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  Jeudi 22 Juin 2017  
 

Quatrième trimestre 2015

La lettre diplometque
  Éditorial
Bénin
  Enjeux et perspectives de la relation franco-béninoise
 
  Une coopération qui a vocation à s’intensifier
 
  La coopération de sécurité et de défense avec le Bénin
 
  L’UE, la France et le Bénin renforcent leurs liens
 
  L’AIMF, vecteur de liens de solidarité
 
  Un partenaire privilégié d’Expertise France en Afrique de l’Ouest
 
  Répondre aux défis du développement
 
  Land of African Business
 
  « Le XXIème siècle sera, pour une large part, un siècle pour l’Afrique »
 
  Une porte d’entrée vers l’hinterland
 
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     Bénin
 
  S.E.M. / H.E. Jules-Armand Aniambossou

« Nous avons tous les atouts pour devenir le Singapour de l’Afrique occidentale »

Entretien avec S.E.M. Jules-Armand Aniambossou,
Ambassadeur du Bénin en France

Avec les éléctions présidentielles de février 2016, le Bénin mettra à nouveau son modèle démocratique, considéré comme exemplaire en Afrique, à l’épreuve. Après deux mandats, le Président Thomas Boni Yayi laisse en héritage de profondes transformations avec le lancement de vastes chantiers structurants dans les secteurs des transports, de l’éducation ou de la santé. Détaillant la stratégie du Bénin pour s’affirmer comme une plateforme économique au cœur de l’Afrique de l’Ouest, S.E.M. Jules-Armand Aniambossou, Ambassadeur du Bénin en France, revient également sur l’engagement de son pays dans la lutte contre le terrorisme et la transition vers un modèle de développement durable.

La Lettre Diplomatique : Monsieur l’Ambassadeur, le Président Thomas Boni Yayi a décrété une journée de deuil national en hommage aux victimes des attentats meurtriers du 13 novembre 2015 revendiqués par l’organisation terroriste Daech. Comment avez-vous vécu ces moments tragiques ?

S.E.M. Jules-Armand Aniambossou : Des attentats lâches et odieux ont, en effet, frappé la France le 13 novembre 2015. À travers elle, c’est aussi l’ensemble du monde épris de liberté qu’il l’a été. C’est pourquoi le Président Thomas Boni Yayi a décrété une journée de deuil national. Il a naturellement témoigné de sa compassion et de son amitié à son homologue français, le Président François Hollande. Le gouvernement béninois s’est également déplacé à l’Ambassade de France à Cotonou.
Au-delà des symboles, ces échanges ont manifesté combien le Bénin s’est senti solidaire de la France, qui est un pays ami, et combien il est concerné par le fléau du terrorisme qui, en réalité, nous touche tous. C’est ce que j’ai tenu à faire savoir à mes amis et connaissances en France, dont beaucoup sont, d’ailleurs, des personnalités de tout premier plan sur la scène politique française. Pour ma part, je suis binational et très fier de l’être. Je me sens autant Béninois que Français. C’est dire à quel point, en tant que citoyen français, j’ai été directement affecté par ces attentats. Il s’agit d’une véritable guerre et nous devons nous donner les moyens de préserver les valeurs de la République à laquelle nous tenons tous.
Je pense, en effet, que ces terroristes n’ont pas cherché à s’en prendre à une catégorie spécifique de la société, d’une certaine confession, d’une certaine couleur de peau ou d’une certaine tendance idéologique. Non, c’est à nos valeurs et à nos modes de vie qu’ils s’en sont pris, en l’occurrence le fait d’aimer le sport et la musique ou de passer un bon moment avec des amis à la terrasse d’un café. Donc plus que jamais, Vive la République, mais une République forte dans une France unie !

L.L.D. : Le Bénin se trouve lui-même engagé dans la lutte contre le terrorisme et, plus précisément l’organisation Boko Haram, dans le cadre de la Force d’intervention conjointe multinationale (MNJTF). Comment décririez-vous l’envergure de cette menace et l’action de votre pays pour la contrecarrer ?

S.E.M.J-A.A. : Le Bénin a toujours été en première ligne dans la lutte contre le terrorisme international. Le Président Boni Yayi l’a souvent dit, le terrorisme n’a pas de frontières. Souvenez-vous en, il a joué un rôle de tout premier plan pour faciliter et créer les conditions de l’intervention française au Mali lorsqu’il présidait l’Union africaine (UA) en 2012. Il a su persuader les décideurs internationaux que l’intervention française s’imposait.
Vous avez raison de souligner cet aspect de la lutte contre le terrorisme. La France a été frappée par deux fois en 2015, mais le Bénin et d’autres pays africains sont, eux aussi, directement menacés par ce fléau. On l’a encore vu récemment au Mali et en Tunisie. En Afrique de l’Ouest, nous sommes concernés par les exactions de la secte Boko Haram qui, comme vous le savez, a fait allégeance à l’État islamique. Le Bénin l’est d’autant plus que nous partageons environ 800 km de frontière avec le Nigeria.
Au Mali, notre pays a été, début 2013, le premier d’Afrique à déployer des troupes à Kidal très précisément. Depuis, le Bénin n’a eu de cesse, par la voix de son président, de clamer la nécessité de la lutte contre le terrorisme, mais aussi de se donner les moyens, en dépit de ses capacités modestes, d’être présent humainement sur le terrain pour pourvoir aux besoins des forces de maintien de la paix des Nations unies.
Néanmoins, cette guerre contre le terrorisme sera de longue haleine. Elle exige un engagement total bien entendu, mais au-delà une approche méthodique. Pour nous, peuples épris de justice et de liberté, il faut une coalition mondiale, parce que pendant trop longtemps, certains ont pu penser, à tort, que le terrorisme n’est que l’affaire des autres. Cette guerre exige des moyens massifs pour le contrecarrer, et parfois essayer d’anticiper et de frapper très fort. Dans le cas contraire, nous ne pourrons en sortir victorieux.

L.L.D. : Devant le Congrès, à Versailles, le 16 novembre 2015, le Président François Hollande a invoqué l’article 42 du traité de Lisbonne, prévoyant la solidarité entre les États membres de l’Union européenne (UE) en cas d’agression. Alors que l’Allemagne a récemment déployé de nouvelles troupes au Mali, dans quelle mesure considérez-vous qu’au-delà de la France, l’Europe devrait être plus présente face au terrorisme sur le continent africain ?  

S.E.M.J-A.A. : C’est un pur syllogisme que de considérer que ce qui est bon pour la France est bon pour l’Europe. À l’instar de l’intervention française au Mali, le Président François Hollande a pris beaucoup d’initiatives, en peu de temps, en faveur de l’Afrique. Au regard de ces accomplissements, il serait utile et urgent, dans l’intérêt même de l’UE, qu’une traduction concrète soit donnée à cet appel.
Lors de son discours à Versailles, le chef d’État français a également fait valoir la primauté de la sécurité sur le pacte de stabilité. Bien entendu, les critères budgétaires s’imposent à tous les États membres de l’UE. La France, comme les autres, est tenue de les respecter. Toutefois, je considère que son appel à la solidarité européenne, et au-delà internationale, est tout à fait justifié. Il faudrait, en effet, que l’UE, en tire les conséquences utiles pour que, de manière pragmatique, l’effort français soit en partie mutualisé ou, à tout le moins, qu’il soit considéré comme un rempart pour préserver nos libertés et nos démocraties et que la France ne soit, donc, pas pénalisée dans ce contexte.

L.L.D. : Au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, la France a décidé de concentrer son action militaire contre Daech. Tenant compte des liens de coopération en matière de défense et de sécurité qui la lie à différents pays africains, et notamment au Bénin, craignez-vous un désengagement de la France en Afrique ?

S.E.M.J-A.A. : Je ne le pense pas. Sous l’impulsion du Président François Hollande, la France a pris, en 2012, l’initiative de l’intervention au Mali, avec le soutien quasi-unanime de l’ensemble des responsables politiques français. Cette vision salutaire et salvatrice, s’est traduite par de bonnes décisions, au bon moment. Quelques mois plus tard, c’eût été trop tard. On peut dire que la France a sauvé cette région, pour ne pas dire l’ensemble de l’Afrique. Sans cette intervention, je pense que, malheureusement, ces terroristes seraient, aujourd’hui, sous des prétextes religieux, non seulement au Mali, mais probablement aussi à Lomé, à Cotonou, à Abidjan, pour ne pas dire beaucoup plus loin.
La France continue aujourd’hui de déployer de vastes moyens budgétaires pour assurer la sécurité dans cette partie du continent africain. Elle joue, à cet égard, un rôle de leader et je n’ose pas imaginer qu’elle puisse avoir une intention de se désengager compte tenu de l’envergure de la menace terroriste. Ce travail doit absolument se poursuivre. L’enjeu pour l’Afrique, comme pour l’Europe, est immense. Il en va de la défense des fondements même de nos sociétés ou de ce que nous souhaitons qu’elles deviennent, c’est-à-dire qu’elles continuent de se construire avec pour principes la liberté, la fraternité et le développement.
Mais, cet engagement est aussi, à mon sens, la manière la plus intelligente pour la France de se protéger elle-même et, plus largement, l’Europe. Encore une fois, le terrorisme ne connaît pas de frontières. Les pays qui ne sont pas frappés aujourd’hui, pourraient l’être demain. L’Europe et l’Afrique sont deux régions proches, non seulement au plan géographique, mais aussi historique et, par endroits, au plan culturel. Si nos pays ne sont pas au rendez-vous de ce défi, ce combat ne sera pas gagné.
Alors, bien entendu, la France ne peut pas et ne doit pas supporter, seule, ce fardeau. Nous avons évoqué la solidarité européenne et, au-delà, internationale. Mais, nous, partenaires africains, avons aussi notre partition à jouer. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés à attendre que tout vienne de l’extérieur. Et, de fait, des pays aux moyens modestes consacrent des efforts budgétaires conséquents. À l’instar de la Force d’intervention conjointe multinationale, nos troupes participent concrètement à cette lutte contre le terrorisme.

L.L.D. : Justement, les structures de l’Union africaine (UA) vous semblent-elles aptes à répondre au défi du terrorisme ?

S.E.M.J-A.A. : L’Afrique est en mouvement et, à travers ce mouvement, les institutions africaines le sont aussi. Je pense sincèrement que les dirigeants africains, sous l’impulsion d’un certain nombre d’entre eux, ont parfaitement pris la mesure de ce défi. Depuis sa création, l’UA a accompli un long chemin en matière de défense et de sécurité. Récemment encore, des efforts ont été mis en œuvre depuis le sommet sur la sécurité en Afrique qui s’est tenu à Paris en décembre 2014, pour instaurer des forces d’intervention rapide.

L.L.D. : En visite officielle à Cotonou le 2 juillet 2015, le Président François Hollande a présenté le Bénin comme un « modèle démocratique » en Afrique. Comment décririez-vous les implications de cette responsabilité ?

S.E.M.J-A.A. : Le fait que le Bénin soit considéré comme un modèle démocratique, nous oblige, nous Béninois, davantage. En même temps, nous en sommes particulièrement fiers. Ce modèle, nous le devons à l’attachement des Béninois à la fraternité, à la justice et au travail. Trois mots qui forment la devise nationale de la République du Bénin.
Depuis la Conférence nationale souveraine de 1990, le Bénin a, en effet, privilégié un certain nombre d’engagements allant dans le sens d’un double libéralisme, politique et économique. Sans prétention, nous avons été les premiers dans le continent africain à nous engager dans cette voie. Aussi, je pense que le Bénin a atteint l’« effet cliquet », c’est-à-dire que nul n’ose imaginer aujourd’hui un retour en arrière, bien qu’il faille sans cesse continuer à cultiver la démocratie et l’État de droit. Ces processus ne sont jamais totalement acquis et aboutis. Ce choix résolu d’organisation politique et sociale explique d’ailleurs, à mon sens, les accomplissements, parfois spectaculaires, de notre pays au plan socio-économique. Je pense notamment aux Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) que nous avons atteints en matière d’accès à l’eau potable. Cela explique également, à nouveau sans vouloir donner de leçon à quiconque, le rôle de porte-voix que joue traditionnellement le Bénin vis-à-vis les crises internationales dans des régions parfois même éloignées du continent africain.

L.L.D. : Dans le respect de l’État de droit et de la Constitution béninoise, le Président Thomas Boni Yayi ne se représentera pas lors des élections de février 2016. Quels sont les enjeux de ce scrutin et, plus largement, de sa succession ?

S.E.M.J-A.A. : Cet engagement du Président Thomas Boni Yayi est suffisamment rare pour être souligné. Je tiens à saluer sa sagesse et son courage. Mais au-delà, cet engagement illustre très concrètement la solidité de la démocratie béninoise et l’attachement de son peuple et de son président au scrupuleux respect de ses valeurs.
Comme tout scrutin présidentiel, l’élection du 28 février 2016 sera bien entendu déterminante pour la poursuite du développement du Bénin. Et quel qu’en soit le vainqueur, le peuple béninois aura à sa tête, le 6 avril 2016, un nouveau Président de la République élu.
Le premier enjeu de cette élection sera celui de sa bonne organisation dans un cadre libre et transparent. Différents candidats vont se présenter, certains se sont déjà déclarés. Le deuxième enjeu, à mon sens, c’est que ces candidats soient porteurs d’un projet de société qui tienne compte des acquis majeurs des deux mandats du Président Yayi. En effet, d’importantes avancées ont été accomplies sous son impulsion, pour ne pas dire beaucoup plus qu’en 55 ans d’indépendance.
Je pense que, dans leur immense majorité, les Béninois qui forment un peuple s’intéressant fortement à la politique, comme les Français, ont conscience des retombées positives de l’amélioration du système de santé, de la facilitation de l’accès à la scolarité pour tous, du combat pour l’énergie, des mesures prises en matière d’autosuffisance alimentaire, du développement des infrastructures ou de l’énorme succès du micro-crédit. Tous ces résultats, aujourd’hui bien palpables, sont le fruit d’une vision mise en œuvre avec détermination au cours des dix dernières années. Au-delà des clivages, il convient donc, après le départ du Président Yayi, de préserver ces réalisations dans l’intérêt même du pays et de son avenir.

L.L.D. : Figurant parmi les rares lois fondamentales en Afrique à être restées intactes depuis son adoption, la Constitution béninoise célèbre en 2015 son 25ème anniversaire. Pouvez-vous nous rappeler les objectifs du projet de révision de la Constitution porté par le chef d’État béninois ? Quelle est la place de cette réforme dans le débat politique de la prochaine élection présidentielle au Bénin ?

S.E.M.J-A.A. : Dès 2008, le Président Thomas Boni Yayi a, en effet, ouvert la réflexion sur un projet de révision de la Constitution de 1990. Mais, avant d’en expliquer les objectifs, je voudrais très fermement clarifier toute la confusion qu’a pu entraîner la campagne menée par une certaine presse et certains opposants mal intentionnés. Il n’a, en effet, jamais été question de procéder à une révision opportuniste de la Constitution pour permettre au Président Thomas Boni Yayi d’effectuer un 3ème mandat. J’insiste, à aucun moment il ne s’est agi de modifier l’article 42 de la Constitution du Bénin, qui stipule que : « Nul ne peut exercer plus de deux mandats de cinq ans ». Cette disposition est même plus ferme que celle de la Constitution de la Vème République française qui parle de deux mandats « consécutifs ». C’est donc un mauvais procès qui a été fait au Président Yayi, dont il faut, tout au contraire, saluer l’exemplarité.
Le chef de l’État a toujours été très clair sur ses objectifs. C’est en 2008, soit deux ans après sa première élection, et non en 2011, comme cela a pu être affirmé, qu’il a pris l’initiative de réunir un comité d’experts, considérés comme les meilleurs au Bénin et à l’étranger.
Trois questions sous-tendaient ce projet. La première était celle du renforcement des pratiques de bonne gouvernance par la création d’une Cour des comptes. Qui dit bonne gouvernance, dit bonne administration et reddition des comptes. Chaque centime d’argent public utilisé doit faire l’objet d’une justification. Or, le Bénin est le seul pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) à ne pas avoir de Cour des comptes ; et ce, alors même que c’est une exigence de l’UEMOA.
La deuxième problématique abordée dans cette réflexion visait à rendre les crimes économiques imprescriptibles, de manière à mettre fin à ces systèmes de prédation des richesses économiques qui prospèrent dans nos pays aux dépens des véritables entrepreneurs qui créent et développent de réelles activités génératrices d’emplois et de valeur ajoutée.
Enfin, le troisième objectif consistait à inscrire dans la Constitution, les missions et le fonctionnement de la Commission électorale nationale autonome (CENA). Celle-ci fait, en effet, l’objet de critiques à chaque élection. Or, le Bénin est un État de droit, perçu comme un modèle en matière de démocratie en Afrique, et ce depuis qu’il a été le premier État d’Afrique francophone à avoir amorcé un changement pacifique de pouvoir au début des années 1990. Il faut donc remédier aux problèmes existants et, si nécessaire, réviser dans ce but la Constitution. Ces trois aspects étaient donc au cœur du projet de révision constitutionnelle, en sachant bien que celui-ci ne peut aboutir en l’absence d’un consensus national.
Je considère dès lors qu’après les élections présidentielles à venir, la Constitution gagnera toujours à être modifiée, mais uniquement dans le but d’améliorer l’État de droit et la bonne gouvernance. Tout texte constitutionnel a vocation à être révisé tant que cette initiative n’a pas de visées opportunistes. Pas moins de 43 révisions ont été apportées à la Constitution française de 1958.

L.L.D. : Le Président Thomas Boni Yayi avait remporté sa première élection présidentielle en 2006 avec le slogan « ça peut changer ! ça doit changer ! ça va changer ! » Comment décririez-vous les changements les plus emblématiques du Bénin au cours de ces dix dernières années, notamment au plan économique ?

S.E.M.J-A.A. : En une décennie, le Bénin a fait des progrès exceptionnels. Ceux-ci tiennent pour une grande part à l’action du Président qui, comme vous le savez, est un économiste, banquier de développement. À cet égard, je citerais en exemple l’instauration et le développement du micro-crédit, qui a vraiment permis d’autonomiser des millions de femmes au Bénin. Tenant compte du rôle central des femmes dans la société, ce gain d’autonomie financière s’est traduit par un impact immédiat dans la vie quotidienne des gens.
La scolarité gratuite pour les élèves de la primaire au secondaire jusqu’à l’âge de 16 ans, est un autre succès. Dans ce domaine encore, le Bénin est pionnier en Afrique. C’est un peu notre loi Ferry. Ces deux mesures ouvrant l’accès au crédit et à l’éducation sont au cœur du pari du gouvernement visant à mettre en place les meilleures conditions pour favoriser le travail.
Le Bénin a d’ailleurs eu foi, au cours de ces dernières années, en son potentiel agricole. Pour faire du Bénin un pays autosuffisant, notre gouvernement a également développé une approche volontariste en vue de structurer douze ou treize filières agricoles qui ne se limitent pas qu’à la culture du coton.
Elles sont complétées par l’action menée dans le secteur de la santé. La mise en place d’un kit césarienne, pratique très répandue dans notre pays, témoigne de la volonté du gouvernement béninois de répondre aux besoins des populations et, notamment, des familles les plus défavorisées. Auparavant, dès la fin 2011, le Président Yayi avait instauré le Régime d’assurance maladie universelle (RAMU), l’équivalent de la Couverture maladie universelle (CMU) en France.  
Les transformations de notre pays sont également visibles à travers la prolifération des infrastructures de transport et de communication. Sans infrastructures et sans énergie, toute stratégie de développement relèverait, en effet, du travail de Sisyphe. Les rocades, qu’on appelle des toboggans à Cotonou, et que l’on voyait un peu partout à Dakar ou à Abidjan, font désormais partie de la vie quotidienne des Béninois, avec tout ce que cela implique en termes de connectivité et de rapprochement entre les lieux de production et les lieux où cette dernière est utilisée ou commercialisée. C’est une réalité que vous pouvez vérifier aux quatre coins du pays.

L.L.D. : Le Bénin a activement participé à la préparation de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP21) que la France a présidée du 29 novembre au 11 décembre 2015. Comment évaluez-vous l’impact du réchauffement climatique dans votre pays et notamment sur son secteur agricole ? Comment se traduisent concrètement les efforts du Bénin pour en limiter les effets ?

S.E.M.J-A.A. : Tout d’abord, je tiens à souligner que le Bénin a été l’un des tout premiers contributeurs du continent africain pour la préparation de la COP21. Il faut être bien conscient de l’enjeu de ces négociations : limiter le réchauffement climatique à une augmentation qui est déjà évaluée à 2 degrés d’ici 2050. Les décisions que nous prenons ou ne prenons pas aujourd’hui, engagent l’avenir de nos enfants et celui de l’humanité. Aussi, il faut agir dès à présent. Cet effort exige du courage de la part de nos dirigeants, dont je pense qu’ils ont, pour la grande majorité pris la mesure des enjeux. Cet effort exige aussi beaucoup de bon sens, de pragmatisme et des moyens conséquents.
Nous sommes très investis dans la lutte contre le dérèglement climatique car nous en subissons pleinement les dégâts : érosion côtière, sécheresse notamment au nord du pays qui met à mal la production agricole, etc.
Le Bénin évalue à presque 30 milliards d’euros les besoins financiers pour vraiment s’attaquer à ce problème par des mesures soit d’adaptation, privilégiant le transfert de savoir-faire, soit d’atténuation en proposant des alternatives crédibles et solvables aux pratiques actuelles jugées polluantes. Notre effort budgétaire a, d’ailleurs, déjà démarré avec l’allocation d’une enveloppe de 2 milliards d’euros dans cette perspective. Nous attendons donc beaucoup de la COP21 pour amplifier cette action.
Il faut également comprendre que, comme beaucoup d’autres pays en développement, le Bénin a un besoin criant d’énergie. Il ne satisfait pour l’instant qu’à, à peine un tiers de ses besoins de manière autonome. Tout le reste est importé, dont bien entendu des énergies polluantes. Dans le même temps, l’Afrique n’est pas la région du monde d’où émane l’essentiel de la pollution, mais, au contraire, elle est probablement avec les États insulaires, la partie du monde la plus négativement impactée alors même qu’elle contribue à l’absorption des émissions de CO2 avec ses vastes réserves de forêts.
Tout l’enjeu consistera donc à répondre à nos aspirations de développement tout en les adaptant aux exigences de la lutte contre le changement climatique. Nos pays attendent du concret pour accompagner l’adaptation de leurs économies. Et il ne s’agit pas du tout d’une politique de main tendue, mais d’une politique de responsabilité collective.
Aussi, pour que nos engagements fassent sens, surtout dans la durée, il faut non seulement transférer du savoir-faire, faciliter les moyens de financement et favoriser une co-production avec les institutions internationales qui ont les moyens d’accompagner les pays les plus vulnérables sur ce type de problématiques.
Je pense qu’il faut faire preuve de beaucoup de sérieux, de sens de la mesure et ne pas être dans l’excès. Tout le monde parle d’un accord contraignant et global. C’est un objectif important, à la hauteur des enjeux, mais il s’agit également de définir, de manière concrète, les moyens pour contribuer activement, au quotidien, à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Il faut dès lors trouver des solutions pratiques au financement du développement des énergies renouvelables, qui supposent des investissements conséquents. Si cette transition énergétique est réellement engagée à l’échelle de l’économie mondiale, il est probable que la forte demande en équipement exercera sur les coûts d’investissement une pression vers le bas. C’est donc un pari qu’il faut tenter dès maintenant.
Le Bénin a lancé juste avant l’ouverture de la COP21, fin novembre 2015, une initiative qui, à mon sens, est exemplaire : le projet « Lumière pour tous ». Il s’agit d’un effort concret représentant un investissement de 50 à 60 millions d’euros visant à équiper 1 million de familles béninoises de kits solaires, avec un double objectif : qu’elles puissent éclairer leurs foyers et, pour celles qui le peuvent, se connecter à Internet. Il permettra ainsi d’améliorer l’éducation des enfants et, tout simplement, la vie de ces foyers au quotidien.
Ces kits sont toutefois de faible intensité, ne permettant pas de faire fonctionner un congélateur ou de petites unités de production. L’accroissement de capacité nécessaire dans ce but sera en revanche l’objet de la deuxième phase du plan d’électrification du pays annoncé par le Premier Ministre Lionel Zinsou. Celle-ci s’appuiera sur le déploiement d’une centaine de mini-centrales électriques.
Présenté comme un projet-phare du Bénin dans le cadre de la COP21, « Lumière pour tous » a reçu un excellent accueil partout où nous l’avons présenté auparavant, que ce soit à Paris, à Washington ou encore à l’Assemblée générale des Nations unies. En effet, si le Bénin ne représente qu’environ 1% de la population africaine, ce programme pourrait donc servir d’exemple ailleurs en Afrique et au-delà.

L.L.D. : Comment le potentiel hydroélectrique béninois pourrait-il être davantage valorisé ?

S.E.M.J-A.A. : Vous avez raison d’évoquer l’hydroélectricité. Celle-ci est appelée à devenir une composante essentielle de notre mix énergétique dont le prochain objectif est d’atteindre une capacité de 1000 MW.
Nous ne manquons pas d’atouts dans ce domaine. Le Bénin est, heureusement un pays encore bien drainé. Plusieurs projets de barrages sont d’ailleurs en cours de réalisation, comme celui de Kétou, d’Adjarala qui sera commun avec le Togo ou la réhabilitation du barrage de Nangbéto. Mais, outre ces grands projets, il ne faut pas non plus méconnaître l’apport complémentaire des micro-centrales hydroélectriques de quelques unités de mégawatts seulement, comme il en existe de nombreuses en France par exemple.
Le développement de l’hydroélectricité renforcerait d’autant plus notre mix énergétique. Elle complèterait l’énergie produite à partir des petites centrales photovoltaïques, qui essaiment actuellement à travers le pays, mais qui demeurent une source de production d’électricité intermittente.

L.L.D. : Avec une croissance moyenne de plus de 5% depuis 2012, l’économie béninoise demeure dominée par le secteur agricole. Fort de son positionnement stratégique, quels sont les secteurs d’activité appelés à favoriser sa diversification ?  

S.E.M.J-A.A. : L’agriculture représente, en effet, un secteur d’activité majeur pour l’économie béninoise. Nous exportons, par exemple, vers notre grand voisin, le Nigeria, d’importants volumes de biens alimentaires, notamment en matière de production vivrière (noix de cajou, tomates…). Le marché Dantokpa, à Cotonou, est en outre le plus grand marché ouest-africain. Pour les pays frères enclavés, dits de l’hinterland, que sont le Niger, le Burkina Faso jusqu’au Tchad, le Bénin joue également le rôle de plateforme de transit pour des marchandises et des équipements de toutes sortes.
De fait, le Bénin fait déjà figure de hub, mais qui gagne désormais à être développé et modernisé. Il s’agit désormais de monter en gamme et de compléter notre offre agro-alimentaire dont les marges de progression sont, par ailleurs, encore très vastes. Le Bénin dispose, en effet, de tous les atouts pour devenir « le Singapour de l’Afrique occidentale ». C’est une vision dont je revendique un peu la paternité. Je pense vraiment que nous pouvons suivre ce modèle. Une des caractéristiques de l’âme béninoise, c’est le rapport à l’éducation et au savoir. Nous avons une jeunesse éduquée, qui en veut et qui est très pointue dans des domaines comme les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) et le numérique. Significativement, un projet de Maison du numérique devrait d’ailleurs voir le jour très prochainement à Cotonou. Elle sera un peu l’équivalent de Numa à Paris, avec des incubateurs de start-ups, pour permettre à de jeunes créateurs de se retrouver pour créer, rechercher des partenaires, développer et, ce faisant, générer de nouvelles activités et richesses.
Fort de son rôle de plateforme des échanges commerciaux dans la région, le Bénin a par ailleurs vocation à accueillir les sièges des grandes sociétés internationales notamment des secteurs de l’assurance, de la finance, des activités maritimes, de la production de biens d’équipement, qui envisagent de se développer en Afrique de l’Ouest et pas nécessairement qu’au Bénin. Pour les attirer, nous pouvons faire valoir la stabilité politique de nos institutions, un environnement démocratique, un niveau d’éducation élevé et une qualité d’accueil exceptionnelle, ce qui inclut un niveau de sécurité permettant à quiconque de se promener sans crainte dans nos rues.

L.L.D. : Cette ambition suppose des investissements dans les infrastructures de transports ou de logistique… Quel rôle a joué dans cette perspective la Table ronde pour le financement du développement du Bénin qui s’est tenue à Paris du 18 au 20 juin 2014 ?

S.E.M.J-A.A. : En effet, le Président Thomas Boni Yayi s’est particulièrement mobilisé tout au long de son second mandat en vue de renforcer les infrastructures béninoises, autour de projets créateurs de connectivité et de richesses. Dans cette perspective, il a également cherché à susciter l’intérêt de la communauté internationale. C’est dans cette dynamique que s’est tenue, en juin 2014, la Table ronde pour le financement du développement du Bénin. Elle a constitué un remarquable succès. Les attentes du pays ont été largement dépassées en matière de mobilisation de ressources, avec des engagements globaux estimés à plus de 9 milliards d’euros. Je pense que depuis la Table ronde, plus de 55% à 60% de ces fonds ont dû être mobilisés.
Près de 130 projets ont alors été présentés aux bailleurs de fonds. Parmi les plus importants, je citerais :
- La partie béninoise de la grande boucle ferroviaire qui reliera à terme le Bénin, le Niger, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire et le Togo. Dans le cadre de ce projet, une société de projets, Benirail, a été créée avec pour actionnaire, un partenaire de référence, le groupe français Bolloré (40% des parts), les États béninois et nigérien (10% des parts respectivement) et des entreprises privées des deux pays (20% des parts respectivement). Elle aura pour objectif de mettre en œuvre, pour la partie béninoise, la rénovation du tronçon ferroviaire reliant Cotonou à Parakou et de construire un nouveau tronçon entre Parakou et Niamey. Sa vocation est double : le transport de marchandises vers le port de Cotonou et le transport de voyageurs. Cette ligne ferroviaire se poursuivra ensuite vers Ouagadougou, Abidjan, Lomé avant de revenir au Bénin. En peu de temps, ce projet a connu une accélération exceptionnelle grâce notamment à l’actionnaire de référence. Ce projet changera vraiment la situation de notre pays, mais aussi des autres pays concernés. Parallèlement, le groupe Bolloré est également en train de terminer la construction de la ligne côtière entre Seme et Pahou. Ce tronçon sera essentiellement destiné au transport de passagers.
- Le nouvel aéroport international du Bénin qui sera situé à Glo-Djigbé, à 40km de Cotonou, dont la réalisation représenterait un investissement 250 à 300 millions d’euros.
- L’hôpital dit de référence régionale, dont la vocation sera de permettre d’offrir aux populations de la région un centre de soins aux standards internationaux, et donc une alternative à l’Afrique du Sud ou à Paris. Son coût est estimé entre 100 et 150 millions d’euros. De grands groupes français se montrent très intéressés comme Bouygues Construction, dont une délégation s’est récemment déplacée à Cotonou et travaille sur le sujet. Nous avançons également sur le volet du personnel qui sera appelé à assurer le fonctionnement de l’hôpital.
- Le développement des infrastructures touristiques, avec notamment le grand projet de la Route des pêches, lancé depuis quelques années, et qui a connu après la Table Ronde une véritable accélération. Les résultats sont déjà bien visibles puisque de grands groupes terminent actuellement la construction des hôtels à Cotonou.
- Le processus d’ouverture du secteur des télécommunications et, plus précisément, du capital de Bénin Télécoms qui arrive d’ailleurs à son terme. L’État béninois est, à cet égard, conseillé par la banque Lazard, dont le travail est tout à fait remarquable.
En outre, il faudrait ajouter une multitude de projets routiers notamment dont la liste serait trop longue à citer.

L.L.D. : Vous avez beaucoup parlé des entreprises françaises, mais peu des entreprises étrangères et, notamment des entreprises chinoises qui sont de plus en plus présentes en Afrique. Dans quelle mesure la Chine offre-t-elle de nouvelles perspectives de développement pour le Bénin ?

S.E.M.J-A.A. : Le Bénin se doit d’être ouvert à tous les partenariats dès l’instant où ils participent à sa stratégie de développement. Nous avons la ferme détermination de concrétiser un projet de développement durable et sur la longue durée, ce qui n’est pas la même chose. Dans ces conditions, notre pays est prêt à accueillir les investisseurs quelle que soit leur provenance.
Toutefois, il est vrai que, pour des raisons à la fois historiques, culturelles, linguistiques, mais aussi politiques, nous avons instauré un partenariat privilégié avec la France. En ma qualité d’Ambassadeur du Bénin en France, nourrissant, qui plus est, un tropisme français très marqué, je souhaite évidemment, pour ma part, que les entreprises françaises soient plus présentes au Bénin et, plus largement en Afrique.
Au-delà des mots, comment fait-on pour y parvenir ? Lorsque l’actuel Ministre français de l’Économie, M. Emmanuel Macron, était Secrétaire général adjoint de l’Élysée, j’avais eu l’occasion de réfléchir avec lui à un dispositif pour permettre de lancer beaucoup plus d’entreprises françaises, et en particulier des petites et moyennes entreprises (PME), dans le bain de l’investissement en Afrique. Cette dynamique participerait au développement économique de notre continent par le transfert de compétences, et de technologies. Mais, pour que ce dispositif soit efficace, il doit, à mon sens, aussi participer à la résolution de la question du chômage en France.
C’est un objectif tout à fait réalisable. J’en veux pour preuve mon expérience auprès des entreprises, lorsque j’étais jeune ingénieur des Mines, en région Centre, dans les années 1990. J’avais alors en charge le développement de l’investissement dans les PME. À cette époque, quasiment toutes les régions avaient mis en place un dispositif appelé «l’aide au renforcement de l’encadrement», avec le concours de l’État et de l’UE. Il s’agissait de permettre à des entreprises d’embaucher des cadres de très bon niveau en prenant en charge 50% de leurs salaires. Au final, l’objectif était de permettre au chef d’entreprise de recruter des responsables spécialisés pour élargir la clientèle de l’entreprise et accroître sa production. Les résultats ont été spectaculaires. Des entreprises qui n’étaient jamais sorties du Loiret, ont découvert des clients potentiels dans les départements voisins comme le Cher, le Loir-et-Cher, l’Indre-et-Loire. Certaines sont même sorties de la région et, pour les meilleures, ont gagné des marchés en Europe.
Je considère que c’est exactement la même chose qu’il faut faire avec l’Afrique. Évidemment, tout le monde pense aux effets d’aubaine. Mais les grands groupes n’ont pas besoin de l’État, car ils sont déjà présents dans les marchés émergents. En revanche, il existe une expertise remarquable en France qui reste méconnue ou qui ne franchit pas le pas de l’international. J’ai, moi-même, fait le privé, je connais l’entreprise, le savoir-faire dans l’industrie française. Simplement, une petite entreprise de 20-30 personnes ne prend pas le risque de s’aventurer dans un pays africain. Et pour cause, elle ne connaît pas cet environnement. À l’État, donc, de trouver les formes d’incitation qui peuvent être, par exemple, du crédit impôt-recherche dans les domaines d’excellence en France. Ce gisement est immense : il existe 1,5 million de PME en France. Ceux sont ces PME- là qui sont pourvoyeuses d’emplois. En retour de ces marchés gagnés, on contribuerait au développement du continent africain.
Alors pour répondre à votre question, nous entretenons une relation privilégiée avec la France, que nous souhaitons approfondir, sans qu’elle nous empêche, pour autant, de travailler avec tous les pays du monde. Vous citez la Chine. Elle est certes devenue un partenaire important pour notre pays, mais elle est éloignée. Nos reflexes sont avant tout français. Il faut que nos élites de part et d’autre soient conscientes de cette réalité et qu’elles sachent en tirer bénéfice dans l’intérêt de nos processus de développement respectifs. Ce qui ne va pas sans que l’on traite également des questions de sécurité, d’emploi, d’immigration, etc.
L’Afrique et l’Europe sont deux parties du monde dont la proximité non seulement géographique mais aussi culturelle, peut en faire l’une des plus grande zones de prospérité du monde si l’on s’y prend bien. Pour l’heure, les besoins sont en Afrique, et le savoir-faire est en Europe. À l’inverse, l’Afrique étant appelée à devenir le continent le plus peuplé du monde, si l’on ne crée pas les conditions pour fixer dès maintenant cette jeunesse africaine débordante d’énergie, pour ne pas la désespérer, ce sera la submersion. Il y a ce risque, mais aussi l’énorme avantage que peut en tirer l’Europe. Il s’agit donc de coproduire véritablement de la prospérité. Et c’est tout à fait possible. La période de la colonisation fait maintenant partie de l’histoire. Face au risque que cette situation s’inverse, il faut absolument se départir de tout esprit de culpabilité. Chacune de nos élites doit faire l’effort de se débarrasser de ce complexe d’infériorité ou de supériorité qui nous caractérise encore. La liberté est devenue une valeur commune, tout comme le besoin de sécurité. Il ne s’agit pas de faire semblant de traiter d’égal a égal. La France a affaire à des partenaires privilégiés qu’il faut savoir comprendre. Il faut écouter un peu plus les pays africains.
Au fond, la question est : que pouvons-nous faire ensemble puisque nos sorts sont liés ? Vous avez sans doute lu le dernier rapport du Sénat intitulé « l’Afrique est notre avenir ». Celui-ci est bien détaillé, écrit par des spécialistes. Il dépeint ni plus ni moins que la réalité. Comment pouvons-nous faire pour être de meilleurs voisins ?

L.L.D. : Alors que vous avez été ancien élève de l’ENA et que vous avez effectué toute une partie de votre carrière en France, quelle expérience tirez-vous de votre mission d’Ambassadeur du Bénin en France ?

S.E.M.J-A.A. : Tout d’abord, je suis fier de servir mon pays. Mon objectif comme Ambassadeur, c’est de rapprocher mon pays de naissance de mon pays d’adoption.
Mes années passées à l’ENA, puis au sein de la fonction publique territoriale française me sont aujourd’hui d’une grande aide. Je travaille ainsi beaucoup en m’appuyant sur le corps préfectoral français qui intègre aujourd’hui une mission économique beaucoup plus prononcée qu’auparavant.
J’ai également été Conseiller au sein d’une Ambassade de France à l’étranger, en l’occurrence en Afrique du Sud. En tant qu’ancien élève des Mines ayant ensuite travaillé dans le secteur privé, je connais l’entreprise, ses contraintes, son fonctionnement. Aussi, à la diplomatie classique, disons, représentative, je préfère nettement l’action. Je m’efforce ainsi toutes les deux semaines de visiter une entreprise en province dans des secteurs d’activité dont je sais que notre pays est demandeur et qu’il peut être susceptible d’intéresser d’éventuels entrepreneurs. De ce point de vue, je m’appuie également sur le réseau du MEDEF ou celui des chambres de commerce et d’industrie. Je peux affirmer à cet égard qu’en France, je suis le premier VRP du Bénin.    

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