deux pays pourraient-ils renforcer leurs échanges économiques ?

S.E.M.R.G.M.: Nos relations avec la France ont également été affectées par l’impasse dans laquelle nous nous trouvions avec l’UE et la Grande-Bretagne. Elles sont désormais en voie de normalisation grâce à la levée des sanctions économiques début 2015. Le processus de réengagement a donc déjà commencé. En 2015, nos deux pays ont initié des consultations politiques qui ont conduit à la visite d’officiels français au Zimbabwe pour discuter avec leurs homologues de la normalisation des relations.
En 2014, des hommes d’affaires zimbabwéens conduits par la Confédération des industries du Zimbabwe (CZI) se sont rendus en France pour une étude d’investissements. En janvier 2015, une délégation internationale conduite par le MEDEF a effectué une visite au Zimbabwe. Cette délégation comprenait des représentants d’entreprises au sein desquelles la France dispose d’une expertise considérable en adéquation avec les programmes que nous avons lancés dans le cadre de ZimAsset, parmi lesquels le développement d’infrastructures, les communications, le transport et la libéralisation des échanges. J’ai eu le plaisir de rencontrer ces hommes d’affaires pour leur faire part de nos engagements en vue d’échanges et de normalisation de nos relations avec la France.
De plus en plus d’entreprises françaises investissent et opèrent dans notre pays. On trouve des entreprises telles que Bureau Veritas, leaders dans le domaine des essais, inspections et certifications ; Lesaffre, qui a fait l’acquisition d’une part du fabricant et distributeur de levure de notre pays, et Limagrain qui dispose désormais d’une part dans le plus gros producteur de semences, Seed Co. Il y a encore beaucoup à faire dans l’agro-alimentaire, les réseaux de transport (route, air, rail) et les énergies propres. Je souhaite profiter de cette occasion pour assurer aux Français que le Zimbabwe est une destination sûre pour les investissements.    

 

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