Mercredi 26 Juin 2019  
 

N°98 - Deuxième trimestre 2012

La lettre diplometque
  Éditorial
République Démocratique du Congo
Guinée
Singapour
Suisse
Togo
  Le Togo à la présidence du Conseil de sécurité des Nations unies
 
  Washington encourage le Togo à persévérer sur la voie des réformes
 
  Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE à Lomé : les relations entre Bruxelles et Lomé sont au beau fixe
 
  Des perspectives encourageantes pour l’économie togolaise
 
  Au cœur des liens d’amitié entre le Togo et la France
 
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     Togo
 
  S.E.M. / H.E. Calixte Batossie MADJOULBA

« La fierté de servir les autres nations »

Consacrant son retour sur le devant de la scène internationale, l’élection du Togo comme membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies pour la période 2012-2013 marque une nouvelle étape de sa dynamique de renouveau. Sa présidence de l’organe suprême de l’ONU au mois de février 2012 a confirmé sa capacité à contribuer à la recherche de solutions aux crises, en particulier en Afrique. Revenant sur les enjeux de ces nouvelles responsabilités, l'Ambassadeur du Togo en France, S.E.M. Calixte Batossie Madjoulba, nous livre ses réflexions sur les progrès accomplis par son pays en matière d’ouverture démocratique et de développement économique.

La Lettre Diplomatique : Monsieur l'Ambassadeur, le Togo siège pour deux ans au Conseil de sécurité des Nations unies en tant que membre non permanent. Comment votre pays appréhende-t-il cette responsabilité et quels bénéfices en attendez-vous ?

S.E.M. Calixte Batossie Madjoulba : Le Conseil de sécurité des Nations unies est une instance prestigieuse. Pour tous les États membres, y siéger est un grand honneur et une marque de confiance. Le Togo y est d’autant plus sensible qu’il a connu des années d’isolement sur la scène internationale.
Mais être membre du Conseil de sécurité, c’est aussi accepter les responsabilités. On doit se montrer disponible face à des situations qui, à première vue, ne concernent pas directement votre pays mais qui n’en sont pas moins liées à la sécurité collective internationale. Cette responsabilité devient encore plus grande, quand on préside les travaux du Conseil, comme ce fut le cas pour le Togo, en février 2012.
Je crois fondamentalement que le bénéfice immédiat que le Togo tire de sa présence au Conseil de sécurité des Nations unies, c’est la fierté de servir les autres nations et de contribuer à rendre plus audible la voix de l’Afrique sur les questions de paix et de sécurité.

L.L.D. : Votre pays a convoqué, en février 2012, un débat général au Conseil de sécurité consacré à l’impact de la criminalité transnationale organisée sur la stabilité en Afrique de l’Ouest et dans les pays du Sahel. Quelle approche préconisez-vous en vue de favoriser une meilleure implication des Nations unies face à ce fléau ? Comment expliquez-vous les difficultés à réunir un consensus sur cette problématique, notamment en ce qui concerne la prolifération d’armes en provenance de Libye ?

S.E.M.C.B.M. : Je ne crois pas qu’il y ait, à proprement parler, un problème de consensus sur la question que vous évoquez. Tout le monde est d’accord sur le fait que la guerre en Libye a légué à toute la région du Sahel une aggravation considérable de la situation sécuritaire. C’est un constat ! Les récents évènements survenus au Mali soulignent bien cette fragilisation.
Aujourd’hui, l’enjeu est de faire en sorte que les États membres passent du constat à l’action. Ce qui nous préoccupe, c’est comment mobiliser l’attention de la communauté internationale autour de ces défis pour conduire une action concertée et efficace. C’est dans cet esprit que le Togo a fait inscrire à l’ordre du jour du Conseil de sécurité, le 21 février 2012, un débat général sur l’impact de la criminalité organisée en Afrique de l’Ouest et au Sahel. Ce fut un choix judicieux et les récents évènements le confirment.
Il est clair que la communauté internationale ne bougera pas si nous ne prenons pas les problèmes à bras le corps au niveau sous-régional. Je note d’ailleurs que la CEDEAO (Communauté des États d’Afrique de l’Ouest) a pris l’initiative en convoquant en quelques semaines cinq sommets extraordinaires sur la situation au Mali et en Guinée Bissau. Il faut à tout prix des réponses  structurelles.
Nous gagnerions comme le Président de la République a eu à le proposer en février 2012 devant les membres du Conseil de sécurité, à mettre en place pour le compte de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel, un Groupe de contact international sur la criminalité transnationale organisée. Cela permettrait de répondre avec une plus grande efficacité à la dégradation de la situation sécuritaire au Mali, à la montée du terrorisme à relent religieux et à l’intensification des trafics de drogue et de stupéfiants dans la sous-région. En Somalie, le groupe de contact a permis de créer un cadre pour la mobilisation des ressources humaines et financières en vue de soutenir le processus politique ainsi que les activités liées à la paix et à la sécurité. C’est une piste que nous devons sérieusement explorer.

L.L.D. : À l’initiative du Togo, le Conseil de sécurité a adopté le 29 février 2012  une résolution appelant les États du Golfe de Guinée à développer une stratégie commune contre la piraterie. Quelles sont vos attentes en matière de coopération avec les Nations unies et les Etats membres du Conseil de sécurité ?

S.E.M.C.B.M. : La piraterie maritime pose aux États du Golfe de Guinée un défi sécuritaire d’un type nouveau. Ils n’ont ni l’expérience, ni les techniques et encore moins la logistique appropriées, pour y faire face. Or, la lutte contre la piraterie requiert des moyens considérables.
Nos pays n’ont pas d’autre choix que de se mettre ensemble pour tenter de mutualiser les coûts.
La coopération avec les Nations unies est une dimension fondamentale. L’ONU, compte tenu de sa longue expérience, est la mieux placée pour faciliter la mobilisation des ressources en vue du renforcement des capacités nationales et régionales.
Nous ne pouvons pas cependant rester les bras croisés à l’échelle communautaire. Chaque pays doit mettre en place un cadre juridique adapté à la lutte contre la piraterie et apporter une contribution en vue d’adopter une stratégie régionale. L’échange d’informations entre services de police est également un aspect très important de la lutte contre la piraterie. Avec la recrudescence des actes de piraterie, il faut sans doute envisager des mesures plus hardies telles que l’accompagnement des bâtiments civils qui traversent le Golfe de Guinée par des patrouilles conjointes, comme cela se fait ailleurs.

L.L.D. : En dépit de la forte attention accordée à la crise syrienne, votre pays s’est efforcé, au Conseil de sécurité, de mettre l’accent sur l’Afrique. Quels facteurs ont-ils motivé cette orientation ?

S.E.M.C.B.M. : Lors du passage du Chef de l’Etat togolais à New York, la situation en Syrie a été largement évoquée  avec les membres du Conseil de sécurité. Le Togo, en sa qualité de Président du Conseil de sécurité, avait notamment insisté sur la nécessité de tout mettre en œuvre pour sortir de l’immobilisme et arrêter les tueries dont sont victimes les civils. Il faut encourager les efforts que déploie l’ancien Secrétaire général des Nations unies,
M. Koffi Annan, depuis qu’il a pris le dossier en main. Mais il n’y a pas que le dossier syrien.
En fait,  la composition du Conseil de sécurité des Nations unies est conçue pour favoriser une prise en compte des défis du monde dans leur diversité. Tout est fait pour que les problèmes des différentes régions du monde soient placés, à un moment donné, au cœur du débat, grâce à la mobilisation des pays directement concernés. Il est donc normal que les défis sécuritaires en Afrique, et particulièrement en Afrique de l’Ouest et au Sahel, aient bénéficié d’une attention toute particulière durant le mois de février placé sous présidence togolaise. Mais comme vous avez pu le constater, le mois de février 2012 au Conseil de sécurité a été fécond en décisions. On a enregistré au total une dizaine de décisions dont cinq résolutions portant sur les sujets les plus variés.

L.L.D. : Le 6 juin 2012, le Chef de l’État togolais a été reconduit à la tête de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Comment percevez-vous le renforcement de la coopération entre les États membres de l’Union ? Dans quels domaines concrets l’effort de coordination économique doit-il, selon vous, être accentué ?

S.E.M.C.B.M. : La crise ivoirienne avait mobilisé tous les É    tats membres. Aujourd’hui la situation au Mali suscite la même mobilisation. Mais ces situations conjoncturelles n’ont pas fondamentalement changé l’agenda de l’intégration au sein de l’UEMOA. La priorité reste la promotion de la libre circulation des personnes, des biens et des capitaux, l’harmonisation des politiques économiques et sociales, et la mise en œuvre effective des politiques sectorielles, notamment dans les domaines liés à l’agriculture, à la gestion des ressources en eaux à l’éducation et à l’environnement.
Le train des réformes se poursuit dans cette optique et le souci d’alléger la machine administrative de l’Union est toujours présent. Cependant une des leçons que nous avons tirées de la crise ivoirienne, c’est la nécessité de renforcer notre coopération en matière de paix et de sécurité. Ce volet n’est pas suffisamment pris en compte par la Charte de
l’UEMOA. Il faudrait sans doute réfléchir aux mécanismes de prévention et mettre en place des stratégies pour répondre aux situations d’urgence telles que l’afflux massif des réfugiés.

L.L.D. : Le Togo aspire à se poser en plateforme des échanges économiques en Afrique de l’Ouest. Au-delà de la construction d’un troisième quai dans le port de Lomé, quels sont les autres projets phares du Togo ? Quelles initiatives comptez-vous privilégier en vue de valoriser le potentiel du marché togolais auprès des investisseurs étrangers ?

S.E.M.C.B.M. : Le Togo a effectivement opté pour des investissements lourds dans le développement des infrastructures de transport et de communication, et en particulier dans l’agrandissement du Port autonome de Lomé. Mais le chantier de la relance économique est très vaste. Actuellement, la priorité est de doter le Togo des infrastructures de base nécessaires à la mise en valeur de son potentiel économique.
Les travaux d’agrandissement de l’aéroport de Lomé ont, quant à eux, déjà démarré.
Le Togo a par ailleurs beaucoup investi dans le développement des transports urbains.
Il y a, en outre, toute une série de réformes structurelles qui sont mises en œuvre dans le souci d’améliorer le climat des affaires. Un nouveau code des investissements est entré en vigueur en début d’année. Le poids des capitaux publics a été considérablement réduit dans les secteurs clefs de l’économie. Quatre banques publiques ont ainsi été privatisées. La mise en place du Centre de facilitation des entreprises a par ailleurs considérablement réduit les délais pour la création d’entreprises au Togo.
Le tourisme étant un secteur à fort potentiel, nous avons beaucoup misé sur sa valorisation en nous appuyant sur la qualité de notre biodiversité et sur la richesse des expressions culturelles du Togo. Il y a une nouvelle dynamique au Togo et j’ai la conviction que les investisseurs étrangers ne tarderont pas à s’en apercevoir.

L.L.D. : Quels sont les principaux enjeux des prochaines élections législatives de 2012 ? Que reste-t-il à faire pour consolider la bonne gouvernance et l’Etat de droit au Togo ?

S.E.M.C.B.M. : Si tout se passe comme prévu, ces législatives devraient être couplées avec des élections locales. Depuis 2007, le Togo est entré de plain-pied dans un cycle d’élections apaisées. Cela a été confirmé lors de la présidentielle de 2010. Il s’agit donc désormais de consolider cette nouvelle dynamique et de faire en sorte que la violence politique soit définitivement bannie du Togo, particulièrement en période électorale. Nous avons besoin de cet ancrage pour poursuivre la relance économique dans un climat politique apaisé.
En dépit des progrès accomplis, il y a encore beaucoup de chemin à faire pour asseoir l’État de droit. Il faut approfondir la réforme de la justice, poursuivre les efforts pour ancrer la culture des droits de l’homme et œuvrer à l’éclosion d’une presse plus professionnelle, plus responsable. Les défis sont immenses mais nous avançons d’année en année.

L.L.D. : La Secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton était en visite à Lomé, le 17 janvier 2012. Cette visite a-t-elle permis de resserrer les liens entre vos deux  pays ?

S.E.M.C.B.M. : Le passage de Mme Clinton à Lomé a sans doute représenté un symbole fort. Le Président de la République en a effectivement saisi l’occasion pour discuter des moyens d’intensifier notre coopération au plan bilatéral et aussi dans le cadre des Nations unies.
Notre présence au sein du Conseil de sécurité nous oblige à discuter avec tous nos partenaires et en particulier les pays qui ont un grand poids sur la scène internationale comme les États-Unis. C’est le meilleur moyen d’atteindre des résultats concrets  sur les grands dossiers internationaux comme la lutte contre la drogue et la piraterie maritime.

L.L.D. : Le Togo a élargi ses liens de coopération au-delà de ses partenaires traditionnels, dont la France ou l’Allemagne, en se tournant également vers les pays émergents notamment la Chine et le Brésil. Quels sont les atouts de ces nouveaux partenariats ?

S.E.M.C.B.M. : De nos jours, il est très important de s’ouvrir à de nouveaux partenariats. Les liens du passé ne doivent pas constituer des entraves. Il faut au contraire s’en affranchir pour garder ce qui mérite de l’être. Les liens hérités de l’histoire ne doivent être préservés que dans la mesure où ils nous aident à mieux nous positionner face aux défis d’aujourd’hui. C’est à ce titre qu’il est important de valoriser la coopération Sud-Sud. Les pays émergents ont ceci d’intéressant qu’ils ont su transcender les pesanteurs du passé pour tracer leur propre voie vers le progrès économique et social. Il y a entre eux et nous, pays en développement, une forme de proximité qui facilite le rapprochement avec les modèles qu’ils ont inventés.    

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