Mercredi 26 Juin 2019  
 

N°101 - Premier trimestre 2013

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«International Police Association : Partager l’amitié comme un gage de paix et d’entraide»

Entretien avec Mme Rose Lourme,
Présidente de la Section française de l’International Police Association (IPA)

La Lettre Diplomatique : Madame la Présidente, la section française de l’International Police Association (IPA) célébrera en septembre 2013, son 60ème anniversaire. Pourriez-vous nous rappeler les origines de sa création ? 

 

Mme Rose Lourme : En 1912, un policier parisien, M. Tison, avait voulu former une association pour fraterniser entre services de police français et étrangers. La Grande guerre de 1914-1918 a anéanti ses projets. En 1948, l’idée est reprise par un membre de la police anglaise Arthur Troop. Pas toujours compris par sa hiérarchie, il dispense plusieurs conférences sur la fraternité policière comme vecteur de paix, d’entraide et d’échanges professionnels. La même année, comme un écho à sa quête fraternelle, le 10 décembre, les Nations unies adoptent la déclaration universelle des droits de l’homme à Paris, au Palais de Chaillot. 

Pugnace, Arthur Troop réussit, en septembre 1949, à réunir plusieurs policiers anglais, dans un commissariat de police à Bishopsgate, près de Londres. Cette date est considérée comme la première réunion exploratoire en vue de fonder l’Association internationale de Police.

La première section de l’IPA, l’IPA-United Kingdom est fondée en 1950. Dès lors, Arthur Troop et ses amis de l’IPA britannique se rendent dans plusieurs pays, pour faire connaître leurs idées et convaincre des policiers, aux Pays-Bas, en France et en Allemagne notamment, de se constituer en sections nationales ou de fonder des comités comme en Belgique.

M. Max Florentin, policier parisien, est le fondateur de l’IPA France qui avait pour nom officiel en 1953, l’AIP (abréviation francisée). Homme de tempérament et de caractère, il rencontre Ronald Lewis, policier du Kent venu à Paris pour l’inviter à venir en Angleterre afin de rencontrer Arthur Troop. Max Florentin se bat pour faire reconnaître l’IPA par les autorités, il multiplie les déplacements à l’étranger afin de créer des contacts avec des collègues policiers. L’esprit de solidarité entre collègues était déjà, à l’époque, très important. M. Florentin en sera le président national jusqu’en 1961.

En France, MM. Florentin, Callet, Pincon, Besse, Goriot et Thuin forment le premier comité français. Ils entrent en contact avec des amis luxembourgeois, suisses et norvégiens auxquels ils transmettent les valeurs de l’IPA.

C’est en France, à Paris, que la première réunion mondiale de l’IPA a lieu, du 16 au 17 septembre 1955, regroupant 220 personnes. Lors de ce « congrès fondateur », il est décidé de fonder l’IPA international, de prévoir l’élaboration de statuts internationaux, d’entériner la création de sections nationales et d’élire un premier bureau international sous la présidence d’André Roches, Directeur de la police judiciaire de la Préfecture de police de Paris. Sont élus, avec lui, Theodore Mommsen (Allemagne), Alphonse Smeyers (Belgique) comme vice-présidents, Arthur Troop (Grande-Bretagne) comme secrétaire et Marcel Logean (Suisse) à la fonction de trésorier.

 

L.L.D. : Illustrée par sa devise en espéranto « Servo per Amikeco » (Servir par l’amitié), l’IPA cherche à favoriser le développement de liens sociaux, culturels et professionnels entre ses membres. A travers quelles activités se concrétisent cet idéal ? 

 

Mme R.L. : Notre association a pour buts de : 

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favoriser les rencontres personnelles par l’échange de personnes et de groupes de personnes, par des voyages de groupe, ainsi que par des correspondances.

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promouvoir, dans les services de police de chaque section nationale, le respect de la loi et de l’ordre.

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développer des activités sociales, culturelles et sportives et favoriser l’échange d’expériences professionnelles.

-
augmenter le prestige de la police dans ses sections et améliorer les rapports entre police et population.

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promouvoir les échanges et les rencontres internationales de jeunes afin de renforcer l’esprit de tolérance et d’entente entre les hommes ainsi que la compréhension pour les tâches de la police.

-
échanger régulièrement des publications entre les sections nationales et informer les membres de toutes les questions intéressant l’Association grâce à un service fournissant des informations destinées aux publications nationales de l’IPA.

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promouvoir des publications internationales et l’édition d’une bibliographie d’ouvrages de police et dans la mesure du possible, de toutes publications de nature légale et juridique.

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faciliter par des contacts amicaux entre les fonctionnaires de police de tous les continents, la coopération au-delà des frontières et renforcer la compréhension mutuelle pour les problèmes professionnels.

En vue de concrétiser ces objectifs, nous animons plusieurs types d’activités : 

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Chaque année ont lieu des séminaires professionnels dans un château à Gimborn en Allemagne, en anglais, allemand et français. La France organise, pour sa part, tous les ans, en avril, un séminaire francophone qui regroupe des policiers venant de plusieurs pays pour étudier un thème professionnel avec des intervenants de qualité et expérimentés. En 2013, le thème est « les criminels en série ». Ce séminaire international est ouvert à tous les collègues que nous représentons. L’IPA est la seule association à proposer de regrouper des policiers étrangers et des collègues français venant de la police nationale, municipale, gendarmerie, douane et police des transports. Ces séminaires contribuent à créer des liens entre collègues français et étrangers.

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L’accueil de jeunes pendant les vacances scolaires : un collègue français accueille un enfant de collègue étranger et inversement.

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L’échange de logement entre collègues à l’étranger : cet été un adhérent français échangera deux maisons en France avec un collègue canadien qui a deux maisons au Canada. Cet échange leur permettra de découvrir deux lieux géographiques différents dans le pays visité.

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Faciliter les hébergements grâce aux 63 maisons IPA dans 21 pays, à tarif réduit : les adhérents peuvent bénéficier d’un hébergement à bas prix lors d’un voyage dans un des pays IPA qui disposent d’une ou plusieurs maisons IPA. En outre, la France dispose d’une maison à Villemomble en Seine-Saint-Denis (93) qui est très sollicitée par les collègues étrangers.

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L’appel à solidarité en cas de catastrophes : ce fut le cas de 29 policiers décédés au Japon en mars 2011. Nous avons alors sollicité des dons sur le plan international pour aider leurs familles. Autre exemple, lorsqu’un collègue de la police municipale a vu brûler sa maison juste avant Noël, l’IPA France lui a adressé de suite un chèque pour remplacer les cadeaux de Noël et ensuite un élan de générosité a permis d’envoyer un chèque de plus de 1 000 pour aider cette famille à faire face à cette catastrophe.

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Des échanges sportifs, possibilité de participer à des rencontres internationales.

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Obtenir un accueil à l’étranger en cas de déplacement individuel.

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Visiter des services de police à l’étranger dans le cadre d’un voyage organisé.

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Organiser des visites de service de police en France pour les collègues étrangers.

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Chaque année, a lieu dans un pays IPA différent, la rencontre des jeunes de 16 et 17 ans sur le plan international. La section Française l’organise en juillet 2014 : une semaine à Paris et une semaine dans le Doubs

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Le Congrès mondial et la conférence internationale : chaque année, les adhérents ont la possibilité de se rendre dans un pays IPA afin de participer à un programme dans le cadre du congrès et de la semaine de l’amitié qui suit le congrès. En septembre 2012, lors du congrès qui s’est déroulé en Israël, il y a eu plus de 450 participants venant de 63 pays.

 

L.L.D. : Fort de 63 sections nationales, l’IPA représente un vecteur privilégié pour l’échange des connaissances. Considérant la volonté du Cameroun de se doter d’une section nationale, quel regard portez-vous sur son élargissement progressif notamment en direction des pays émergents ? 

 

Mme R.L. : C’est l’article 2 des statuts internationaux de l’IPA qui définit les buts de l’association. Ce sont avant tout le développement de relations culturelles, l’élargissement des connaissances générales, l’échange d’expériences professionnelles et  l’encouragement à l’entraide sociale. Les alinéas suivants de l’article 2 mettent en avant la volonté de l’IPA de contribuer dans la limite de ses possibilités, à l’entente entre les peuples et au maintien de la paix dans le monde.

Le principe du parrainage de section à section est le principe retenu pour recevoir les nouveaux impétrants après un examen procédural strict du respect des valeurs statutaires à partager. Ce parrainage est souvent guidé par les liens de l’histoire ou une communauté de langue.

C’est ainsi que naturellement, le Gabon, fut le premier pays du continent africain francophone à être parrainé par la Section France. 

Aujourd’hui, le Cameroun manifeste son désir de rejoindre l’ IPA et la Section France une nouvelle fois, aura pour tâche de guider nos collègues jusqu’à la création d’une Section IPA Cameroun.

A n’en pas douter, la cohésion de vues au sein de notre association avec de nouvelles et potentielles sections africaines, le respect déclaré solidairement de la déclaration des droits de l’homme ne peut qu’être un vecteur de liens resserrés entre les acteurs d’une vision humaniste des missions de police.

Le parrainage d’une nouvelle Section IPA est une mission essentielle pour les sections anciennes comme celle de la France, section fondatrice. C’est au travers de ces échanges que les bonnes volontés, les bonnes pratiques, émergent. C’est à l’évidence une source d’espoir aussi bien pour les sections de parrainage,  prosélytes bienveillants que pour les pays entrants qui aspirent à partager l’amitié comme un gage de paix et d’entraide.  

 

L.L.D. : À l’image du 3ème Congrès mondial des ONG sur la sécurité routière accueilli en avril 2013 par la section turque de l’IPA, quels résultats cette coopération a-t-elle permis d’obtenir ? Plus largement, quelle est votre vision des enjeux de la réflexion menée au sein de l’IPA sur les questions de sécurité et de maintien de l’ordre ?  Comment la section française y contribue-t-elle ? 

 

Mme R.L. : Dans le cadre de sa participation aux grands enjeux de sécurité, l’IPA international s’organise au travers de Commissions internationales en charge d’apporter au Bureau exécutif international le fond et la forme de ses actions.

Pour ce qui concerne les relations publiques, il s’agit de la Commission internationale des Relations extérieures (ERC) présidée par un vice-président international, membre du Bureau exécutif. Cette commission est le vecteur premier des relations institutionnelles. 

En son sein, des représentants veillent et agissent pour la promotion de l’IPA auprès de l’ONU, de l’OEA, de l’UNESCO, des Institutions européennes, du Conseil de l’Europe et d’Europol.

En tant qu’ONG à statut consultatif auprès de ces institutions, l’IPA apporte ou contribue à des sujets de débat comme le trafic de stupéfiants, les enfants des rues, la maltraitance, les violences domestiques, la police et les droits de l’homme, etc. 

Elle justifie son action par la parution de rapports globaux annuels ainsi que des rapports spécifiques auprès des institutions. 

 

L.L.D. : Organe dirigeant de l’IPA, l’International Executive Council tiendra son 38ème congrès mondial à Copenhague du 17 au 22 septembre 2013. Quels en seront les temps forts ? Au-delà, comment souhaiteriez-vous voir s’intensifier les activités de l’IPA et dans quels domaines ?

 

Mme R.L. : L’élection, en septembre 2012, d’un jeune président international, M. Pierre Martin Moulin (43 ans) par les Présidents des 63 sections, implique une volonté de changement, de modernisation du mode de fonctionnement et des activités de l’IPA.

Voici quelques objectifs du Président International :

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travailler par compétences et définir des objectifs pour tous les secteurs d’action ;

-
élaborer un plan d’action sur 3 à 6 ans, avec un échéancier correspondant ;

-
 identifier les sections en difficulté et définir un plan de soutien et d’aide à leur intention ;

-
améliorer l’investissement social de l’IPA, notamment en faveur des membres touchés par des catastrophes ;

-
reprendre l’ensemble des textes de l’IPA (statuts, règlements, directives, etc.) de manière à les rendre plus efficaces, souples et pratiques ;

-
garantir une transparence permanente sur les travaux en cours ;

-
améliorer la lisibilité de l’IPA à l’interne du milieu policier comme à l’externe, notamment par des actions ponctuelles menées par les commissions internationales et les sections ;

-
travailler à une meilleure reconnaissance de l’IPA à l’interne comme à l’externe du monde policier ;

-
apporter un support plus important au programme des maisons IPA ;

Un des temps forts de cette rencontre internationale est la conférence sur un thème de la police. Je ne connais pas encore le thème pour 2013. 

Cela représente une formidable opportunité de partager des connaissances et des expériences dans un domaine particulier de la police entre des personnels de 63 pays différents. 

En Israël, en septembre 2012, le thème était « une ville sans violence ». A cette occasion, le Maire de la ville d’Eilat nous a expliqué comment il est arrivé à obtenir une ville sans violence.

Un autre temps fort sera la présentation par la section française du programme des jeunes (16 et 17 ans) qui aura lieu en France en juillet 2014. Il regroupera des enfants d’adhérents venant des 63 pays IPA.

Cette rencontre a lieu chaque année dans un pays IPA différent. Le but est de donner aux participants une connaissance plus approfondie de la nature, la culture, l’histoire, le caractère social et la vie familiale du pays d’accueil. La section organisatrice propose un «thème» qui encourage la discussion et la comparaison avec les autres sections. Le but est également de créer des contacts à travers les frontières et des relations pacifiques entre jeunes de plusieurs pays. 

Enfin, nous souhaitons poursuivre le développement de l’IPA afin d’être représenté dans chaque continent et ainsi tisser des liens d’amitié et de solidarité  entre tous les personnels qui ont des missions de police.


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