Mardi 15 Octobre 2019  
 

N°94 - Deuxième trimestre 2011

La lettre diplometque
  Éditorial
Azerbaïdjan
Israël
Slovénie
  France-Slovénie : des relations renouvelées par le partenariat stratégique
 
  Les liens parlementaires au service de l’amitié franco-slovène
 
  Le Conseil de l’Europe : une enceinte essentielle pour la Slovénie
 
  La Slovénie, un membre jeune et déjà très actif de l’OCDE
 
  Le marché slovène surmonte la crise
 
  La Slovénie : un marché propice aux investissements des grandes entreprises françaises
 
  La culture et la coopération scientifique vecteurs majeurs des relations franco-slovènes
 
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     Slovénie
 
  S.E.Mme / H.E. Veronika Stabej

« Participer au bien-être et au développement dans le monde »

En faisant acte de candidature à un siège de membre non-permanent au Conseil de sécurité des Nations unies pour la période 2012-2013, la Slovénie a affirmé son aspiration à jouer un rôle accru sur la scène internationale. A l’occasion des célébrations du 20ème anniversaire de l’indépendance slovène, S.E.Mme Veronika Stabej, Ambassadeur de Slovénie en France, nous livre ses réflexions sur le parcours accompli par son pays jusqu’à son intégration euro-atlantique et sur ses atouts pour répondre aux défis économiques et de la stabilité tant à l’échelle régionale qu’internationale.

 La Lettre Diplomatique : Madame l’Ambassadeur, la Slovénie est considérée comme l’« élève modèle » des Balkans. Vingt ans après la proclamation de son indépendance, quels ont été, selon vous, les facteurs décisifs de la réussite de sa transition politique et économique ? Quel regard portez-vous sur les accomplissements de l’intégration de votre pays au sein de l’ensemble des structures euro-atlantiques, mais aussi d’autres organisations internationales comme l’OCDE ?

S.E.Mme Veronika Stabej : Les choix de faire de la Slovénie un pays autonome et indépendant ont longuement mûri, mais ils se sont faits sentir plus pressants, plus palpables dès la seconde moitié des années 1980. Le nouvel Etat fut plébiscité en 1990 et proclamé le 25 juin 1991, suite aux premières élections libres depuis la Seconde guerre mondiale.
A la source de cette décision, des causes multiples peuvent être identifiées, comme l’incapacité de l’ex-Yougoslavie à se démocratiser, la grave crise économique ou un système politique inefficace. Il y eut aussi le désir de protéger notre identité propre, de nous intégrer dans la famille européenne et internationale, ainsi que notre attachement à la démocratie et au respect de la dignité humaine et des droits humains, etc.
La Slovénie constitue désormais une démocratie moderne, économiquement stable, avec un PIB (produit intérieur brut) plus élevé que la moyenne européenne. Elle fait partie des pays qui se sont développés avec une conscience écologique, caractérisée par un faible taux de criminalité et une qualité de vie appréciable grâce, entre autres, à un système d’éducation largement structuré et à une technologie informatique accessible à tous.
Nous restons cependant réalistes et conscients des défis de notre temps, ainsi que de la crise financière et économique, ce qui nous oblige à procéder à des réformes, surtout dans le domaine des retraites et de l’administration, et en faveur de l’entreprise, de l’innovation et de la recherche.
Le désir de mieux s’intégrer dans la communauté internationale a été, avec le besoin de protéger l’identité nationale, la première impulsion de notre indépendance. Pour la Slovénie, l’Union européenne représentait une garantie de paix, de sécurité, de progrès et de respect des droits de l’homme. Notre autonomie n’a jamais été considérée comme un but en soi, mais comme un pas en direction de l’intégration vers une communauté internationale plus large, ce qui demandait du courage, de la détermination et beaucoup de patience.
Nous voilà membre de l’Union européenne (y compris la zone euro et l’espace Schengen), de l’ONU, de l’OCDE, de l’OSCE et du Conseil de l’Europe, ce qui prouve la stabilité de notre pays et sa capacité à participer au bien-être et au développement à l’échelle internationale. Nous avons d’ailleurs été le premier pays des dix nouveaux entrants à présider le Conseil européen au cours de la première moitié 2008.


L.L.D. : Le Premier Ministre Borut Pahor était, les 7 et 8 mars 2011, en visite en France où il a signé avec le Président Nicolas Sarkozy un traité de partenariat stratégique. Comment décririez-vous les principaux axes de la nouvelle impulsion que cette initiative marquante vise à donner aux relations entre les deux pays ? Pourriez-vous la resituer dans le contexte des liens que partagent la Slovénie et la France tant au plan historique que culturel, eu égard à son appartenance à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) ?

S.E.Mme V.S. :
Le Président Nicolas Sarkozy et le Premier ministre Borut Pahor ont, en effet, signé le 7 mars 2011 à Paris la déclaration politique du partenariat stratégique franco-slovène. Celle-ci comporte également en annexe un plan d’action.
Ces deux documents représentent un aboutissement et un approfondissement des relations bilatérales, jetant des bases solides pour la coopération dans tous les domaines d’intérêt commun, à savoir : l’économie, l’innovation, l’énergie, l’environnement, la sécurité, la défense, l’aide au développement, les sciences, la technologie, la culture, l’éducation, etc.
Ce partenariat ouvre la porte également à la coopération directe entre les institutions des deux pays et prévoit des consultations sur toutes les questions d’importance pour l’UE, ce qui signifie que, pour la première fois, le dialogue entre la Slovénie et la France devient institutionnalisé.
Je peux ajouter que la Slovénie et la France ont assuré consécutivement la présidence de l’Union européenne, pour notre part au cours de la première moitié de 2008, et la France dans la seconde moitié. Les deux pays ont mené durant cette période une coopération exemplaire et ont voulu l’approfondir d’une manière plus institutionnelle.
Le partenariat entre nos deux pays a également une portée symbolique : il a été signé l’année du 20ème anniversaire de l’indépendance slovène, tout en s’inscrivant dans l’histoire longue, d’au moins deux siècles depuis l’époque des Provinces illyriennes, des relations franco-slovènes.
La Slovénie – qui est historiquement très liée à la France – a obtenu le statut de membre observateur au sein l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en 1999. Elle se félicite aujourd’hui du rôle et de la place que joue l’OIF dans le monde multilatéral. Il va sans dire qu’une place importante est accordée à l’enseignement et à l’apprentissage du français dans le système éducatif slovène dans le cadre de ce partenariat stratégique.

L.L.D. : Accompagné de la Ministre de l’Economie, Mme Darja Radi, le chef du gouvernement slovène a également participé à une table ronde sur la coopération économique franco-slovène. A l’image du contrat conclu à cette occasion dans le domaine de l’énergie, dans quels secteurs les investissements conjoints pourraient-ils être davantage renforcés ? Quels atouts souhaiteriez-vous mettre en exergue pour illustrer le potentiel économique de votre pays ?  


S.E.Mme V.S :
La coopération économique entre la Slovénie et la France est d’ores et déjà engagée. Nos deux pays s’efforcent de créer un environnement propice pour faciliter les flux commerciaux et les investissements de leurs entreprises vers leurs marchés respectifs. Le potentiel de la coopération est particulièrement important dans le domaine de l’innovation et de la compétitivité.
En dehors du secteur de l’énergie, les possibilités existent notamment pour la mise en place de partenariats industriels dans les secteurs primaires. Les groupes slovènes et les pôles de compétitivité français pourraient également travailler davantage ensemble, ce qui contribuerait à l’essor des capacités technologiques européennes et à la création de PME centrées sur l’innovation. La Slovénie mise aussi sur le secteur automobile (en témoigne l’usine Revoz du groupe français Renault à Novo Mesto).
La coopération économique franco-slovène devrait, par ailleurs, cibler les entreprises de haute technologie qui créent des emplois de qualité. Il est également primordial de soutenir les entreprises slovènes déjà implantées en France et les firmes françaises en Slovénie. L’intégration des entreprises à capital slovène dans la vie économique française et celles à capital français dans l’économie slovène est tout aussi importante.
La Slovénie souhaiterait accoître les échanges en matière d’expérience et de savoir-faire dans le domaine du tourisme, notamment en ce qui concerne la valorisation d’une offre écologique dans la campagne, en matière de centres de soins (spas), de haute montagne et de tourisme d’affaires (MICE), en mettant en place des partenariats et des contacts entre les entrepreneurs publics et privés.
D’autres domaines sont primordiaux pour la Slovénie, comme par exemple l’agriculture et plus particulièrement le fonctionnement de la chaîne agroalimentaire ou bien les liaisons ferroviaires transeuropéennes (les corridors V et X, le projet prioritaire TEN-T n. 6 EU) et d’autres projets d’infrastructures de grande envergure. Il s’agit aussi du programme de transports au niveau national, par exemple en ce qui concerne l’établissement des coûts financiers de l’infrastructure routière au sein du Conseil de l’UE et la mise en place du Service européen de télépéage routier (SET).
L’atout principal de la Slovénie sur le plan économique réside sans doute dans le haut niveau de qualification de ses ressources humaines. Les Slovènes possèdent l’esprit d’innovation, sont multilingues et maîtrisent l’outil informatique. Notre pays dispose également d’une infrastructure de qualité, de bons réseaux de communication et informatique, une qualité de vie appréciable avec une grande diversité culturelle et géographique au carrefour des mondes latin, germanique et slave. Et n’oublions pas nos liens traditionnels avec les autres marchés régionaux, de par notre situation géographique et  que favorise aussi notre stabilité politique et économique.
En vertu des potentiels que j’ai énumérés, les secteurs les plus porteurs en Slovénie seraient l’industrie chimique et pharmaceutique, l’énergie et les ressources renouvelables, les télécommunications et les technologies informatiques, la recherche et le développement, la logistique et la distribution, l’industrie automobile et équipementière, l’ingénierie et la métallurgie, l’électronique, les matériaux nouveaux, les nanotechnologies, le tourisme et la finance.
 
L.L.D. : Avec une croissance de plus de 1% en 2010, l’économie slovène a amorcé une phase de reprise après avoir traversé la plus forte récession de son histoire en 2009. Quelles mesures sont préconisées pour accompagner cette dynamique ? A l’instar du projet de refonte du système des retraites, quels sont les enjeux de ce programme de réformes structurelles pour la stabilité financière de la Slovénie ?

S.E.Mme V.S : Alors que la croissance économique a connu une accélération de 0,8% dans la zone euro au premier trimestre 2011 (notamment en France et en Allemagne), la Slovénie a connu un ralentissement de l’ordre de 0,3%. La situation sur le marché intérieur s’est stabilisée durant ces trois premiers mois, sans pour autant faire baisser le nombre des chômeurs, plus élevé qu’à la même époque en 2010. Les ressources bancaires demeurent par ailleurs limitées.
Si la croissance économique en Slovénie n’a pas été aussi forte qu’au sein de l’EMU (Union monétaire européenne), son redressement après la crise résulte en majeure partie de ses exportations, qui ont augmenté de 10,6% (même si la balance commerciale est redevenue négative avec des importations qui progressent de 11,1%) et des investissements qui ont aussi enregistré une forte hausse (17,5%), sauf dans le secteur du BTP (-22,6%). Pour ce qui est de la consommation intérieure, les indicateurs sont positifs au premier semestre 2011, avec +1,2% pour les ménages et +2,2% pour l’Etat.
Les mesures mises en place par le gouvernement slovène pour favoriser la croissance et relancer l’économie après la crise s’appuient sur la stratégie « Europe 2020 » qui définit les axes du développement de l’Union européenne à l’horizon 2020 – à savoir, une économie raisonnable, durable et inclusive, avec un taux d’emploi et de productivité élevé et une forte cohésion sociale. Le gouvernement slovène a, en effet, conçu sa stratégie de développement nationale sur la base de cette stratégie.
Sur le plan institutionnel, un décret sur « les documents de planification du développement et les procédures pour préparer le budget prévisionnel » a été promulgué, régissant la planification de la mise en place de la politique économique ainsi que l’identification des priorités en lien plus étroit avec l’élaboration du programme budgétaire. Ce décret donne ainsi un cadre aux politiques de développement : il met en place un groupe de coordination pour la planification du développement, une commission de politique fiscale et des groupes de travail pour chacun des domaines. Une nouvelle loi devrait être adoptée en 2011 en vue de systématiser cette démarche.
La crise économique et financière a surtout mis en évidence certaines faiblesses structurelles de notre économie, liées aux facteurs de productivité, de compétitivité et de gestion. Ces déséquilibres macro-économiques exigent des mesures bien ciblées afin de rendre plus efficaces les dépenses publiques, les conditions et le coût du travail, ainsi que la réglementation du marché et de l’environnement commercial. Nous pourrions ainsi accroître nos exportations et leurs conférer une plus grande valeur ajoutée en nous employant à améliorer notre compétitivité, un domaine où la Slovénie reste en retard par rapport à d’autres pays.
La politique économique du gouvernement privilégie ainsi la consolidation des finances publiques. Nous pourrons seulement y parvenir en réduisant les dépenses et non en augmentant le fardeau fiscal, tout en tenant compte des priorités de développement national. Ces priorités concernent la création de nouveaux emplois et l’élévation du niveau de connaissances pour favoriser l’accroissement de la valeur ajoutée, le soutien à la croissance et à la création de nouvelles entreprises innovantes, à l’activité et à la créativité de chaque individu. Elles portent aussi sur le renforcement des infrastructures de communication et énergétiques assurant le développement.
L’évolution graduelle vers une société « éco-efficace » à faible émission de carbone fait partie intégrante de toutes ces mesures prioritaires. Schématiquement, elle pourrait être représentée horizontalement dans les objectifs visés par la stratégie du gouvernement. L’amélioration de la cohésion sociale découlera quant à elle d’une plus grande efficacité du système de sécurité sociale. Il est vrai, enfin, que l’une des réformes structurelles primordiales est celle du système des retraites.

L.L.D. : Premier pays d’Europe de l’Est à avoir adopté l’euro, votre pays a manifesté sa solidarité avec les pays affectés par la crise de la dette en accordant une facilité de crédit à l’Irlande. Comment analysez-vous l’impact de cette crise sur la construction européenne ? Considérant la mise en place d’un Mécanisme de stabilisation financière, quelle est votre vision d’une gouvernance économique approfondie au sein de l’UE ?  

S.E.Mme V.S :
Les conditions sur les marchés financiers en période de crise ont démontré qu’à l’intérieur d’une zone monétaire commune, telle que la zone euro, les difficultés financières que connaît un pays membre peuvent, en raison de divers facteurs de diffusion, rapidement menacer la stabilité macro-économique de l’ensemble de la zone. Cela est surtout valable pour la zone euro où les secteurs économiques et financiers sont étroitement liés entre eux.
C’est pour cette raison que lors de la crise, les pays membres de la zone euro ont montré leur détermination à adopter des mesures concertées afin d’en protéger la stabilité financière dans sa totalité. A cette fin, un paquet d’aides en faveur de la République hellénique a été adopté et par la suite, a été mis en place l’Instrument européen de la stabilité financière (EFSF) en coopération avec le Fonds monétaire international (FMI), qui avait été accordé pour la première fois afin d’aider l’Irlande en vertu d’un programme économique particulier.
Pour la Slovénie, l’aide financière aux pays de la zone euro doit être assurée en premier lieu par une contribution augmentée (garanties ou capitaux) de la part des pays appartenant à la zone ou non, dont les institutions financières sont les plus exposées dans le pays en difficulté. Et, seulement après, si cette approche ne permettait pas de lever des ressources financières suffisantes, alors dans une certaine mesure pourrait être envisagée la contribution de la Slovénie au sein de l’EFSF.
Nous approuvons par ailleurs l’utilisation élargie des ressources de l’EFSF, sous des conditions très strictes, pour inclure l’achat des obligations des Etats vulnérables en vue de contribuer à rendre leur dette soutenable et l’octroi de lignes de crédit aux Etats, afin de préserver leur stabilité financière, tout en respectant les législations et les procédures nationales.
De la même manière, nous soutenons la mise en place d’un Mécanisme européen pour la stabilité (ESM), dont l’objectif serait la protection de la stabilité financière de la zone euro dans son ensemble. Sur ce point, la Slovénie est favorable à un partage des apports capitaux dans l’ESM qui serait déterminé non seulement par le PIB, mais également par le poids du secteur financier dans les pays et le montant de la dette publique. Dans ce but, nous proposons la mise en vigueur d’un indicateur composé, incluant les deux éléments.
Nous approuvons en outre que les délais d’échéance pour les crédits à la Grèce soient prolongés à sept ans et demi, et que les taux d’intérêt soient ajustés de sorte que ce pays puisse accéder de nouveau aux marchés des capitaux et rendre sa dette publique soutenable.

L.L.D. : Ancien membre de la fédération yougoslave, la Slovénie a fait de l’intégration des pays des Balkans au sein de l’UE l’une des priorités de sa politique étrangère. Tenant compte du sommet régional organisé à Brdo, le 20 mars 2010, quelles autres initiatives Ljubljana compte-t-elle promouvoir en vue de consolider les liens entres les pays balkaniques ? Quelles nouvelles opportunités l’adhésion de votre pays au processus de coopération en Europe du Sud-Est (SEECP) peut-elle lui ouvrir en ce sens ?  

S.E.Mme V.S. : Les Balkans occidentaux font partie des priorités de la politique étrangère slovène. Il s’agit d’une région qui non seulement se trouve à notre proximité immédiate, dont nous faisons même partie intégrante, mais c’est en outre une région qui s’est avérée, à plusieurs reprises par le passé, être un facteur de stabilité et/ou d’instabilité en Europe.
La perspective de rejoindre l’Union et une dynamique constante d’élargissement assurerait la motivation nécessaire pour implémenter les réformes dans les pays de la région et garantir le progrès et la stabilité à long terme. Dans ce sens, la Slovénie s’efforce activement pour que le processus avance et que tous les pays des Balkans occidentaux rejoignent les intégrations euro-atlantiques, et les soutient dans leurs efforts pour les processus
de réformes.
Dès la présidence slovène au Conseil européen en 2008, la Slovénie a mis en avant les Balkans occidentaux en tant que priorité. Un des résultats visibles de ce traitement prioritaire a été le début de la libéralisation des visas, qui a fini par aboutir à la suppression des visas pour les voyages courts dans l’Espace Schengen.
Pour ce qui est de faire progresser les Etats des Balkans occidentaux, nous sommes convaincus qu’il est très important aussi d’avoir des coopérations locales et de s’approprier les processus régionaux (local ownership), la seule manière d’aboutir à des réformes bien intégrées, bien intériorisées.  Le processus de Brdo, qui a commencé en tant qu’initiative commune slovène et croate avec la rencontre des présidents et les premiers ministres des Balkans occidentaux en mars de l’année dernière, représente ce genre d’impulsion, implantée localement. Ce processus s’est donné pour but d’affermir la perspective d’intégration de tous les pays des Balkans occidentaux dans l’UE, à travers des soutiens mutuels et réciproques et le partage des expériences réunies lors du processus d’approche.  L’un des objectifs était aussi de renforcer la conscience régionale. Il est clair que la région, si elle possède une attitude commune et des projets harmonisés, sera plus percutante. Nous pouvons citer le domaine des infrastructures comme celui qui a été spécialement concret et approfondi. Nous sommes très contents également que la Serbie ait participé à la dernière rencontre ministérielle organisée - celle des ministres de la Justice - si bien que l’on peut affirmer que tous les pays des Balkans occidentaux sont activement inclus dans le processus de Brdo.
Evidemment, le processus  de Brdo n’est pas la seule forme de coopération régionale à laquelle la Slovénie prend une part active. Nous nous efforçons de proposer des initiatives qui soient complémentaires à celles déjà existantes. Vous avez mentionné le SEECP, dont la rencontre au sommet et au niveau ministériel se tiendront fin juin au Monténégro. Du point de vue de la coopération politique et économique, le SEECP représente encore une occasion, un forum, pour lier et approfondir les contacts. La Slovénie est aussi membre active dans le Conseil d’administration de RCC (Regional Cooperation Council) et dans le SEDM (South Eastern Europe Defence Ministerial). Et n’oublions pas le processus de Ljubljana, chargé de préserver et de rénover le patrimoine culturel de l’Europe du Sud-Est. Ce sont quelques-unes des formes de coopération au niveau régional qui sont, chacune en soi et toutes ensemble, un élément très important de l’interaction commune et de communication. La communication  justement, est assurément un élément clé de toute coopération qui se veut efficace.

L.L.D. : Approuvé par la population slovène, le référendum du 6 juin 2010 a mis un terme au contentieux frontalier slovéno-croate. Quelles dispositions ont été adoptées en vue d’appliquer l’accord d’arbitrage conclu à Stockholm en novembre 2009 ? Quelles améliorations dans les relations entre les deux pays cet aboutissement a-t-il entraînées ?


S.E.Mme V.S. : Les Premiers Ministres slovène et croate ont, effectivement, signé le 4 novembre 2009 à Stockholm, un accord d’arbitrage dans le cadre de la présidence suédoise du Conseil de l’UE. La loi de ratification de cet accord a aussi été confortée en Slovénie par la voie référendaire, le 6 juin 2010, avant sa ratification par les deux pays le 25 novembre 2010, et son entrée en vigueur le 29 novembre 2010. Le 25 mai 2011, les parties slovène et croate ont déposé ensemble l’accord d’arbitrage auprès du Secrétaire général de l’ONU.
L’objet de cet arbitrage est de déterminer la ligne de frontière terrestre et maritime entre les deux pays, le débouché de la Slovénie sur la haute mer et le régime d’utilisation des droits maritimes correspondants. La Cour d’arbitrage sera composée de cinq membres, dont trois sont désignés d’un commun accord et les deux restants, par chacun des deux pays unilatéralement. En vertu de l’accord, le rôle du Secrétariat d’arbitrage a été confié à la Commission européenne.
Sur le plan strictement temporel, il est important de noter que la procédure d’arbitrage débute le jour de la signature du traité d’adhésion de la Croatie avec l’Union européenne. Cela signifie que c’est à partir de cette date que seront initiées toutes les échéances prévues par l’accord, et, plus concrètement, la désignation des arbitres et la préparation d’un mémorandum écrit. Le jugement de la Cour arbitrale sera contraignant pour les deux parties. Elles seront obligées de le mettre en application dans les six mois après son adoption. Le jugement apportera une solution définitive à un conflit frontalier qui dure depuis vingt ans entre les deux pays.
La Slovénie et la Croatie ont déjà nommé leurs agents chargés de communiquer avec la Cour et avec l’autre partie dans les procédures juridiques. Afin de bien préparer notre défense, une unité de travail spéciale a été créée au sein de notre Ministère des Affaires étrangères, afin d’assurer la coordination des préparatifs et la gestion des procédures.
L’accord d’arbitrage entre les deux pays est un compromis constructif qui a permis d’améliorer de manière substantielle les rapports bilatéraux. La confiance règne ainsi de nouveau entre les deux gouvernements, et le dialogue politique est redevenu plus étroit. Ce qui est indispensable au développement de bonnes relations bilatérales et pour aborder et régler d’autres questions ouvertes, notamment en vue de renforcer la coopération économique. Nous nous sommes ainsi mis d’accord pour de réaliser des présentations communes sur des marchés tiers. Nous sommes également convenus en faveur d’un plus grand engagement politique et économique dans la région des Balkans occidentaux. Les meilleures relations entre les deux pays ont déjà abouti à des solutions concrètes pour quelques problèmes relatifs au quotidien des populations frontalières et aussi à des projets de coopération des deux côtés de la frontière.

L.L.D. : Dans le sillage de la visite du Premier ministre russe Vladimir Poutine à Ljubljana le 20 mars 2010, votre pays a appelé à un « partenariat tous azimuts » avec la Russie, en particulier dans le secteur énergétique. En dehors de sa participation au projet de gazoduc South Stream, dans quels autres domaines l’intensification des liens de coopération russo-slovènes est-elle susceptible de se manifester ? Fort du soutien du Président Danilo Türk à la conclusion d’un traité de sécurité européenne, quel rôle la Slovénie entend-elle jouer en vue du resserrement des liens entre Bruxelles et Moscou ?
 

S.E.Mme V.S. : La Slovénie et la Fédération de Russie sont traditionnellement liées par des relations de bonne coopération, dont témoignent de nombreuses visites de haut niveau politique. Le dialogue politique entre les deux pays s’est encore renforcé au cours de la période de la présidence slovène de l’OSCE en 2005 et, ensuite, lors de la présidence slovène du Conseil européen durant la première moitié de 2008.
C’était justement, en 2008, grâce à la présidence par la Slovénie du Conseil de l’UE, qu’un accord fut atteint entre les pays membres pour donner le mandat à la Commission européenne d’ouvrir les négociations en vue d’un nouveau traité de partenariat et de coopération entre l’UE et la Fédération de Russie. Les négociations ont ainsi été lancées lors du sommet EU-Fédération de Russie, à Hanti-Mansijsk, le 27 juin 2008.
En 2011, nous avons reçu pour la première fois en visite officielle le Premier ministre russe Vladimir Poutine, les 22 et 23 mars. Cela a été l’occasion de signer six documents clés, dont, entre autres, le traité entre les gouvernements slovène et russe sur la création et le fonctionnement des centres culturels et scientifiques, ainsi que l’accord entre les entreprises Geoplin plinovodi et Gazprom sur la création d’une entreprise commune en vue de mettre en œuvre le projet de gazoduc South Stream sur le territoire slovène.
En avril 2011, le Ministre russe des Affaires étrangères, M. Sergueï Lavrov, a effectué une visite de travail à Ljubljana, sur l’invitation de son homologue slovène, M. Žbogar. Tous deux ont inauguré à cette occasion le Centre culturel et scientifique russe. Cette visite a été suivie à la mi-mai par une visite de travail du Président slovène, M. Danilo Türk, à Moscou, répondant à l’invitation du Président Medvedev.
Le secteur énergétique et le gazoduc South Stream sont loin d’être les seuls domaines de coopération entre les deux pays. D’ores et déjà, la Slovénie et la Russie mènent avec succès plusieurs projets communs. A court terme, nous nous attendons à ce qu’ils se multiplient, notamment grâce à la déclaration de partenariat en faveur de la modernisation et d’autres documents qui régissent la coopération dans les domaines de la culture, de l’économie et de l’éducation, au travers desquels les deux pays se sont engagés à coopérer pratiquement à tous les niveaux.
Il faut aussi souligner l’importance du Programme englobant 31 projets économiques pour la coopération entre les deux pays. Celui-ci a été approuvé en février 2011, à l’occasion de la  8ème session de la Commission intergouvernementale russo-slovène pour la coopération commerciale, scientifique et technique, qui résulte du mémorandum sur les projets économiques d’envergure visant à accroître la coopération économique entre les deux pays, et signé en octobre 2010 lors de la visite officielle du Président Danilo Türk en Russie.
Le siège du Forum des cultures slaves a, en outre, été installé en Slovénie. Créé le 28 juin 2004 à Ljubljana, ce forum a été fondé à l’initiative de la Slovénie en marge de la rencontre entre l’ancien Président américain George W. Bush et Vladimir Poutine en juin 2001, à Brdo pri Kranju. Il compte comme membres la Slovénie, le Belarus, la Bulgarie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, la Croatie, la Macédoine, la Russie, la Slovaquie, la Serbie et l’Ukraine. La République tchèque et la Pologne ont un statut de pays observateurs.
Autre initiative intéressante, la Slovénie a commencé par le biais du Centre culturel des technologies européennes de l’espace (KSEVT), à développer le concept de la culturalisation de l’espace et elle souhaiterait y associer, entre autres pays, la Fédération de Russie. Dans ce domaine, un rapprochement a été initié à l’occasion d’un premier projet commun, certes modeste, dans le cadre du 50ème anniversaire du premier vol spatial habité de Youri Gagarine.
Nous souhaitons également continuer la collaboration entre les services d’archives des deux pays ayant abouti en 2010 à un recueil de documents sur les relations russo-slovènes du XIIème siècle jusqu’à 1914.
Par ailleurs, le Centre culturel et scientifique russe qui vient d’ouvrir ses portes à Ljubljana, devrait beaucoup contribuer à élargir le champ des possibilités. Sa mise en place a été réalisée en vertu du traité entre les gouvernements slovène et russe sur la création et le fonctionnement des centres culturels et scientifiques, signé lors de la visite de M. Vladimir Poutine en Slovénie.
La Fédération de Russie constitue sans doute l’un des partenaires stratégiques clés de l’UE. Les deux parties entretiennent d’ailleurs des relations tous azimuts, tout en étant liées par leur proximité géographique et une histoire étroitement entremêlée. La Russie représente en outre un partenaire important non seulement dans les relations bilatérales, mais aussi au sein des organisations internationales.
Les défis de la sécurité et les menaces du XXIème siècle exigent une coopération sur un pied d’égalité de l’ensemble des acteurs de l’espace européen, euro-atlantique et eurasien. Ce processus doit se dérouler d’une manière transparente et inclusive, chaque pays de cet espace doit  avoir la possibilité d’attirer l’attention sur les menaces de la sécurité et de la stabilité.
L’initiative du Président Medvedev a justement déclenché le débat sur ces dilemmes et ces défis. Il est important que celle-ci soit ouverte et inclusive parce que le concept d’une sécurité totale, coopérative et entière demeure l’un des piliers de notre sécurité et de notre stabilité, une garantie du développement et du respect du droit international, malgré les aléas des événements. C’est en cela que réside le rôle de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) qui assure aux pays participants de prendre part aux débats sur la base de l’égalité, des valeurs communes et du principe de consensus.

L.L.D. : Ville côtière slovène, Portoro accueille depuis juin 2008 l’Université euro-méditerranéenne (EMUNI). Tenant compte de votre expertise du partenariat euro-méditerranéen, comment votre pays peut-il contribuer à la relance du processus d’intégration économique dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée (UPM) ? Quelle est votre perception des changements qu’induiront les révolutions dans les pays arabes dans leurs relations avec l’Europe ? L’intervention de l’OTAN en Libye a-t-elle vocation, selon vous, à être élargie à d’autres pays dans le cadre d’un éventuel mandat de l’ONU ?

S.E.Mme V.S. :
L’éducation constitue l’un des facteurs susceptibles d’aider les populations du sud de la Méditerranée à mieux comprendre les conditions actuelles et à trouver l’issue de la crise. L’EMUNI est l’un des six projets pilotes de l’Union pour la Méditerranée et en tant que tel, il peut contribuer à accroître la qualité des programmes d’enseignement.
Grâce à son engagement en faveur de la diversité culturelle, il a pour vocation d’encourager les liens entre les peuples et les cultures du pourtour méditerranéen, notamment sur le plan universitaitaire.
En outre, il peut à travers ses capacités et ses liens avec d’autres universités contribuer à l’harmonisation des espaces universitaires et de recherche, ainsi qu’au développement durable de l’environnement socio-économique des pays du partenariat euro-méditerranéen (Euromed). Sur ce point, il convient de mentionner le rôle important de la Fondation Anna Lindh et sa contribution au rapprochement des cultures dans l’espace méditerranéen.
La Slovénie soutient les aspirations des habitants des régions du sud de la Méditerranée à vivre dans un système politique et social où leurs intérêts démocratiques seront entendus, et leurs droits économiques et politiques respectés.
En vertu de notre propre expérience en matière de transition, nous sommes bien placés pour comprendre les complexités des processus de réforme. Nous souhaitons aux habitants de la région d’atteindre au plus vite leurs objectifs démocratiques et, en même temps, nous savons que, hélas, ces processus peuvent prendre bien plus de temps que prévu, au moins dans certains domaines.
Nous saluons le fait que les réformes en Egypte et en Tunisie soient déjà engagées. Dans les deux cas, nous attirons l’attention sur la signification de la propriété locale (local ownership) dans ces processus, ainsi que l’urgence de l’aide que doit apporter la communauté internationale.
Nous espérons qu’en Libye, où le régime de Kadhafi a perdu toute crédibilité et n’est plus apte à gérer le pays, les conditions soient réunies au plus vite pour commencer à introduire les changements politiques ; la première urgence étant à l’heure actuelle d’arrêter les combats et d’apaiser la situation humanitaire.
La Slovénie a rejoint les efforts de la communauté internationale pour venir en aide aux pays du sud de la Méditerranée. En mars 2011, nous avons doté l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) de 50 000 euros pour apaiser la crise humanitaire dans la région et fin avril nous avons fait parvenir à Misrata, en Libye, avec l’assistance de la Ligue arabe, des médicaments d’une valeur de 20 000 euros.
Nous préparons en outre l’envoi d’une aide humanitaire - médicaments et matériel pour hôpitaux - destinée à la région frontalière de la Tunisie avec la Libye d’une valeur de 10 000 euros et une autre de la même nature, d’une valeur de 25 000 euros qui parviendra à Bengazi en coopération avec l’Italie. Il existe aussi un projet d’aide psycho-sociale aux enfants - victimes de la guerre en Libye et nous allons probablement prendre en charge les soins médicaux de quelques blessés de Bengazi qui viendront se faire soigner en Slovénie.
Nous pouvons également venir en aide aux Etats de la région en offrant de partager nos expériences et nos connaissances en matière de transition - aussi bien d’une manière bilatérale qu’à travers l’UE. Nous considérons, en effet, que l’éducation est un élément clé pour le succès de la transition politique, sociale et économique. En revanche, nous n’envisageons pas de participer aux opérations armées de la communauté internationale dans la région.
Nous suivons par ailleurs avec préoccupation la situation en Syrie et au Yémen où les régimes ont recours à la violence contre les manifestants pacifiques, ce que nous considérons comme étant une attitude pernicieuse. Aussi, nous appelons fermement les deux régimes à instaurer un dialogue avec l’opposition et à la communauté internationale d’adopter une position commune pour atteindre cet objectif.

L.L.D. : Le bouleversement en Afrique du Nord a provoqué un afflux d’immigrants soulevant un débat sur l’efficacité de la gouvernance de Schengen. Comment analysez-vous ce phénomène ? Considérant les liens étroits que partage votre pays avec l’Italie, non seulement dans le domaine économique, mais aussi de la sécurité, comment s’articule le dialogue avec Rome sur les questions migratoires ?  

S.E.Mme V.S. :
De notre point de vue, la suppression des contrôles aux frontières intérieures de l’Union européenne et, par conséquent, la libre circulation des personnes est l’un des aboutissements les plus tangibles du processus d’intégration européen. Le système Schengen est bien conçu. Il n’empêche, comme chaque système, il est performant à l’aune de la performance de ses chaînons, c’est pourquoi il est très important de l’appliquer de manière conséquente.
Il faut être conscient que chaque pays membre répond lui-même de sa portion de frontière extérieure de l’Union. Ce faisant, on peut compter sur la solidarité de l’Union par le biais de l’Agence Frontex - la Slovénie prend une part active dans ses missions - et il existe des soutiens financiers, par exemple les ressources du Fonds pour les frontières extérieures.
Les événements des mois passés démontrent qu’il peut arriver parfois que les pressions des migrants deviennent soudain très fortes et que les pays membres y soient insuffisamment préparés. La Slovénie est d’avis qu’il faut renforcer le fonctionnement de l’espace Schengen et ainsi garantir une plus grande sécurité de tous les ressortissants de l’Union européenne. Cela signifie y compris l’étendue de la possibilité de réintroduction temporaire des frontières internes de l’Union, mais il doit s’agir là d’une mesure d’exception limitée dans le temps, répondant à une situation exceptionnelle. L’argument fondamental d’une telle mesure doit être le souci de la sécurité des ressortissants.
L.L.D. : La Slovénie a présenté sa candidature à un siège de membre non permanent au sein du Conseil de sécurité des Nations unies pour la période 2012-2013. Pourriez-vous décliner les motivations de votre pays en vue d’assumer cette responsabilité ? Considérant les liens forgés au cours de ces dernières années avec les pays émergents, quelle est votre conception de la réforme des Nations unies ?

S.E.Mme V.S. : La République de Slovénie a présenté sa candidature à un siège de membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU pour la période 2012-2013, réservé au groupe des pays d’Europe orientale dès juin 2000. Cette initiative a été prise très rapidement après qu’elle eût terminé son premier mandat de membre non permanent dans ce même Conseil en 1998-1999. L’annonce de manière précoce de cette candidature pour la période 2012-2013 au sein de notre groupe régional, a favorisé notre visibilité et notre crédibilité, permettant de recueillir un large soutien en sa faveur.
Cette candidature reflète le plein soutien que la Slovénie accorde aux mécanismes d’un multilatéralisme efficace. En tant que membre du Conseil de sécurité de l’ONU, la Slovénie veut assumer sa part de responsabilité au sein de la communauté internationale et contribuer ainsi activement au maintien de la paix et de la sécurité internationales.
Notre pays a l’intention de consacrer une attention particulière aux thèmes se référant à la prévention des conflits, la mise en place de sanctions, la protection des populations civiles, la sécurité environnementale, l’encouragement à la coopération régionale. Nous pouvons également nous appuyer sur l’expérience, extraordinairement positive, de notre premier mandat au Conseil de sécurité, pour nous concentrer sur la question des moyens d’accroître l’efficacité, la lisibilité et la transparence du fonctionnement de cet organe international. Il s’agit d’une question primordiale, liée à sa légitimité à l’époque actuelle. Les travaux du Forum stratégique de Bled qui aura lieu en septembre 2011 seront consacrés pour une grande part à l’un des thèmes indentifiés comme prioritaire par la Slovénie si elle est appelée à siéger au Conseil de Sécurité.

L.L.D. : Vous assumez également les fonctions d’Ambassadeur, Délégué permanent de la Slovénie auprès de l’UNESCO. Dans quels domaines souhaiteriez-vous amplifier l’engagement de votre pays au sein de cette enceinte internationale ? Comment les spécificités culturelles de la Slovénie participent-elle à son rayonnement sur la scène européenne et internationale ?

S.E.Mme V.S. : L’UNESCO est une organisation internationale à laquelle la Slovénie attache toute son importance et avec laquelle elle souhaiterait approfondir sa coopération dans tous les domaines, en mettant l’accent plus particulièrement sur ceux de l’éducation et de la communication et de l’information.
Dans le domaine de l’éducation, la Slovénie aspire à poursuivre et à consolider le projet mondial englobant tout un réseau d’écoles associées, l’ASP (Associated Schools Project Network - ASPnet). Nous attendons d’ailleurs la parution d’une publication à ce sujet pour célébrer les quinze ans de son lancement. Nous voudrions également encourager les relations entre les différents programmes et activités de l’UNESCO et des centres de l’éducation permanente. Nous jugeons que l’interdisciplinarité au niveau des activités d’éducation et d’information au sujet du changement climatique est primordiale.
S’agissant de la communication et de l’information, nous voudrions participer davantage aux  activités de l’UNESCO concernant la mise en place des recommandations sur le multilinguisme dans l’espace virtuel, ainsi qu’au programme de l’« Information pour tous » (IFAP), consacré à la transmission des savoirs sur le développement. Nous nous engageons aussi en faveur de la poursuite des activités lancées à l’occasion du Sommet mondial sur la société d’information (WSIS).
Le dialogue interculturel figure parmi les priorités de la politique étrangère slovène, parce que la Slovénie possède, en tant qu’ancien membre d’ensembles étatiques multiculturels en Europe centrale et du sud, une expérience riche et multiple en matière d’encouragement et de protection de la diversité culturelle. Le dialogue interculturel figurait d’ailleurs parmi les priorités de la présidence slovène de l’UE en 2008 et de la présidence slovène au Conseil de l’Europe en 2009, car il constitue un facteur important de la réunification européenne et du travail à accomplir en faveur de nos objectifs communs.
Dans le cadre de l’ONU, la Slovénie est membre du Groupe des amis de l’Alliance des civilisations où elle œuvre activement en vue de favoriser une meilleure compréhension entre les cultures. A ce sujet, nous œuvrons également au sein du Réseau pour la sécurité humaine (HSN Human security Network).
Comme la culture constitue une part importante de l’histoire et de la vie de la Slovénie, nous faisons la promotion des arts et de la création slovènes à l’étranger, afin de les partager avec d’autres. Cette mission est actuellement portée par les ambassades et par les lectorats de la langue slovène dans les universités à l’étranger. Dans le projet du Programme national pour la culture couvrant la période 2012-2015, une proposition a été inscrite en vue de créer une Agence pour la promotion de la culture slovène et la coopération culturelle internationale.
Au cours de ces dernières années, la Slovénie a renforcé sa coopération dans le cadre des organisations multilatérales et régionales, dans les divers réseaux, au sein du Conseil de l’Europe et de l’UNESCO ; elle a élargi son activité dans une perspective stratégique, en devenant membre de l’ASEM (Dialogue Asie-Europe), du Conseil des Ministres de la Culture de l’Europe du Sud, de l’EUNIC (European Union National Institutes for Culture) et de l’IFACCA (International Federation for Arts Councils and Culture).
Dans tous ces organisations et réseaux, il existe un grand potentiel de coopérations concrètes et directes avec les producteurs et artistes porteurs de projets concrets. En 2010, nous avons mis en place l’organe de coordination pour le programme BIFC (Balkan Incentive Fund for Culture) qui, ensemble avec la Fondation pour la culture européenne, soutient la mise en réseau et en commun des projets artistiques en Europe du Sud-Est. Pour conclure, j’ajouterai que la Slovénie a à cœur de défendre les intérêts de sa culture et de ses artistes dans le cadre de l’UE.   

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