Mercredi 21 Août 2019  
 

N°93 - Premier trimestre 2011

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De la démocratie et de la liberté  d’expression à l’heure d’internet

Par S.E.M. Charles Rivkin
Ambassadeur des Etats-Unis en France

Il y a tout juste un an, la Secrétaire d’État, Mme Hillary Clinton, appelait à un engagement mondial en faveur de la liberté d’internet. S’appuyant sur le cadre universel des droits de l’homme, la liberté d’internet, ou, pour reprendre les mots de Mme Clinton, la liberté de se connecter, correspond à l’application au cyberespace, des libertés de réunion, d’expression et d’association.
Aujourd’hui, les événements internationaux nous montrent que cet engagement est plus important que jamais. En préservant ces droits à l’âge du numérique, nous protégeons la promesse et les chances qu’internet soit une plateforme d’idées, d’innovation, de connectivité et de croissance économique. Le 15 février 2011, Mme Clinton a réitéré l’engagement des Etats-Unis en faveur de la liberté d’internet, au terme d’une année pourtant riche de défis. Je vous encourage à lire et à regarder son intervention sur le site web du Département d’État.
À la suite des événements en Égypte et d’une coupure d’accès à internet d’une ampleur sans précédent à l’échelle mondiale,  il y a eu de nombreux appels au respect de la liberté de s’y connecter, notamment pour rechercher et partager des informations, exprimés notamment par le Président Barack Obama, Mme Clinton et d’autres leaders dans le monde.
Internet est devenu la place publique du XXIème siècle ; c’est la place du village mondial. Le type d’expression civique et pacifique, dont nous avons été les témoins place Tahrir, en Egypte, ou à Tunis ces derniers mois, s’exprime de plus en plus souvent sur le web, parallèlement et de façon coordonné avec les rassemblements de rue.
Des gens du monde entier se retrouvent tous les jours sur internet pour nouer des liens, explorer un univers d’actualité et d’informations, ou faire entendre leur voix. Et à travers ce discours, que ce soit en ligne ou de vive voix, des débats qui nous occupent depuis des siècles prennent une nouvelle dimension : comment mieux gouverner, mieux administrer la justice, rechercher la prospérité et créer les conditions du progrès à long terme, tant à l’intérieur de nos frontières qu’à l’échelle de la planète. La connectivité qu’encourage l’ère numérique a seulement conféré une urgence nouvelle à la question de savoir comment concilier ces dilemmes de toujours. Les choix que font aujourd’hui les États dessineront le visage de l’internet de demain, et ils ne sont pas faciles à faire.
Les choix auxquels nous sommes confrontés nous sont familiers, mais l’espace dans lequel il nous revient de les faire ne l’est pas. Comment protéger à la fois la liberté et la sécurité, la transparence et la confidentialité, la liberté d’expression et l’esprit de tolérance et d’harmonie ?
Tout d’abord, liberté et sécurité sont trop souvent perçues comme s’excluant mutuellement. Et pourtant, l’une ne va pas sans l’autre, sur internet comme partout ailleurs. Quotidiennement, il nous est rappelé à la fois les promesses et les dangers de l’ère de l’information que nous vivons.
Nous devons disposer d’une sécurité suffisante pour pouvoir jouir de nos libertés, mais pas au point de les compromettre. Dans l’équilibre entre liberté et sécurité, le pivot est l’État de droit. Notre allégeance à celui-ci ne s’évapore pas dans le cyberespace. Pas plus que notre engagement en faveur des libertés civiles.
La détermination des États-Unis à poursuivre et à arrêter les terroristes, ainsi qu’à réprimer les activités criminelles, n’est pas moindre sur le web qu’ailleurs. Dans ces deux sphères, nous poursuivons cet objectif conformément à nos valeurs. Nul n’ignore que trop souvent le prétexte de la « sécurité » est invoqué à titre de justification des atteintes les plus virulentes à la liberté d’internet. Les États qui arrêtent les blogueurs, épient les activités pacifiques de leurs citoyens et limitent ou interrompent l’accès à l’information au prétexte du maintien de la sécurité ne trompent personne. Faire taire les idées ne les fait pas disparaître.
Ensuite, il nous incombe de protéger à la fois la transparence et la confidentialité. La transparence est essentielle. Nous pouvons et devons mettre à la disposition des citoyens les outils leur permettant de s’informer sur leurs institutions et sur ceux qui les gouvernent, et ouvrir la porte aux activités économiques qui leur étaient fermées dans le passé.
Mais la confidentialité n’est pas moins précieuse. Elle protège la capacité des organisations et des gouvernements d’assurer au mieux leur mission et de servir l’intérêt public. Dans son discours, Mme Clinton a évoqué le débat actuel sur la confidentialité des documents gouvernementaux en relation avec WikiLeaks. Bien que se refusant à faire des commentaires quant à leur authenticité, elle a noté que l’action de WikiLeaks avait eu pour point de départ un vol de documents, et c’est ce que nous condamnons. Cependant, elle a souligné que l’utilisation faite par WikiLeaks d’internet n’était pas en cause ; cette distinction est importante.
Il incombe aux États d’invoquer la confidentialité avec des critères particulièrement rigoureux, car ils sont au service de l’intérêt public. Des voix se sont élevées pour dire que la conduite des affaires publiques devrait s’exercer de façon totalement ouverte, au vu et au su de tous les citoyens. Permettez-nous d’exprimer respectueusement notre désaccord. Nous ne pourrions garantir ni la sécurité de nos citoyens ni la cause des droits de l’homme et de la démocratie dans le monde si nous devions rendre publique chacune de nos actions. Seule la confidentialité de certaines communications permet à nos gouvernements d’agir efficacement.
Troisième point : nous devons œuvrer à la protection de la liberté d’expression tout en encourageant la tolérance. De la même manière que la place publique, internet accueille tous les types de paroles : mensongère, injurieuse, constructive et innovante. Avec une population – sans cesse croissante – de plus de 2 milliards d’internautes, la diversité de la parole sur internet ne peut que proliférer. La question ne se pose pas : la Déclaration universelle des droits de l’homme reconnaît à tous le droit à la liberté d’expression.
Le défi consiste à nous acquitter de notre engagement en faveur de la liberté d’expression dans le cyberespace, tout en mettant l’accent sur la capacité d’Internet à faire progresser la tolérance et la paix. Nous sommes convaincus que la meilleure manière d’y parvenir consiste à favoriser la parole et non à la limiter. C’est en exposant au jour et en contestant le discours injurieux et porteur de haine, et non en l’étouffant, que l’on permet au public de l’examiner et d’y répondre. Sur le grand marché des idées, celles qui ont une valeur se renforcent et celles qui n’en ont pas finissent par disparaître.
La liberté d’internet nous fournit une rare occasion de lier les droits de l’homme et l’aspiration à une prospérité économique commune. Les principes de la liberté d’internet s’enracinent dans la nature ouverte de ce forum, pour qu’il demeure un moteur d’idées, d’innovation et de croissance économique. L’ouverture des marchés à de nouveaux produits ou services, catalyse l’entreprenariat, l’innovation et l’investissement. Nous avons vu l’investissement et l’innovation sur le marché Internet planétaire affluer vers les nations qui ont choisi de faire de l’ouverture la marque de leur politique dans le domaine d’internet.
Alors que nous allons de l’avant et que la place du village mondial que constitue Internet ne cesse de s’étendre et de prospérer, nous nous sentons assurés de pouvoir protéger et faire avancer les principes de liberté et de sécurité ; de transparence et de confidentialité ; de liberté d’expression et de tolérance. A eux tous, ils constituent le fondement d’un internet libre et ouvert.    

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