Jeudi 19 Septembre 2019  
 

N°95 - Troisième trimestre 2011

La lettre diplometque
  Éditorial
El Salvador
  « Un interlocuteur privilégié pour la France » en Amérique centrale
 
  Relever le défi de la diversification économique
 
  En quête d’un nouveau souffle pour le secteur touristique salvadorien
 
  Un pays qui gagne à être connu depuis la fin du XIXème siècle.
 
  « Un marché ouvert sur 1 milliard d’habitants »
 
  Une coopération fructueuse entre El Salvador et le Val-de-Marne
 
  Le Secours Populaire célèbre 10 ans de solidarité avec El Salvador
 
  Une relation franco-salvadorienne réussie !
 
  El Salvador, pays leader du soutien aux objectifs de l’UNESCO
 
  « Depuis 1992 El Salvador s’est ouvert une nouvelle perspective »
 
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     El Salvador
 
  M. / Mr Hugo Martinez Bonilla

Un modèle de démocratisation réussi

Vingt ans après la fin de la guerre civile, El Salvador peut s’enorgueillir d’avoir réussi le pari de la paix et de la démocratie en faisant le choix de l’alternance politique. Deux ans après l’élection du Président Mauricio Funes, M. Hugo Martinez Bonilla, Ministre des Affaires étrangères d’El Salvador, analyse pour nous la nouvelle dynamique de développement du pays et les atouts d’un renforcement de ses liens avec la France.

La Lettre Diplomatique : Monsieur le Ministre, El Salvador célèbrera le 16 janvier 2012, le 20ème anniversaire de la signature des accords de paix ayant mis fin à la guerre civile. Alors que votre pays a connu sa première alternance politique avec l’élection du Président Mauricio Funes le 16 mars 2009, quel sens donnez-vous à ces célébrations ?

M. Hugo Martinez Bonilla : Cette célébration revêt une importance particulière pour notre gouvernement parce que les accords de paix signés en 1992 ont instauré les principaux fondements de notre démocratie. Ils ont ouvert la voie à la rénovation de nos institutions et à la création de nouvelles, permettant de mettre en place les conditions nécessaires à la consolidation de la démocratie et de la paix.
Il est également primordial de souligner que, dans le cadre de ce processus, c’est la première fois que notre pays connaît une alternance politique pacifique. Pour de nombreux analystes, en effet, le processus d’ancrage de la démocratie et de la paix en El Salvador ne pouvait être complètement achevé avant que n’intervienne une telle alternance.
La portée de cet événement doit en outre être appréhendée à travers l’homme qui a été élu à la magistrature suprême, M. Mauricio Funes, qui est le représentant d’une alliance soutenue principalement par le Front Farabundo Marti pour la Libération Nationale (FMLN), reconnu par la déclaration franco-mexicaine de 1981 comme force politique représentative durant la guerre civile salvadorienne.

L.L.D. : Fort des liens historiques scellés par l'initiative diplomatique française durant le conflit en El Salvador, un accent particulier devrait être donné à ces célébrations en France. Quelles opportunités peuvent-elles ouvrir en vue d’une relance de la coopération entre les deux pays ? Quelles sont vos attentes de ce point de vue à l’égard de la réunion de travail que vous avez eu avec votre homologue français, M. Alain Juppé, le 19 juillet 2011 ?

H.M.B. : Ces célébrations ainsi que la visite officielle que j’ai effectuée en France en juillet 2011, ont en effet pour vocation de relancer les relations de coopération entre nos deux pays. Nous sommes convaincus qu’il est important que la France se tourne à nouveau vers El Salvador et, plus généralement, vers l’Amérique centrale dans son ensemble. Nous sommes conscients que de nombreux défis doivent être relevés sur la scène internationale, mais nous souhaiterions vraiment renouer avec cette époque qui se caractérisait par des liens bien plus forts entre la France et l’Amérique centrale.
J’ajouterais que la visite officielle que j’ai effectuée en France et les différentes activités qui l’ont marquée, ont bien entendu constitué une opportunité pour approfondir nos liens au plan bilatéral, mais également au plan multilatéral en raison de l’accord d’association conclu entre l’Amérique centrale et l’Union européenne (UE).

L.L.D. : A l’image des programmes conjoints mis en place en matière de sécurité et de maintien de l’ordre, pouvez-vous nous préciser dans quels autres domaines pourraient être mis en œuvre des projets de coopération entre El Salvador et la France ?

H.M.B. : Il est vrai qu’il existe aujourd’hui des perspectives pour intensifier nos liens avec l’UE en matière de sécurité, dans la mesure où nous nous sommes dotés d’une stratégie de coopération dans ce domaine à l’échelle de la région. Comme vous l’évoquez, la France a beaucoup contribué, après les accords de paix, à la création de la nouvelle police nationale civile en El Salvador. Nous pouvons poursuivre cette coopération.
Mais nous nous intéressons également aux possibilités de renforcer nos échanges commerciaux. Nous pensons à cet égard que ceux-ci pourraient réellement être accrus et que la France pourrait investir davantage dans notre pays.

L.L.D. : En dépit des liens d’amitié étroits mis en place entre El Salvador et la France, les échanges économiques bilatéraux demeurent modestes. Comment cette faiblesse pourrait-elle être surmontée ? Dans quels secteurs les entreprises françaises ou européennes pourraient-elles plus particulièrement s’implanter sur le marché salvadorien et contribuer ainsi à combler cette carence ?

H.M.B. : De mon point de vue, certains secteurs sont particulièrement propices à l’essor de nos échanges commerciaux, comme la production d’énergie. El Salvador offre, plus précisément, un large potentiel d’investissement en matière d’énergie solaire, géothermique et hydroélectrique, dont les bénéfices peuvent être envisagés non seulement à l’échelle nationale, mais également à l’échelle de l’ensemble de la région.
Dans un tout autre secteur, il existe en El Salvador un centre de maintenance aéronautique d’envergure régionale. Ce projet peut, bien entendu, répondre aux besoins de notre compagnie aérienne nationale, tout comme à ceux d’autres compagnies centraméricaines. Dans le même temps, il permet d’amplifier les opportunités de coopération avec le constructeur aéronautique européen Airbus, dont il compte l'agrément.
Des synergies sont en outre susceptibles d’être mises en place dans des secteurs comme l’industrie et le tourisme, en particulier le tourisme rural, domaine dans lequel la France dispose d’une expertise reconnue.
J’ajouterais à ce sujet que notre pays cherche à mettre l’accent sur ce que l’on appelle les partenariats public-privé. Ce cadre d’investissement me semble particulièrement propice pour mettre en valeur les complémentarités de nos deux pays.

L.L.D. : Situé au cœur de l’Amérique centrale, El Salvador poursuit une politique active d’ouverture économique. Tenant compte des accords de libre-échange conclus notamment avec l’Union européenne d’une part et les Etats-Unis d’autre part, pouvez-vous nous préciser quels sont les atouts du marché salvadorien ?

H.M.B. : En plus de notre accès au marché nord-américain et centraméricain, nous disposons d’un large réseau logistique, reliant notamment l’aéroport international de San Salvador et le port de La Union. Ces infrastructures facilitent la circulation des marchandises dans la région. Nous nous sommes également dotés d’une solide capacité industrielle au sein de nos zones franches, qui s’ajoute à une main d’œuvre qualifiée dans les secteurs technologiques. Ce sont autant d’atouts qui peuvent motiver l’implantation de certaines entreprises dans notre pays.

L.L.D. : Si la reprise de la croissance économique d’El Salvador se confirme en 2011, l’impact de la crise économique internationale a néanmoins réduit les marges de manœuvre de votre gouvernement. Au regard des défis que connaît votre pays, notamment en matière de lutte contre la pauvreté et la criminalité, quel bilan pouvez-vous dresser de l’action de votre gouvernement, deux ans après l’élection du Président Mauricio Funes ?

H.M.B. : Je tiens tout d’abord à souligner que notre gouvernement s’est fixé deux objectifs à part entière en matière de politique économique : d’une part, le développement du pays et, d’autre part, la prise en compte des questions sociales. Comme vous l’avez justement évoqué, nous avons connu un début de mandat très difficile avec l’impact de la crise économique internationale. Toutefois en dépit de ce contexte et des marges de manœuvre réduites en matière de finances publiques, nous avons décidé de ne pas renoncer à ces deux objectifs.
Nous sommes ainsi parvenus, dès cette année 2011, à initier une dynamique de décollage économique, dont témoigne la reprise de la croissance à hauteur de 2,5%.
Dans le domaine social, nos efforts se sont concentrés sur la mise en place d’un système de protection de santé universel. En matière d’éducation, nous avons réussi à étendre la couverture de notre système d’enseignement à l’ensemble du pays grâce à la mise en œuvre du programme de colis scolaires (« paquetes escolares ») qui consiste à doter les écoliers en fournitures et uniformes notamment.
Face au problème de la violence, une série de programmes destinés aux jeunes a été conçue en vue de leur offrir des alternatives, dont le principal est le programme d’Appui temporaire au revenu (PATI). Il bénéficie actuellement à 36 000 jeunes à qui leur est alloué de manière temporaire un soutien financier. En contrepartie, ils doivent travailler dans le cadre d’activités sociales auprès des collectivités territoriales, ce qui leur permet de recevoir parallèlement une formation technique. Nous proposons ainsi à ces jeunes une très bonne alternative face à la pression que les groupes criminels leur font subir.
En ce qui concerne notre politique commerciale et d’investissement, nous avons amélioré nos institutions en vue d’offrir de meilleures opportunités aux investisseurs étrangers mais aussi aux entrepreneurs salvadoriens qui souhaitent exporter leurs produits.
Je peux donc dresser un bilan positif de ce début de mandat, même si je reste prudent car toutes ces mesures s’inscrivent dans un processus graduel, d’autant que tous les défis auxquels nous sommes confrontés ne peuvent être résolus du jour au lendemain.

L.L.D : Le problème des groupes criminels que l’on appelle « maras » ne concerne pas seulement El Salvador mais aussi les pays frontaliers. Considérant le rôle moteur que joue votre pays en faveur de l’intégration régionale notamment dans le cadre de la présidence salvadorienne du SICA, quels efforts ont-ils été mis en œuvre pour promouvoir la coopération entre les Etats centraméricains dans ce domaine ?

H.M.B. : Dans un premier temps, permettez-moi de vous rappeler que l’intégration centraméricaine constitue une priorité pour notre gouvernement. S’agissant de la sécurité, ce défi ne peut être résolu individuellement par les pays de la région en raison de la mobilité de cette violence et de l’insécurité. C’est pourquoi le Président Funes a appelé à une relance de l’intégration régionale, au sein de laquelle la sécurité représente l’un des cinq piliers fondamentaux. Les quatre autres sont la lutte contre la pauvreté, la gestion globale du changement climatique, l’intégration économique et le renforcement des institutions démocratiques.
En matière de sécurité, nous avons élaboré un plan régional comprenant 22 projets que nous allons mettre en œuvre conjointement avec les autres pays d’Amérique centrale. Ce plan a été présenté dans le cadre d’un sommet international de soutien à la sécurité qui s’est tenu à Guatemala le 22 juin 2011. Il a d’ailleurs reçu un accueil très positif. C’est ainsi que 60 délégations étrangères ont participé à ce sommet au lieu des 40 prévues initialement. Beaucoup d’Etats se sont engagés à cette occasion à apporter leur coopération dans ce domaine sur des aspects techniques, technologiques, mais aussi financiers. Parmi nos partenaires, figurent l’Union européenne ainsi que des Etats européens comme l’Espagne, la France ou l’Allemagne.

L.L.D. : Après avoir ratifié le traité de libre-échange associant les pays d’Amérique centrale et la République Dominicaine aux Etats-Unis (CAFTA-DR), le premier geste diplomatique du Président Mauricio Funes a été de rétablir les relations entre El Salvador et Cuba. Comment percevez-vous les divergences d’orientations politiques qui s’expriment en Amérique latine et comment situez-vous la politique étrangère salvadorienne dans ce contexte ? Alors que votre pays participe à l’initiative Petrocaribe, comment expliquez-vous qu’il n’ait pas adhéré à l’ALBA ?

H.M.B. : Lorsque nous avons assumé nos fonctions au sein du gouvernement, nous avons commencé par faire valoir que nous devions œuvrer à l’élaboration d’une politique extérieure répondant aux intérêts de l’Etat et non à ceux d’un groupe économique ou politique en particulier.
Fort de ce principe, nous avons décidé de nous ouvrir au monde sans aucune contrainte d’alignement politique. C’est pourquoi, dans cet esprit d’ouverture, notre premier geste en terme de politique extérieure a été de rétablir nos relations avec Cuba, sans cependant négliger les liens primordiaux et historiques que nous avons instaurés, en tant qu’Etat, avec les Etats-Unis.
De même, nous privilégions les blocs de pays caractérisés par des affinités de nature géographique ou historique, et pas nécessairement idéologique. C’est pourquoi nous ne participons pas au groupe de l’Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA), même si nous entretenons de bonnes relations bilatérales avec chacun des pays membres. Par ailleurs, nous cherchons à diversifier nos relations avec des puissances émergentes comme la Russie, l’Inde ou l’Australie par exemple.
Aussi, si cette position peut paraître ambiguë aux yeux de certains, elle est le reflet de la position que nous assumons. Une position digne et soucieuse de notre volonté d’autodétermination qui a suscité un grand respect sur la scène internationale, quelles que soient, d’ailleurs, les orientations politiques qui s’y expriment.
Pour vous donner un exemple, nous partageons de nombreuses vues avec les Etats-Unis, à l’exception d’un certain nombre de points. Nous respectons aussi leurs positions et nous attendons, à notre tour, qu’ils respectent les nôtres. En fait, en dépit de la taille modeste d’El Salvador, nous pensons que nous avons adopté la bonne posture en nous tenant à l’écart de quelque alignement politique ou idéologique que ce soit, en cherchant à déterminer une véritable politique extérieure d’Etat et à favoriser une coopération mutuellement bénéfique.

L.L.D. : Illustrant les relations croissantes entre votre pays et les pays émergents, les échanges commerciaux entre El Salvador et la Chine se sont fortement accrus ces dernières années. Dans quelle mesure l’établissement de relations diplomatiques avec ce pays vous semble-t-il envisageable ?

H.M.B. : Vous devez garder à l’esprit que nous avons hérité des relations diplomatiques établies avec Taïwan. C’est un état de fait. Il faut aussi prendre en compte l’évolution des relations de chaque côté du détroit de Taïwan, avec la signature de 15 accords de coopération, notamment dans le domaine commercial et des investissements réciproques. Dans ce contexte, nous ne voulons pas intervenir dans un processus qui nous semble positif. Cela n’empêche pas que de nouvelles voies semblent ce faire jour pour élargir nos échanges commerciaux avec la Chine.

L.L.D. : Les visites respectives accomplies par le Président Mauricio Funes à Washington en mars 2010 et par le Président Barack Obama à San Salvador en mars 2011 témoignent du maintien d’une concertation étroite entre les deux pays. Comment la qualifieriez-vous ? Comment la question des ressortissants salvadoriens aux Etats-Unis a-t-elle évolué ? 

H.M.B. : Je pense que les relations entre El Salvador et les Etats-Unis traversent l’une des meilleures périodes de leur histoire. Les visites respectives des deux présidents en sont un signe clair. Nos deux pays ont, en outre, mis en place des projets de coopération spécifiques, comme le « Partenariat pour la croissance ». De fait, El Salvador est le seul pays du continent américain qui dispose de liens d’une telle qualité. A l’échelle internationale, seuls trois autres pays ont été choisis par les Etats-Unis dans le cadre de ce programme et nous sommes le seul en Amérique.
Il s’agit là d’un aspect d’un plus large éventail d’initiatives de coopération entre notre pays et les Etats-Unis. Au-delà des chefs d’Etat, les visites mutuelles de fonctionnaires de tous niveaux entre les deux pays sont fréquentes. A titre d’exemple, j’ai participé avec mon homologue, Mme Hillary Clinton, à quatre réunions de travail et à plusieurs rencontres dans le cadre de forums internationaux en seulement deux ans.
La situation de nos compatriotes salvadoriens vivant aux Etats-Unis occupe, en effet, une place très importante au sein de l’agenda des discussions bilatérales. Nous travaillons à élaborer une solution concernant un statut migratoire définitif pour la majorité d’entre eux. Nous sommes conscients bien entendu des difficultés que soulève cette question dans le débat politique intérieur aux Etats-Unis. Nous apprécions d’ailleurs les efforts du Président Obama pour favoriser l’adoption d’une réforme migratoire intégrale, ce qui nous a permis d’établir un dialogue très franc avec nos partenaires américains à ce sujet.

L.L.D. : Depuis l’élection du Président Mauricio Funes, votre gouvernement s’attache à impulser une nouvelle dynamique politique et de développement. A l’occasion des célébrations des accords de paix en janvier 2012, quel message comptez-vous transmettre à tous ceux qui, en France, s’intéressent à votre pays, à sa culture, mais aussi à son potentiel économique ?

H.M.B. : Nous voulons changer l’image du pays. Celle-ci est restée figée depuis le conflit. Or, notre pays a beaucoup évolué depuis les accords de paix. C’est maintenant un pays dont la situation politique est stable, avec une économie caractérisée par une réglementation très claire en matière d’investissements.
Comme tous les pays, nous faisons certes face à un certain nombre de défis, mais nous travaillons dur pour les surmonter. Aussi souhaitons-nous désormais faire connaître le nouveau Salvador qui émerge depuis les accords de paix et, plus particulièrement, depuis l’alternance politique.
Nous comptons bien sûr promouvoir les sites touristiques, mais aussi le développement de l’expression culturelle et artistique salvadorienne. Comme je l’ai déjà mentionné, il s’agit aussi pour nous de mettre en exergue les facilités que nous pouvons apporter aux investisseurs étrangers, en l’occurrence aux investisseurs français. Enfin, je concluerais en invitant les peuples salvadorien et français à continuer à renforcer leurs liens d’amitié et de coopération.     

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