Samedi 25 Octobre 2014  
 

Troisième trimestre 2011

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Sauver la Grèce pour sauver l’euro Changement de paradigme dans la conduite de nos finances publiques pour renouer avec le potentiel de l’Europe
 
Par M. Philippe-Henri Latimier, Ph.D, 
Professeur d’Ingénierie Financière & Financement de Grands Projets
 
La crise financière a transformé le monde économique depuis 2007 au point de laisser croire un  temps que les fluctuations macroéconomiques n’étaient plus sous contrôle. Cette crise a aussi révélé que même les Etats dont les finances publiques affichaient un solde public à l’équilibre avant la crise, pouvaient être sujets à des déséquilibres financiers importants.
Aussi, le Président de la Commission européenne, M. José Manuel Barroso, ne croyait-il pas si bien dire en écrivant déjà en 2009, dans ses directives politiques destinées à la nouvelle Commission, que : « Nous traversons une époque singulière et que ce dont l’Europe a besoin, c’est d’un agenda de réformes. Et que ce n’est qu’en étant unie dans l’action que l’Europe disposera de la masse critique nécessaire ».
Mais l’Europe fonctionne  t-elle vraiment  à l’unisson ? La question mérite d’être posée à bien des égards alors que le sommet du G20 de Cannes s’est achevé au forceps ou presque…
En effet, rappelons ici, même si ce n’est plus qu’un mauvais souvenir, qu’à la veille de la grand messe de Cannes, les dirigeants européens ont dû tenir une réunion de crise extraordinaire afin de riposter à la décision d’Athènes de faire un référendum sur le plan d’aide, lui-même destiné à abandonner 50% de la dette publique du pays. Et ce, quelques heures seulement avant que la question de savoir si les grecs voulaient rester dans la zone euro ne soit finalement abandonnée.
La question s’agissant du mode de fonctionnement de l’Europe mérite aussi d’être posée tandis que l’Italien Mario Draghi vient de succéder à Jean Claude Trichet à la tête de la Banque centrale européenne (BCE) et qu’après l’ultimatum à l’ancien Premier Ministre grec Georges Papandréou, l’Europe s’est crue obligée de mettre M. Silvio Berlusconi sous surveillance, en sommant l’Italie de mettre en place toutes affaires cessantes un plan de redressement crédible.
Deux occasions, on l’aura compris, données au Président Nicolas Sarkozy et à la Chancelière Angela Merkel, de faire acte d’autorité sous le regard quelque peu interloqué des dirigeants du reste du monde venus participer au sauvetage d’une zone euro décidément bien mal en point.
Quoiqu’il en soit, ce qui est certain, c’est que pour que l’Europe se remette à l’heure de la croissance, elle doit tout à la fois assainir ses finances publiques, renforcer la surveillance macro prudentielle de la zone euro et surtout se réformer en vue de libérer son potentiel de croissance.
Faut-il rappeler ici qu’en matière de croissance économique, justement, nous avons quelques raisons de nous inquiéter, car face aux Etats-Unis, à la Chine, au Japon à la Russie et au Brésil, la France et l’Italie pourraient disparaître du classement mondial des dix économies les plus puissantes, après 2050 ?
D’aucuns assurent que même l’Allemagne et le Royaume-Uni pourraient se trouver menacés de ne plus figurer sur cette liste, si la tendance actuelle se poursuivait ?
Par ailleurs, comme les études les plus sérieuses le confirment : quatre années de croissance annuelle en Europe ont été effacées par la récession et nos taux de croissance ont fondu de plus de la moitié par rapport aux taux de l’avant-crise. Dans le même temps, si la stabilité des prix a été assurée depuis la création de l’euro, l’économie européenne s’est sérieusement affaiblie et le chômage fortement développé. 
Du coup, il ne se passe pas un jour sans que l’actualité nous le rappelle brutalement : sans réformes, l’Europe prendra encore plus de retard sur ses concurrents. Et sans une croissance forte et durable notre avenir paraît plus que compromis tant il est vrai que le coût des modèles sociaux des pays de l’Union pourrait devenir rapidement inabordable.
Le problème, là encore, c’est que pour que l’Europe puisse faire davantage afin d’aller au devant du monde et stimuler le commerce et ses exportations en dépit d’un euro à l’évidence surévalué, encore faut-il que l’état de ses finances publiques ne freine pas sa croissance. Le cercle paraît sans fin…
Dès lors, compte tenu des tensions budgétaires, tout le monde s’accorde à penser que les gouvernements ne peuvent plus assurer la reprise par la dépense. Ils doivent mettre en œuvre des réformes structurelles et trouver dans le même temps de nouvelles sources de croissance tout en améliorant l’efficience du secteur public et tout en veillant à renforcer la compétitivité du secteur privé ; sans oublier la lutte contre la corruption, la promotion de comportements éthiques et le rétablissement de la confiance dans les institutions : cela fait « du pain sur la planche »…comme le dit le vieil adage populaire.
Ajoutons à cet égard, que parmi les sources potentielles d’instabilité au sein de la zone euro, certains imputent les déséquilibres aux écarts de compétitivité entre Etats membres, alors que d’autres les imputent à une forte expansion du crédit accompagnée d’une forte augmentation du prix des actifs immobiliers notamment. L’exemple de l’Espagne en est la preuve irréfragable.
Au fond, la seule bonne nouvelle c’est qu’au sein de la zone euro, chacun est convaincu de la nécessité de se doter de mécanismes de prévention du risque systémique plus complets que ceux prévus par le Pacte de stabilité et de croissance : enfin un vrai consensus !
Au final, aujourd’hui, tout se passe comme si nous avions tous une responsabilité commune pour proposer des solutions destinées à faire repartir une économie européenne à la fois malade de cet endettement excessif et de cette crise de confiance à l’égard du système financier, en dépit du niveau des interventions à grande échelle auquel les pouvoirs publics ont déjà procédé à l’intérieur du système bancaire fragilisé tant par la crise des « subprimes » que par  les débordements de la finance de marché.
On est donc en droit de se poser la question de savoir ce qu’il faut donc faire pour sortir de cet enlisement ? Quelques pistes ici nous paraissent intéressantes en attendant d’apprécier « la réponse globale » promise par le tandem franco-allemand.
En premier lieu, il convient que nos leaders politiques précisent dans le détail les mesures annoncées le 26 octobre 2011 et les mettent en œuvre rapidement afin de mieux cloisonner le problème de la dette souveraine tout en l’isolant de la question du risque de défaillance éventuelle du système bancaire européen. 
On a parlé de 108 milliards d’euros à lever au titre de la recapitalisation des banques européennes d’ici à la fin juin 2012 ? Est-ce suffisant ?... Mais aussi, de 2,5 milliards d’euros s’agissant du besoin immédiat de capitaux résultant des « stress tests » réalisés en juillet  par l’Autorité bancaire européenne. Et enfin, de 460 milliards d’euros liés à l’effort nécessaire selon la Commission européenne (décembre 2010) pour que le secteur bancaire européen respecte les nouvelles règles édictées par Bâle 3 : le ratio de fonds propres « durs » exigé par Bruxelles passerait maintenant de 7% à 9%. Les banques françaises affichent à cet égard, nous dit-on une sérénité totale et affirment qu’elles pourront se recapitaliser elles-mêmes.
Par ailleurs, à la rubrique des recettes, on attend avec impatience d’en savoir un peu plus sur la question de la taxe sur les transactions financières que Paris et Berlin soutiennent et qui pourrait rapporter quelque 200 milliards de dollars.
Ensuite, il faut régler définitivement la question grecque afin d’éviter tout risque de contagion au sein de l’Union tout en veillant à l’indispensable recapitalisation des banques concernées par une exposition excessive au risque grec.
Nous sommes de ceux qui pensent qu’on aurait toutefois pu s’abstenir de recourir aux abandons de créances car celles-ci pourraient bien faire école dans d’autres pays jugés vulnérables et produire l’effet domino tant redouté par tous. On aurait, en effet pu se limiter au principe d’une restructuration du service de la dette grecque « en donnant du temps au temps ». Les abandons de créances  constituent à nos yeux une grave erreur. Elle risque de nous coûter fort cher !
Enfin, pour revenir à la nécessité de renouer avec une croissance durable, il faut se prémunir contre toute hausse des taux d’intérêts au sein de la zone euro grâce à l’intervention en tant que de besoin des banques centrales, dont le rôle doit être plus que jamais de veiller à alimenter en liquidités les marchés afin de circonscrire toutes tensions inutiles.
Dernier point, il faut mettre en œuvre, là ou c’est indispensable, et avec détermination le grand chantier des réformes fiscales dédiées à l’indispensable renforcement des finances publiques au sein des pays les plus fragiles afin d’éviter de continuer à pénaliser les « bons élèves » de l’Union. La coupe, à cet égard semble désormais pleine au point que ces pays pourraient maintenant perdre patience et s’opposer à mettre sans cesse la main à la poche. Et à défaut, rien ne devrait pouvoir exclure d’imaginer la sortie temporaire voire définitive de la zone euro des pays insuffisamment déterminés à respecter les termes d’une  feuille de route  fiscale.
On le voit bien, conserver une vue d’ensemble, telle est la difficulté du moment face à cette crise économique et financière marquée à l’échelle européenne par des déficits budgétaires abyssaux et une dette aussi éléphantesque qu’intolérable.
Une chose pourtant est sûre à l’heure ou ces lignes sont écrites : les interventions publiques massives des derniers mois ne peuvent se perpétuer indéfiniment. Elles pèsent lourdement sur les budgets et, comme tout médicament puissant, elles risquent désormais de nuire au patient. Il faut donc cesser, si l’on veut sortir de cette crise, les arrangements fragiles ainsi que les abandons de créances. Et en finir avec « la fuite en avant » qu’illustrent les déficits budgétaires massifs de certains pays de l’Union qui en font ensuite portés la charge de remboursement aux autres…
Alors, que l’heure soit à l’assainissement budgétaire…tout en atténuant l’impact sur les moteurs de la croissance à long-terme qui doit reposer sur l’innovation. Que l’heure soit aussi à la transparence fiscale afin que les gouvernements soient responsabilisés.
La transparence fiscale permet d’établir des projections budgétaires à long terme sur l’impact fiscal des politiques publiques, de mesurer le passif éventuel de l’Etat vis-à-vis du secteur privé, pour lequel l’impact budgétaire dépend de futurs risques financiers, sociaux, environnementaux et politiques.
N’hésitons pas à recourir à des commissions fiscales, auxquelles les gouvernements de l’Union européenne accorderaient une autonomie en matière d’évaluation et de suivi du processus budgétaire en dehors de tout conflit d’intérêt et protégées de toute influence politique ou économique.
Que les gouvernements s’engagent à respecter les principes démocratiques de base, notamment la responsabilité devant le Parlement, lors du montage budgétaire institutionnel en matière de transparence fiscale.
Voilà, selon nous, une partie du prix à payer « cash » pour renouer avec toute reprise durable au-delà de l’aide à la Grèce, de la recapitalisation des banques et de l’importance des moyens mis à la disposition du Fonds européen de stabilité financière  (FESF).
Il  est  urgent de restaurer la confiance et de renforcer la gouvernance.
Bref,  en raison de l’importance de la dette à la fois publique et privée, tout indique que nous ne sommes pas tirés d’affaire. Même si l’euro est sauvé, l’Europe risque de rester durablement au pied du mur sous l’œil inquiet de la Chine et des Etats-Unis…
Elle restera suspendue qui plus est au verdict des marchés qui, tant que la dette globale ne sera pas contractée substantiellement, resteront en alerte à scruter l’échéance du prochain sauvetage !
Dernier point pour rebondir sur l’euro, gageons que le nouveau Président de la BCE, M. Mario Draghi, comprenne plus facilement que son prédécesseur, qu’un euro « un peu moins fort » mais tout aussi stable serait plutôt une chance pour l’Europe car cela stimulerait ses exportations et donc sa croissance économique : une façon efficace pour l’Europe de reprendre son souffle !
En baissant les taux de la BCE à 1,25%, un geste inattendu pour son entrée en fonctions, nous ne sommes pas loin de penser qu’avec M. Mario Draghi nous sommes sur la bonne voie car à l’évidence, ce n’est qu’en desserrant l’étau monétaire que l’on pourra contrer la récession qui, à nos yeux, n’a rien de « modérée » au regard des projections de croissance en chute libre du PIB de la zone euro !         

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