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  Vendredi 20 Octobre 2017  
 

Quatrième trimestre 2015

La lettre diplometque
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     Lettonie
 
  S.E.M. / H.E. Ms Sanita Pavluta-Deslandes

Un engagement letton sur tous les fronts

Entretien avec S.E.Mme Sanita Pavluta-Deslandes,
Ancien Ambassadeur de Lettonie en France

Pays balte de seulement 2 millions d’habitants situé sur les marches orientales de l’Union européenne (UE), la Lettonie est confrontée à plusieurs défis d’envergure pour l’avenir de la construction européenne comme le partenariat oriental, la création d’une politique énergétique commune ou la résolution de la crise des réfugiés. À l’approche des célébrations du centenaire de l’indépendance lettone en 2018, S.E.Mme Sanita Pavluta-Deslandes, Ambassadeur de Lettonie en France entre 2010 et décembre 2015, nous livre sa perception de ces défis et des principaux accomplissements de la présidence de l’UE que son pays a exercée pour la première fois au premier semestre 2015.

La Lettre Diplomatique : Madame l’Ambassadeur, la Lettonie a assumé pour la première fois la présidence de l’Union européenne (UE) au premier semestre 2015. Quel bilan faites-vous de ce mandat et, au-delà, de l’expérience qu’il a apporté à votre pays ? Comment en décririez-vous les retombées au plan de la défense des intérêts nationaux lettons et de son rayonnement international ?  

S.E.Mme Sanita Pavluta-Deslandes : Onze années après l’adhésion à l’UE, la Lettonie a assuré sa première présidence du Conseil de l’UE au premier semestre 2015. C’est une responsabilité que chacun des États membres assume à tour de rôle pour une durée de six mois. On dit souvent que la première présidence est un passage à la maturité, un défi pour le pays, mais aussi une occasion de faire ses preuves. L’essentiel de ce mandat consiste à mener le travail dans l’objectif de rechercher des compromis et des solutions parmi les différents intérêts des 28 États-membres et avec les autres institutions, notamment le Parlement européen, pour faire avancer les grands dossiers de la construction européenne dans l’intérêt commun et résoudre les crises auxquelles nous devons faire face ensemble.
C’est une responsabilité que les équipes de la présidence lettone ont pris au sérieux en essayant de parvenir à des résultats concrets dans le travail législatif de l’Europe. Environ 1 500 réunions ont été tenues à Bruxelles et 200 à Riga, ce qui représentait un vrai défi pour l’administration publique de Lettonie, modeste en taille, mais qui a su se montrer efficace.
En parallèle des réunions politiques, une large programmation culturelle a été mise en place dans presque 80 pays. Plus de 800 évènements ont été dédiés à la culture lettone (concerts, expositions, conférences, journées d’information sur la Lettonie…) dans le monde entier. Ce mouvement culturel s’est inscrit dans une logique d’une forte visibilité pendant l’année 2014, lorsque Riga était la Capitale européenne de la culture. En 2018, la Lettonie va célébrer le centenaire de son indépendance et proposera une série des manifestations culturelles, y compris en France.  

L.L.D. : Centrée à l’origine sur le thème « Une Europe compétitive, numérique et engagée », la présidence lettone de l’UE a été marquée par de nombreuses initiatives, comme l’adoption de « l’Initiative sur l’emploi de la jeunesse » et la création du Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS). Pouvez-vous nous en rappeler les accomplissements ?

S.E.Mme S.P-D. : Pour revenir aux objectifs de la présidence lettone, trois priorités principales ont été définies : une Europe compétitive, une Europe numérique et une Europe engagée.
L’une des questions urgentes à l’ordre du jour de l’UE – la relance des investissements et de la croissance économique européenne – s’est traduite par la mise en œuvre très attendue  du Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS). L’accord conclu entre les États membres et le Parlement européen sur la proposition de règlement, a ouvert la voie à son adoption définitive, et ce, avant la fin de la présidence lettone, ce qui a permis de lancer la réalisation de nouveaux projets d’investissements à l’échelle européenne pour un montant de 315 milliards d’euros dans les domaines des infrastructures, la recherche, l’innovation, l’éducation, la santé, l’informatique, l’énergie et le soutien aux PME. Il a également été décidé d’augmenter de manière significative le montant des avances au titre de l’initiative pour l’emploi des jeunes (IEJ), permettant ainsi de déployer rapidement des mesures contre le chômage des jeunes.  
Un autre grand chantier pour l’UE, l’Union de l’Énergie, a été lancé pendant notre présidence pour renforcer l’indépendance énergétique de l’Europe et développer une politique commune européenne. Les ministres européens de l’Énergie se sont accordés sur sa mise en œuvre et se sont penchés sur les moyens de fournir aux consommateurs une énergie sûre, durable et abordable tout en favorisant les investissements. Ils ont également débattu et analysé les aspects relatifs à la stratégie européenne en matière de sécurité énergétique.  
En ce qui concerne l’objectif de l’UE visant à créer un marché numérique unique, la présidence lettone a placé les questions numériques en tête de l’agenda européen. Des progrès importants ont pu être réalisés. La présidence a réussi à dégager une orientation concernant le règlement général sur la protection des données et conclure un accord avec le Parlement européen visant à supprimer les frais d’itinérance et à garantir l’accès à un internet ouvert. La présidence est également parvenue à un accord avec le Parlement sur les grands principes de la Directive relative à la sécurité des réseaux et de l’information (NIS).  
En définissant nos priorités avant le début de la présidence, nous ne pouvions pas prévoir les bouleversements qui requièrent l’attention immédiate des gouvernements européens. Ainsi, après les attaques terroristes survenues à Paris et à Copenhague au début de l’année 2015, la lutte contre le terrorisme est devenue une question d’importance majeure pour notre présidence. Dans le cadre d’un renforcement de l’action de l’UE en matière de lutte contre les menaces terroristes, conformément aux orientations fixées par le Conseil européen, la présidence lettone a mis l’accent, dans les discussions, sur la façon de renforcer la lutte contre le terrorisme. Cet enjeu relève de la compétence des chefs d’État et de gouvernements, des ministres de l’Intérieur et de la Justice, mais aussi des Affaires étrangères pour l’aspect extérieur et l’origine des menaces, de la Culture et de l’Éducation pour ce qui concerne la liberté d’expression et le rôle de la tolérance dans notre société.
Dans ce contexte, la mise à jour de la stratégie de la sécurité intérieure de l’Europe 2015-2020 place sur la liste des priorités la lutte contre le terrorisme, le crime organisée, la cybercriminalité, ainsi que les menaces hybrides qui sont devenues un nouveau défi dans le monde actuel. 
La présidence lettone a déployé des efforts considérables dans l’élaboration d’une réponse politique suite aux tragédies de la Méditerranée qui ont coûté la vie à des centaines de réfugiés. Conjointement avec la Haute-Représentante de l’UE, la présidence lettone a convoqué une réunion extraordinaire des ministres européens des Affaires étrangères et de l’Intérieur afin de débattre des possibilités d’action de l’UE et de la politique de l’UE en matière de migrations. Ces débats ont été suivis par une réunion extraordinaire du Conseil européen qui a permis d’établir différentes lignes de conduite. La présidence lettone, en collaboration avec les institutions européennes, a élaboré et renouvelé par la suite une feuille de route pour la poursuite des travaux, qui a été soumise au Conseil européen du mois de juin 2015. Nous savions que ce n’était que le début de cette crise migratoire. Les défis auxquels l’Europe fait face s’accroissent chaque jour et sont devenus la principale préoccupation des populations et des responsables politiques de notre continent.
Les évolutions de la situation dans le voisinage immédiat de l’UE ont également été au cœur des préoccupations de la présidence lettone dont l’évènement majeur était le sommet du Partenariat oriental qui s’est tenu en mai 2015 à Riga et durant lequel les chefs d’État et des gouvernements de l’UE se sont réunis avec leurs homologues d’Europe orientale. Les résultats de ce sommet ont confirmé l’intérêt majeur que représentent les relations entre l’UE et les pays du Partenariat oriental, tout en mettant en avant la nécessité d’approches adaptées à chaque partenaire. L’importance des relations entre l’UE et les pays du Partenariat oriental a été soulignée au cours d’une dizaine d’autres réunions de haut niveau dans tous les domaines de la coopération, notamment les transports et l’énergie, l’éducation, l’environnement et d’autres encore.
Une Europe engagée aux yeux de la présidence lettone signifie l’implication et le rayonnement de l’UE sur la scène globale, en commençant par son voisinage au sud et les conflits qui affectent les différentes régions du monde. En cela, la Lettonie soutient fermement la nécessité d’une stratégie globale européenne dans  les domaines des Affaires étrangères et de la Politique de sécurité afin de promouvoir des activités de l’UE plus cohérentes et plus unies. Il en va de même pour les relations commerciales. Le partenariat transatlantique de commerce et d’investissement, actuellement en cours de négociation, constitue une avancée qui devrait profiter à l’économie européenne. Convaincue de l’intérêt européen de cet accord et de la nécessité de transparence pour assurer la prise en compte des opinions publiques et des intérêts des entreprises européennes, la présidence lettone de l’UE a contribué à faire avancer les négociations.

L.L.D. : Au prix d’une forte dévaluation interne, la Lettonie a su rebondir et réussir son adhésion à la zone euro en 2014. Un an après l’adoption de la monnaie unique européenne, quels bénéfices votre pays en a-t-il tiré, notamment en vue de favoriser l’investissement ? Quel regard portez-vous sur la solidité de la zone euro ?

S.E.Mme S.P-D. : Après son entrée au sein de l’UE, la Lettonie a connu plusieurs années de développement économique très rapide, marquées par un taux de croissance à deux chiffres.Mais, la crise économique de 2008 a frappé notre pays particulièrement fort. Pour rétablir l’équilibre, le gouvernement letton avait fait le choix d’une dévaluation interne en réalisant une réduction considérable des dépenses publiques et en entreprenant des réformes structurelles dans les domaines de l’administration publique, de la santé, de l’éducation, etc. La rapidité et l’envergure de ces réformes, ainsi que l’objectif de se qualifier pour la zone euro ont joué un rôle-clé dans la réussite de la sortie de crise pour la Lettonie.
Le choix de rejoindre la zone euro découle des engagements pris par la Lettonie lors de son adhésion à l’UE en 2004, mais la décision d’y parvenir le plus rapidement possible relevait d’un raisonnement économique autant que politique. Du point de vue économique, pour une petite économie ouverte comme celle de notre pays, l’appartenance à une zone monétaire commune offre l’avantage d’une stabilité accrue et d’une plus grande crédibilité aux yeux des marchés financiers et des investisseurs étrangers. Elle favorise également les échanges commerciaux et la réduction des coûts. De fait, la monnaie lettone, le lats, était déjà arrimée à l’euro et l’intégration des acteurs économiques très avancée. La condition de se conformer aux critères de l’euro s’inscrivait dans la logique du gouvernement et permettait de concentrer les efforts de réformes pour réduire les déficits. Du point de vue politique, il paraissait évident que l’avenir de l’UE se construirait autour de l’euro – monétaire, mais aussi économique, dont l’étendue des chantiers s’est révélée très clairement au moment de la crise de la zone euro. Pour la Lettonie, il s’agissait donc de faire le choix de l’appartenance au noyau de cette construction à long terme.
L’expérience de ces deux années dans l’euro confirme ce raisonnement. La Lettonie fait à nouveau partie des économies les plus dynamiques en Europe, avec une structure de l’économie et des finances plus saines et robustes qu’auparavant.
Concernant les développements au sein de la zone euro, la récente crise a mis en lumière ses fragilités, mais elle a également permis une prise de conscience sur ce qui doit être accompli, comme c’est si souvent le cas dans le processus de construction européenne. Des mesures extrêmement importantes ont été prises, en commençant par l’instauration d’une Union bancaire ou la surveillance des politiques budgétaires. Le semestre européen sert d’instrument de coordination des politiques économiques des États. La convergence des économies européennes doit évidemment se poursuivre pour assurer la viabilité de la monnaie unique et pour assurer la croissance et l’emploi au bénéfice des citoyens européens.

L.L.D. : Première femme nommée au poste de Premier Ministre, Mme Laimdota Straujuma a annoncé sa démission le 7 décembre 2015. Comment décririez-vous les principaux axes de la stratégie économique qu’elle a mis en œuvre, notamment en vue de réduire les inégalités sociales et diversifier les débouchés du commerce extérieur letton ? En quoi l’adhésion prochaine de la Lettonie à l’OCDE lui permettra-t-elle de consolider sa dynamique d’expansion économique ?

S.E.Mme S.P-D. : Malgré les mesures douloureuses prises durant la crise, la politique de nos gouvernements successifs s’est caractérisée par une forte continuité, la population lettone ayant approuvé ces choix à trois reprises lors d’élections législatives. La continuité politique sur la mise en œuvre des réformes a été au centre des priorités du gouvernement de Mme Laimdota Straujuma, dont les lignes directrices se définissaient autour de la croissance et la compétitivité, la qualité de vie, la démographie et la sécurité nationale.
L’actuel processus des négociations pour devenir membre de l’OCDE s’inscrit dans cette perspective. Nous considérons l’adhésion à cette organisation comme un instrument pour consolider les réformes structurelles, mettre en œuvre les meilleures politiques sociales et économiques, et améliorer les services aux citoyens en nous inspirant des expériences des réformes conduites par d’autres pays confrontés à des défis similaires aux nôtres. Cette adhésion représente également une opportunité stratégique pour la Lettonie en ce sens qu’elle nous permettra de participer à l’agenda économique international et qu’elle nous ouvre la possibilité de partager les meilleures pratiques et des connaissances spécifiques avec l’OCDE et ses pays-membres. Nos plus grandes attentes de ce rapprochement concernent en particulier les secteurs de l’éducation, la gouvernance des entreprises publiques, la lutte contre la corruption et l’évasion fiscale.
En février 2015, l’OCDE a publié une évaluation économique de Lettonie qui contient un certain nombre de recommandations pour le gouvernement letton, notamment en vue d’accroître la productivité et la convergence, d’améliorer l’efficacité du secteur public pour rendre la croissance plus inclusive et de réduire les risques de volatilité des cycles économiques. Ces conclusions seront prises en compte lors de l’élaboration des différentes politiques, mais aussi dans le cadre du programme national des réformes Europe2020.

L.L.D. : Face à l’explosion de l’immigration vers l’Europe en provenance des zones de conflits d’Afrique et du Moyen-Orient, votre pays a accepté de recevoir des réfugiés. Comment s’organise cet accueil ? Tenant compte du renforcement des moyens de Frontex et de la mise en place de l’Eunavfor Med, comment analysez-vous les difficultés de l’UE à faire face à cette crise ? Quelle est votre perception de la radicalisation de la politique hongroise dans ce domaine ?

S.E.Mme S.P-D. : Nous partageons le point de vue selon lequel les pays en première ligne des vagues migratoires et les plus touchés par des demandes d’asile d’une envergure sans précèdent, ne peuvent et ne doivent y faire face seuls. Le partage de ce fardeau dans le sens d’une responsabilité et d’une solidarité est indispensable.
Nous sommes parfaitement conscients du fait que la solidarité ne va pas à sens unique. Les décisions prises par les chefs d’État et de gouvernement, ainsi que les ministres de l’Intérieur, s’appliquent donc à nous et nous sommes tout à fait prêts à honorer nos engagements. Nous exprimons notre solidarité en participant aux opérations conjointes coordonnées par l’Agence européenne Frontex : en Méditerranée, dans le cadre des opérations Poséidon et Triton. Nos officiers et experts sont employés au siège de l’opération Eunavfor, dans le cadre des activités du Bureau européen d’appui en matière d’asile. En 2015, la Lettonie a également contribué aux activités du Bureau du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés avec l’objectif la résolution de la crise des refugiés et humanitaire syrienne ; au Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM), au Fonds européen pour la Syrie et Fonds d’urgence européen pour l’Afrique.
La Lettonie, en raison de son histoire, n’a pas de tradition d’accueil de réfugiés. Nous devons dès lors prendre les mesures nécessaires pour assumer au mieux notre responsabilité. Notre pays est prêt à accueillir sa part de demandeurs d’asile au cours des deux prochaines années. Un groupe de travail interinstitutionnel auprès du Premier Ministre a été mis en place, au sein duquel tous les ministères engagés dans le processus d’accueil et d’intégration sont représentés, ainsi que des organisations non-gouvernementales et des municipalités.   
La relocalisation et l’accueil des réfugiés ne représentent qu’un aspect de la crise. La clé et l’objectif sont la stabilisation des situations politiques, économiques et sociales dans le voisinage de l’Europe et dans les autres régions où la crise actuelle prend sa source. Nous devons tous ensemble augmenter nos efforts en vue de résoudre les causes principales des migrations illégales, y compris le renforcement des capacités pour la prévention des conflits.    
Le travail que nous devons accomplir au sein de l’UE comporte plusieurs volets : renforcer la coopération avec les pays tiers, les voisins de la Syrie et, notamment, avec la Turquie, renforcer les frontières extérieures de l’Union (et, dans ce contexte, il nous paraît essentiel de ne pas oublier aussi la frontière orientale) ; rendre la politique de retour plus efficace, lutter contre le crime organisé, mettre en œuvre les décisions déjà prises.

L.L.D. : La participation du Président syrien Bachar El-Assad à une sortie de crise en Syrie demeure au centre de désaccords internationaux de la lutte contre Daech. Pourriez-vous nous préciser la position de votre pays à cet égard ? Comment s’oriente la concertation de la Lettonie avec les autres membres de l’UE et de l’OTAN sur ce dossier et sur l’éradication de l’organisation terroriste Daech ?  

S.E.Mme S.P-D. : La Lettonie participe aux efforts de la communauté internationale pour lutter contre le terrorisme en Syrie, en Irak et ailleurs dans le monde. Notre pays fait partie des membres de la coalition contre Daech. Nos soldats participent aux opérations militaires.
Sur la Syrie, notre position est claire – la seule solution possible du conflit est politique, elle passe par un dialogue incluant les forces politiques, à l’exception des groupes terroristes, et tous les acteurs régionaux et internationaux, y compris l’UE. À cet égard, nous soutenons les efforts de l’Envoyé spécial de l’ONU, M.Staffan de Mistura. Le Conseil de sécurité de l’ONU a un rôle essentiel à jouer, ensemble avec les pays de la région. La solution du conflit syrien et la lutte contre Daech sont deux processus parallèles, et la capacité de la communauté internationale à les résoudre influe très fortement sur la situation non seulement au Proche-Orient, mais elle a également des conséquences très directes sur la situation internationale, ainsi que sur les enjeux internes de l’Europe, tels que la sécurité à l’intérieur de nos frontières et les flux de refugiés. D’où l’intérêt des Européens et de tous les partenaires à agir ensemble.

L.L.D : Située aux avant-postes de la crise ukrainienne, la Lettonie a privilégié une approche neutre à l’égard de la Russie durant sa présidence de l’UE. Quelle est votre perception du gel relatif de ce conflit et de la mise en œuvre du processus de Minsk ? Au regard de la place qu’occupe la Russie dans la stratégie de sécurité nationale lettone, comment envisagez-vous le renforcement des mécanismes de dialogue entre les deux pays ?

S.E.Mme S.P-D. : Il existe un lien très concret et fort entre notre vision des relations avec la Russie et la politique commune de l’UE et de l’OTAN à l’égard de la Russie. Il est possible que, pour nous, en tant que voisin proche, les dynamiques et tendances à l’œuvre en Russie soient plus compréhensibles, claires et lisibles.
L’annexion illégale de la Crimée et les évènements qui ont suivi dans l’est de l’Ukraine ont marqué un moment crucial de nos relations avec notre grand voisin. Ces deux processus déséquilibrent tout le système sécuritaire européen. En ce qui concerne nos relations bilatérales avec la Russie, nous poursuivons une coopération nécessaire au niveau diplomatique, des experts et dans différents secteurs tels que la démarcation des frontières, la coopération transfrontalière, les transports, le contrôle aux frontières et aux douanes, la culture. Nous avons à l’évidence un intérêt clair à ce que la Russie soit stable, démocratique et prospère, dans la mesure où il s’agit d’un pays frontalier avec lequel une coopération normale ne peut être que positive. Il y a bien sûr une détérioration des relations avec la Russie, mais nous ne sommes pas opposés au dialogue, bien au contraire. Pour cela, la vérité oblige à dire qu’il faut être deux.
De par notre géographie et notre histoire, nous suivons le cours des évènements liés à l’Ukraine avec une attention particulière. Dans le processus de mise en œuvre des accords de Minsk, nous pouvons observer actuellement un certain progrès, mais toujours fragile. La mise en œuvre complète et vérifiable des accords de Minsk est une condition préalable pour revoir la position européenne envers la Russie. Il me semble que tous les partenaires européens s’accordent sur ce sujet. En même temps, il est essentiel de laisser la porte ouverte au dialogue avec la Russie et de continuer à soutenir les efforts de réformes du gouvernement ukrainien. Il s’agit là de questions fondamentales pour l’UE, telles que la sécurité du continent européen et le respect des lois internationales. Bien entendu, le format Normandie (ndlr, regroupant la France, l’Allemagne, la Russie et l’Ukraine) joue un rôle déterminant.
S’agissant de la perception de la menace russe, il y a indéniablement une volonté d’intimidation et de gesticulation de la Russie vis-à-vis de l’Occident.

L.L.D. : À la lumière de l’opération Atlantic Resolve à laquelle participe votre pays sous l’égide de l’OTAN, comment définiriez-vous le rôle de l’Alliance dans la stratégie de défense lettone, notamment dans le contexte actuel ? Fort du sommet sur le Partenariat oriental de l’UE qui s’est tenu à Riga le 22 mai 2015, comment souhaiteriez-vous voir se renforcer la présence européenne dans cette zone, y compris au plan militaire ?

S.E.Mme S.P-D. : Notre appartenance à l’OTAN depuis 2004 est une donnée essentielle de notre situation sécuritaire. Jusqu’aux événements en Crimée et dans l’est de l’Ukraine, la présence de l’OTAN sur notre sol se traduisait essentiellement par la police du ciel, assurée par nos alliés, dont la France, et nous leurs en sommes reconnaissants. Compte tenu de l’intimidation que nous percevons aux frontières de l’Europe, et pas seulement à celles des pays baltes, la réponse à apporter ne peut être que de long terme. La présence de l’OTAN sur notre territoire est une précondition pour une dissuasion crédible et efficace. Il s’agit bien de mesures de réassurance décidées par les Alliés. Évidemment, les nouvelles menaces et défis de la sécurité européenne, y compris hybrides, et les menaces dans l’espace d’information, font partie de nos préoccupations.
S’il y a une dizaine d’années nous étions essentiellement consommateurs de défense, la situation a désormais changé et nous avons atteint un degré de maturité qui nous permet d’être contributeurs à la sécurité et à la défense communes. Nous sommes présents dans un certain nombre d’opérations extérieures. Nous participons également à des opérations civiles, en Afghanistan mais aussi en Ukraine, en Géorgie, en République Centrafricaine, en Somalie pour l’opération Atalante. Nous envisageons de participer, pour la première fois de notre histoire, à des missions sous mandat de l’ONU, au Mali dans le cadre de la MINUSMA.
Le gouvernement a décidé cet été que la part du PIB que nous consacrons à la défense atteigne 2% non plus en 2020, comme nous l’avions initialement projeté, mais dès 2018. Cette augmentation de notre budget militaire, le seul de nos budgets qui augmente, se traduira en termes d’effectifs, d’équipements et d’infrastructures mais aussi de cybersécurité, de systèmes d’information, des services spéciaux et d’augmentation des réserves.
Quant au Sommet de Riga sur le Partenariat oriental, déjà évoqué précédemment, il a permis de mieux définir les grandes lignes pour la coopération mutuelle entre l’Union et les six pays partenaires. Les réformes et la mise en œuvre des accords d’association et de libre-échange approfondi et complet (DCFTA) constituent la priorité absolue, ces accords étant des outils importants pour la modernisation des pays. Nous avons lancé plusieurs nouvelles initiatives dans les domaines des médias, de la santé, de l’économie numérique et du commerce. Plusieurs événements étaient organisés à Riga, notamment un Forum de la jeunesse et une Conférence de la société civile du Partenariat oriental. Après le sommet de Riga, il apparaît évident que le Partenariat oriental continue d’être une stratégie de long terme de l’UE correspondant aux besoins et aux intérêts de l’UE et de ses partenaires orientaux. L’UE devrait poursuivre une politique de coopération ouverte encore plus individualisée.

L.L.D. Dépendant de la Russie pour son approvisionnement en hydrocarbures, votre pays a relancé durant sa présidence de l’UE le chantier d’une Union énergétique. Quels seraient les atouts du projet porté par la Commission Juncker en matière de sécurité de l’approvisionnement ? Le Président Raimonds Vejonis étant le premier chef d’État européen issu d’une formation écologiste, comment la Lettonie s’est-elle engagée dans la préparation de la COP 21 et la lutte contre le changement climatique ?

S.E.Mme S.P-D. : Le lancement d’une Union européenne de l’Énergie, l’une de nos priorités dans le cadre de notre présidence de l’UE, est essentiel pour la Lettonie dans la perspective d’une politique commune face aux défis comme la sécurité énergétique, le développement durable et la compétitivité – autant d’aspects auxquels l’Europe apporte des solutions plus efficaces que les seules approches nationales. Tous les volets de l’Union de l’Énergie sont étroitement liés et se renforcent mutuellement : la sécurité de l’approvisionnement, un marché intérieur de l’énergie totalement intégré, l’efficacité énergétique et la réduction des émissions, la recherche et l’innovation.
Dans le contexte géopolitique actuel, le travail pour la diversification et la sécurité de l’approvisionnement en gaz naturel revêt une importance accrue. Dans notre région de la Baltique, la coopération dans le domaine de l’énergie et la réalisation des projets d’intérêt commun sont très actives. Elles correspondent aux objectifs de l’Union de l’Énergie et forment un réel marché intérieur de l’énergie. Plus précisément, le développement des interconnexions avec la Lituanie et l’Estonie, ainsi que les projets régionaux entre la Pologne et la Lituanie d’une part, et la Finlande et l’Estonie d’autre part, sont essentiels pour nous. Concernant les nouvelles initiatives, nous soutenons la Commission et son approche ambitieuse en rédigeant le « paquet d’hiver » qui va comprendre la révision du règlement concernant des mesures visant à garantir la sécurité de l’approvisionnement en gaz naturel, la stratégie de l’UE pour le gaz naturel liquéfié et le stockage du gaz, ainsi que la révision de la décision établissant un mécanisme d’échange d’informations en ce qui concerne les accords intergouvernementaux conclus entre des États membres et des pays tiers dans le domaine de l’énergie.
En vue de l’échéance cruciale que constitue la Conférence de Paris sur le Climat, la Lettonie, comme les autres États membres de l’UE, a soutenu les efforts internationaux pour parvenir à un accord global juridiquement contraignant pour toutes les parties. Au cours de notre présidence, nous avons fait en sorte que l’UE soit la première puissance économique à présenter sa contribution au Secrétariat de la Convention des Nations unies sur les changements climatiques, en soulignant la volonté politique de l’UE de continuer à travailler en matière de changement climatique et à encourager l’ambition internationale de parvenir à un résultat satisfaisant.
Comme l’a confirmé la présence du Président de la Lettonie au Bourget à la fin du mois de novembre 2015, nous allons continuer à remplir nos engagements internationaux pour soutenir les pays en développement dans leurs efforts et nous invitons tous les pays à se mobiliser dans la lutte mondiale contre le changement climatique. La Lettonie continue également à soutenir le plan d’action de la diplomatie du changement climatique de l’UE adoptée par les ministres européens des Affaires étrangères. La Lettonie maintient un dialogue actif sur le changement climatique avec les pays de l’Europe orientale qui sont des partenaires importants pour l’UE dans les négociations internationales sur le climat. Après la conférence de Paris, les discussions internes de l’UE devraient se poursuivre sur son objectif ambitieux et sur les mesures requises pour l’atteindre.

L.L.D. : Centrée sur les grands enjeux de l’UE, la visite officielle de l’ancienne Première Ministre lettone, Mme Laimdota Straujuma, à Paris le 27 avril 2015, a également permis de faire le point sur la coopération bilatérale. À l’image de l’engagement letton au Mali, dans quels autres domaines stratégiques considérez-vous qu’elle puisse être étoffée ? Si les échanges économiques entre les deux pays demeurent modestes, quels sont les secteurs d’activités propices à leur intensification ? À travers quels projets comptez-vous favoriser le développement de la connaissance mutuelle entre les sociétés françaises et lettones ?

S.E.Mme S.P-D. : Les liens historiques et les relations d’amitié entre la France et la Lettonie sont anciens. Nous partageons et défendons les mêmes valeurs sur le plan international.
À l’issue de la Première Guerre mondiale, et grâce à l’appui du Président de la République française Alexandre Millerand et à l’engagement de son Ministre des Affaires étrangères Aristide Briand, le nouvel État de Lettonie a été reconnu de jure le 26 janvier 1921 lors de la Conférence des Alliés à Paris. Après la restauration de l’indépendance de la Lettonie, le Président François Mitterrand a été le premier dirigeant occidental à s’être rendu dans notre pays le 15 mai 1992.
Aujourd’hui, la France représente un partenaire important pour la Lettonie à la fois au niveau bilatéral et multilatéral, ainsi qu’au sein de l’UE et de l’OTAN. La Lettonie est également devenue État observateur de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).
Il existe entre nos pays un cadre stratégique de coopération, de nombreux échanges de visites et rencontres entre les chefs d’État et de gouvernement, ainsi qu’entre ministres de nos deux pays. Nous avons également un dialogue dans un cadre de 3+1, c’est-à-dire les trois pays baltes et la France.
L’adhésion de la Lettonie à la zone euro et à la présidence du Conseil de l’UE ont contribué à l’intensification des contacts bilatéraux, à un intérêt mutuel croissant et à une meilleure connaissance de la Lettonie par le public français, grâce au tourisme, aux échanges culturels et aux médias.
C’est probablement dans le domaine militaire que la coopération entre la France et la Lettonie est la plus étroite, notamment dans le cadre des opérations internationales, manœuvres communes, formation militaire et autres. La France assure régulièrement la police de l’espace aérien balte, tandis que la Lettonie apporte sa contribution aux missions engagées par la France en Afrique.
Du point de vue des échanges économiques, la France est notre 14ème partenaire commercial, ce qui indique que nous avons un potentiel de coopération qui n’attend qu’à être exploité par les entreprises des deux pays. La Lettonie possède ses propres atouts comme ses infrastructures portuaires, ferroviaires, des secteurs des services et des technologies très développés, une main d’œuvre multilingue et qualifiée, mais elle a aussi l’avantage de constituer un pont vers les marchés orientaux, combinant une bonne connaissance de ces derniers et le cadre réglementaire européen.
En 2014, un Forum économique franco-letton a eu lieu en Lettonie pour dynamiser nos relations économiques avec la participation de plus de 150 acteurs économiques, dont Schneider Electric, Axon Cable, Accor, Thales, Alstom ou encore Airbus pour n’en citer que quelques-uns. La plupart ont investi ou sont présents sur le marché letton.
La représentation de l’Agence d’investissement et de développement de Lettonie (LIIA) à Paris, ainsi que le bureau de Business France à Riga sont au service des entreprises pour explorer les opportunités et les accompagner.    

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