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troisième trimestre 2014

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Le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives : de la recherche à l’industrie

Par M. Bernard Bigot,
Administrateur général du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA)*

Le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) est l’un des principaux opérateurs publics européens de recherche scientifique et technologique, de développement et d’innovation, mobilisés sur des enjeux économiques et sociétaux à fort impact (défense et sécurité globale, énergies décarbonées et efficacité énergétique, technologies de l’information et de la santé, très grandes installations de recherche en sciences de la matière et de la vie).
Tout d’abord, le CEA est un acteur majeur de la dissuasion nucléaire française : le CEA conçoit, fabrique, maintient en conditions opérationnelles et, en fin de vie, démantèle les têtes nucléaires qui équipent les forces océaniques et aéroportées françaises. La mission du CEA est de garantir sur le long terme la performance, la fiabilité et la sûreté des têtes nucléaires sans recourir à des essais, définitivement arrêtés en 1996. Cette garantie repose désormais sur la simulation. La simulation consiste à reproduire par le calcul, aussi finement que cela est souhaité, les différentes phases du fonctionnement d’une arme nucléaire. Le programme « Simulation » repose sur de grands instruments de recherche indispensables pour collecter des données élémentaires, et mettre en œuvre et valider les modèles numériques de fonctionnement des armes nucléaires, comme la radiographie X EPURE ou le laser mégajoule LMJ entrés en fonctionnement en octobre 2014.
Le CEA est également responsable de la maîtrise d’ouvrage pour la conception, le développement et la réalisation des chaufferies nucléaires des bâtiments de la marine nationale. Enfin, toujours dans le domaine de la recherche en matière de défense et de sécurité globale, le CEA est directement impliqué dans la surveillance du respect du Traité sur la non-prolifération nucléaire (TNP) et du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE), ainsi que dans la prévention des menaces de natures nucléaires, radiologiques, biologiques, chimiques, explosives et informatiques.
Dans ses domaines d’activités civiles, le CEA intervient sur l’ensemble de la chaîne qui va de la recherche fondamentale à l’industrie et a pour mission :
d’apporter son expertise à la puissance publique et de conduire des programmes de recherche sur un certain nombre de technologies clés pour notre pays, en premier lieu dans le domaine des énergies à faible empreinte climatique et environnementale, qu’elles soient nucléaires ou renouvelables, mais aussi dans les domaines des technologies de l’information et des technologies pour la santé,
de mettre à la disposition de l’appareil industriel ses compétences et les innovations qui en sont issues, en confortant les capacités exportatrices des entreprises et les capacités de développement économique et d’emploi industriel sur le territoire national.
Au-delà de ses attributions d’opérateur public de recherche, le CEA joue dans le domaine nucléaire un rôle spécifique au service du Gouvernement qui lui confère une dimension institutionnelle. Il assure la mission de « conseil de la Présidence de la République et du Gouvernement », confiée lors de sa création par l’ordonnance de 1945 en matière nucléaire.
Le CEA est dans un nombre limité de domaines un outil au service de la puissance publique pour répondre à de grands enjeux nationaux.
Le CEA intervient donc, de la recherche à l’industrie, dans quatre domaines qui sont autant d’enjeux majeurs pour notre pays. La réunion de compétences spécialisées au sein d’un même organisme et sa culture « conduite de projets » lui confèrent une forte capacité d’intégration technologique sur des sujets pluridisciplinaires et une faculté à aborder les projets dans une vision « système ». Ces grands domaines d’intervention sont :
- les énergies bas carbone pour lesquelles le CEA poursuit des programmes portant sur l’énergie nucléaire, les énergies renouvelables (solaire, biomasse, stockage de l’énergie électrique, filière hydrogène, réseaux intelligents) et l’efficacité énergétique. Ces programmes sont articulés dans une stratégie visant à permettre la transition énergétique par substitution des énergies fossiles émettrices de gaz à effet de serre, dont la France dépend encore pour deux tiers de sa consommation finale, au profit d’énergies bas carbone ;
- les technologies pour l’information et les technologies pour la santé et plus largement les technologies clés génériques : ces technologies sont au service d’une recherche intégrative en partenariat avec les entreprises industrielles nationales, européennes et internationales, en privilégiant celles ayant des activités productives sur notre territoire ;
- la conception et l’exploitation de très grandes infrastructures de recherche, en lien étroit avec la recherche fondamentale conduite par le CEA et ses partenaires nationaux et internationaux.
En s’appuyant sur sa Direction des Relations internationales (DRI), le CEA assure trois grandes missions dans le domaine international. Tout d’abord une mission régalienne de représentation de l’Etat au sein des grandes agences nucléaires (Agence internationale de l’énergie atomique - AIEA, Agence pour l’énergie nucléaire - AEN), une seconde mission d’expertise en soutien aux industriels français du nucléaire dans leur stratégie à l’export, enfin une mission d’aide au développement des capacités de recherche scientifique en facilitant les collaborations européennes et internationales.
Le Directeur des relations internationales du CEA assure la fonction de Gouverneur pour la France au sein de l’AIEA. Le CEA apporte son expertise et participe à la définition et à la mise en œuvre des initiatives de la France dans le domaine de la lutte contre la prolifération des armes nucléaires et des technologies sensibles associées, en particulier en lien avec les instruments internationaux pertinents : TNP, TICE, préparation des sommets sur la sécurité nucléaire, discussions autour d’un Traité d’interdiction de la fabrication de matières fissiles pour les armes… Le CEA héberge par ailleurs le Comité technique Euratom (CTE), rattaché au Premier Ministre. Le CTE coordonne et prépare les positions françaises en matière nucléaire avec le Secrétariat général aux Affaires européennes et veille au respect du traité Euratom. Il est aussi l’autorité française en charge du suivi de l’application en France des contrôles internationaux sur les matières nucléaires. Depuis plus de 60 ans, le rôle régalien du CEA est au cœur du fonctionnement et de la stratégie de l’Etat dans le domaine de l’énergie nucléaire, contribuant ainsi aux arbitrages et prises d’engagements nationaux.
Le CEA contribue à la mise en œuvre de la politique française d’exportation du nucléaire. Il développe et entretient des relations bilatérales avec des pays nucléarisés, ou souhaitant s’équiper de centrales nucléaires. Du 14  au 16 octobre 2014, le CEA a ainsi participé à la première édition du Salon international du nucléaire, le World Nuclear Exhibition, à Paris-Le Bourget, pour laquelle plus de 7 000 visiteurs étaient attendus. L’Administrateur général du CEA est membre du Conseil de politique nucléaire du Gouvernement, présidé par le Président de la République. Il tient un rôle de premier plan dans le développement de la coopération stratégique globale nucléaire. L’Agence France nucléaire international (AFNI), créée au sein du CEA en 2008, conseille et assiste les pays intéressés par l’étude de la mise en place des conditions nécessaires au développement de l’énergie nucléaire. La formation des étudiants de ces pays est facilitée depuis la création de l’Institut international de l’énergie nucléaire (I2EN), inauguré mi-2011 et hébergé au CEA. Enfin, le CEA est responsable du réseau des 13 conseillers nucléaires positionnés dans les ambassades de France des pays équipés, ou souhaitant s’équiper de centrales nucléaires. Les conseillers nucléaires contribuent à une meilleure connaissance des enjeux et des acteurs régionaux, sur le nucléaire et sur les autres thématiques traitées par le CEA. Leur travail de terrain soutient la concrétisation de la stratégie nationale dans le domaine nucléaire et permet de promouvoir des partenariats avec le CEA.
Acteur majeur de la construction de l’Espace européen de la recherche, le CEA est moteur au sein de multiples initiatives et instances. D’importants financements pour ses recherches et son activité d’innovation irriguent le CEA, à travers le 7ème PCRD, le positionnant à la 4ème place parmi les organismes européens après le CNRS, les instituts Helmholtz et les instituts Fraunhofer. Au début de l’année 2013, le CEA a soumis 2 275 projets et est partenaire de plus de 729 projets acceptés par la Commission européenne, dont 171 en tant que coordonnateur. Il a été très actif dans la préparation d’Horizon 2020, programme cadre européen de recherche et d’innovation pour la période 2014-2020, et est fortement impliqué dans sa mise en œuvre. Le CEA  a animé le Groupe de haut niveau sur les Technologies clés génériques et est très impliqué dans l’Alliance européenne pour la recherche sur l’énergie (EERA). L’organisme participe également à la mise en place de la politique européenne de lutte contre le réchauffement climatique par sa forte présence dans différents outils européens de recherche et de lobbying. Sur ce thème du réchauffement climatique, le CEA contribue à la réflexion en amont de la Conférence Paris Climat 2015 (COP21).
Enfin, le CEA est un leader dans le domaine des infrastructures de recherche européennes, la conception et l’exploitation de telles infrastructures de recherche étant de ses compétences depuis ses origines. Le CEA contribue ainsi à plusieurs d’entre elles : Spiral 2 sur les hautes énergies, NeuroSpin en biologie, Prins pour les nanotechnologies, le réacteur Jules-Horowitz à Cadarache, ou encore Prace en calcul haute performance. Dans le cadre du Forum ESFRI1 qui a établi une priorisation de ces installations, le CEA est particulièrement actif pour mettre en place la dynamique de financement et d’engagement afin de constituer des accords entre organismes opérateurs et porteurs de projets facilitant l’obtention ultérieure du soutien communautaire.
Parallèlement, s’appuyant sur une recherche fondamentale d’excellence et sur une capacité d’expertise reconnue dans les énergies nucléaire et renouvelables, le CEA exerce une présence croissante à l’international dans le cadre de coopérations bilatérales. Au niveau européen, l’objectif  est de construire et consolider une recherche favorisant une vision commune des grands enjeux et l’émergence d’initiatives concrètes autour desquelles se cristallisent les efforts des différents acteurs européens. Cette approche est essentielle dans un monde marqué par l’apparition des grandes puissances émergentes, porteuses d’opportunités mais aussi de concurrences.
De manière plus générale, l’objectif du CEA dans le cadre des relations bilatérales au niveau international est de dynamiser la recherche et de favoriser l’émergence de filières industrielles performantes. Selon les cas, ces accords pourront porter sur la mise en place d’une relation institutionnelle (accueil de délégations, formation d’ingénieurs ou de techniciens, échanges sur la maturité du programme nucléaire ou renouvelables chez le partenaire), la définition de quelques domaines de collaboration précis en laissant les laboratoires décider les actions concrètes, ou sur une collaboration structurelle avec la définition d’objectifs communs.
Enfin, l’accueil de longue durée de visiteurs étrangers est un autre élément essentiel de la politique d’ouverture du CEA à l’international. Qu’il s’agisse d’accueil « scientifique », dans le cadre de relations entre laboratoires, ou « stratégique », dans le cadre d’accords de coopération scientifique, le CEA reçoit chaque année près de 800 scientifiques et ingénieurs étrangers de plus de 70 nationalités différentes, pour répondre aux besoins de sa politique internationale et de celle de l’Etat.


* M. Bernard Bigot a été nommé, le 20 novembre 2014, Directeur général d’ITER Organization pour un mandat de cinq ans qui débutera en 2015.

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