Dimanche 21 Avril 2019  
 

N°101 - Premier trimestre 2013

La lettre diplometque
  Éditorial
Kazakhstan
  Les énergies renouvelables au coeur de l’Expo 2017
 
  Un partenariat stratégique dynamique
 
  Le Groupe sénatorial d’amitié France-Asie centrale : un acteur dynamique des relations franco-kazakhstanaises
 
  Pour l’amitié entre le Kazakhstan et la France : le champ parlementaire
 
  Un partenariat économique renforcé
 
  « Nous voulons être un véritable acteur du développement économique et social du Kazakhstan »
 
  Air Liquide s’implante au Kazakhstan
 
  Une coopération étroite dans le secteur aérospatial
 
  Eurocopter conforte son partenariat industriel au Kazakhstan
 
  L’agriculture kazakhstanaise : un potentiel à exploiter
 
  Promouvoir l’image et la culture kazakhes
 
  Le Kazakhstan à la poursuite du rêve de l’ultra-modernité
 
  Mémoire du Kazakhstan
 
  Les initiatives culturelles globales du Kazakhstan en harmonie avec les valeurs de l’Unesco
 
Lituanie
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opinion
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Formation et Enseignement supérieur
 
La lettre diplometque
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     Kazakhstan
 
  S.E.M / H.E. Nourlan Danenov

Une diplomatie innovante au service de la paix
et de la prospérité

En l’espace de deux décennies depuis son indépendance, le Kazakhstan s’est affirmé comme l’une des économies les plus prometteuses de l’Asie centrale. Bien que disposant de presque toutes les ressources minérales répertoriées dans le tableau de Mendeleïev, il mise aussi sur des secteurs à forte valeur ajoutée, comme l’industrie aérospatiale ou les énergies renouvelables. Revenant sur les initiatives diplomatiques du Président Noursoultan Nazarbaïev pour placer Astana au cœur des enjeux internationaux, S.E.M. Nourlan Danenov, Ambassadeur du Kazakhstan en France, analyse pour nous les défis de la stratégie de développement 2050.

La Lettre Diplomatique : Monsieur l’Ambassadeur, candidat à un siège de membre non-permanent du Conseil de sécurité des Nations unies pour la période 2017-2018, le Kazakhstan n’a cessé d’accroître, en l’espace de deux décennies, sa présence sur la scène internationale. Quel regard portez-vous sur la place qu’occupe votre pays dans le concert des nations?

 

S.E.M. Nourlan Danenov : En effet, le Kazakhstan a annoncé sa candidature à un siège de membre non-permanent du Conseil de sécurité de l’ONU pour la période que vous évoquez. Comme vous le savez, dès la proclamation de son indépendance, notre pays a fermé le polygone nucléaire de Semipalatinsk et renoncé au quatrième arsenal atomique de la planète, montrant au monde entier sa politique de paix prônant une sécurité régionale et globale.

Aujourd’hui, Astana demeure l’un des leaders et inspirateurs du mouvement pour la non-prolifération nucléaire et d’une approche impartiale vis-à-vis du désarmement général. Le Kazakhstan a proposé d’implanter sur son territoire une banque internationale de combustible nucléaire pour l’approvisionnement des pays qui en ont la nécessité pour une utilisation à des fins pacifiques. Ce dispositif permettrait de réduire le risque de prolifération nucléaire.

Au cours de ces dernières années, Astana et Almaty sont devenues les plateformes d’un dialogue constructif et productif sur nombre de problèmes et défis. Il n’est pas inutile de rappeler que notre pays a présidé avec succès l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) en 2010 et l’Organisation de la  Coopération Islamique (OCI) en 2011. Ainsi, notre État eurasien fait figure de « pont vivant » entre l’Occident et l’Orient. Les hommes politiques étrangers le qualifient d’ailleurs souvent de « générateur de la stabilité régionale » de par son positionnement comme carrefour intercivilisationnel et la riche mosaïque de populations qui le caractérise.

Face au renforcement de l’extrémisme religieux dans le monde moderne, le Président Noursoultan Nazarbaïev a proposé, en tant que chef d’État et homme politique pleinement conscient de la place croissante de la religion dans la société, d’organiser un forum des religions mondiales et traditionnelles dans la capitale du Kazakhstan. Jusque-là, ce type d’événements n’avaient pour seuls organisateurs que les représentants des religions et des confessions majeures. Le dessein du Président kazakhstanais se propose d’instaurer un dialogue réel entre les chefs de file des religions mondiales et traditionnelles, fondé sur des valeurs de base partagées et la compréhension mutuelle. Ce dialogue aspire à ouvrir de larges perspectives pour une coopération mutuelle et contribuer à surmonter les manifestations néfastes de notre époque que sont le terrorisme, l’extrémisme, la violence, le fanatisme, etc. En tant que concept et moyen de résolution des conflits, nous promouvons le dialogue des religions en vue de contrebalancer la violence et la terreur dans les relations interconfessionnelles et interethniques. Le Congrès des leaders des religions mondiales et traditionnelles se tient ainsi tous les trois ans (2003, 2006, 2009 et 2012). En 2013, nous célèbrerons le 10ème anniversaire du début de la mise en œuvre de cette initiative.

 

L.L.D : Vous venez d’évoquer une question très importante dans le contexte des tensions persistantes entre certains États, notamment au Proche et Moyen-Orient, et en Asie Pacifique. Promoteur d’un plan de désarmement nucléaire avec le projet ATOM, le Kazakhstan a accueilli, en février et en avril 2013, la reprise des négociations sur le programme nucléaire iranien. Quel bilan tirez-vous de cet échange entre les représentants iraniens et ceux du groupe de pays 5+1 ? Fort de l’expérience de votre pays dans ce domaine et de sa proposition d’accueillir, sous les auspices de l’AIEA, un Centre international d’enrichissement d’uranium, quelle issue vous semble-t-elle envisageable à cette crise ?

 

S.E.M.N.D. : L’escalade des tensions et l’exacerbation des situations conflictuelles, qui sont liées en particulier aux armes nucléaires, constituent une menace non seulement à l’échelle régionale, mais également mondiale.

Comme vous le savez, dans le cadre de la Conférence internationale intitulée « De l’interdiction des essais nucléaires vers un monde sans armes nucléaires », qui s’est tenue le 29 août 2012, à l’occasion de la Journée internationale contre les essais nucléaires, le Président Noursoultan Nazarbaïev a annoncé le lancement du projet international « ATOM » (Abolish Testing: Our Mission). Le chef de l’État du Kazakhstan a alors appelé toutes les personnes de bonne volonté à travers le monde entier à soutenir ce projet. Ceux qui le souhaitent peuvent le faire en ligne sur le site http://theatomproject.org/en en signant la pétition sur l’appel aux gouvernements du monde à renoncer à tout jamais aux essais nucléaires et à obtenir au plus vite la mise en œuvre du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires.

Comme vous le mentionnez, fin février et début avril 2013, deux tours de négociations sur le programme nucléaire iranien se sont déroulés à Astana, entre les représentants du groupe E3+3 (États-Unis, Royaume-Uni, France, Chine, Russie et Allemagne) et l’Iran.

À l’issue de ces rencontres, désormais baptisées « Almaty-1 » et « Almaty-2 » dans les cercles diplomatiques, les parties prenantes ont fait des déclarations officielles exprimant leurs appréciations les concernant. Nonobstant les différences entre ces appréciations, les participants se sont montrés dans l’ensemble optimistes quant à la poursuite du processus de négociation.

Le règlement de la question du programme nucléaire iranien joue un rôle important pour la stabilité et la sécurité dans le monde. Le rapprochement des positions dans le cadre de négociations d’une telle complexité et d’une telle importance pour la communauté internationale exige beaucoup de temps. Le passage à l’examen concret des différentes propositions et l’accord sur la poursuite du  processus de négociations sont à mettre au compte du bilan positif des rencontres d’Almaty.

La République du Kazakhstan n’est pas partie aux négociations et n’y a pas pris une part directe. Restant un partisan conséquent de la non-prolifération nucléaire, notre pays est prêt à apporter tout son concours pour le règlement diplomatique de la situation créée en raison du programme nucléaire iranien, au nom de la stabilité et de la sécurité dans la région et dans le monde. Nous avons également reçu avec reconnaissance les mots de remerciement et les appréciations élogieuses sur le niveau d’organisation de la rencontre de la part de toutes les délégations y ayant participé.

 

L.L.D. : Alors que l’Ouzbékistan s’est retiré en 2012 de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), quelle analyse faites-vous de l’évolution de la concertation régionale sur les questions de sécurité et notamment la lutte contre le terrorisme ? Fort de leur position commune sur la gestion des ressources en eau de l’Asie centrale, comment la coopération entre Astana et Tachkent est-elle appelée à s’approfondir ?

 

S.E.M.N.D. : Chacun sait que les défis et les menaces contemporains, y compris la propagation du terrorisme et de l’extrémisme, ce dont il a été question précédemment, ne peuvent être surmontés que par les efforts conjoints de l’ensemble de la communauté internationale. Aucun pays, aucune organisation régionale n’est en mesure de faire face, seul, avec efficacité, à ces problématiques qui n’ont ni frontières ni identité. Conscient de cette situation, le Kazakhstan coopère activement au sein de nombreuses instances internationales consacrées à la lutte contre le terrorisme, et ce, en premier lieu, dans le cadre de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), de l’OTSC et de la Communauté des États indépendants (CEI). En outre, ces organisations coopèrent étroitement entre elles par le biais d’échanges d’expérience et d’informations, ainsi que par la tenue de consultations. Des structures spécialisées ont ainsi été créées au sein de l’OCS et de la CEI, sous la forme de centres antiterroristes.

Des initiatives concrètes sont prises pour renforcer et améliorer les capacités de lutte antiterroriste de l’OTSC. Une étape importante sur cette voie a été franchie avec la création des Forces collectives de réaction rapide, composantes en état d’alerte permanent des forces et des ressources du système de sécurité collective de l’Organisation. De pair avec leur mission d’assurer la sécurité militaire, elles comptent au nombre de leurs fonctions la participation aux opérations de lutte contre le terrorisme international. L’OTSC a établi une liste des organisations considérées comme terroristes et extrémistes dans les pays qui en sont membres. Il est recommandé aux organismes compétents de prendre en compte cette liste en cas d’interaction dans la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme, ainsi que d’échanger les informations afférentes à des questions présentant un intérêt mutuel.

La lutte contre le terrorisme, le séparatisme et l’extrémisme était et restera l’orientation première de l’activité de l’OCS. Une série de documents fondateurs dans ce domaine a été adoptée dans le cadre de ce Groupe. En juin 2012, le Programme de coopération des États-membres de l’OCS sur la lutte contre le terrorisme, le séparatisme et l’extrémisme pour 2013-2015 a été entériné lors du 12ème Sommet de l’OCS à Pékin. En outre, la Structure antiterroriste régionale (RATS) de l’Organisation, qui a été créée en 2002 (avec son quartier général à Tachkent, en Ouzbékistan), apporte une contribution importante à la coordination et à l’interaction des organes compétents des États-membres de l’OCS dans la lutte contre les « forces des trois maux ».

Pour répondre à votre deuxième question, je tiens tout d’abord à souligner que le Kazakhstan considère l’Ouzbékistan comme un partenaire stratégique important en Asie centrale. Le succès du développement économique de toute la région, ainsi que la sécurité et la stabilité en Asie centrale, dépendent en grande partie de l’interaction étroite entre Astana et Tachkent.

Par ailleurs, les relations commerciales et économiques, culturelles et humanitaires se développent activement entre nos pays. L’Ouzbékistan n’est pas simplement un voisin proche de par sa culture et ses traditions, mais il est aussi l’un de nos partenaires politiques et économiques clés au sein de la CEI.

Nous soutenons les efforts de Tachkent visant à assurer la stabilité et la sécurité dans la région et nous déclarons prêts à unir nos efforts avec tous les pays d’Asie centrale dans la lutte contre les défis et les menaces touchant à la sécurité.

L’un des principaux objectifs des relations bilatérales demeure la nécessité de trouver un consensus pour régler les désaccords liés à l’exploitation commune des ressources hydriques de la région. L’expérience des dernières années a montré l’absence de perspectives qu’il y a à retarder le règlement des désaccords en matière d’eau et d’énergie. Les risques accrus de conflits entre les États, découlant des litiges liés aux ressources hydriques et énergétiques de l’Asie centrale, exigent de trouver des arrangements bilatéraux concrets, suivis d’arrangements multilatéraux, visant à la création d’un mécanisme efficace d’exploitation mutuellement acceptable et rationnelle des fleuves transfrontaliers.

 

L.L.D. : Le Kazakhstan s’est engagé à soutenir la stratégie de transition définie dans le cadre du retrait des troupes de l’OTAN en Afghanistan fixé à 2014. Au-delà des facilités logistiques offertes par votre pays pour faciliter ce retrait, pouvez-vous nous préciser dans quels domaines se manifestera la contribution kazakh-
stanaise à la stabilisation et la reconstruction de l’Afghanistan ?

 

S.E.M.N.D. : Le Kazakhstan est intéressé par un développement stable et durable de l’Afghanistan. Nous considérons que la communauté internationale et l’ONU doivent jouer, en collaboration étroite avec le gouvernement afghan, un rôle plus actif dans le règlement politique et le redressement économique de cet État si durement éprouvé. Notre pays partage ainsi l’avis de ceux qui pensent que c’est aux autorités de Kaboul que doit incomber la responsabilité principale des réformes et de l’utilisation efficace de l’aide financière extérieure, avec un suivi strict exercé par la communauté internationale. Le développement ultérieur de la situation en Afghanistan dépendra de la contribution qui sera apportée au processus de reconstruction du pays par ceux qui en sont les principaux acteurs. 

En 2001 déjà, dans une allocution devant le corps diplomatique accrédité au Kazakhstan, Noursoultan Nazarbaïev avait proposé un règlement pacifique du problème afghan et déclaré que la coalition formée par les États luttant contre le terrorisme international, ainsi que l’ensemble de la communauté internationale, devaient combattre non seulement les conséquences du terrorisme, mais aussi ses causes. Comme l’a très justement remarqué notre Président, durant les vingt dernières années, une génération entière a grandi en Afghanistan sans avoir fait autre chose que la guerre ou cultiver des plantes narcotiques. Ils n’ont rien connu d’autre dans leur vie. Ils n’ont ni éducation ni professions civiles. C’est pourquoi ce pays a besoin du redressement de son économie, du renouvellement de ses experts et de la formation d’un gouvernement de coalition sous l’égide des Nations unies.

Le Kazakhstan continue à apporter un soutien tous azimuts à l’Afghanistan. Notre pays a ainsi  pris l’engagement de former 1 000 étudiants afghans dans ses établissements d’enseignement supérieur. Il envoie en Afghanistan de l’aide humanitaire et y construit des structures d’aide sociale. Nous fournissons principalement de la farine, de l’huile végétale et d’autres produits alimentaires. Nous en importons des fruits et du marbre de construction.

Il convient par ailleurs de noter les efforts déployés par le Centre régional de Coordination et d’Information d’Asie centrale pour la lutte contre le blanchiment de l’argent de la drogue (CARICC). En quelques années de fonctionnement, celui-ci a mené une série d’opérations assez importantes en apportant une contribution remarquée à la lutte contre le trafic de drogue.

La question du retrait des forces de la coalition internationale d’Afghanistan en 2014 et ce qu’il adviendra par la suite de ce pays inquiètent aujourd’hui un grand nombre d’États dans le monde. En fait, il s’agit de l’une des questions-clés soulevées lors de la Conférence internationale du Processus d’Istanbul concernant l’Afghanistan, qui vient de se dérouler à Almaty, le 26 avril 2013.

Le Kazakhstan, dont les frontières sont bien plus proches de cette zone instable que celles de nos partenaires occidentaux, est sérieusement inquiet de l’activité persistante des organisations terroristes et extrémistes en Asie centrale à la veille du retrait des contingents faisant partie de la Force internationale d’assistance et de sécurité (FIAS).

S’agissant de la coopération entre la République du Kazakhstan et l’OTAN, il convient de noter qu’elle se fonde sur le document cadre « Partenariat pour la Paix » (PPP) signé en 1994. Pour le Kazakhstan, la priorité dans la coopération avec l’OTAN est la formation d’unités de maintien de la paix dans le but d’assurer une compatibilité opérationnelle. Dans la pratique, cette démarche vise au développement d’un potentiel national de maintien de la paix, la participation à des exercices communs, l’échange d’expérience en matière de planification, de conduite et d’appui logistique, sous tous ses aspects, ainsi que d’opérations de maintien de la paix.

Le Kazakhstan est intéressé par le développement des activités impliquant les programmes les plus récents et l’expérience de pointe de l’OTAN, qui contribueront à renforcer le potentiel national en matière de défense et de sécurité, ainsi qu’à faire face aux défis et aux menaces touchant à la stabilité régionale.

Mais notre interaction avec l’Alliance ne se limite pas à la sphère militaire et au concours que nous apportons à la FIAS. Nous travaillons ensemble dans le domaine scientifique et celui des plans civils d’urgence.

Dans le cadre de nos relations avec la France dans ce domaine, je voudrais également souligner que l’une des composantes majeures du Partenariat stratégique kazakhstano-français est l’interaction dans le domaine militaire. Ainsi, nos pays ont conclu en 2009, un Accord intergouvernemental relatif au transit, par le territoire de la République du Kazakhstan, du matériel militaire et de personnel liés à la participation des forces armées françaises aux efforts de stabilisation et de redressement de la République islamique d’Afghanistan. Le protocole modifiant et complétant cet accord, signé en 2012, prévoit que lors du processus de retrait, le matériel des forces armées françaises transitera par la ville de Chymkent, au sud du Kazakhstan.

Les grandes entreprises françaises disposant de nouvelles technologies ont participé, pour leur part, de façon assez active et structurelle au développement du complexe militaro-industriel kazakhstanais. Une série de projets communs est à cet égard en train d’être réalisés avec succès.

 

L.L.D. : Illustrant la volonté innovatrice de sa politique étrangère, le Kazakhstan a lancé, en février 2012, l’initiative « G-Global » visant à trouver une issue à la crise financière internationale. Près d’un an après son lancement, comment en évaluez-vous les résultats ? Alors que votre pays a proposé la création d’un G10 des économies musulmanes lors de sa présidence de l’OCI en 2011-2012, quelles initiatives de réforme de la gouvernance économique internationale compte-t-il exprimer à l’occasion du prochain sommet du G20 auquel il a été invité à participer par la Russie ? 

 

S.E.M.N.D. : Le 15 décembre 2011, dans son allocution à la réunion solennelle dédiée au 20ème anniversaire de l’indépendance, le Président Noursoultan Nazarbaïev a proposé un nouveau format d’interaction multilatérale pour tous les pays intéressés, les organisations internationales, les milieux d’experts, la communauté internationale, sur la base du Forum économique d’Astana : le format G-GLOBAL (une sorte de Bretton Woods électronique).

Le « G-Global » constitue ainsi une plateforme multifonctionnelle créant les conditions nécessaires à la communauté des experts internationaux en vue de mener des discussions interactives, ouvertes et publiques, ainsi que des débats sur l’économie mondiale. Ses orientations principales sont :

- la stabilisation économique et les réformes structurelles comme socles de la croissance économique et  de l’emploi ;

- le renforcement du système financier et le développement de l’intégration financière pour soutenir la croissance économique ;

- l’amélioration de l’architecture financière internationale dans les conditions de la mondialisation ;

- le renforcement de la sécurité alimentaire et le règlement des problèmes de volatilité des prix des denrées ;

- l’appui au développement durable de la croissance verte et de la lutte contre le changement climatique.

En janvier 2012, le « Club économique eurasien des scientifiques » a lancé sur le site
http://group-global.org un réseau intelligent au sein de la plateforme internet de communication « G-Global ». À ce jour, celle-ci a enregistré plus d’un million de visiteurs. Plus de 30 000 utilisateurs originaires de 150 pays en sont devenus des participants permanents. Elle compte plus de 21 000 utilisateurs enregistrés et 7 200 visiteurs par jour.

En mai 2012, plus de 40 grands établissements d’enseignement supérieur d’économie de par le monde ont été intégrés à la plateforme de communication G-Global, plus de 20 000 sujets d’études d’experts, de livres, de débats et de projets ont été reçus et plus de 115 000 commentaires et notations ont été déposés par les utilisateurs de la plateforme de communication.

Les meilleures recommandations ont été incluese dans le document de synthèse du Forum économique d’Astana, la « Lettre ouverte aux pays du G-20 », et adressées en 2012 à la Présidence mexicaine du G-20, prenant en compte l’opinion d’experts, de professeurs et de jeunes scientifiques de plus de 40 pays. Plus de 70 recommandations ont été adressées par les représentants de différents continents (États-Unis, Argentine, Belgique, Espagne, Estonie, Hongrie, Royaume-Uni, Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie, Singapour, etc.), d’organisations internationales et de grandes écoles de commerce, telles que le West-Ost Institute de Berlin, le club de Madrid, le Nouveau Comité de Bretton-Woods, l’Université de Cambridge, l’Université de Yale, l’ISC Intelligence in Science, l’Union internationale des Economistes, l’Université de Saint-Etienne (Hongrie), etc.

La Conférence mondiale contre la crise se tiendra sous l’égide de l’ONU, dans le cadre du VIème Forum économique d’Astana qui se déroulera du 22 au 27 mai 2013. Une « Lettre ouverte aux pays du G-20 » sera cette fois encore rédigée sur la base des résultats des travaux de ces structures.

Le Kazakhstan est officiellement invité à participer au sommet du G-20 qui se tiendra à Saint-Pétersbourg, en septembre 2013. Nous sommes en train de préparer les initiatives que nous souhaitons soumettre aux pays de ce club. Les propositions de notre chef d’Etat englobent les problèmes les plus épineux, qui sont à la source du déséquilibre de l’économie mondiale et largement couverts dans les médias. Un autre aspect important concerne l’absence d’alternative aux processus d’intégration à venir, tant à l’échelle de l’espace eurasien que de toute la planète.

 

L.L.D. : Au cours de sa présidence de l’Organisation de coopération islamique (OCI) en 2011-2012, votre pays a annoncé son projet de création d’une Agence kazakhstanaise d’aide au développement (KAZAID). Quels sont les objectifs de cette initiative ? 

 

S.E.M.N.D. : Je souhaiterais tout d’abord rappeler que notre État prend part aux projets internationaux d’aide au développement mis en place sous l’égide de l’ONU par des contributions volontaires et par la participation à des fonds d’affectation spéciale, incluant les projets dans les domaines de l’environnement, de l’aide à la population, de la santé, du droit des femmes, de l’aide aux pays enclavés, de la lutte contre la drogue et d’autres encore. Les principaux destinataires de l’aide du Kazakhstan, entre autres, en matière financière et humanitaire, sont l’Afghanistan, le Kirghizstan, le Tadjikistan, la Palestine, la Somalie et d’autres États-membres de l’OCI.

En 2011, cette coopération a dépassé les 2 millions de dollars. En 2012, le montant des contributions volontaires de notre pays aux organisations internationales, pouvant être considérées comme une aide au développement, s’est élevé à plus de 2,5 millions de dollars. Au total, le Kazakhstan a ainsi octroyé au titre de l’aide humanitaire ou de l’aide au développement un montant de près de 100 millions de dollars.

Au cours de sa présidence de l’OCI, notre pays a proposé la création d’une agence kazakhstanaise d’aide au développement et d’assistance technique, KAZAID. Ses objectifs principaux ont été définis comme suit :

- l’assistance en matière d’élimination de la pauvreté et de mise en place d’un développement économique durable ;

- le développement d’une coopération commerciale et économique avec les États donateurs et l’intégration des marchés nationaux.

 

L.L.D. : Bien que l’économie kazakhstanaise repose encore en grande partie sur le secteur des hydrocarbures, le thème choisi pour l’EXPO 2017, « Énergie du futur, énergie verte », témoigne des nouveaux objectifs de développement de votre pays. Comment évaluez-vous son potentiel en matière d’énergies renouvelables et quels dispositifs sont-ils prévus pour le mettre en valeur ?

S.E.M.N.D. : Lorsque l’on parle de la sécurité globale en général, il ne faut pas perdre de vue la sécurité énergétique. Aujourd’hui, cette problématique est activement discutée au niveau international. De nombreux pays sur tous les continents sont confrontés à ce problème et se demandent : « quel est le type d’énergie à même d’assurer la sécurité énergétique et, par conséquent, le développement durable de l’économie nationale ? » C’est exactement la raison pour laquelle le Kazakhstan a proposé comme thème pour l’EXPO-2017 « l’Énergie du futur ». Souhaitant porter à la connaissance de la communauté internationale les motivations et les objectifs de notre projet national, nous l’avons présenté en 2012 sur les pages du numéro hors-série annuel de la revue « La Lettre Diplomatique ». Nous sommes d’ailleurs reconnaissants de la coopération de confiance établie avec cette publication.

Le Kazakhstan est doté d’un potentiel très élevé dans le domaine des sources d’énergies renouvelables (SER). Disposant d’un vaste territoire, d’un grand nombre de jours ensoleillés par an, d’une abondance de vents et de ressources hydrauliques, notre pays dispose de grandes possibilités en matière d’utilisation des SER et d’approvisionnement de sa population et de l’économie du pays en énergie propre.

Dans le cadre de la mise en œuvre de l’initiative « Économie verte », le Président de notre pays a fixé pour objectif le développement des sources d’énergie alternatives et renouvelables, lesquelles, en 2050, devront couvrir au moins la moitié de la consommation globale d’énergie du Kazakhstan.

En janvier 2013, notre gouvernement a adopté un Plan de mesures de développement des énergies alternatives et renouvelables pour 2013-2020, qui prévoit à l’horizon 2020 la mise en service de capacités SER d’une puissance de 1040 MW, dont 13 centrales éoliennes, 14 centrales hydrauliques et quatre centrales solaires.

En ce qui concerne la réalisation des projets SER, les données du monitoring montrent que la production d’énergie électrique par des installations SER croît d’année en année. Par exemple,  450 millions de kWh ont été produits en 2012, soit une progression de 6% par rapport à l’année précédente.

Vingt-cinq projets SER ont été réalisés à ce jour dans notre pays, dont les installations de Bolotov dans la chaîne montagneuse de Rojdestvenskoyé et les installations solaires sur le toit de l’Université nationale Eurasienne. En outre, cinq petites centrales hydrauliques ont été mises en service sur des fleuves de montagne dans la province d’Almaty, avec une puissance totale établie d’environ 20 MW.

Douze autres projets seront achevés en 2013, y compris la construction d’une centrale éolienne, de quatre centrales hydrauliques et d’une centrale solaire.

Le lancement d’une série de projets, y compris la construction de la première tranche du parc d’éoliennes d’Ereymentaou, d’une puissance de 45 MW, est également prévu cette année. La puissance totale du parc d’éoliennes atteindra 300 MW. Ce projet doit devenir la source d’énergie qui approvisionnera les installations de l’EXPO-2017.

De nombreux projets SER seront inclus dans la carte d’industrialisation du pays et réalisés en utilisant les dernières évolutions technologiques mondiales.

 

L.L.D. : Quelles sont vos attentes à l’égard de l’EXPO-2017 ? 

 

S.E.M.N.D. : Les résultats impressionnants du vote qui a eu lieu à Paris le 22 novembre 2012 montrent que nos avancées sont reconnues par la communauté internationale. Pour la première fois, un événement international aussi prestigieux que l’EXPO-2017 aura lieu sur le territoire de la CEI et, plus largement, dans un pays du Sud.

En votant pour Astana, la communauté internationale nous a donné une chance unique que nous sommes tenus d’utiliser avec le maximum d’efficacité. Nous avons endossé une grande responsabilité et nous ferons tout le nécessaire pour que cet événement soit couronné de succès. Le Kazakhstan développe activement et depuis longtemps des partenariats avec les pays voisins et le monde occidental. L’atout de notre politique extérieure a toujours été et reste son caractère multivectoriel. Nous espérons que la participation à l’EXPO-2017 de tous les pays-membres du Bureau international des Expositions (BIE), ainsi que le processus préparatoire nous permettront d’élargir significativement la géographie de notre coopération sur les continents connaissant un développement dynamique : l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine.

Les retombées d’une exposition d’un tel niveau profiteront non seulement aux grands acteurs économiques, mais également aux secteurs dont le développement a une importance non négligeable pour la capitale : le tourisme, l’hôtellerie, les services, les transports (y compris écologiquement propres), ainsi que pour les petites et moyennes entreprises (PME).

En tant que projet national, l’EXPO-2017 doit avoir un puissant effet multiplicateur aussi bien pour notre pays que pour la région dans son ensemble. Nous attendons notamment un flux d’investissements d’envergure dans le cadre du renforcement des infrastructures. Village du futur ou « smart city », c’est tout un ensemble d’ouvrages et de pavillons polyvalents qui sera érigé à Astana. Un terrain particulier est mis à disposition pour leur construction dans un quartier de la capitale en pleine expansion. Celui-ci se trouvera près de l’Université Nazarbaïev pour faire le lien entre les technologies, les sciences et les recherches. Par la suite, les installations de l’EXPO intégreront les infrastructures urbaines, comme ce fut le cas, par exemple, à Paris. La majorité des pavillons envisagés sont destinés à une utilisation sur le long terme.

 

L.L.D. : Quelles seront les prochaines étapes de la mise en œuvre de l’initiative de partenariat du « Pont vert » proposée par le Kazakhstan dans le cadre de la conférence de Rio+20 en juin 2012 ?

 

S.E.M.N.D. : Prenant une part active à l’ordre du jour de la Conférence de Rio de juin 2012, le Kazakhstan a proposé des initiatives concernant la discussion et l’adoption de la Stratégie globale éco-énergétique et du Programme interrégional de partenariat entre l’Europe et l’Asie – baptisé « Pont vert », comme une première étape de sa mise en œuvre concrète.

La substance de ces propositions, particulièrement suivies par le Président Nousoultan Nazarbaïev a mis l’accent sur la promotion de ces propositions visant, en substance, à atteindre vers le milieu du XXIème siècle un niveau optimal de satisfaction des besoins de tous les pays du monde en ressources énergétiques et autres ressources naturelles.

Les objectifs du programme du « Pont vert » comprennent:

- le développement d’une gestion nationale, régionale et internationale ;

- la création d’une infrastructure d’information d’appui au partenariat, à l’instruction et à l’éducation ;

- la promotion des activités et des technologies « vertes » par la fourniture d’aide à l’obtention des informations disponibles sur les meilleures pratiques et les exemples de soutien aux activités « vertes » ;

- la mise en place de mécanismes financiers et économiques d’appui à l’économie « verte » ;

- l’élaboration de normes pour l’économie « verte ».

L’initiative « Pont vert » est un mécanisme pratique de transition internationale vers une économie « verte » par la stimulation du progrès technologique, le perfectionnement de la gestion de l’environnement et l’amélioration des conditions législatives, économiques et institutionnelles. Tout cela donnera l’élan nécessaire au développement d’une nouvelle industrie  propre.

À partir de 2020, il est prévu de réserver aux générations futures des sources d’énergie primaires carbonées grâce à l’utilisation des énergies renouvelables. À l’horizon 2050, la quantité d’énergie consommée par unité de produit mondial brut (PMB) devra être réduite au moins de moitié et il faudra créer les conditions nécessaires au maintien de cet indicateur d’intensité énergétique.

La région de l’Asie centrale est d’ores et déjà confrontée à une série de défis environnementaux, y compris le manque de ressources en eau et la faible efficacité de la consommation énergétique. Les calculs montrent que l’économie « verte » au Kazakhstan possède un potentiel d’amélioration de l’efficacité énergétique de 40 à 60%, un potentiel de baisse de la consommation des ressources en eau de 50% et un potentiel de réduction des consommations industrielles de 30 milliards de tonnes. Dans le même temps, le gouvernement prévoit de grandes opportunités dans le domaine de l’industrie « verte », incluant l’agriculture biologique, le tourisme écologique, l’énergie issue des sources renouvelables et les perspectives de développement d’une industrie piscicole avec un chiffre d’affaires d’un milliard de dollars par an.

 

L.L.D. : Dans le cadre du plan d’action commun entre le Kazakh-stan et la Russie, le Président Noursoultan Nazarbaïev et le Président Vladimir Poutine ont évoqué le 8 février 2013 à Moscou la signature à l’automne prochain d’un nouveau Traité d’amitié et de coopération. Comment le partenariat stratégique entre les deux pays est-il appelé à évoluer ? Comment s’articule le dialogue kazakhstano-russe concernant l’avenir du cosmodrome de Baïkonour ?

 

S.E.M.N.D. : Dès les premiers jours de notre indépendance, notre chef d’État a défini nos relations avec la Fédération de Russie comme l’une des principales priorités de notre politique extérieure. Le Président Noursoultan Nazarbaïev l’a confirmé dans son Message à la nation du Kazakhstan en décembre 2012. Il est heureux de constater que Moscou voit en Astana un partenaire clé.

En 2012, le Kazakhstan et la Russie ont solennellement célébré les 20 ans de l’établissement de leurs relations diplomatiques et du Traité d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle. Pour nos deux pays, cette période représente toute une époque historique marquée par des changements radicaux dans l’économie, le paysage politique et la conscience de la société. La Déclaration d’amitié éternelle et d’alliance orientée vers le XXIème siècle, signée par les deux pays, donne dès à présent la tonalité aux relations kazakhstano-russes pour de nombreuses années.

En outre, nous travaillons actuellement sur le projet d’un nouveau document de base : un Traité de bon voisinage et d’alliance qui définira un nouveau cadre adapté à notre étroite interaction, en intégrant les réalités du XXIème siècle. Ce document reprendra toutes les orientations principales de notre partenariat bilatéral énoncées dans les documents de base existants.

Pour ce qui concerne le cosmodrome de Baïkonour, la position du Kazakhstan reste inchangée. Le bilan des rencontres au plus haut niveau dans le cadre des réunions de l’OTSC, de la CEEA et de la Commission économique eurasiatique du 19 décembre 2012 à Moscou, a montré que MM. Noursoultan Nazarbaïev et Vladimir Poutine comprennent parfaitement l’importance de conserver Baïkonour comme l’un des symboles du succès de notre coopération bilatérale.

Le Kazakhstan compte désormais élargir sa participation aux activités spatiales du cosmodrome de Baïkonour et développer qualitativement son propre potentiel spatial. Ce, non au détriment de ses relations avec la Russie, mais en collaboration avec elle. Il serait naïf et irrationnel de notre part de laisser échapper l’opportunité d’une coopération étroite avec une puissance spatiale telle que la Russie, d’autant plus qu’elle serait mise en œuvre sur notre propre territoire. C’est pour cette raison que nous voulons exploiter en totalité le potentiel existant pour répondre aux besoins de l’économie kazakhstanaise. Aussi, les deux chefs d’État kazakhstanais et russe ont chargé les administrations spatiales d’élaborer un accord bilatéral universel réglementant les procédures d’utilisation conjointe du cosmodrome, le développement de son potentiel scientifique et technique, la création de complexes de missiles partagés et la formation de cadres kazakhstanais. L’objectif est de rendre notre coopération plus productive pour les deux parties.

 

L.L.D. : Membre de l’Union douanière lancée avec la Russie et le Bélarus le 6 juillet 2012, votre pays s’attelle à achever le processus de ratification de la zone de libre-échange de la Communauté des États indépendants (CEI). Quels sont les atouts de ce processus d’intégration économique ? Quels obstacles reste-t-il à franchir en vue de l’établissement de l’Espace économique commun et de l’Union économique eurasiatique prévuus en 2015 ?

 

S.E.M.N.D. : Comme vous le savez, les processus d’intégration dans le cadre de la CEI se poursuivent. En octobre 2011, les chefs d’État de huit pays sur les onze faisant partie de la CEI ont signé un Traité sur la zone de libre-échange (CISFTA). Conformément à ce traité, il est prévu de supprimer les taxes à l’exportation et à l’importation d’un grand nombre de marchandises. Dans le même temps, ce document prévoit des « exclusions », c’est-à-dire une liste de marchandises non éligibles pour l’application dudit traité. Néanmoins, à en croire les experts, il s’agit d’un traité fondamental qui constituera la base des relations commerciales et économiques entre nos pays.

Aujourd’hui, le CISFTA a déjà été ratifié par six des huit pays signataires : l’Arménie, le Belarus, le Kazakhstan, la Moldavie, la Russie et l’Ukraine. Pour le moment, le processus de ratification n’est pas encore achevé au Kirghizstan et au Tadjikistan. Du point de vue des analystes, la ratification du document s’achèvera au milieu de l’année 2013. Le Traité pourra alors entrer en vigueur.

En septembre 2003, les présidents de la Russie, du Kazakhstan, du Belarus et de l’Ukraine ont signé un accord sur la création d’un Espace économique commun (EEC) à des fins d’intégration économique et politique.

En 2006, la décision a été prise de poursuivre la formation de l’Union douanière sur la base de la CEEA, en tenant compte des développements du projet EEC. L’Union douanière fonctionne depuis le 1er juillet 2010. Les premières années de fonctionnement ont confirmé le bien-fondé de sa création puisque les échanges commerciaux entre les pays ont fortement augmenté. Dans le même temps, certains aspects importants de l’existence de l’Union restent en suspens. Les ressources énergétiques et d’autres points importants sont restés hors du champ de la régulation.

Il convient de noter que les concessions ou les subventions revêtent toujours un caractère positif sur le plan stratégique et négatif sur le plan tactique. De plus, l’absence d’une expérience suffisante en matière d’étude sur la problématique des nouvelles étapes d’intégration économique dans l’espace de ces pays peut s’avérer être un problème pour la formation de l’EEC. La question de la formation d’un EEC à part entière reste ouverte, notamment face aux énormes disparités des niveaux de développement économique et social entre les États- membres de l’Union douanière.

Depuis le 1er janvier 2010, l’Union douanière de la CEEA est dirigée par un organe supranational, la Commission de l’Union douanière. Cette avancée est particulièrement encourageante puisque, jusqu’à présent, il s’était avéré impossible de constituer des organes supranationaux dans l’espace postsoviétique.

 

L.L.D. : Présentée par le chef de l’Etat kazakhstanais le 14 décembre 2012, la « Stratégie 2050 » vise à propulser le Kazakhstan parmi les trente pays les plus développés. À l’image de la loi sur la décentralisation qui doit être mise en œuvre à partir de l’été 2013 et de la création d’une Agence de Développement nationale, quelles nouvelles orientations introduit-elle en terme de gouvernance économique ? Quelles mesures spécifiques sont-elles envisagées en vue de faciliter l’entreprenariat ?

 

S.E.M.N.D. : La croissance économique soutenue de notre pays fait apparaître de nouveaux défis. Parmi eux, ceux d’une systématisation plus pointue de la politique industrielle, le soutien à la modernisation technologique de la production, l’accélération de la mise en place des innovations. Pour une bonne part, ce sont ces considérations qui déterminent la volonté d’améliorer la compétitivité économique par la mise en place de conditions supplémentaires nécessaires au bon fonctionnement des investissements, puisque notre expérience récente n’a pas apporté tous les résultats escomptés. Il s’agit de tout un ensemble de questions, allant de l’efficacité énergétique et de la productivité du travail au développement régional et des infrastructures.

En janvier 2013, le Président kazakhstanais a donné la mission de créer l’Agence nationale de développement pour y transférer tous les instituts de développement et les organismes financiers de l’État. L’une des raisons de cette décision réside dans l’amélioration de l’efficacité du Fonds de prospérité nationale « Samruk-Kazyna ». La nouvelle agence devra, en premier lieu, assurer des investissements sur le long terme dans l’économie nationale, dans les domaines et les secteurs  dans lesquels les banques privées et les institutions financières ne veulent pas investir ou ne sont pas en mesure de le faire de par leur nature.

En février 2013, le gouvernement kazakhstanais a préparé un projet de décret portant sur l’optimisation du système de gestion des instituts de développement, des organismes financiers et de développement de l’économie nationale. Il indique la dénomination exacte de la future organisation : Holding nationale de gestion « Agence nationale de développement ». Son activité principale consistera à gérer les paquets d’actions des organismes publics de développement, des compagnies publiques et d’autres personnes juridiques qui lui appartiennent en propre ou qui lui sont confiés sur la base d’un mandat de gestion. La liste de ces compagnies est en cours d’établissement. Il est probable que la plupart seront transférés du Fonds « Samruk-Kazyna » en tant qu’actifs non stratégiques. La création d’un institut de développement unique permettra de résoudre plus efficacement les problèmes liés à la modernisation de l’économie kazakhstanaise et de mener une politique transparente d’utilisation des ressources financières pour la mise en œuvre des orientations innovantes de la croissance économique du pays.

Le Premier Ministre kazakhstanais a chargé le Fonds de prospérité nationale « Samruk-Kazyna » d’accélérer le processus de transfert vers la nouvelle Agence des instituts de développement qui ne sont pas des actifs à vocation commerciale. Pour autant, il n’est pas question de dissoudre le Fonds « Samruk-Kazyna ».

Je profite également de cette occasion pour proposer aux lecteurs de « La Lettre Diplomatique » intéressés par les perspectives de développement du Kazakhstan de découvrir la Stratégie-2050 dont le texte complet en français est en ligne sur le site de notre ambassade www.amb-kazakhstan.fr.

 

L.L.D. : Si la mise en valeur des ressources naturelles continue d’attirer près des deux tiers des investissements, votre gouvernement a fait de la diversification de l’économie kazakhstanaise une priorité. Quels sont les projets emblématiques visant à accélérer l’industrialisation de votre pays ? Quelle approche est-elle retenue afin de favoriser les transferts de technologies ? Plus largement, à l’instar de la construction d’un vaste corridor de transport reliant l’Europe de l’Ouest et la Chine de l’Ouest, comment caractériseriez-vous les nouvelles opportunités qu’offrent les grands projets d’infrastructures pour les entreprises étrangères ?

 

S.E.M.N.D. : La construction du premier complexe pétrochimique intégré dans le district d’Atyraou (Kazakhstan Petrochemical Industries Inc.), celle de l’usine d’électrolyse du Kazakhstan, de la raffinerie de pétrole d’Atyraou, parmi d’autres, sont les plus importants projets industriels financés par la Banque de développement du Kazakhstan (qui fait partie du Fonds de prospérité nationale « Samruk-Kazyna »). L’Agence nationale de développement technologique a été créée spécialement pour accompagner les transferts de technologies et dispose à cette fin d’une base de ressources importante. Elle collabore, avec succès, avec le Centre franco-kazakhstanais de transfert technologique. La mise en place d’une production photovoltaïque au Kazakhstan est l’un de ses projets les plus importants. Il s’agit d’un nouveau procédé de fabrication de panneaux photovoltaïques de qualité à base de silicium cristallin kazakhstanais, mis au point en collaboration avec des laboratoires publics français. Ce projet a, d’ailleurs, également été financé par la compagnie publique « Kazatomprom », partie intégrante du Fonds « Samruk-Kazyna ».

L’un des principaux objectifs fixés par le Président du Kazakhstan est l’exploitation maximale du potentiel de transit de notre pays, sa transformation en un centre logistique régional majeur, la création de puissantes plateformes de transport. Rien que pour le développement des infrastructures autoroutières, plus de 20 milliards de dollars seront investis, avant la fin 2015, dont la plus grande partie sera affectée au financement du projet « Europe occidentale-Chine occidentale ». Dès 2013, il est prévu de mettre en service 806 km de cette route sur un total de plus de 2 000 km. La construction et la mise en service de ce nouveau corridor permettra de résoudre une série de problèmes importants et apporte au Kazakhstan des atouts concurrentiels supplémentaires. Les camions en provenance de Chine pourront ainsi atteindre les villes d’Europe occidentale en 10 jours, contre plus de 45 jours de transport des marchandises par voie maritime et jusqu’à 14 jours par chemin de fer. Ceci sans tenir compte de la durée des opérations de chargement et de déchargement, ce qui est également peu rentable pour les entrepreneurs. Au sein de l’Union européenne, plus de 80 % des marchandises sont transportées par camions et pourront atteindre, dès 2015, les grandes villes chinoises en 10 jours. Les perspectives les plus larges s’ouvrent ici, tant pour les entreprises de transport et de logistique que pour les entreprises de services dédiés aux camions et aux passagers le long de ce nouveau corridor de transport.

 

L.L.D. : Faisant suite à la visite officielle effectuée par le Président Noursoultan Nazarbaïev en France le 22 novembre 2012, le Ministre français des Affaires étrangères, M. Laurent Fabius, s’est rendu le 1er mars 2013 à Astana, accompagné d’une délégation de représentants de grandes entreprises françaises. Comment expliquez-vous la forte dimension économique des relations franco-kazakhstanaises ? Dans quels secteurs sont-elles appelées à se diversifier ?

 

S.E.M.N.D. : Parmi les contacts importants et les événements au plus haut niveau qui ont marqué récemment les relations entre nos deux pays, permettez-moi de noter également la visite en France, les 6 et 7 mars 2013, du Vice-Premier Ministre et Ministre de l’Industrie et des Nouvelles technologies du Kazakhstan, M. Asset Issekeshev. Co-Président de la Commission intergouvernementale de Coopération économique franco-kazakhstanaise, il a conduit le 7 mars 2013, à Paris, la 10ème séance de celle-ci, conjointement avec le Ministre français du Commerce extérieur, Mme Nicole Bricq.

En effet, au cours de ces dernières années, la dynamique et la densité du dialogue bilatéral ont atteint une très grande envergure. De plus, des contacts réguliers sont entretenus à tous les échelons de nos deux États. Les accords conclus au plus haut niveau sont progressivement mis en œuvre. Le Partenariat stratégique avec la France, initié par notre chef de l’État, s’enrichit tous les ans de projets industriels concrets communs, de transferts de technologies et de savoir-faire, d’investissements directs d’envergure, de la formation de spécialistes kazakhstanais qualifiés.

Pour la seule année 2012, trois grandes usines mixtes franco-kazakhstanaises ont été mises en service, spécialisées dans l’assemblage d’hélicoptères, de locomotives électriques et de panneaux photovoltaïques.

Ainsi, la coopération franco-kazakhstanaise a pris une nouvelle dimension. Nous assistons à une « deuxième vague » de partenariat industriel et technologique, auquel adhèrent de nouvelles entreprises, qu’elles soient grandes, petites ou moyennes, des structures économiques régionales et des instituts de développement.

Je suppose que l’intérêt croissant de nos partenaires français pour l’économie kazakhstanaise et leur compréhension précise de la priorité accordée à la coopération industrielle et technologique, s’expliquent par la politique d’innovation industrielle cohérente et méthodique du Président Noursoultan Nazarbaïev et du gouvernement du Kazakhstan. De l’aveu d’un grand nombre d’importants investisseurs français, c’est bien notre chef de l’État qui, à leurs yeux, est le principal garant de la stabilité du Kazakhstan, de l’exécution des accords conclus et de la poursuite plus avant de la stratégie de modernisation de notre pays.

Nous avons élaboré des plans visant à poursuivre l’amélioration de la qualité des relations bilatérales, y compris dans le cadre des saisons croisées de 2013 et 2014. Ainsi, la mission qui nous est impartie consiste à inaugurer à Astana une filiale de l’École des Mines française, à ouvrir une liaison aérienne directe entre Astana et Paris, à associer pleinement la France au déroulement de l’EXPO-2017 et à la démonstration des acquis de notre troisième révolution industrielle, à mettre en évidence avec un niveau de qualité suffisant le potentiel complémentaire de nos deux pays dans le domaine de l’agriculture et dans d’autres secteurs.

Nous travaillons parallèlement à l’élargissement de la dimension régionale de la coopération et à y associer tous les atouts compétitifs économiques, politiques, culturels et humains des départements français. J’en veux pour preuve la construction en Auvergne d’une usine mixte de fabrication de produits de haute technologie en titane. Certaines grandes entreprises de la région Rhône-Alpes prévoient un transfert d’expériences et de connaissances au Kazakhstan en vue d’un développement fructueux dans le secteur du tourisme de sports d’hiver. L’une des plus grandes technopôles d’Europe, située dans le sud de la France, s’apprête ainsi à parrainer un technoparc kazakhstanais. Il existe en outre des plans d’élargissement des relations de jumelage entre les villes de nos deux pays. La coopération avec le Kazakhstan suscite notamment un vif intérêt de la part de la Lorraine, et plus particulièrement du département des Vosges. C’est ainsi que depuis 2010, le Centre franco-kazakhstanais « GeoEnergy », spécialisé dans la recherche en matière d’énergies traditionnelles et alternatives, créé par l’Université de Lorraine, l’Université nationale kazakhstanaise Al-Farabi et l’Université nationale Technique kazakhstanaise Satpaev, travaille avec succès à Almaty.

Enfin, je voudrais souligner que le principal facteur déterminant du succès de l’approfondissement de nos relations bilatérales est, en premier lieu, la fidélité de nos amis français au sein de l’administration, du Parlement, dans les régions, dans le monde des affaires,  ainsi que celui des les milieux académiques et de la culture.  

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