Mercredi 26 Juin 2019  
 

N°101 - Premier trimestre 2013

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  Les relations entre les Philippines et la France : vers de nouveaux horizons
 
  Développer les coopérations institutionnelles entre la France et les Philippines
 
  Philippines, Archipel des échanges
 
  « Les Philippines se préparent à jouer un rôle plus important en tant que moteur de l’économie mondiale »
 
  La bonne gouvernance entretient une économie florissante
 
  « Les Philippines, un pays à découvrir »
 
  Les Philippines : Un nouveau « tigre asiatique » ?
 
  L’intérêt de la France pour les Philippines, l’intérêt des Philippines pour la France : par quels moyens y parvenir ?
 
  Les Philippines : un pays aussi en quête de sens
 
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  S.E.M. / H.E. Albert F. del Rosario

Le nouveau Tigre d’Asie

Rigueur dans la lutte contre la corruption, croissance économique soutenue, recherche d’une paix durable avec les groupes rebelles les plus virulents de l’archipel constituent quelques réussites marquantes de la nouvelle stratégie de développement des Philippines. Trois ans après l’élection du Président Benigno Simeon Aquino III, le Secrétaire des Affaires étrangères des Philippines, S.E.M. Albert F. Del Rosario, nous livre ses réflexions sur les accomplissements de la politique réformiste du gouvernement philippin et le nouvel élan impulsé aux relations franco-philippines.

La Lettre Diplomatique : Le Président Benigno Simeon Aquino III a été élu à une large majorité le 10 mai 2010 sur un programme d’action axé sur la lutte contre la corruption et la pauvreté. Quelle évaluation faites-vous des actions engagées dans ces deux domaines ? 

S.E.M. Albert F. Del Rosario : Le gouvernement actuel a accompli des progrès considérables dans sa campagne pour éradiquer la corruption et la pauvreté. Lorsque le Président Aquino a pris ses fonctions en 2010, il a fait de la bonne gouvernance la pierre angulaire de son engagement envers le peuple philippin, ainsi que de la lutte contre la corruption qui est la principale entrave aux progrès et à la croissance inclusive. Le gouvernement actuel a depuis fait preuve d’un effort constant pour traduire devant la justice ceux coupables de corruption, indépendamment du pouvoir et de l’influence que ces responsables peuvent avoir.

Concernant nos efforts sur le plan de la réforme socio-économique, les Philippines continuent à enregistrer une forte croissance économique, ce qui permet de réduire la marginalisation économique à grande échelle.

Au niveau des personnes, le pouvoir d’achat a augmenté du fait de l’amélioration des emplois et de meilleures conditions économiques. Cependant, s’attaquer à la pauvreté et au chômage ne peut se faire en une nuit. Pour qu’une croissance économique inclusive puisse s’installer, il faut d’importants investissements dans l’éducation et la formation aux compétences et ce, sur plusieurs années.

Actuellement, le ministère de l’éducation des Philippines a commencé à mettre en œuvre le « programme jardin d’enfants au baccalauréat » qui vise à améliorer la qualité de l’enseignement de base. De même, la Technical Education and Skills Development Authority (TESDA) a multiplié ses initiatives pour former un plus grand nombre de personnes.

Comme pour la lutte contre la pauvreté et le chômage, il faut adopter une approche stratégique pour s’attaquer à la corruption, car il faudra à la société du temps pour la mise en place d’une gouvernance honnête et efficace. Nous allons poursuivre notre campagne anticorruption et de programmes de réduction de la pauvreté et continuer à faire le travail préparatoire pour que ces réformes puissent durer au-delà de 2016.

Et enfin, des mesures concrètes continueront à être prises dans les domaines prioritaires identifiés dans le Plan de développement des Philippines 2011-2016. Tout ceci est conforme à notre objectif principal de réaliser une croissance qui débouchera sur des bénéfices concrets pour le Philippin moyen. 

 

L.L.D. : Tenant compte de l’héritage des parents du Président Aquino dans la lutte pour la démocratie et la paix, comment percevez-vous les progrès réalisés par votre pays ?

S.E.M.A.F.D.R. : Il ne pourrait y avoir de meilleur moment pour parler des choses excitantes qui se produisent actuellement dans notre pays - il y règne un nouvel esprit de dynamisme ; un fort sentiment d’optimisme face à l’avenir. Comme vous le savez peut-être, en mai 2010, le Président Aquino a été élu à la grande majorité avec une avance de 5,7 millions de votes par rapport au candidat suivant.

Nous pensons que ce mandat accordé par une aussi grande majorité est une reconnaissance de la contribution des protecteurs de la démocratie dans notre pays. Comme vous le savez, le père du Président Aquino était l’ancien leader de l’opposition, le sénateur Benigno Aquino Jr. Son assassinat en 1983 a déclenché les événements qui ont mené à la révolution populaire de 1986. La Présidente Corazon Aquino, mère de l’actuel président, que les Français avaient baptisée la Jeanne-d’Arc des Philippines, a également mené la nation philippine pendant la révolution du pouvoir populaire contre une dictature installée de longue date et est par la suite devenue la première femme présidente  et le 11ème président du pays.

Le gouvernement actuel a mis un accent particulier sur la gouvernance honnête et bonne pour engendrer un changement important.

Nos efforts portent leurs fruits. Ceci se ressent plus concrètement sur le front économique. Le PIB du pays a augmenté de 6,6 % l’an dernier. La Bourse des Philippines était une des bourses ayant enregistré les meilleurs résultats en Asie en 2012, et l’agence de notation Fitch a récemment classé le pays dans la catégorie « investment grade ».

À la 85ème position en 2010, les Philippines ont amélioré leur position de 20 niveaux, passant à la 65ème place dans l’étude sur la compétitivité mondiale du Forum économique mondial en 2012. Grâce à l’amélioration des niveaux macro-économiques, l’investissement public a pu être plus important dans l’agriculture et l’infrastructure. Nous avons mis en place des réformes majeures dans l’éducation et la formation des compétences techniques, et nos programmes de réduction de la pauvreté à grande échelle et de redistribution sociale avancent de manière stable. 

Face à ces évolutions, les Philippins sont aujourd’hui plus enthousiastes et optimistes sur leurs perspectives d’avenir. Cela s’est fait parallèlement à un fort engagement à servir notre objectif partagé de mener le pays plus loin. 

 

L.L.D. : Symbole de la volonté de votre gouvernement d’accélérer le processus de paix avec le Front Moro islamique de libération (FMIL), le Président philippin a rendu une visite historique au Camp Darapanan, dans la province de Maguindanao, le 11 février 2013. Pourriez-vous nous rappeler les grandes lignes de l’accord-cadre sur la paix conclu en octobre 2012 ? Quelles sont, selon vous, les principales difficultés susceptibles d’entraver son application ? A la lumière de ces réalisations, quelles sont vos attentes concernant l’intensification du dialogue avec la rébellion communiste du NPA (New People’s Army) ?

 

S.E.M.A.F.D.R. : L’accord-cadre sur le Bangsamoro, ou FAB, est un accord historique qui, nous l’espérons en toute honnêteté, mettra un terme à ce qui a été un conflit très long et coûteux, et amènera finalement une paix durable et un progrès à Mindanao. Avec FAB, le FMIL ne cherchera plus à créer un État séparé ; au lieu de cela, le gouvernement et le FMIL s’engageront à mettre en place une nouvelle entité politique autonome qui portera le nom de Bangsamoro, un nom qui non seulement rend hommage aux luttes du passé, mais célèbre également l’histoire et le personnage de Muslim Mindanao. Le Bangsamoro aura entre autres compétences sur les tribunaux de la charia, et le pouvoir de créer ses propres sources de revenus. Le gouvernement national continuera d’exercer des pouvoirs exclusifs en matière de défense et de sécurité extérieure, de politique étrangère, sur le marché commun et le commerce international, la politique monétaire, la citoyenneté et la naturalisation.

Depuis la signature du FAB, quatre cycles de discussions ont déjà eu lieu, et les groupes de travail technique conjoint travaillent sur les quatre annexes du FAB : le partage du pouvoir, le partage de la richesse, la normalisation et les dispositions et modalités de transition. Nous avons également créé la Commission de transition qui est l’instance chargée de rédiger la constitution du Bangsamoro.  Cette constitution sera soumise à ratification par plébiscite et, une fois adoptée, des élections seront organisées. Nous espérons avoir un gouvernement Bangsamoro élu lorsque le nouveau gouvernement s’installera en 2016. Nous n’avons aucune illusion sur le travail dur qui nous attend. Il y a des détails qui devront être réglés, des promesses respectées, des institutions à remettre en état, et de nouvelles capacités à construire ; mais nous avons maintenant un élément très important qui manquait auparavant : la confiance entre les partis. Nous sommes maintenant prêts et déterminés à travailler main dans la main. Nous avons également eu beaucoup de chance de bénéficier du soutien solide de la communauté internationale, notamment de l’Union européenne (UE).

Concernant le processus de paix avec le CPP/NPA/NDF, cela fait déjà 26 ans et quatre présidences que se déroulent des négociations. Les discussions ont déraillé se heurtant à des sujets litigieux comme l’accord conjoint sur les garanties de sécurité et d’immunité, ou JASIG. Néanmoins, nous sommes fortement déterminés à faire avancer le processus et nous espérons pouvoir bientôt arriver à un accord politique négocié, notamment à la lumière du progrès réalisé avec notre processus de paix avec le FMIL. 

 

L.L.D. : S’appuyant sur de solides performances macro-économiques, la croissance de l’économie des Philippines a atteint un rythme soutenu de 6,6 % en 2012. Alors que la création d’emplois reste votre principal objectif, quels sont les secteurs que votre gouvernement compte soutenir plus précisément au cours des trois prochaines années ? En vue d’accroître le potentiel de développement économique de votre pays, dans quelle mesure une réforme du secteur minier vous semble-t-elle envisageable, à l’image de celle récemment adoptée sur les impôts ?

 

S.E.M.A.F.D.R. : Conformément à notre poursuite d’une croissance économique inclusive, nous cherchons à encourager des investisseurs potentiels à conclure un partenariat avec le gouvernement en investissant dans trois secteurs prioritaires. D’abord dans l’agriculture. Ce secteur est la source de revenus de quelque 12,1 millions de Philippins et représente actuellement près de 20 % du produit intérieur brut des Philippines. Un développement dans ce secteur améliorerait également la sécurité alimentaire du pays. 

Deuxièmement, le tourisme. Nous visons environ 30 millions de visiteurs entre cette année et 2016. Troisièmement, l’infrastructure. Le développement de l’infrastructure soutiendra l’agriculture et le tourisme à travers l’amélioration du réseau routier, du port maritime et du système aéroportuaire qui à leur tour assureront un séjour sûr et efficace aux touristes et aux marchandises dans l’ensemble du pays.

Concernant la réforme du secteur minier, le Président a signé l’an dernier l’Ordonnance 79 qui avait pour objectif d’apporter des changements importants au cadre réglementaire actuel du secteur minier. Nous reconnaissons les immenses bénéfices que l’on peut tirer des mines, notamment en tenant compte des importantes réserves du pays en minéraux comme l’or, le cuivre, le nickel et la chromite entre autres.

Cependant, les bénéfices de l’exploitation des mines ne devraient être réalisés aux dépens de l’environnement naturel.

L’Ordonnance 79 a étendu les régions où les activités minières seront interdites. Ces régions englobent les bonnes terres agricoles, les zones de développement touristique, les écosystèmes insulaires et les zones nationales protégées qui sont essentielles à la conservation de la biodiversité naturelle. Il a également limité le type des minéraux pour lesquels une exploitation minière à petite échelle serait possible de façon à régler le problème des effets nuisibles de certaines pratiques d’exploitation minière à petite échelle.

Nous voulions rationaliser les programmes et les mécanismes de partage des revenus entre le gouvernement et les entrepreneurs spécialisés dans les minéraux. L’Ordonnance 79 impose un moratoire sur l’approbation des nouveaux accords sur les minéraux, en attendant l’adoption et la mise en œuvre effective d’une législation à cet effet.

Ces réformes ont été entreprises pour s’assurer que les générations actuelles et futures de Philippins pourront profiter des avantages de nos riches ressources naturelles. 

 

L.L.D. : Suite à l’amélioration de la gouvernance économique et de la performance de secteurs tels que l’électronique, la construction navale ou l’externalisation de processus d’entreprise (BPO), votre pays attire de plus en plus d’investisseurs étrangers. Considérant les restrictions imposées aux investissements des entreprises étrangères, quelles initiatives pourraient-elles être mises en place pour améliorer l’accessibilité au marché philippin ? Fort de la maitrise de l’énergie géothermique par votre pays, dont il est le deuxième producteur mondial, comment envisagez-vous de stimuler le développement des ressources naturelles dont il est doté ?

 

S.E.M.A.F.D.R. : L’accent que nous mettons sur une gouvernance honnête et bonne a amélioré le climat des affaires dans le pays, et notamment la confiance des investisseurs étrangers. De ce fait, les investissements directs étrangers ont augmenté ces dernières années. Pour capitaliser sur cette vague d’intérêt, nous avons rationalisé les exigences réglementaires pour permettre de faire plus facilement des affaires aux Philippines.

Nous nous attaquons également activement à faire rayer les Philippines de la « liste noire » des gouvernements étrangers ou institutions internationales. Par exemple, en février de cette année, l’Organisation de l’aviation civile internationale a effectué un audit de l’industrie de l’aviation civile philippine. Nous espérons que notre radiation de la liste OACI des pays présentant de graves préoccupations en matière de sécurité permettra : 1) le retour du pays dans la catégorie 1 du système de sécurité de la direction de l’aviation civile américaine (FAA), et 2) la radiation de la « liste noire » de la DG mobilité et transports. Ces évolutions faciliteront entre autres l’entrée d’un plus grand nombre de transporteurs aériens étrangers et encourageront un plus grand nombre de visiteurs à faire des Philippines la destination de choix de leurs vacances.

Nous avons accru les dépenses du secteur public dans l’infrastructure, notamment dans la construction et le fonctionnement du réseau routier/autoroutier, des ports, les aéroports et les systèmes de transit de masse. À ce propos, le développement de l’infrastructure suscite un intérêt considérable chez les investisseurs étrangers à travers notre programme de partenariats public-privé pour les projets phares.

Nous entreprenons actuellement une modernisation de la police nationale philippine pour améliorer ses capacités à appliquer la loi. Nous augmentons également le nombre de policiers pour qu’ils soient plus visibles pour le public et découragent la commission de crimes.

Concernant la deuxième question, nous encourageons l’exploration par le secteur privé du gaz naturel dans l’ouest du pays. Ceci devrait aboutir à une moins grande dépendance par rapport au pétrole importé utilisé dans nos secteurs industriels et de production d’énergie. Un autre axe important est celui du développement des sources d’énergie renouvelable. Nous sommes en train de construire le deuxième parc éolien aux Philippines. Il sera construit dans le nord du pays. Le projet Burgos de parcs éoliens devrait permettre de produire 87 MW d’électricité ; suffisamment pour répondre aux besoins en électricité de plus d’un million de ménages. Je souhaiterais ajouter que les Philippines sont pionnières dans la maîtrise de l’énergie éolienne pour la production d’énergie à grande échelle en Asie du Sud-Est.

Produire de l’énergie grâce à la technologie de la biomasse est encore un autre domaine prioritaire. Avec une offre importante de balles de riz et d’autres produits dérivés de l’agriculture, les Philippines peuvent profiter d’une technologie qui fabrique l’énergie avec ce qui était traditionnellement considéré comme des déchets. Nous remercions la France d’aider le pays à développer sa technologie. Lors de la visite du Premier Ministre Jean-Marc Ayrault aux Philippines en octobre 2012, la France a convenu de financer une étude sur la génération de l’électricité à partir de la biomasse au centre des Philippines.

 

L.L.D. : Membre fondateur du processus d’intégration régionale de l’Asie du Sud-Est, les Philippines se préparent activement à rejoindre la communauté économique ASEAN (CEA) qui devrait être mise en place en 2015. Quelle est votre vision des défis posés par la libéralisation des échanges commerciaux et, inversement, des avantages qu’elle peut apporter à votre pays ? Quelles sont les initiatives en vue de renforcer sa compétitivité, et, plus spécifiquement, dans certains secteurs comme l’agriculture ? Au-delà, quelles sont vos recommandations pour faire progresser la coopération régionale dans le domaine de l’environnement et de la prévention des catastrophes naturelles ? 

S.E.M.A.F.D.R. : Le gouvernement philippin offrira un soutien aux entreprises locales et au secteur économique pour leur permettre de concurrencer le marché ASEAN une fois que l’intégration économique sera mise en place en 2015. Le soutien du secteur public est conçu de manière à ne pas ériger de barrières protectionnistes. Il est plutôt conçu pour permettre plus d’efficacité pour les entreprises et les secteurs économiques locaux et leur permettre d’être compétitifs dans un marché élargi.

L’intention est très claire dans l’agriculture. Les dépenses publiques dans le secteur agricole ont augmenté de manière régulière. L’augmentation des dépenses vise entre autres à réduire considérablement le temps qu’il faut aux produits agricoles pour atteindre leur marché. Des routes sont améliorées et construites entre les exploitations agricoles et les marchés. Des installations post-récolte telles que des sites de stockage des céréales qui améliorent la qualité des produits agricoles sont également mises en place.

Un autre objectif est d’accroître la productivité de la production de riz. L’objectif du gouvernement actuel est d’être autosuffisant en riz cette année. Pour ce faire, nous avons achevé le Plan directeur du secteur de l’eau pour nous attaquer à ce problème et améliorer le rôle crucial de l’eau dans l’agriculture. Il convient de noter que la production de riz, l’essentiel de la production agricole du pays est fortement dépendante de l’eau. 

Pour améliorer la distribution de l’eau, des projets d’irrigation sont actuellement entrepris à l’échelle du pays. Des efforts importants sont également déployés pour diversifier la variété de riz produits et le type de cultures agricoles adoptées par les exploitants philippins. L’objectif principal est de rendre le secteur agricole du pays plus productif et plus efficace et, ce faisant, de lui permettre de mieux concurrencer le marché commun ASEAN. 

Sur le point 2, les Philippines sont en fait extrêmement vulnérables aux catastrophes naturelles. En 2012, le pays a été le plus touché au monde par les catastrophes naturelles. Ces épisodes coûtent très cher aux pays en vies perdues et en dégâts matériels.

Concernant les dégâts matériels, des milliards de pesos sont dépensés chaque année pour réparer les dégâts causés par la douzaine de typhons destructeurs, les inondations, les tremblements de terre et d’autres catastrophes naturelles qui ravagent chaque année le pays.

Une réponse régionale efficace à la menace de catastrophe naturelle devrait à mon sens se concentrer sur l’amélioration des capacités dans des domaines tels que la réduction des risques liés aux catastrophes et l’aide humanitaire. Deuxièmement, en raison de la nature périodique de la survenue des tempêtes tropicales, et dans le cadre de la préparation aux effets accrus du changement climatique au niveau mondial, des efforts devraient être déployés pour rendre les communautés résilientes face à ces facteurs de risques. La résilience est essentielle car les Philippines ne peuvent se permettre de perdre leurs nombreuses communautés côtières et agricoles dont le rôle dans l’économie nationale ne saurait être trop exagéré. 

 

L.L.D. : Placé au cœur des débats du 21ème Sommet de l’ASEAN qui s’est tenu en novembre 2012, le contentieux maritime sur la souveraineté entre la Chine et quatre pays de l’Asie du Sud-Est, dont les Philippines, demeure une menace pour la stabilité régionale. Quelles mesures pourraient-elles, selon vous, favoriser l’adoption d’un code de conduite maritime dans cette région ? Considérant l’importance acquise par les relations commerciales sino-philippines, quelles opportunités pourraient apporter, selon vous, le nouveau gouvernement chinois du Président Xi Jinping, réputé ouvert à la consultation bilatérale ?

 

S.E.M.A.F.D.R. : Les récentes tensions ont seulement souligné le besoin urgent de clarifier et de délimiter les frontières maritimes telles que définies par la Convention des Nations unies sur le Droit de la mer de 1982 et l’importance d’instaurer des règles et des procédures claires pour les litiges relevant du droit international, et à travers ce processus éviter non seulement l’escalade des tensions mais également des conflits armés.

Il est dans l’intérêt des Philippines de développer plus avant le rôle de l’ASEAN pour promouvoir la paix et la stabilité dans la région. Et la conclusion d’un code de conduite régional avec la Chine qui contribuerait à des relations maritimes pacifiques basées sur des règles est importante, jetant les bases d’une croissance économique continue et de la prospérité. Les Philippines travaillent en étroite collaboration avec tous les partenaires pour permettre l’adoption rapide du code de conduite.

Nous avons été clairs et cohérents dans notre position concernant les litiges maritimes qui devront être résolus dans la paix et dans le cadre du droit international, notamment de l’UNCLOS. Nous avons épuisé presque tous les recours politiques et diplomatiques pour un règlement négocié dans la paix avec la Chine. Dans le but d’apporter une solution durable à ce litige, nous avons lancé des procédures d’arbitrage dans le cadre de l’UNCLOS.

Nous considérons l’arbitrage comme une forme de règlement pacifique des litiges. Il encourage la règle de droit et profite à toutes les parties.

Cependant, litige maritime à part, la Chine est non seulement un voisin mais également un vieil ami avec lequel nous avons de profonds liens historiques, culturels et économiques. Nos relations bilatérales ne devraient pas seulement être définies par les tensions récentes, et je reste confiant que nous pouvons travailler à une solution pacifique. L’ancien Président de la Chine Hu Jintao et moi-même avons convenu de faire avancer l’agenda bilatéral et d’en éliminer les points contentieux qui feront l’objet d’un traitement séparé. J’espère que nous pourrons poursuivre cela avec le nouveau gouvernement du Président Xi Jinping.

 

L.L.D. : Marquant le premier déplacement effectué aux Philippines par un chef du gouvernement français depuis 1946, le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault a rendu hommage, le 19 octobre 2012 à Manille, à « la stratégie ambitieuse de développement économique » du Président Aquino. Comment analysez-vous le potentiel d’accroissement des échanges économiques entre les deux pays et dans quels secteurs ? De manière plus générale, comment les relations franco-philippines redynamisées peuvent-elles promouvoir un renforcement des liens entre les Philippines et l’Union européenne ?

 

S.E.M.A.F.D.R. : La visite du Premier Ministre Jean-Marc Ayrault aux Philippines a sans nul doute été un moment important dans les relations Philippines-France pour deux raisons. Elle indique une reprise des liens entre les deux pays et un intérêt accru des entrepreneurs français pour les Philippines.

Actuellement, des efforts de coopération sont déployés par les entreprises françaises et philippines dans le secteur de l’aviation civile et de l’industrie aérospatiale entre autres. Les capacités des Philippines dans ces secteurs essentiels sont assez limitées pour l’instant, notamment dans le secteur aérospatial. Pour cette raison, nous accueillons favorablement la coopération entre les entreprises françaises et philippines pour nous permettre d’améliorer nos capacités industrielles dans ces domaines. La prospection et la production de sources d’énergie traditionnelle, la production d’énergie renouvelable et les technologies de l’information, domaines où la France est à la pointe de la technologie en termes de capacités nationales sont quelques-uns des secteurs où nous espérons voir une coopération plus importante. Un autre secteur est celui du tourisme.

Les données indiquent que les touristes français viennent en cinquième position au niveau des dépenses lorsqu’ils sont en vacances à l’étranger. Dans le même temps, le pays a amélioré sa compétitivité dans le tourisme. Le Rapport sur la compétitivité du secteur du voyage et du tourisme du Forum économique mondial de 2013 cite les Philippines comme « le pays de la région qui s’est le plus amélioré, se classant 16ème dans la région et 82ème au monde » en hausse de 12 niveaux sur les 140 pays. Avec une telle évolution, nous espérons attirer plus de visiteurs français dans le pays.

La nouvelle politique des Philippines envers l’Union européenne appelle à une intensification et une expansion des relations avec le groupement régional. La stratégie reconnaît l’importance de l’Union européenne en tant qu’entité économique et politique mondiale. Ainsi, un engagement accru sera poursuivi dans les domaines du commerce et des investissements, de la coopération politique-sécurité, de l’immigration et du développement, du tourisme, de la coopération culturelle et pour le développement.

La France étant un des principaux membres de l’Union européenne, nous espérons qu’elle pourra soutenir le pays et l’aider à parvenir à un engagement plus large avec l’Union européenne.

 

L.L.D. : Lors de sa visite à Washington le 8 juin 2012, le Président Aquino a affirmé avec le Président Barak Obama leur objectif commun de renforcer l’alliance stratégique entre les Philippines et les États-Unis. Au-delà de la coopération en matière de lutte contre le terrorisme, comment la présence militaire américaine est-elle appelée à évoluer ? Plus largement, quelle est votre vision du recentrage de la stratégie de défense américaine sur la région Pacifique ? Avec le partenariat militaire qui lie également les Philippines au Japon et celui que vous souhaiteriez conclure avec l’Australie, quel est le rôle que votre pays aspire à jouer sur la scène géopolitique asiatique ?

 

S.E.M.A.F.D.R. : Les États-Unis constituent l’allié le plus stratégique des Philippines, mais la relation va plus loin encore car elle repose sur une base solide d’histoire partagée, de valeurs communes, d’engagement partagé envers la démocratie, de liens économiques et de contacts solides entre les deux peuples. Notre traité de défense mutuelle est le principal point d’ancrage de notre partenariat stratégique, et les États-Unis sont un allié essentiel dans nos efforts de modernisation de la défense et dans l’acquisition d’une capacité de défense minimale.

En outre, nous accueillons avec bienveillance le rééquilibrage des États-Unis vers l’Asie dans le cadre de la contribution au maintien de la paix et de la stabilité dans la région face aux problèmes de sécurité découlant des revendications maritimes et territoriales.

Nous avons également toujours affirmé la primauté du droit international et d’une approche basée sur les règles dans nos relations avec nos voisins et nous sommes déterminés à bâtir des réseaux plus solides de coopération entre les puissances régionales à travers des accords régionaux et bilatéraux.  

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