Mercredi 21 Août 2019  
 

N°93 - Premier trimestre 2011

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Après les élections présidentielles  du 3 avril 2011 au Kazakhstan : les réflexions d’un observateur indépendant

M. Albert Fischler
Professeur honoraire,
Officier dans l’Ordre des Palmes académiques

A la fin de l’année 1991, « l’implosion » du monde soviétique a fait apparaître en Asie centrale, de nouvelles républiques, dont celle du Kazakhstan, qui ont eu à bâtir et donc à découvrir les mécanismes d’une économie ouverte sur le monde et mettre en place des fondements de la démocratie pluraliste comme ce furent les désirs exprimés par la République du Kazakhstan, dès sa naissance.
Une république, cinq fois grande comme la France, peuplée aujourd’hui de seulement 16 millions d’habitants, composée de 130 ethnies et où se pratique, plus de 40 confessions installées. République dont à la naissance, l’ethnie éponyme n’était pas majoritaire. Enfin, un pays très enclavé, sous le regard intéressé de deux grandes puissances, la Russie et la Chine. Tous les ingrédients d’une explosion de type yougoslave semblaient réunis.
Pourquoi rappeler ces données de base ? Si ce n’est pour mieux comprendre une réalité humaine et politique complexe et fragile, qui mérite qu’on analyse avec sérénité et objectivité les résultats d’une consultation électorale dont l’issu a de quoi surprendre en Europe occidentale des opinions plus familiarisées avec des comportements électoraux dont l’apprentissage a pris, comme en France, presque deux siècles.
Depuis 1991, j’ai eu le privilège de m’intéresser et de me rendre plusieurs fois dans ce pays très admirateur du nôtre. Aujourd’hui, en tant qu’observateur indépendant, lors des dernières élections présidentielles au Kazakhstan, et de retour en France, les réactions souvent hostiles et violemment critiques dans les pays dits occidentaux à l’annonce des résultats, me procurent l’occasion de faire deux remarques principales:
Tout d’abord, il y eut plus de 1200 observateurs internationaux dans tous le pays et je fus, quant à moi, observateur à Atyraou, ville située au nord de la Mer Caspienne. Cette ville a recueilli, entre autres, les votes des Kazakhstanais, ingénieurs et employés sur les plateformes de forage « off shore » de Kashagan. Ces personnes sont, de ce fait, en contact permanent avec d’autres ingénieurs ou employés étrangers représentant les grandes firmes internationales d’hydrocarbures, et avec lesquels ils peuvent échanger leurs expériences voire leurs influences politiques.
Le jour du vote, j’ai visité cinq bureaux de vote et assisté au dépouillement des bulletins, dans le bureau qui a reçu, par hélicoptère les urnes scellées, des votes de Kashagan. Le déroulement du vote, du point de vue matériel et technique, s’est déroulé dans des conditions qui s’apparentent un peu à celles que l’on rencontre en France, avec néanmoins des nuances:
- Chants et danses folkloriques à l’extérieur des bâtiments, ce qui doit donner, dit-on, une note festive à cette consultation.
- Consultation électorale qui se déroule à l’intérieur d’écoles ou de centre culturels.
- Au centre de la salle, l’urne transparente, scellée.
- Sur le pourtour des murs, installés devant des tables, les observateurs représentant les candidats; les secrétaires, qui tiennent les registres et qui remettent un bulletin sur lequel est inscrit, par ordre alphabétique, le nom des quatre candidats et en face des carrés que l’on remplit d’une croix selon son choix.
- Des affiches avec la photographie, d’égale importance, de chacun des candidats.
- L’électeur après avoir reçu son bulletin se rend dans un isoloir de type courant, afin de mettre, s’il le désire une croix dans la case du candidat choisi. En sortant il se rend au centre de la salle et dépose son bulletin dans l’urne.
- Au moment du dépouillement, les secrétaires comptent les bulletins de vote non utilisés, ce qui permet de constater le nombre d’abstentions, car il y avait au départ, autant de bulletins de vote que d’électeurs inscrits.
- Ensuite, l’urne est descellée et les bulletins sont comptés, sous les regards attentifs des observateurs présents.
- A la fin, le (la) responsable du bureau de vote annoncera à haute voix devant les observateurs présents (représentants des partis, électeurs, journalistes), les résultats dans ce bureaux de vote.
Venons en à l’appréciation du résultat lui-même, qui bien sûr surprend, mais qui peut trouver des explications dans le fait que:
- Si, les milieux ruraux plus habitués à voter pour la personnalité la plus marquante ont apporté un vote massif au président sortant (90 à 98 %), les villes, elles aussi, mais peut-être dans des proportions moindres, ont voté tout d’abord en grand nombre, en ne répondant pas aux consignes de boycott, prônées par des personnalités qui ont refusé l’affrontement politique. D’autre part, le vote dans les grandes villes a été, lui  aussi très important en faveur du président sortant (70 à 80 %).
- Essayons aussi d’analyser l’attitude électorale de la population kazakhstanaise. Tout d’abord, les trois autres candidats, hormis le président sortant, n’avaient pas une implantation ni une notoriété intérieure marquantes. Sans parler d’une influence extérieure pratiquement inexistante.
- A l’inverse, le corps électoral, qui a vécu depuis vingt ans des bouleversements considérables et qui suit avec attention les tensions et les révoltes actuelles au Maghreb et au Proche Orient, a misé sur un candidat qui leur apporte l’apaisement dans les domaines ethniques et religieux; une progression, certes inégale, mais visible sur la durée, des acquis matériels et économiques. Un pays en pleine transformation à tous les niveaux, et au sommet du pays, une personnalité reconnue comme importante par toutes les instances internationales tant politiques que religieuses et qui a présidé l’OSCE durant toute l’année 2010 (Premier président d’une ancienne république incluse dans l’URSS). Ce qui, après la création et l’animation du Congrès des « Leaders des Grandes Religions traditionnelles du monde » (réuni depuis 2003 tous les 3 ans et dont le siège se trouve à Astana), et le rôle éminent joué dans les organisations internationales en orient (OSC et CICA), procurent, grâce au Président, une importance reconnue à ce pays si riche aussi, en potentialités minérales et énergétiques.
- Enfin, il faut tenir compte, peut-être de façon plus anecdotique, d’un événement qui tout en provoquant une énorme ferveur nationale au Kazakhstan, a permis au Président d’en recevoir des retombées positives: La grande réussite des athlètes du Kazakhstan lors des « Jeux Asiatiques d’Hiver », qui se sont déroulés récemment à Astana et Almaty, et  au cours desquels le pays a remporté le plus grand nombre de médailles devant le Japon et la Chine.

Dans ce contexte comment les résultats, à quelques nuances près, auraient-ils pu être différents ? Certes, il reste des efforts à accomplir et des habitudes à prendre de la part de tous les courants politiques du pays dans la maîtrise des pratiques pluralistes mais, devant les défis énormes que ce pays doit surmonter, ne soyons pas trop expéditifs voire arrogants dans la critique systématique. Ayons en tête, que ce pays comparé aux autres qui ont vécu les mêmes difficultés que lui, dans la même aire géopolitique, au moment de leurs indépendances, s’en tire avec plus de résultats positifs dans tous les domaines.
 
2011 continuera d’être riche en événements pour le Kazakhstan qui célèbre fièrement cette année le 20ème anniversaire de son indépendance. Il va présider l’Organisation de la Conférence islamique et organiser le IVème Forum économique d’Astana, la capitale du pays qui présente aussi sa candidature pour accueillir l’Expo-2017 sur le thème de « l’Energie du futur ».

Restons persuadés que la France, liée au Kazakhstan par un traité de partenariat stratégique depuis 2008, sans compter l’Europe en direction de laquelle le président Noursoultan Nazarbayev à initié le programme intitulé « La voie vers l’Europe », peuvent compter sur un pays d’Asie centrale ouvert sur notre monde et attiré par leur exemple.     

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