Vendredi 19 Juillet 2019  
 

N°94 - Deuxième trimestre 2011

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Le CSFRS : un outil moderne
pour penser les enjeux stratégiques


Par M. Alain Bauer
Président du Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégiques (CSFRS)

 

Le CSFRS est né de la conviction que la mission que j’ai animée a su faire partager au Président de la République et au Premier ministre, en 2007 : en France, les structures de formation et de recherche stratégiques ne permettent pas encore aux décideurs, qu’ils soient publics ou privés, de disposer de la capacité d’anticipation nécessaire à l’exercice de leurs fonctions.
La réforme qui s’en est suivie s’est ainsi attachée à créer les conditions d’un renouveau du tissu intellectuel et conceptuel qui avait permis, avec Raymond Aron, les généraux Beaufre, Poirier, Gallois, à la pensée stratégique française de faire face aux défis de l’après Seconde guerre mondiale et de la guerre froide dans le contexte d’une douloureuse décolonisation.
Elle s’est traduite par une rationalisation du paysage de la formation stratégique autour de deux piliers. Le premier, « défense, relations internationales, questions d’armement et économie de défense », est articulé autour de l’Institut des hautes études de Défense nationale (IHEDN) et du Centre des hautes études de l’Armement (CHEAr).
Le second, plus audacieux, est issu du rapprochement de l’Institut national des hautes études de Sécurité (INHES) et de l’Institut des études et recherches pour la Sécurité des entreprises (IERSE) afin de créer un nouvel Institut national des hautes études de la Sécurité et de la Justice (INEHSJ), étendu désormais aux questions de justice et de réponses pénales. Il intègre de surcroît des idées encore peu développées en France de « sécurité sanitaire et environnementale ».
La réforme a conduit ensuite à imaginer une structure nouvelle destinée à traduire l’impulsion dynamique de recherche et de coordination en actions concrètes : le CSFRS.
Ayant adopté la formule originale et souple d’un groupement d’intérêt public recherche, le CSFRS est construit autour de deux idées-force : la transversalité et la synergie public-privé.
La transversalité, pour décloisonner les approches, en particulier entre sciences humaines et sociales et sciences de l’ingénieur. Décloisonner entre le monde académique et celui des praticiens. Faire en sorte que les réflexions issues de l’université soient utiles aux administrations comme aux entreprises, faire en sorte de rechercher une vision globale, comme le rapportait Michel Rocard lors des premières assises de la recherche stratégique, le 24 juin 2010, à propos de la situation des Etats-Unis en Irak : « il n’y a pas là-dedans de problème gauche-droite, de choix politiques, tout ça est une conséquence du fait que dans la formation de (l’)establishment … et surtout de (celle de la) classe politique, il n’y a rien qui ressemble à de la culture sociologique… C’est la sociologie, la discipline sociale, dont les conclusions vous auraient avertis du caractère non prenable (du) risque (en Irak). »
La synergie est par ailleurs une dimension essentielle du CSFRS. Elle commence d’ailleurs par une mise en commun concentrique des besoins, des ressources et des capacités de la trentaine de membres du conseil : ministères, grandes écoles, instituts de formation et universités, entreprises de taille mondiale, agissant comme des actionnaires de l’entreprise. Elle a conduit également au regroupement géographique du CSFRS, de l’IHEDN et l’INEHSJ sur le site prestigieux de l’Ecole militaire, pour des raisons autant symboliques que pratiques.
Au titre de la synergie, le CSFRS a initié, en son sein, depuis plusieurs semaines et nécessairement sans bruit, une concertation interministérielle, sous la présidence du Secrétaire général de la Défense et de la Sécurité nationale, représentant le Premier ministre, sur les mutualisations à envisager en matière de recherche et de prospective stratégique de ses dix ministères membres. Cette mutualisation est appelée à s’amplifier dans les prochains mois avec son ouverture aux membres académiques ou de l’entreprise.
Conscient de la nécessité de rassembler une nouvelle communauté stratégique, le CSFRS organise depuis l’an passé et une fois par an ses « assises nationales de la recherche stratégique » dont les dernières se sont tenues le 8 juin 2011 devant plus de 500 participants rassemblés dans l’amphithéâtre Foch de l’Ecole militaire à Paris.
Alors que des rapports parlementaires réclament des « assises de l’anticipation stratégique », le CSFRS est déjà en action.

Les assises 2011 :
« France, Europe, Monde ; flux en tensions stratégiques : les Etats à la croisée des chemins »
Organisées avec l’IHEDN et l’INHESJ, ces assises témoignent du lien fort qui les unit au CSFRS, notamment avec une participation inédite de ces instituts qui, pour la première fois, leur a permis de confronter publiquement le résultat des travaux de leurs auditeurs à des discutants de très haut niveau – le Général Bentégeat, ancien Chef d’état-major des Armées et ancien Président du Comité militaire de l’Union européenne, et Me Laurent Le Mesle, Premier avocat général à la Cour de cassation - comme à un auditoire inhabituel pour ces instituts.
Le 24 juin 2010, lors des premières assises nationales de la recherche stratégique, le CSFRS avait annoncé sa volonté de sortir des sentiers battus et de donner la parole à l’originalité et l’innovation. À l’heure où la « globalisation » fait rage, dans un monde en perpétuel changement, la question des flux sous tension, celle de la maitrise d’un destin stratégique commun entre l’Europe et la France, ou encore la pérennité des liens sociaux et sociétaux marqués par de fortes tensions sont autant d’interrogations aussi décisives que vitales.
C’est ainsi que la séance plénière de la matinée a conduit à s’interroger sur les orientations stratégiques de sécurité et de défense illustrés notamment par le questionnement de la crise en Afghanistan, ou  celui, intérieur, de la cohérence entre justice et polices.
Elle a permis surtout au Président du Conseil scientifique du CSFRS de présenter le premier rapport de cet organe, dont la pluralité et la richesse constitue un véritable défi de management que son Président, M. Philippe Baumard, a su relever avec détermination.
Les tables rondes de l’après-midi ont été consacrées aux thématiques de cyber-défense, de flux et de modèles stratégiques, ou encore des exigences de durabilité, animées par différents chercheurs et experts du plus haut niveau, qu’il s’agissse de M. Denis Clodic, colauréat du prix Nobel de la Paix 2007, M. Patrick Lagadec, Professeur à l’Ecole polytechnique, M. Gérard Nissim Amzallag, de l’Université hébraïque de Jérusalem, dont c’était la première intervention en France depuis trois ans, ainsi que M. Dominique Dron, nouvelle Commissaire générale et Déléguée interministérielle au développement durable, tous partageant l’idée selon  laquelle « La volonté trouve, la liberté choisit. Trouver et choisir, c’est penser » (Victor Hugo).
A l’issue, un panel international ouvrait les propos de clôture de Mme Valérie Pécresse, Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, représentant le Premier ministre. La réponse à la question posée : « que pensez-vous de la stratégie et la France et de l’Europe vue de … ? ». La réponse, qui peut être vue sur le site du CSFRS, mérite d’être consultée…

Les enjeux de la coopération internationale en matière de recherche et de réflexion géostratégique
Parce que le CSFRS ne peut pas rester à l’écart des mouvements internationaux se pose très naturellement à lui la question des coopérations internationales dans son domaine.
Pourtant, force est de constater qu’il n’existe pas de structure similaire. Le CSFRS ne se revendique pas le statut de Think tank à l’anglo-saxonne. Il soutient, en la finançant notamment, la recherche. Il ne remplace pas les opérateurs en charge de faire travailler les cerveaux. Mais le CSFRS veut aussi favoriser l’émergence d’une recherche moins institutionnelle, plus jeune, plus dérangeante.
Après des premières sessions internationales en Afrique et aux Etats Unis, le CSFRS se prépare à récidiver dans le Golfe persique et en Chine.    

 

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