Mercredi 26 Juin 2019  
 

N°98 - Deuxième trimestre 2012

La lettre diplometque
  Éditorial
République Démocratique du Congo
Guinée
  « Pour un partenariat qui mène à des investissements »
 
  Bauxite, fer, or  : des richesses minières au service du développement économique
 
  L’électricité : une priorité pour l’essor de l’économie guinéenne
 
  La République de Guinée, perle de l’Afrique de l’Ouest
 
  Les missions des consuls
 
  La Guinée, sa « terre » : potentiels minier et agricole et son peuple : potentiel humain
 
  Défense et sécurité : une coopération étroite entre la France et la Guinée
 
Singapour
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     Guinée
 
  S.E.M. / H.E. Amara CAMARA

France-Guinée : une coopération qui reste à intensifier

Marquant le retour à la stabilité, l’élection du Président Alpha Condé, en décembre 2010, a ouvert un nouveau cycle dans l’histoire de la Guinée. Alors que l’organisation d’un scrutin législatif doit encore confirmer cette transition démocratique, de nombreux chantiers ont été lancés pour redynamiser l’économie de ce pays ouest-africain riche en ressources naturelles. Revenant sur ces initiatives et les réformes structurelles qui les accompagnent, S.E.M. Amara Camara, Ambassadeur de Guinée en France, témoigne également de la nouvelle place qu’occupe la Guinée dans le concert des nations, appelant de ses vœux un nouvel essor des liens de coopération franco-guinéens.  

La Lettre Diplomatique : Monsieur l’Ambassadeur, élu le 21 décembre 2010 à la tête de l’État guinéen, le Président Alpha Condé a fait du rétablissement de l’état de droit et de la modernisation du pays, les fers de lance de son programme d’action. Plus d’un an après le début de son mandat, comment décririez-vous ses initiatives les plus emblématiques ?

S.E.M. Amara Camara : La prise de fonctions du Président Alpha Condé, qui a prêté serment le 21 décembre 2010, a marqué le retour de la Guinée sur la scène internationale. Dès sa formation, le gouvernement guinéen s'est alors immédiatement mis au travail.
Si certaines lacunes étaient connues de tout le monde, notamment en matière d’électricité, d’eau ou d’infrastructures routières, le Président Alpha Condé a mis l’accent sur une priorité négligée jusqu’alors : l’agriculture. Dans cette optique, il s’agit de faire de la Guinée, avec plus de 6 millions de terres cultivables, le grenier de l’Afrique.
Il faut ajouter à ces priorités, l’assainissement de nos finances par la lutte contre la corruption et l’unicité de caisse. Cet effort est mis en œuvre avec pour principe directeur : « l’argent de la Guinée doit aller à la Guinée ».
En outre, le secteur minier, qui constitue notre principale ressource, représente un autre axe prioritaire. Mais, au-delà de sa mise en valeur, le chef de l’État et son gouvernement veulent en faire la vitrine de la Guinée en terme de bonne gouvernance économique, en assurant :
- une transparence totale de sa gestion ;
- la prise en compte de l’intérêt national ;
- et la sécurisation des investissements internationaux.
Ce triple objectif est d’ailleurs inscrit au sein du code minier.
Parmi les autres mesures emblématiques adoptées par le gouvernement guinéen, je mentionnerai également la suppression de l’impôt de capitation, la gratuité de l’accouchement par césarienne et l’accès des femmes et des jeunes à la micro-finance.

L.L.D. : Avec le retour à la stabilité, la Guinée est entrée dans une phase de transition démocratique dont l’une des étapes incontournables demeure la tenue d’élections législatives. Au regard du nouveau report de ce scrutin prévu initialement le 8 juillet 2012, dans quelles conditions et à quelle échéance celui-ci pourra-t-il se dérouler ?

S.E.M.A.C. : Je tiens à vous rappeler qu’un dialogue politique a été lancé le 27 décembre 2011 par le Président Alpha Condé, après avoir reçu en audience, le 15 novembre, les représentants des différents partis politiques et de la société civile.
De plus, conformément au code électoral, une révision des listes électorales a été mise en œuvre. Elle se poursuit à l’heure actuelle en dépit de quelques problèmes techniques.
Les élections législatives devraient mettre fin au mandat du Conseil National de la Transition (CNT), organe législatif de la transition politique créé en 2008 par les militaires, et qui doit aboutir à l’instauration d’une nouvelle ère démocratique en Guinée, avec la mise en place d’une Assemblée nationale représentative.
En tout état de cause, la tenue de ce scrutin avant la fin de l’année 2012 est une certitude.

L.L.D. : Considérant le rôle prépondérant joué par l’armée entre 2008 et 2010, autour de quelles mesures s’articule la réforme des forces militaires et de sécurité ?

S.E.M.A.C. : S’agissant de l’armée, il faut bien comprendre que le secteur de la sécurité en Guinée se caractérisait par la désorganisation des forces de défense et de sécurité, ainsi que par le dysfonctionnement du système judiciaire. Ce constat a conduit le Professeur Alpha Condé à élaborer une réforme de ce secteur, devenue une nécessité impérieuse pour la préservation de la quiétude sociale et, plus largement, de la paix.
Dans ce cadre, parmi les mesures adoptées :
- 4 000 officiers et sous-officiers ont été mis à la retraite en décembre 2011 ;
- conformément au règlement militaire, les soldats sont retournés dans les casernes, les armes ont été placées sous contrôle et la ville de Conakry a été démilitarisée ;
- il a été mis fin à l’utilisation des militaires dans le maintien de l'ordre ;
- et les efforts de formation et d’équipement ont été renforcés avec l’aide de la coopération bilatérale et multilatérale.

L.L.D. : Illustrant le redressement de l’économie guinéenne, la croissance du PIB est passée de 1,6% en 2010 à 3,6% en 2011. Comment décririez-vous les priorités du plan quinquennal de développement présenté en février 2012 en vue de consolider cette dynamique ? Quels résultats le renforcement des principes de bonne gouvernance économique a-t-il permis d’atteindre ?

S.E.M.A.C. : Notre gouvernement a, en effet, présenté en février 2012 les grandes lignes du Plan quinquennal de développement. Il s’articule autour de cinq grandes lignes :
- la consolidation de la bonne gouvernance (en matière de politique économique et de consolidation de l’état de droit) ;
- l’intensification de la lutte contre la pauvreté, en accordant une attention particulière à l’accès aux denrées de première nécessité ;
- le développement des infrastructures (routes, hôpitaux…) ;
- l’expansion économique (énergie, agriculture, tourisme) ;
- la réforme des services de défense et de sécurité.
J’insiste sur le fait que les principes de bonne gouvernance président à toutes les actions du chef de l’État et du gouvernement. Ils sont respectés dans tous les domaines, qu’il s’agisse des différentes réformes économiques structurelles, de la lutte contre la corruption ou des mesures visant à juguler l’inflation.
Le maintien de cette ligne de conduite nous a permis d’atteindre des résultats substantiels au plan macro-économique. Le déficit budgétaire a ainsi été réduit de manière drastique, passant de 13% en 2010 à 2% en 2011, soit un ajustement de 11 points. Une telle réduction représente un effort sans équivalent. Cet effort a mis fin à l’usage de la planche à billets, ce qui s’est traduit par une diminution sensible du taux d’inflation de 23% à 17%.
Cette stabilisation de la situation macro-économique a favorisé celle du taux de change du franc guinéen, tandis que les réserves de change se sont accrues, passant de 0,5 mois à six mois d’importation. Parallèlement, et malgré une conjoncture économique internationale défavorable, notre taux de croissance s’est élevé à 3,6% en 2011.
Grâce à ce cercle vertueux, le Fonds monétaire international (FMI), qui avait uniquement négocié avec la Guinée un programme de référence pour 2011, a finalement accordé un programme formel de facilités élargies de crédit pour trois années. De plus, la Guinée a d’ores et déjà bénéficié d’une remise substantielle de sa dette au Club de Paris en avril 2012 et l’atteinte du point d’achèvement de l'Initiative renforcée en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) est désormais envisagée pour septembre 2012.

L.L.D. : Facteur primordial de la lutte contre la pauvreté, l’autosuffisance alimentaire figure en tête des priorités du Président Alpha Condé. Compte tenu des ressources dont dispose votre pays, quelle approche est préconisée pour développer le secteur agricole ?

S.E.M.A.C. : Comme je l’ai indiqué au début de cet entretien, le Président Alpha Condé a lancé, depuis son investiture le 21 décembre 2010, un vaste programme de redynamisation de l’agriculture guinéenne. L’objectif est de parvenir à l’autosuffisance alimentaire par le développement de la filière rizicole.
Plus concrètement, en vue de la campagne agricole 2011, le gouvernement a importé 20 000 tonnes d’engrais distribués aux paysans avec un programme de subvention à hauteur de 50%, ainsi que 185 000 litres d’herbicide et 15 000 litres d’insecticide. Cette initiative a représenté un signal fort en direction du monde paysan. Parallèlement, l’État a mis en place un mécanisme d’achat de la production rizicole, avec un prix minimum afin de soutenir les revenus des agriculteurs. Les résultats à atteindre pour cette campagne 2011 étaient la production supplémentaire de 100 000 tonnes de riz net et la relance de la culture cotonnière.
Pour amorcer le processus de la marche vers l’autosuffisance alimentaire, une journée de concertation s’est tenue entre le chef de l’Etat et les organisations paysannes de Guinée, le 16 février 2011, à la case de Bellevue. Dans ce cadre, les problèmes auxquels sont confrontés les paysans ont été présentés et des solutions pour les résoudre ont été proposées, discutées et acceptées par les parties en présence.
Afin de consolider la tendance actuelle de redynamisation de la filière agricole et la rendre moins vulnérable aux catastrophes naturelles, le gouvernement s’est engagé à la fois à développer l’irrigation des terres et à apporter en 2012 un appui plus fort encore qu’en 2011, à la diversification agricole dans les exploitations, notamment par le développement des cultures de tubercules, de maïs et du maraîchage.
La production de semences de riz et de maïs atteste également des fruits de la politique agricole du gouvernement guinéen. L’Institut de recherche agronomique de Guinée (IRAG) a en effet produit en 2011 au total 300 tonnes de semences de base de riz et 57 tonnes de semences de base de maïs, soit le double des volumes escomptés. Cette performance est due à l’allocation financière allouée à l’IRAG par l’État, faisant passer son budget opérationnel d’une moyenne de 250 millions de francs guinéens sur la période 2007-2010 à plus de 7 milliards de francs guinéens.
Je peux schématiser le programme agricole de notre gouvernement à travers ces cinq axes :
- la fourniture de semences et d’intrants agricoles (engrais, insecticides) ;
- la mécanisation et la mise en place d’une structure dédiée au machinisme agricole ;
- la réalisation des infrastructures hydro agricoles ;
- la constitution d’un stock régulateur par le rachat au producteur des productions excédentaires ;
- la mise en place de données statistiques agricoles plus fiables.

L.L.D. : Dotés de ressources minières considérables, en particulier de bauxite, la Guinée est considérée comme l’une des économies les plus prometteuses d’Afrique. Quels sont les principaux changements introduits au sein du nouveau code minier adopté en septembre 2011 ?

S.E.M.A.C. : Un certain nombre de changements ont en effet été introduits dans le code minier le 9 septembre 2011.
Le nouveau code minier a pour objectifs de sécuriser les investissements étrangers, d’assurer à la Guinée des revenus substantiels, de créer des emplois, surtout en direction des jeunes, et de participer à la préservation de l’environnement pour les générations futures.
Il faut bien comprendre que les ressources minières représentent pour nous un enjeu majeur. Avec le développement de notre secteur agricole, les mines demeurent le pilier de notre économie. À terme, les ressources tirées de notre sous-sol bénéficieront au financement de notre essor économique.
Je tiens par ailleurs à souligner que l’Agence française de Développement (AFD) a salué l’adoption du nouveau code minier dont la rédaction et l’adoption résultent d’un processus participatif de qualité. Comme dans d’autres domaines d’action du gouvernement, les principes de transparence et de bonne gouvernance figurent au cœur des pratiques édictées dans ce secteur d’activité !
Désormais, les autorités et l’ensemble de la population guinéennes attendent avec impatience les premières exportations de nos minerais de fer.
Il convient de préciser que nos principales réserves minières sont évaluées à près de 40 milliards de tonnes de bauxite, soit les deux tiers des réserves mondiales, et à environ 32 milliards de tonnes de réserves de minerais à forte teneur en fer. Nous disposons également de réserves en diamant, or, nickel, titane, uranium, cobalt et zinc, mais elles sont de moindre importance. Des indices ont, par ailleurs, révélé la présence de pétrole offshore. C’est dire le potentiel considérable resté longtemps en sommeil et dont dispose la Guinée.

L.L.D. : Le potentiel hydroélectrique de votre pays est estimé à 6,1 GW. Comment ces capacités pourraient-elles être valorisées ? Plus largement, quels progrès ont été enregistrés en vue d’étendre l’électrification du territoire guinéen ?

S.E.M.A.C. : Au 31 décembre 2010, le taux de desserte de la population en électricité était de 31%. Celui-ci a atteint 65 % en mai 2012. Comme vous pouvez le constater, les progrès acquis dans ce domaine sont importants. Ils résultent en grande partie de la réhabilitation des centrales thermiques de Tombo 3 qui comptent 7 groupes de 10 MW chacune et qui étaient toutes arrêtées lorsque le Président Alpha Condé a été élu à la tête de l’État guinéen. Il faut également ajouter les effets bénéfiques de la fourniture et de l’installation de lampadaires solaires dans les différentes préfectures du pays.
Pour assurer l’éclairage public, 7 000 unités seront installées à terme. À ce jour, toutes les préfectures de la Guinée-Forestière en sont déjà équipées, ainsi que celles depuis la fin mai 2012 de la Haute-Guinée. Le matériel nécessaire pour la Basse- et Moyenne-Guinée a été livré à Conakry à la fin du mois de mai 2012 et devait être installé dans les différentes préfectures avant le 15 juillet. L’ensemble des préfectures de Guinée devrait alors disposer de l’éclairage public solaire.
S’agissant plus précisément de nos capacités hydroélectriques, il est vrai que nous disposons aussi dans ce domaine d’un vaste potentiel encore inexploité. Pour l’heure, les initiatives se concentrent à cet égard sur le projet hydroélectrique de Kaléta. Celui-ci s’inscrit dans le cadre d’un Programme d’intégration énergétique sous-régionale appelé Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Gambie (OMVG).
En outre 200 forages à motricité humaine ont été réalisés dans les communautés rurales de la Basse-Guinée et de la Guinée-Forestière, tandis que le programme visant à répartir et remplacer 2 300 forages sur l’ensemble du territoire a été accompli à hauteur de 50 % en avril 2012.

L.L.D. : À l’image de l’extension du port autonome de Conakry, la Guinée aspire à s’affirmer comme l’une des plaques tournantes des échanges commerciaux de l’Afrique de l’Ouest. Quelles autres infrastructures, notamment dans le secteur des transports, sont prévues dans le but d’accroître la compétitivité du pays à l’échelle de la région ?

S.E.M.A.C. : La construction des routes constitue l’un des projets phares du quinquennat du Président Alpha Condé. Depuis son élection, de nombreux travaux ont ainsi vu le jour, notamment ceux mis en œuvre pour réaménager la route Tombo-Moussoudougou en une 2 fois 3 voies sur 1 425 km. Ils comprennent la construction de trois ponts et de deux passerelles, situés respectivement du côté du Pont du 8 novembre et du Centre culturel français.
Ces chantiers ont pour objectif d’améliorer la circulation dans la capitale Conakry, tout comme la construction de la route à 2 fois 2 voies Matoto-Enta-Dabompa (correspondant aux lots 1 et 2) par le prolongement de l’autoroute en 2 fois 2 voies jusqu’au kilomètre 36 et la connexion entre cette route et la voie express. Ces travaux ont été achevés en juillet 2012. Leur financement est assuré en totalité par le gouvernement guinéen au travers du budget national de développement (BND).
En outre, les projets de construction de la bretelle Enta-Sonfonia et de la transversale T5 Sud ont respectivement démarré en janvier et en mars 2012, avec un délai d’exécution contractuel de 12 mois. C’est également le BND qui assure leur financement.
J’ajouterai que des travaux de bitumage des voiries ont été lancés dans huit villes. Dans le cadre de l’amélioration des conditions de vie des populations, et notamment de l’aménagement urbain, le gouvernement guinéen a initié un programme de bitumage des voiries de certaines villes de l’intérieur, à savoir : Faranah, Kissidougou, Dabola, Kouroussa, Siguiri, Mandiana, Kérouané et Dinguiraye d’une longueur totale de 52 km. Ce programme est en cours d’exécution depuis juillet 2010 avec un délai d’exécution de 36 mois.
Enfin, la ville de Conakry a été dotée de 100 nouveaux bus.

L.L.D. : Destabilisé par un coup d’État en mars 2012, le Mali est aujourd’hui confronté dans sa partie nord à la propagation et aux exactions d’AQMI (Al Qaïda au Maghreb islamique) et d’autres mouvements armés. Comment analysez-vous la dégradation de la situation dans ce pays ? Quelles options préconise la Guinée pour y rétablir l’ordre et la paix ?

S.E.M.A.C. : Le Mali traverse à l’heure actuelle une double crise résultant du coup d’État qui a eu lieu à Bamako le 22 mars 2012 et de l’occupation du nord du Mali par des mouvements armés. Face à cette situation la réaction de la région, à travers la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), a été rapide en exigeant :
- le retour à l’ordre constitutionnel ;
- la restauration de l’intégrité territoriale du Mali.
Les évènements qui se déroulent au Nord-Mali inquiètent ses voisins immédiats du fait de la présence
d’AQMI. Autant il est nécessaire de composer avec la situation générée par un coup d’État une fois celui-ci achevé, autant on ne peut accepter l’atteinte à l’intégrité territoriale d’un pays. L’Union Africaine et la CEDEAO travaillent à la recherche d’une solution négociée et à défaut, une intervention armée sous l’égide des Nations unies.

L.L.D. : Alors que la France apporte depuis 2010 son soutien à la transition démocratique guinéenne, le Président Alpha Condé a salué l’élection du Président François Hollande tout en appelant « à davantage de concertation » entre les deux pays. A l’instar de la coopération engagée en matière agricole, de sécurité et de gouvernance financière, à quels autres domaines souhaiteriez-vous la voir s’élargir ?

S.E.M.A.C. : L’histoire nous rapproche de la France, mais le niveau actuel de la coopération franco-guinéenne ne reflète pas l’excellence de nos liens. À l’heure actuelle, elle s’articule pour l’essentiel autour des axes institutionnel et militaire.
La coopération institutionnelle se concentre sur l’appui à la construction d’un État de droit et d’une administration moderne. Son objectif est de contribuer à restaurer la légitimité de l’État, de son administration et de ses institutions. Il s’agit plus précisément de soutenir la mise en place des institutions qui caractérisent l’état de droit, de raffermir la vie démocratique et le dialogue social en renforçant la vie parlementaire et les cadres de concertation entre les acteurs étatiques et non étatiques ; et enfin d’accélérer le rajeunissement et la féminisation de l’administration publique.
Dans le domaine institutionnel, la coopération que nous avons établie avec la France a également pour objectif d’apporter un soutien à la mobilisation des ressources et à l’ancrage des pratiques de transparence par une meilleure gestion des finances publiques. Elle passe par des échanges en matière de performance fiscale (en vue de dégager des marges budgétaires plus importantes) et d’optimisation de la chaîne de la dépense de l’État (moraliser la chaîne des dépenses). Pour ce qui est de la transparence et de la lutte contre la corruption, le but est d’accroître les procédures et les bonnes pratiques, ainsi que de renforcer la responsabilité des agents publics.
Dans ce cadre, 12 jeunes Guinéens sont d’ailleurs en formation en France pour améliorer la gouvernance financière (consolidation des corps de contrôle). Il est également important de souligner que des auditeurs de la Cour des comptes de Paris ont effectué plusieurs missions d’audit et de formation en Guinée depuis 2011.
La gouvernance locale représente un autre domaine d’intérêt réciproque. Cette coopération permet de contribuer à restaurer la légitimité des élus locaux à travers une bonne gouvernance institutionnelle, technique et financière, en favorisant une fiscalité locale, des pratiques innovantes et une gouvernance territoriale. À ce titre, un Assistant technique français est actuellement déployé au Ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation.
En plus des projets existants (justice, sécurité, jeunesse, enseignement supérieur, médias), plusieurs autres projets ont été identifiés et sont en cours d’exécution en collaboration avec le Service de coopération et d’action culturelle de l’Ambassade de France en Guinée (SCAC).
J’ai également mentionné la coopération militaire. Elle est essentiellement portée par des projets d’assistance technique ou de formation qui s’inscrivent pour la plupart dans le cadre de l’appui à la réforme du système de sécurité. Plus concrètement, il s’agit de projets de :
- formation des escadrons de gendarmerie ;
- appui à la police nationale pour l’organisation de la circulation ;
- formation des pompiers et offres de camions-pompiers ;
- rénovation du commissariat de Coronthie ;
- soutien à la surveillance maritime ;
- sécurité civile et militaire ;
- appui à la Surveillance du Territoire (aviation légère) ;
- formation du bataillon des forces guinéennes en attente ;
- soutien à l’École de transmission ;
- appui du service civique d’action au développement (reconversion à la vie civile) ;
- sécurité publique et maintien de l’ordre.
Comme vous pouvez le constater, la coopération entre la Guinée et la France reste embryonnaire. Il serait vraiment bénéfique pour nos deux pays de l’étendre à la coopération économique. J’ajouterai pour conclure que l’alternance intervenue en France en mai 2012 est de très bon augure pour l’avenir des relations entre nos deux pays qui ne demandent qu'à être amplifiées. Enfin, je me permets de citer les propos de notre Président de la République : « le développement de la Guinée passe par le renforcement de notre coopération avec la France. »

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