Mercredi 26 Juin 2019  
 

N°101 - Premier trimestre 2013

La lettre diplometque
  Éditorial
Kazakhstan
Lituanie
  Fiscalité, union douanière, lutte contre la fraude : trois enjeux majeurs pour la présidence lituanienne de l'UE
 
  La coopération parlementaire accompagne une belle page de l’Histoire lituanienne
 
  Des relations d’amitié fortes entre nos deux pays
 
  Un marché en devenir
 
  Les clés de la croissance économique en Lituanie : vers l’approfondissement de ses relations avec la France
 
  La Lituanie et la France : Des relations d’affaires exemplaires
 
  L'IFL : vecteur de liens forts et durables entre la France et la Lituanie
 
  Consul honoraire : une vocation, une mission
 
  Un profond attachement aux missions de l’UNESCO
 
Libye
Philippines
Gabon - Diploprofil©
opinion
Coopération internationale
Formation et Enseignement supérieur
 
La lettre diplometque
La lettre diplomatique Haut
     Lituanie
 
  S.E.Mme / H.E. Jolanta Balciuniene

Au cœur des enjeux de la présidence de l’UE

Pour la première fois de son histoire, la Lituanie assumera au deuxième semestre 2013 la présidence du Conseil de l'Union européenne. Une responsabilité de poids pour ce pays balte qui peut se prévaloir d'un dynamisme économique parmi les plus forts d'Europe et de l'expérience acquise au cours de sa présidence de l'OSCE en 2011. S.E.Mme Jolanta Balciuniene, Ambassadeur de Lituanie en France, aborde pour nous tous les enjeux de cette responsabilité, tout en évoquant le rôle de carrefour des échanges d'une économie lituanienne en plein essor.

La Lettre Diplomatique : Madame l’Ambassadeur, neuf ans après son adhésion à l’Union européenne (UE), la Lituanie va assumer pour la première fois, à partir du 1er juillet 2013, la présidence tournante du Conseil européen. Quelle est votre vision des enjeux de cette responsabilité ? 

S.E.Mme Jolanta Balciuniene : Lorsqu’elle prendra la présidence de l’UE, la Lituanie compte porter une attention toute particulière à tous les domaines de l’actualité européenne : garantir le respect de la discipline budgétaire, la croissance économique et l’emploi ; agir pour la construction d’une Europe ouverte et sûre, tout en veillant à assurer des relations de bon voisinage.  

Un agenda complexe attend la Lituanie. La charge de travail sera d’autant plus importante compte tenu du fait que nous assumerons la présidence de l’UE à la fin du cycle institutionnel durant lequel la Commission et le Parlement européens chercheront à finaliser les travaux engagés avant les élections qui sont prévues, rappelons-le, au printemps 2014. Durant cette période, le programme législatif doit pouvoir être achevé et, dans cette perspective, il sera nécessaire d’adopter un grand nombre de lois. Dès à présent, nous pouvons affirmer que l’UE ne sera pas en mesure d’adopter tous les actes législatifs (plus de 70) relatifs à la mise en œuvre du cadre financier pluriannuel. L’adoption de ces lois européennes importantes dont le cycle est de sept ans, constitue une responsabilité supplémentaire pour le pays assurant la présidence de l’UE. De plus, il ne faut  pas omettre que le pays qui a la charge de la présidence au second semestre, a également l’obligation de trouver un accord sur le budget annuel de l’UE pour l’année suivante (2014 dans notre cas).

Au cours de notre présidence, nous serons probablement confrontés à un autre défi, celui de gérer efficacement, les crises imprévues, mais de plus en plus fréquentes. Nous sommes conscients que la gestion de crises (par exemple, la crise de l’euro, le « printemps arabe », etc.) exige une attention toute particulière et d’importants efforts pour la présidence. Nous intégrons pleinement cet enjeu dans notre préparation. 

La présidence lituanienne du Conseil de l’UE sera la première de l’histoire de notre pays. Il s’agit d’une mission de haute responsabilité. Aussi, nous nous y préparons de façon extrêmement rigoureuse. Nous avons commencé à nous organiser activement dès le début de l’année 2011. Nous  pouvons constater aujourd’hui que les dispositions prises à cet égard se déroulent selon le calendrier établi. Le changement de gouvernement n’a pas été un événement perturbateur dans l’organisation de ce travail car, dès 2011, un accord pour assurer la continuité des préparatifs de la présidence avait été signé par les différents partis politiques lituaniens. L’équipe constituée en vue de la présidence  est déjà formée et le calendrier ainsi que le programme de la présidence sont en cours d’élaboration. Nous sommes convaincus que nous saurons être un « intermédiaire consciencieux » parmi les 28 États membres (en effet en juillet 2013, la Croatie aura très certainement rejoint l’Union) et que nous serons capables de rassembler tous les membres autour des questions les plus importantes de l’agenda de l’UE. 

L.L.D. : A la lumière du partenariat stratégique franco-lituanien scellé en 2011, comment s’articule la concertation entre Vilnius et Paris dans cette perspective ?

S.E.Mme J.B. : Nous nous réjouissons d’avoir à nos côtés, en tant que partenaire stratégique, un pays comme la France qui est influent au niveau mondial et européen. Nos deux pays partagent des liens historiques, politiques, économiques et culturels forts. Le dialogue politique bilatéral est entretenu  par diverses visites et réunions de haut niveau sur les questions importantes de l’UE : en 2011, l’ancien Premier Ministre français, M. François Fillon, s’était ainsi rendu en Lituanie en 2012, tandis que des consultations franco-lituaniennes ont été organisées sur des questions relatives au cadre financier pluriannuel et que nos ministres respectifs des Affaires étrangères, de la Justice et de la Défense ont effectué plusieurs visites de travail mutelles.

Il convient également de rappeler que dans le cadre du format « Pays Baltes-France », des réunions de directeurs chargés des Affaires européennes de nos ministères des Affaires étrangères se tiennent chaque année. En outre, nos échanges de points de vue sont permanents dans le cadre de différents formats de l’UE, à commencer par les groupes de travail du Conseil, la coopération entre les attachés spéciaux et par les contacts directs aux Conseils de l’UE ou au Conseil européen. Enfin, je tiens également à souligner que la Lituanie apprécie tout particulièrement le fait que, durant la présidence lituanienne, la France a l’intention de déléguer un diplomate expert des pays africains et de la coopération au développement à Vilnius. Nous nous réjouissons que durant cette période, ce soit précisément la France qui assurera la sécurité de l’espace aérien des pays baltes et cela pour la 4ème fois de l’histoire. De manière plus générale, le partenariat stratégique franco-lituanien est ainsi respecté, et nous continuons à travailler étroitement avec nos partenaires français dans cette direction.

L.L.D. : Le Parlement européen doit se prononcer en juillet 2013 sur le cadre budgétaire adopté pour la période 2014-2020 par les chefs d’État et de gouvernement de l’UE. Comment analysez-vous les critiques soulevées par ce compromis ? Plus largement, quelles orientations sont-elles privilégiées par votre pays pour approfondir la gouvernance économique et financière de l’UE ? 

S.E.Mme J.B. : Que ce soit durant les négociations précédentes ou durant celles qui sont menées actuellement, le Parlement européen s’est prononcé, et cela de manière constante, en faveur d’un budget de l’UE qui soit le moins rigoureux possible. En revanche, les principaux contributeurs nets au budget ont, pour leur part, envoyé un signal clair que leurs contributions ne pourront pas être augmentées et que le budget de l’UE doit refléter les instruments de consolidation nationaux. L’accord sur le budget d’austérité de l’UE, conclu en février 2013 par le Conseil européen, est le reflet du contexte macro-économique difficile et des prévisions pessimistes sur la croissance économique de l’UE. 

Le compromis budgétaire n’est pas parfait, mais sans le consensus réuni lors du dernier Conseil de l’UE, il y aurait eu un risque réel de ne pas pouvoir parvenir à un accord dans un avenir proche. Cela aurait été très préjudiciable pour toute l’UE : un signal négatif aurait pu être envoyé aux marchés financiers et aux partenaires extérieurs, tandis que les programmes du nouveau cadre financier n’auraient pas pu commencer à temps. 

Nous sommes conscients que les négociations avec le Parlement européen seront intenses et difficiles, mais j’espère vivement qu’il approuvera en définitive le budget de compromis adopté par le Conseil européen. 

En ce qui concerne le renforcement de la gestion économique et financière de l’UE, il est à noter que la Lituanie est partisane de l’intégration économique renforcée de l’UE. En juin et décembre 2012, le Conseil européen a délivré un message unanime stipulant que, pour assurer la stabilité de la zone euro et de tout le système financier européen, ainsi que la stabilité des finances publiques et de l’économie, il est indispensable de créer une union économique et monétaire plus étroite. Le Conseil européen a également adopté un certain nombre de décisions qui doivent être mises en œuvre lors du prochain cycle (comme la création de l’union bancaire comprenant un système de surveillance, un mécanisme de restructuration bancaire et un système de garantie des dépôts communs). 

Il est important que tous les États membres accordent une priorité pour mettre en œuvre les mesures convenues (accord sur la discipline financière, la législation pour la gouvernance économique, etc.).

L.L.D. : Formée à l’issue du scrutin législatif du 28 octobre 2012, la coalition gouvernementale dirigée par le Premier Ministre Algirdas Butkevicius a réaffirmé l’objectif d’adhésion de la Lituanie à la zone euro à l’horizon 2015. Quels atouts la monnaie unique européenne apportera-t-elle, selon vous, à l’économie lituanienne ? Compte tenu des critères macroéconomiques définis pour atteindre cet objectif, de quelles marges de manœuvre dispose votre gouvernement pour répondre aux attentes des Lituaniens en termes d’emploi et de pouvoir d’achat ? Au-delà, quelles sont les motivations de la candidature de votre pays à devenir membre de l’OCDE ? 

S.E.Mme J.B. : Le nouveau gouvernement lituanien a pour objectif de rejoindre la zone euro en 2015. L’adoption de l’euro est un engagement pris par la Lituanie dans le cadre du traité d’adhésion à l’UE envers les autres pays membres, ainsi qu’envers ses citoyens qui se sont exprimés en faveur de cet objectif lors du référendum sur l’UE. L’adhésion à l’Union économique et monétaire constitue ainsi une priorité stratégique pour les Lituaniens, les entreprises lituaniennes et l’État lituanien. Depuis dix ans, le litas est d’ailleurs indexé sur l’euro à taux fixe et l’économie lituanienne fonctionne de facto comme si elle était dans la zone euro. 

Nous devons respecter la discipline financière et veiller à notre compétitivité afin de pouvoir intégrer la zone euro. C’est ce que nous mettons en œuvre depuis quelques années déjà et cela fait partie de la pérennité de notre politique économique et financière. Les spécialistes sont confiants quant aux critères de Maastricht sur le déficit budgétaire, la dette publique, la stabilité monétaire et les taux d’intérêt à long terme. Notre gouvernement continue les programmes prévus en vue notamment d’attirer les investissements directs étrangers ou de la création d’emplois. Le chômage,  qui a augmenté lors de la crise en 2009, diminue de façon continue en raison de l’accroissement de notre compétitivité et de l’expansion de notre économie. De plus, le nouveau gouvernement a tout particulièrement concentré ses efforts sur la réduction du chômage des jeunes. Parallèlement, depuis le début 2013, le salaire minimum a été augmenté ce qui permettra d’améliorer progressivement le pouvoir d’achat de la population.

Le choix de la période à laquelle nous adopterons l’euro est également primordial : dès le printemps prochain, nous aurons la possibilité de répondre aux critères de Maastricht en matière d’inflation. Il est probable que la pression sur l’offre de la monnaie exercée par les banques puisse être faible. Bien sûr, il existe d’autres facteurs externes, tels que l’inflation de la zone euro, qui ne dépendent pas de la Lituanie, mais, de ce côté, les prévisions de la Commission européenne sont optimistes.

Je suis convaincue que l’entrée de la Lituanie dans la zone euro contribuera au développement de la coopération commerciale et financière avec les autres pays de la zone euro. Elle permettra aussi d’augmenter les revenus de la population lituanienne et l’emploi. 

L’euro devrait, en effet, faciliter le quotidien de nos citoyens : en l’absence de frais de change, il leur sera encore plus facile de voyager. La réduction des coûts de transactions interbancaires et des risques financiers devraient permettre de réduire les coûts des prêts en euros (la majorité des prêts immobiliers en Lituanie étant contractés en euros). Des taux d’intérêts moins importants contribueraient à réduire le coût de l’emprunt et les coûts du service de la dette de l’État. Bien que notre dette souveraine ne soit pas très élevée (inférieure à 40%), nous trouverons bien un poste où nous pourrons affecter les fonds non dépensés. 

Ce binôme économique, stabilité économique et appartenance à la zone euro, augmenterait l’indice de confiance des marchés à l’égard de notre pays. Cela nous aiderait à attirer davantage les investissements étrangers et à emprunter à moindre coût pour la réalisation de grands projets d’infrastructures. Il est tout aussi important que nous soyons un partenaire fiable pour notre « club » (l’UE).

Par ailleurs, nous sommes persuadés que notre adhésion à l’OCDE se traduira par un effet similaire. Ce n’est un secret pour personne que faire partie de l’OCDE permet aux États membres de partager leurs expériences dans le domaine de la mise en œuvre des pratiques de gouvernance économique et de gestion au plus haut niveau ; cela permet aussi aux experts des pays membres de participer aux recherches analytiques de cette organisation ainsi que d’utiliser les bases de données des statistiques socio-économiques qui sont probablement les meilleures au monde. Ces instruments ne servent pas seulement à répondre aux attentes directes des citoyens, mais ils ont aussi un impact positif sur le taux d’emprunt du gouvernement et sont considérés comme une garantie de stabilité aux yeux des grands investisseurs. À son tour, cet effet bénéfique aide le gouvernement à atteindre d’autres objectifs de la politique intérieure et économique. Selon les prévisions sur l’impact, nos adhésions à la zone euro et à l’OCDE (en tant que membre à part entière) sont en fait des mesures complémentaires. Nous espérons que pour l’OCDE, elle-même, notre propre expérience de consolidation financière ainsi que celle que nous avons au niveau régional grâce à notre étroite collaboration avec les pays de l’Europe du Nord, lui soit également utile.

L.L.D. : Avec une croissance du PIB estimée à près de 3% en 2012, la Lituanie figure aujourd’hui parmi les économies les plus dynamiques de l’UE. A l’instar de la réforme de l’enseignement supérieur, quelles autres mesures peuvent-elles participer à l’accroissement de sa compétitivité ? Quelles améliorations du cadre des affaires sont-elles envisagées ? Tenant compte des atouts géographiques et du savoir-faire technologique de votre pays, quels secteurs d’activité vous semblent les plus propices à l’intensification des échanges économiques entre votre pays et la France ? 

S.E.Mme J.B. : La modernisation des secteurs stratégiques tels que l’énergie, les transports, les télécommunications contribueront de manière significative à l’amélioration de la compétitivité de la Lituanie. La diversification des sources d’énergie, la construction d’interconnexions des réseaux énergétiques et de transports avec les pays baltes et d’autres pays, l’innovation et la création d’un environnement sécuritaire auront un impact positif sur le renforcement de notre compétitivité et de notre attractivité pour les investissements.

L’objectif principal du gouvernement, fixé pour la période 2012-2016, est la croissance de l’économie lituanienne. Pour y parvenir, une politique fiscale active permettrait d’attirer les investissements et contribuerait de manière significative à la création d’emplois. Notre gouvernement attache une attention toute particulière à attirer les investissements étrangers directs, qui apportent avec eux de meilleures pratiques et des technologies de pointe. Beaucoup d’efforts sont aussi faits pour maintenir le développement des petites et moyennes entreprises (PME). Parmi les autres grandes priorités du gouvernement figure la discipline fiscale et budgétaire. Ainsi, nous nous attachons à ce que les fonds prêtés ne soient pas dépensés inutilement mais qu’ils soient utilisés pour une mise en application des technologies et des innovations de pointe. 

Notre gouvernement accorde une importance significative à augmenter la compétitivité des entreprises sur les marchés intérieurs et étrangers en donnant la priorité au développement des affaires axées sur l’innovation et les technologies de l’information. Nous développons les services publics en ligne pour les entreprises, nous réduisons les charges administratives et réglementaires, et nous cherchons, de cette manière, à faciliter l’accès des entreprises aux sources de financement.  Nous améliorons également les méthodes de travail des institutions chargées du contrôle du secteur des affaires. Enfin, nous essayons de réduire les coûts de création de nouvelles entreprises et à simplifier les procédures. 

En 2012, la France était le 11ème marché d’exportation pour la Lituanie (ce qui représente 3,1% des exportations lituaniennes). Dans les échanges commerciaux bilatéraux dominent les secteurs des industries traditionnelles : le bois, le textile, les produits minéraux. Parmi les secteurs les plus prometteurs pour l’exportation de marchandises et de services lituaniens vers la France, figurent les produits de l’industrie laitière, le bois et les meubles, le matériel optique et médical ainsi que le matériel de mesure, les services de transport, les produits de l’industrie chimique.

Nous observons un potentiel inexploité dans l’industrie alimentaire. Bien que l’accès au marché français soit plutôt difficile, certaines entreprises lituaniennes de ce secteur trouvent une demande en France. Nous avons des exemples de réussite de coopération entre les entreprises françaises et lituaniennes de hautes technologies (par exemple, nos entreprises de l’industrie laser ont noué des partenariats avec les entreprises françaises).

Nous pouvons également distinguer un grand potentiel dans le domaine des biotechnologies, notamment dans le cadre de la coopération en matière de recherche. Il convient de noter qu’en raison des avantages géographiques de notre pays (nous sommes situés à proximité immédiate des marchés de l’Est), nous pouvons assurer un rôle d’intermédiaire entre l’Occident et l’Orient.

Dans le domaine de la coopération économique avec la France, sans compter le commerce bilatéral, nous constatons qu’il existe un besoin pour nos entreprises de faire connaissance avec les bonnes pratiques des différents secteurs économiques français. En 2012, une délégation de transporteurs lituaniens s’est rendue en France, où elle s’est intéressée aux spécificités des centres logistiques publics. Les représentants de l’association des petites et moyennes entreprises, quant à eux, se sont intéressés à l’expérience française en matière de développement du logement durable. Au cours de ces rencontres, des contacts entre entrepreneurs français et lituaniens ont été établis, des échanges d’expérience ont été partagés et de nombreuses possibilités de partenariats pour de futurs projets communs ont émergé, qui contribueront, sans aucun doute, à l’intensification des échanges commerciaux et des flux d’investissements bilatéraux.   

L.L.D. : Le rejet par référendum du projet de construction d’une centrale nucléaire à Visaginas a remis en cause la stratégie de sécurité énergétique lituanienne. Ce projet peut-il encore, selon vous, être relancé ? Comment décririez-vous le potentiel de développement de sources d’énergies alternatives en Lituanie ? Considérant la construction d’un terminal gazier à Klaipéda et l’interconnexion aux réseaux électriques de la Suède et de la Pologne, à travers quels autres projets la Lituanie compte-t-elle renforcer la diversification de ses sources d’approvisionnement énergétique ainsi que son intégration économique régionale ? 

S.E.Mme J.B. : Comme vous le soulignez dans votre question concernant la construction de la centrale nucléaire à Visaginas, un référendum consultatif a eu lieu le 14 octobre 2012. Compte tenu de ses résultats, le Parlement lituanien a chargé le gouvernement d’élaborer une stratégie d’approvisionnement énergétique la plus optimale possible sur le plan économique et la plus favorable aux consommateurs. Actuellement, un groupe d’experts travaille sur ce point afin d’évaluer tous les scénarios possibles d’approvisionnement en énergie de la Lituanie, y compris l’avenir du projet de centrale nucléaire à Visaginas. Ce projet pourrait être mis en œuvre uniquement au niveau régional, c’est-à-dire seulement avec la participation de partenaires régionaux.

Pour ce qui est de  la sécurité énergétique de la Lituanie, le fonctionnement réel du marché intérieur de l’UE en constitue l’un des éléments clés. Par conséquent, les dirigeants européens sont tombés d’accord en 2011 pour éliminer d’ici 2015 les îlots énergétiques au sein de l’UE et pour créer un marché interne de l’UE viable d’ici 2014. Ces projets doivent désormais être mis en œuvre dans les délais. 

Les projets du terminal de gaz naturel liquéfié ainsi que les liaisons électriques avec la Suède et la Pologne sont mis en œuvre selon le programme prévu. Nous espérons qu'ils contribueront à établir des bases solides pour les marchés de l’électricité et du gaz dans la région.

Ayant pour objectif de faire pleinement partie du marché intérieur européen de l’énergie, nous avons l’intention de mettre en œuvre non seulement de nouveaux projets énergétiques (gazoduc reliant la Lituanie et la Pologne), mais aussi une base juridique pertinente (mise en œuvre cohérente du 3ème paquet énergie de l’UE). Dans ce contexte, le projet de connexion en mode synchronisé des pays baltes au système énergétique européen est particulièrement important. 

La Lituanie continuera d’accroître l’utilisation de sources d’énergie renouvelables dans la production  d’électricité et de chaleur. Il est prévu que d’ici 2020, au moins 23 % de la consommation finale de l’énergie sera issue de ressources renouvelables (pas moins de 20 % dans le secteur électrique et pas moins de 60 % dans le secteur du chauffage collectif).

L.L.D : En dépit des liens historiques qui les unissent et de la densité de leurs échanges économiques, la Lituanie et la Pologne ont vu leurs relations se dégrader au cours de la période récente. Dans quelle mesure la participation du Parti de la minorité polonaise à la coalition gouvernementale peut-elle favoriser un renouveau du dialogue politique entre les deux pays ?   

S.E.Mme J.B. : Le dialogue politique bilatéral n’a jamais cessé d’exister même s’il existe des divergences sur certaines questions. Les relations lituano-polonaises doivent être évaluées au travers des faits. Par exemple, en 2012, les échanges commerciaux entre la Lituanie et la Pologne ont augmenté en dépassant nettement le niveau qui avait été atteint avant la crise économique et financière. La Pologne se positionne ainsi au 2ème rang des investisseurs directs étrangers en Lituanie. De plus, les visites bilatérales de haut niveau, celles du Premier Ministre ou du Ministre des Affaires étrangères, qui ont eu lieu ces derniers temps, témoignent de l’intensification des relations lituano-polonaises. D’ailleurs, il ne peut en être autrement : nos deux pays ont d’importants objectifs stratégiques communs, en particulier dans les secteurs de l’énergie et des transports, de sorte que les besoins et les attitudes sur la plupart des questions sont les mêmes. Cela conduit à une meilleure compréhension mutuelle et à une volonté de coopérer, c’est-à-dire de favoriser un renouveau du dialogue politique entre les deux pays. La participation du Parti de la minorité polonaise à la coalition prouve qu’elle porte bien son attention sur les mêmes questions, ce qui renforce d’autant plus la coopération bilatérale.

L.L.D. : Vilnius accueillera en novembre 2013 le 3ème sommet du Partenariat oriental de l’UE. Tenant compte de l’accord d’association paraphé en mars 2012 avec l’Ukraine, quel bilan faites-vous de cette initiative ? 

S.E.Mme J.B. : Pour la Lituanie et toute l’UE, le Partenariat oriental est important en tant qu'instrument le plus efficace et presque unique, dont dispose actuellement l’UE, pour avoir, dans son voisinage oriental, des pays sécurisés, économiquement forts et orientés vers les valeurs européennes. Le 3ème sommet du Partenariat oriental sera exceptionnel compte tenu du fait qu’on espère pouvoir y dresser un bilan de la mise en application réelle du partenariat oriental. La signature de l’accord d’association avec l’Ukraine (avec l’établissement en partie d’une zone de libre-échange complète et approfondie DCFTA) est prévue à Vilnius et sera l’une des réalisations les plus importantes : premièrement, ce sera l’accord le plus ambitieux et  approfondi, conclu entre l’UE et un pays tiers ; deuxièmement, il affirmera la direction pro-européenne choisie par l’Ukraine. L’Ukraine pro-européenne est une condition essentielle pour la démocratie et le renforcement de la stabilité économique dans toute la région de l’Europe de l’Est. Bien sûr, la signature de l’accord dépend essentiellement de l’Ukraine elle-même (en fonction du progrès qui sera accompli dans les domaines des réformes politiques, économiques et juridiques selon les critères spécifiés par l’UE).

Dans ce contexte, nous nous réjouissons de l’avancement des négociations sur l’association de la Moldavie, de la Géorgie, et de l’Arménie avec l’UE, qui laisse espérer qu’elles soient achevées en 2013 et peut-être même qu’elles soient paraphées lors du Sommet de Vilnius. Ce dernier marquerait alors le début des préparatifs pour la signature des accords en question.

L.L.D. : Quels progrès ont-ils été enregistrés en matière de coopération avec le Belarus ? 

S.E.Mme J.B. : Nous considérons la participation de la Biélorussie au Partenariat oriental comme un facteur positif qui, nous l’espérons, témoigne de la volonté du pays de ne pas tourner le dos à l’Europe. Il est très important qu’à l’avenir la Biélorussie soit impliquée dans cette initiative et mette en œuvre des efforts pour développer la coopération avec l’UE. Aujourd’hui cette coopération est, malheureusement, ternie par les violations des droits de l’homme et l’existence de prisonniers politiques. Sans leur libération, le dialogue politique normal entre l’UE et la Biélorussie est impossible. 

Il semble que les dirigeants actuels du Ministère biélorusse des Affaires étrangères font preuve d’une attitude assez favorable à l’égard de l’UE. Cette attitude nourrit un certain espoir que la Biélorussie développe une politique étrangère pro-européenne. Tout en cherchant à mettre en place des mesures positives pour améliorer les relations avec le gouvernement biélorusse, nous ne pouvons pas oublier le peuple biélorusse. Nous devons l’aider à évoluer vers l’Europe, continuer à soutenir la société civile, utiliser activement les instruments tels que les programmes d’échanges de jeunes, les contacts humains, ou encore libéraliser le régime des visas dans le cadre autorisé par le Code des visas Schengen.

Il est toutefois regrettable que jusqu’à présent la Biélorussie n’ait pas encore répondu à l’invitation de la Commission européenne, envoyée en juin 2011, pour entamer des négociations sur la libéralisation du régime de visas avec l’UE, ce qui permettrait de réduire le coût du visa Schengen pour les Biélorusses de 60 à 35 euros.

L.L.D. : Plus généralement, quel nouvel élan vous semble-t-il possible d’insuffler à cette dimension de la politique étrangère européenne ? 

S.E.Mme J.B. : Nous sommes convaincus que, lors du sommet de Vilnius, s’imposera inévitablement la nécessité d’examiner et d’élaborer les futures lignes directrices de l’Initiative de partenariat oriental comprenant à la fois la mise en œuvre concrète des accords d’association (y compris le libre-échange, DCFTA) ainsi que la réponse aux attentes des partenaires européens qui ont opté pour une orientation pro-européenne par leurs actions. Il faut garder à l’esprit que la mise en œuvre des accords d’association pour nos partenaires de l’Est se traduira par des réformes coûteuses et de longue durée : nous devons être prêts à leur accorder un soutien politique et financier approprié. 

En même temps, nous devons évaluer si le soutien et les avantages proposés par l’UE sont plus importants que les tentations des projets d’intégration régionale alternatifs (tendant à s’appuyer sur des valeurs inacceptables pour l’UE). Dans le même temps, nous sommes convaincus que les accords d’association doivent être considérés non pas comme un aboutissement final dans les relations de l’UE avec les pays de l’Europe de l’est, mais comme une transition vers une intégration plus étroite ouvrant davantage les portes de l’UE aux partenaires qui le souhaitent. Nous considérons cela comme une impulsion fondamentale nécessaire pour la stabilité et l’efficacité de la dimension de la politique étrangère européenne.

L.L.D. : Le Premier Ministre Algirdas Butkevicius a fait de la relance des relations avec la Russie une priorité de la diplomatie lituanienne. Comment qualifieriez-vous les relations entre les deux pays ? La présidence russe du Conseil des États de la Baltique en 2013 peut-elle représenter, selon vous, une opportunité en vue de favoriser une meilleure compréhension de leurs intérêts mutuels ? 

S.E.Mme J.B. : La continuité est un facteur primordial en politique étrangère, mais la formation d’un nouveau gouvernement peut s’accompagner d’un nouvel élan dans certains domaines. Les relations lituano-russes et l’agenda bilatéral devraient être renforcés  et intensifiés. Cela ne signifie pas que nous pouvons oublier les questions sensibles et importantes pour notre pays, sur lesquelles la Lituanie et la Russie ont des points de vue divergents. Cependant, nous devons mettre l’accent sur nos relations futures, essayer de trouver un dénominateur commun, trouver des exemples positifs dans notre agenda, et, de cette manière, faire face aux questions sur lesquelles un accord n’a pas encore été trouvé.

Pour une meilleure compréhension mutuelle des intérêts communs, il est important d’exploiter tous les formats dans lesquels se rencontrent les représentants lituaniens et russes. Parmi eux figure le Conseil des États de la Baltique. Le Premier Ministre Algirdas Butkevicius a reçu une invitation de son homologue russe M. Dimitri Medvedev pour participer à la Conférence des chefs des gouvernements des États de la Baltique de Saint-Petersbourg qui portera sur les différents thèmes de la protection écologique de la mer Baltique.

Nous sommes en outre intéressés à maintenir une relation mutuellement bénéfique avec la région de Kaliningrad de la Fédération de Russie dans le cadre de la valorisation du patrimoine culturel, du développement des relations économiques et commerciales, ce afin de contribuer au développement régional. À mon avis, c’est justement l’un de ces points de contact où tant la Lituanie que la Russie peuvent trouver un terrain d’entente comme cela a déjà été évoqué, et qui permettrait d’évoluer vers une meilleure compréhension mutuelle. 

La réunion des Ministres des Affaires étrangères des pays du Conseil des États de la Baltique (prévue en juin 2013 à Kaliningrad et qui clôturera la présidence russe de cette organisation)  sera également l’occasion d’évaluer les résultats de la coopération et d’explorer les possibilités pour l’approfondir et la rendre plus efficace.

L.L.D. : Plus généralement, comment votre pays souhaite-t-il voir évoluer le partenariat entre l’UE et la Russie ?

S.E.Mme J.B. : L’agenda européen de la Russie est particulièrement vaste et varié, allant des relations économiques jusqu’aux actions coordonnées en matière de gestion de crises, ou d’actions pour assurer la paix internationale. Il y a un certain nombre de domaines dans lesquels la coopération  se déroule sans encombres et de manière efficace. Je pourrais citer les projets réalisés dans le cadre du « Partenariat pour la modernisation », la coopération culturelle, les programmes d’échanges éducatifs. Cependant, il faut l’admettre, il y a des questions où il n’est pas toujours facile de trouver un accord. L’UE est intéressée et prête à renforcer le partenariat avec la Russie en s’appuyant sur des bases fortes de respect mutuel, d’ouverture et d’égalité. Nous espérons que ces principes seront également appliqués du côté de la Russie, avec la même détermination que l’UE.

Le meilleur moyen d’assurer la stabilité et la transparence des relations bilatérales pourrait se traduire par un nouvel accord juridiquement contraignant UE-Russie comprenant tous les domaines majeurs de la coopération. Dans ces négociations, nous aimerions voir davantage de progrès et c’est pour cela que nous mettons tout en œuvre pour qu’un compromis satisfaisant pour les deux parties soit trouvé. Dans ce contexte, nous nous réjouissons de la nomination de S.E.M. Vygaudas Ušackas au poste d’Ambassadeur de l’UE à Moscou.

L.L.D. : Illustrant la place acquise par la Lituanie au sein de l’Alliance atlantique, le Centre pour la sécurité énergétique de Vilnius est devenu un centre d’excellence de l’OTAN en octobre 2012. Fort de cet aboutissement et de la mise en œuvre des plans de défense pour les États baltes décidée lors du Sommet de Chicago, quel regard portez-vous sur la participation de votre pays à l’OTAN ? Plus globalement, comment accueillez-vous la volonté récemment exprimée par le Président Barak Obama d’initier un partenariat transatlantique global sur le commerce et l’investissement entre les États-Unis et l’UE ?

S.E.Mme J.B. : Nous sommes fiers d’être membre de la communauté transatlantique depuis bientôt dix ans. Cette décision historique a renforcé de manière significative à la fois la sécurité de notre pays, ainsi que celle de l’Europe. Nous souhaitons que cette Alliance soit forte et dynamique, et nous mettons tout en œuvre pour y contribuer activement.

Nous constatons un intérêt fort de l’OTAN pour la Lituanie et sa présence dans la région. Une mission de la police aérienne de l’OTAN opère ainsi dans les pays baltes. De plus, depuis le début 2013, le Centre d’excellence de l’OTAN pour la sécurité énergétique est installé à Vilnius.

En ce qui concerne la mission de police aérienne que je viens d’évoquer, la Lituanie est pleinement satisfaite du déroulement de son mandat et de sa structure actuelle. La situation économique impose une utilisation rationnelle des ressources disponibles, tant pour les mobiliser que pour les partager (« pooling and sharing »). 

L’engagement de l’OTAN pour protéger l’espace aérien balte a permis à la Lituanie de concentrer ses capacités dans d’autres domaines, par exemple, de contribuer aux opérations internationales de l’OTAN. Lors du Sommet de Chicago en 2012, cette mission a été qualifiée d’exemple parfait de « défense intelligente ». 

En 2013, au cours des exercices de l’OTAN  « Steadfast Jazz », les scénarios de défense collective (en vertu de l’article 5 du Traité de l’OTAN) seront réellement expérimentés et l’efficacité des plans de défense de l’OTAN pour les pays baltes seront contrôlés. Il est important que la visibilité de l’Alliance soit assurée. Ceci est de la plus haute importance pour notre région.

Au cours de sa présidence du Conseil de l’UE, la Lituanie cherchera d’ailleurs à renforcer le dialogue transatlantique. Nous allons travailler en ce sens avec l’UE, l’OTAN et d’autres pays européens qui partagent des valeurs communes et qui sont des partenaires historiques en matière de sécurité et de défense.

La Lituanie portera également une attention particulière au cours de sa présidence de l’UE au renforcement des relations commerciales et économiques avec des partenaires stratégiques. Dans ce contexte, nous nous réjouissons tout particulièrement de la volonté du Président américain Barack Obama d’entamer des négociations sur le commerce transatlantique et sur le partenariat d’investissement avec l’UE, selon les recommandations du groupe de travail de haut niveau UE-États-Unis. Les lignes directrices de ces négociations soulignent que le plus grand avantage pour les deux parties pourrait naître d’un accord commercial global et ambitieux qui inclurait non seulement l’ouverture du marché pour les marchandises, mais aussi pour les services et les achats publics ainsi que pour la suppression de barrières non-tarifaires dans les échanges et la coopération dans d’autres domaines liés au commerce. L’un des plus grands défis des négociations sera la convergence des cadre réglementaires de l’UE et des États-Unis. Bien que le volume du commerce bilatéral soit élevé, il existe encore un vaste potentiel inexploité. C’est pourquoi nous sommes convaincus que ce partenariat, fondé sur l’ouverture mutuelle des marchés, pourrait stimuler le développement du commerce européen et américain, et apporterait une contribution significative au renforcement de la compétitivité des plus grandes économies mondiales.

L.L.D. : En autorisant ses forces armées à participer à l’opération Atalante de lutte contre la piraterie au large des côtes somaliennes, votre pays a consolidé son rôle dans le cadre de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD). Comment appréhendez-vous la perspective d’une consolidation de « l’Europe de la Défense » qui passe notamment par la mise en place d’un État-major commun ? Alors que les questions de défense et de sécurité doivent être mises, pour la première fois depuis 2005, à l’ordre du jour du sommet de l’UE prévu fin 2013, quelles doivent être les priorités de la concertation au sein de l’UE dans ce domaine ?

S.E.Mme J.B. : Le traité de Lisbonne a ouvert de nouvelles possibilités pour la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) afin de mettre en place progressivement une Défense européenne commune. 

Ces derniers temps, l’importance de la « soft power » s’est accrue, ainsi que la nécessité de lutter contre le terrorisme et la prolifération nucléaire. Nous sommes confrontés à des conflits d’un nouveau genre, se déroulant à côté de nos frontières, qui exigent une réponse militaire et civile globale à long terme incluant la gestion de crise, la reconstruction post-conflictuelle et la restauration de l’État.

La PESD est l’outil principal de l’UE pour la gestion des crises. La Lituanie, en tant que membre responsable de la communauté internationale, contribue selon ses capacités à l’action globale de l’UE dans la gestion des crises. Des fonctionnaires civils participent ainsi à des missions en Afghanistan, au Kosovo, en Géorgie, en Moldavie et en Ukraine. Prochainement, nous allons participer à la Mission de formation de l’UE au Mali. Ainsi, au second semestre 2013, les troupes lituaniennes participeront à l’opération de l’UE contre la piraterie « EUNAVFOR Atalanta ». 

L’avantage de l’UE, par rapport à d’autres organisations, est sa capacité unique de réunir les différentes mesures politiques, économiques, de développement et humanitaire dédiées pour aider à accomplir la gestion des crises civiles et militaires, les missions et les opérations. Cette approche globale assure une flexibilité et une efficacité unique, très appréciés. Toutefois, les États membres doivent faire preuve d’une plus grande volonté politique pour concentrer leurs capacités tant en vue de missions militaires que civiles, mais aussi pour utiliser les instruments de la PESD dans d’autres politiques communautaires, afin de consolider les capacités de planification, d’approfondir les relations avec l’OTAN et d’élargir la coopération avec les partenaires. 

Lors du Conseil européen, qui se tiendra en décembre 2013 sur les questions de défense, les chefs d’États discuteront des questions de sécurité et de défense. A l’ordre du jour des dirigeants, l’accent principal sera mis sur la question des capacités militaires de l’UE, ainsi que sur le renforcement de l’efficacité et de la visibilité de la politique de défense. Les préparatifs pour les discussions de ce Conseil européen ont déjà commencé et se poursuivront tout au long de l’année. Pour notre part, nous cherchons à ce que les dirigeants de l’UE :

-
encouragent le dialogue et la coopération concrète avec les partenaires de l’Europe de l’Est dans le cadre de la PESD, en développant des partenariats mutuellement bénéfiques dans le domaine de la sécurité et de la défense, ainsi qu’en intégrant des partenaires de l’Est dans les missions et les opérations ;

-
soulignent la nécessité de renforcer la capacité de l’UE à répondre aux nouveaux défis de sécurité, en se concentrant sur la dimension de la sécurité énergétique de la PESD ;

-
expriment leur volonté de rechercher une coopération réelle entre l’UE et l’OTAN, et le renforcement de relations transatlantiques ;

-
soutiennent le renforcement de l’efficacité des opérations des groupes tactiques ainsi que des missions et des opérations de l’UE, en mettant l’accent sur le renforcement de la coopération civile et militaire, mais aussi sur une plus grande intégration des aspects de gestion des frontières dans les missions et opérations de l’UE. 

L.L.D. : La Lituanie est candidate à un siège de membre non-permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. Considérant  l’expérience lituanienne à la présidence de l’OSCE en 2011, comment percevez-vous les défis du multilatéralisme ? À la lumière de la crise malienne, de l’instabilité croissante du Moyen-Orient et des défis de la prolifération nucléaire, comment les mécanismes d’intervention de la communauté internationale pourraient-ils être accrus ? 

S.E.Mme J.B. : Nous vivons dans un monde globalisé. Que nous le voulions ou non, nous sommes tous unis par de nombreux liens invisibles. Dans un tel réseau d’envergure mondiale, aucun pays ne peut plus assurer tout seul sa sécurité et résister efficacement à des menaces extérieures dont la diversité et la nature sont d’autant plus difficile à imaginer. Cela nous oblige à prendre notre part de responsabilité pour garantir la paix et la sécurité mondiale. Pour un État responsable, il n’est tout simplement plus possible de rester hors-jeu. Je voudrais souligner qu’assurer la paix et la sécurité à l’échelle mondiale n’est pas uniquement une obligation ou une prérogative des pays puissants et influents. Nous sommes persuadés que les petits pays ont également leur propre part de responsabilité et le droit à la parole.

Le Conseil de sécurité de l’ONU représente justement à la fois une tribune et un levier de la politique réaliste. En les utilisant correctement, même un petit pays peut faire entendre sa voix et ses propositions, même pour résoudre les problèmes les plus difficiles. La Lituanie est fermement convaincue que ce n’est qu’en assurant la possibilité aux petits pays d’être représentés au sein du Conseil de sécurité, qu’il est vraiment possible de garantir la légitimé de cet organe particulièrement important des Nations unies. Par conséquent, nous croyons que lors des élections des membres non-permanents du Conseil de sécurité, il est indispensable de tenir compte de l’expérience du candidat, acquise le plus souvent dans la lutte face aux défis de transformation les plus complexes, ainsi qu’à ses réalisations concrètes, et pas seulement à sa puissance économique et son influence politique. Nous sommes persuadés que l’expérience de la Lituanie et la perspective politique qu’elle représente peut véritablement enrichir les débats du Conseil de sécurité et contribuer de manière significative à un effort commun visant à renforcer la sécurité régionale et internationale tout en garantissant le respect des droits de l’homme.

La Présidence de l’OSCE, probablement la plus importante organisation de sécurité régionale, a donné à la diplomatie lituanienne une expérience significative dans le domaine de la diplomatie multilatérale. Nous avons alors assumé une grande responsabilité consistant à coordonner les intérêts parfois très éloignés des 56 États membres, et dans le même temps à préserver et défendre les valeurs ainsi que les principes de l’organisation. 

Je suis persuadée que cette expérience nous a permis de prendre conscience d’une leçon importante : en mettant en communs nos efforts, même dans les situations les plus difficiles, on peut trouver des solutions pragmatiques et arriver à un compromis malgré les tensions et l’hostilité. Toutefois, ces décisions et ces accords ne seront pas durables s’ils ne sont pas fondés sur des valeurs fortes, des engagements ainsi que des principes communs. 

Dans le cas où la Lituanie serait élue au Conseil de sécurité, nous chercherons à ce que le travail et les décisions de cette importante institution soient plus étroitement lié au système des valeurs et des vertus développées dans les principes de l’ONU.  

La politique, et notamment la politique internationale, est l’art de gérer des compromis et des décisions pragmatiques (the art of the possible), mais toute cette activité finie, tôt ou tard, par s’effondrer si elle quitte des yeux les indicateurs établis pour indiquer une orientation et qui lui donnent un sens. La tragédie inimaginable qui se déroule sous nos yeux en ce moment en Syrie montre que tout au moins face à ce conflit sanglant, qui a tué et continue à tuer des milliers d’innocents, le Conseil de sécurité ne dispose pas de « système de coordonnées » unanime quant aux priorités de ses valeurs. 

Dans le cas où la Lituanie deviendrait membre du Conseil de sécurité, nous nous attellerons dans toutes les situations à rechercher l’équité ; nous défendrons les valeurs de l’ONU, nous travaillerons sincèrement pour que toutes les bonnes décisions du Conseil de sécurité soient appliquées en faveur de la paix et de la sécurité de  tous.

L.L.D. : Membre-observateur de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), votre pays a signé le 22 octobre 2012 à Paris une Convention de partenariat concernant la formation au français des diplomates et fonctionnaires lituaniens. Comment définiriez-vous l’attachement de la Lituanie à la culture francophone et au rôle de l’OIF sur la scène internationale ? En quoi cet héritage culturel constitue-t-il un vecteur privilégié de la coopération franco-lituanienne, notamment dans le domaine universitaire ?

S.E.Mme J.B. : Le patrimoine francophone fait partie intégrante de la Lituanie d’aujourd’hui : ce sont les tombes des soldats de l’armée napoléonienne, les parcs créés par E. F. André ou bien les œuvres des artistes lituaniens qui ont étudié à Paris entre les deux guerres. Nous attachons une grande importance à la fois à la sauvegarde de ce patrimoine ainsi qu’aux échanges culturels avec la France d’aujourd’hui et les autres pays francophones. 

Nous portons également une attention particulière à notre coopération politique pour atteindre les valeurs communes que sont le développement d’une démocratie stable, le respect des droits de l’homme et de la culture, l’épanouissement durable de la société et de l’économie. Cet intérêt pour la Francophonie a encouragé la Lituanie à devenir membre observateur de l’OIF.

Notre pays participe ainsi activement aux rencontres de coordination des pays francophones dans le cadre des différentes organisations internationales. Nous sommes pleinement engagés dans les activités qui concernent les droits des femmes, et c’est avec un grand intérêt que nous avons pris part au Forum des femmes francophones qui a eu lieu pour la première fois en mars 2013. 

Nous encourageons aussi le dialogue culturel avec le monde francophone. Dans ce contexte, les événements de la Journée internationale de la Francophonie jouent un rôle important : les spectacles, les projections de films, les expositions entrainées à la fête qui a duré tout le long du mois de mars et même au-delà. L’invité d’honneur en 2013 était le Maroc.

Bien évidemment, dans la promotion du dialogue avec le monde francophone, l’apprentissage du français joue un rôle particulier. Depuis déjà 2006, nous coopérons avec succès avec l’OIF et l’Institut français à Vilnius dans le cadre de la formation des fonctionnaires. Le nouvel accord de coopération, signé en 2012, prolonge et renforce ce partenariat, ce qui est particulièrement important dans le cadre de la préparation de la présidence lituanienne du Conseil de l’UE au second semestre 2013. Les cours de français, organisés au titre de cet accord, sont suivis par plus de 500 fonctionnaires lituaniens. Beaucoup d’entre eux font partie de l’équipe de la présidence lituanienne du Conseil de l’UE.

Dans le domaine universitaire, les relations, probablement les plus fortes avec la Francophonie, sont noués par l’Université M. Riomeris à Vilnius qui est membre de l’Agence universitaire francophone. La Lituanie et la France souhaitent renforcer leur coopération en matière d’enseignement supérieur et de recherche, dans le cadre du développement du système européen d’enseignement supérieur (processus de Sorbonne et de Bologne) ; ainsi que pour promouvoir des échanges universitaires,  développer des programmes d’études de master conjoints menant à un double diplôme (programmes de formation francophones existants). Nous sommes heureux que pour l’année scolaire 2012-2013, l’admission aux quatre programmes d’études de master conjoints avec les universités françaises ait été mise en place.

Retour en haut de page
 
 

 
La lettre diplomatique Bas
  Présentation - Derniers Numéros - Archives - Nos Liens - Contacts - Mentions Légales