Mercredi 21 Août 2019  
 

N°93 - Premier trimestre 2011

La lettre diplometque
  Éditorial
Albanie
Indonésie
Maurice
Togo
  La diplomatie togolaise en pleine mutation pour une nouvelle dynamique au service du developpement
 
  Les liens parlementaires, vecteurs essentiels de l’approfondissement des relations franco-togolaises
 
  La France au Togo : proximité et soutien à la modernisation
 
  Le renouveau du Togo et l’appui de l’UE
 
  Une coopération ambitieuse avec HEC-Paris
 
  L’hydroélectricité pour le développement durable du Togo
 
  Le « Togo nouveau » passe par l’ouverture de son économie
 
  La Maison de l’Afrique, partenaire du développement des échanges économiques franco-togolais
 
  Togo : actualités de la coopération décentralisée
 
  Yvelines-Togo : une coopération au service de la décentralisation et des populations
 
  Issy-Dapaong : plus de 20 ans de coopération
 
  Au cœur des liens d’amitié entre le Togo et la France
 
  Géopolitique internationale et gouvernance démocratique en Afrique
 
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     Togo
 
  S.E.M. / H.E. Calixte Batossie Madjoulba

Sur la voie du renouveau

Occupant une position stratégique en Afrique de l’Ouest, le Togo aspire à s’affirmer comme une plateforme des échanges économiques, financiers et culturels. Pour y parvenir, le Président Faure Gnassingbé a fait de la stabilité politique sa priorité tout en redynamisant la diplomatie togolaise. Objectif : intensifier les relations avec les partenaires pour le développement et valoriser les atouts économiques du pays. Autant d’enjeux que nous explique S.E.M. Calixte Batossie Madjoulba, Ambassadeur du Togo en France. 

La Lettre Diplomatique : Monsieur l’Ambassadeur, réélu le 4 mars 2010, le Président Faure Gnassingbé  a nommé un gouvernement de « large ouverture » illustrant sa volonté d’ancrer les principes démocratiques et de l’Etat de droit au Togo. Quels sont, dans cette perspective, les enjeux de son projet de réforme des institutions à la veille des prochaines élections locales ?

S.E.M. Calixte Batossie Madjoulba :
Les réformes institutionnelles sont un chantier permanent pour adapter les institutions de l’Etat aux mutations incessantes, pour améliorer leur efficacité et leur performance. Comme la grande majorité des pays africains, le Togo poursuit ses efforts en vue de la consolidation de la démocratie et de l’Etat de droit, ainsi que l’enracinement de la culture de dialogue et de consensus.
Les réformes politiques et institutionnelles entreprises depuis 2005 ont permis des avancées considérables ; mais des améliorations sont encore possibles pour asseoir définitivement une démocratie apaisée, fondée sur le dialogue et la recherche permanente de compromis.
En formant un gouvernement de large ouverture au lendemain de sa brillante réélection le 4 mars 2010, le Président Faure Gnassingbé  avait le souci d’affermir le climat d’apaisement, le processus de réconciliation et de fédérer le maximum de compétences pour accélérer la reconstruction du pays, agissant ainsi en phase avec le thème phare de sa campagne, « Construisons Ensemble ».
Son projet de réforme des institutions et d’organisation des prochaines élections locales s’inscrit dans sa volonté d’approfondir la démocratie et l’état de droit, et dans sa détermination à promouvoir la démocratie locale et une participation plus accrue des populations au développement.
En signant l’APG (Accord Politique Global) le 20 août 2006, les différentes parties avaient pour objectif principal de consolider la démocratie, l’état de droit et la bonne gouvernance. Cet objectif demeure d’actualité, et le chef de l’Etat en fait une priorité. Il l’a clairement réaffirmé le 31 décembre 2010 dans son message de nouvel an au peuple togolais. Il déclarait notamment : « s’il y a une tâche à laquelle nous devons nous atteler avec ardeur, pour consolider nos acquis, c’est bien celle des réformes institutionnelles… Mais je voudrais aussi vous dire que le renouveau institutionnel doit être l’affaire de tous. Le débat doit être inclusif ; il doit concerner toute la classe politique et l’ensemble des forces vives, car c’est l’avenir de notre nation qui est en jeu ». La contribution de tous est d’autant plus nécessaire que les réformes touchent à des questions majeures, d’intérêt national.

L.L.D. : Comment qualifieriez-vous la contribution des travaux de la Commission « vérité, justice et réconciliation » en vue de cimenter la cohésion au sein de la société togolaise ?


S.E.M.C.B.M. :
L’un des grands axes de la politique du Président Faure reste incontestablement sa volonté et sa détermination à réconcilier les Togolais. Cette œuvre de réconciliation qu’il a entreprise depuis son premier mandat a abouti à la mise en place, en 2009 de la Commission « Vérité, Justice et Réconciliation » pour faire la lumière sur les violences à caractère politique commises entre 1958 et 2005.
Les travaux de cette Commission avancent à grand pas et suscitent l’engouement (entre 16 000 et 18 000 auditions réalisées). Elles vont permettre au Togo de tourner la page des incompréhensions et des méfaits du passé afin de mobiliser toutes les composantes du pays autour du chantier de la reconstruction et de la modernisation.

L.L.D. : Dans son discours prononcé le 26 avril 2010 à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance nationale, le Président Faure Gnassingbé a rendu hommage aux pionniers qui ont fait du Togo, le premier pays indépendant de l’Afrique noire francophone. Que retenez-vous de cet héritage et des valeurs dont il est porteur pour l’essor de votre pays ?

S.E.M.C.B.M. :
C’est à juste titre que le Président Faure Gnassingbé a rendu un hommage mérité aux pionniers de l’indépendance du Togo. Dans le contexte international de l’époque, la lutte pour l’indépendance n’était pas gagnée d’avance, le colonisateur voulant toujours protéger ses intérêts.
Nous gardons de ces pionniers cette leçon de patriotisme, de courage et surtout de travail. Ils nous ont enseigné que grâce au travail et à l’unité, nous pouvons défendre notre dignité et notre liberté pour faire du Togo l’Or de l’humanité. C’est autant de valeurs sur lesquelles nous devons justement nous appuyer pour faire décoller le pays dans tous les domaines.

L.L.D. : Couronnant les efforts entrepris en matière de gestion économique, le Togo a atteint le point d’achèvement de l’initiative pour les Pays Pauvres Très Endettés (PPTE) ouvrant la voie à un allègement substantiel de sa dette extérieure. Fort de ces nouvelles marges de manœuvre, comment votre gouvernement compte-t-il poursuivre sa politique de réduction des inégalités dans les secteurs relevant des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) ?

S.E.M.C.B.M. :
Le point d’achèvement de l’initiative PPTE constitue l’aboutissement des efforts de réformes politiques et économiques mises en œuvre depuis 2006 sous l’impulsion du Chef de l’Etat. En atteignant cet objectif, le gouvernement s’est ouvert des marges de manœuvre accrues pour consacrer davantage de ressources, non plus au désendettement, mais aux investissements publics tout particulièrement dans les secteurs sociaux et productifs.
Le Président de la République a toujours attaché la plus haute importance aux besoins des populations togolaises en matière d’éducation, de santé et d’accès à l’eau potable. De même, il tient à garantir l’autosuffisance alimentaire et à améliorer les revenus des paysans. Il se comprend donc que des ressources budgétaires conséquentes soient allouées à tous ces secteurs.
Parallèlement, les travaux de réhabilitation et de construction des routes viennent d’être lancés non seulement pour faciliter la circulation des personnes et des biens ainsi que le cadre de vie, mais aussi pour renforcer la compétitivité de l’économie togolaise, dont le port autonome de Lomé est l’un des poumons. Au final, la préoccupation du gouvernement est de créer des emplois, susciter des opportunités d’activités génératrices de revenus, améliorer les conditions de vie des Togolais, tout en consolidant le positionnement stratégique du Togo dans la sous-région.


L.L.D. : Avec une hausse du PIB de plus de 3,5% en 2010, le Togo a conforté sa dynamique de redressement économique. Considérant le rôle moteur du secteur agricole, quelles initiatives sont préconisées en vue d’accélérer sa modernisation ?

S.E.M.C.B.M. :
Ces trois dernières années, le Togo a consacré d’importants moyens et ressources à la relance de l’agriculture. En 2010, environ 100 000 tonnes d’excédents céréaliers ont été produites. Pour parvenir à ces résultats encourageants, l’accent a été mis sur la disponibilité et l’accessibilité aux intrants agricoles, notamment aux semences plus performantes et aux engrais. L’appui technique aux producteurs et l’encadrement des groupements et des organisations paysannes ont été perfectionnés.
Les défis restent cependant encore nombreux, en ce qui concerne notamment les structures de stockage et de conservation, les systèmes de transformation et les filières de commercialisation.
Fort heureusement, toutes ces préoccupations sont prises en charge dans le cadre d’un vaste programme que le gouvernement vient de lancer avec l’élaboration du Projet d’Appui au développement de l’agriculture au Togo (PADAT), avec le soutien actif et l’accompagnement du Fonds international pour le Développement agricole (FIDA), de la Banque Mondiale et de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), ainsi que l’implication effective de tous les acteurs concernés – producteurs et organisations paysannes, groupements socio-professionnels, chercheurs, secteur privé, etc.
Le Forum national du paysan togolais (FNPT), institutionnalisé par le décret n° 2010-003/PR du 21 janvier 2010, est un cadre de concertation et de dialogue permanent avec les producteurs agricoles. Il permet chaque année aux agriculteurs et aux agricultrices de toutes les préfectures et régions d’échanger, avec les plus hautes autorités du pays, sur des sujets relatifs au développement agricole durable. Les deux premières éditions ont permis aux producteurs d’évaluer par filière la mise en œuvre des résolutions et engagements sortis des débats en ateliers, d’actualiser le diagnostic du secteur, de formuler des recommandations à l’endroit du gouvernement et de prendre des engagements pour la bonne réussite de la campagne 2010-2011.
 Sauf aléas climatiques défavorables, l’avenir est à l’optimisme dans ce domaine.

L.L.D. : Le gouvernement togolais a adopté le 19 janvier 2011 un projet de loi introduisant un nouveau code des investissements. Quelles dispositions prévoit-il afin d’améliorer l’environnement des affaires ?

S.E.M.C.B.M. :
L’amélioration du climat des affaires requiert une combinaison de mesures et d’actions. Le Togo dispose d’atouts considérables, en raison notamment de son positionnement géographique qui en fait une plateforme et un carrefour pour les échanges et le commerce.
Non seulement le nouveau code prend en compte les nouveaux secteurs d’activités tels que les technologies de l’information et de la communication (TIC), mais de nombreux aspects sont améliorés en offrant beaucoup plus d’avantages qui permettent :
- l’accroissement des investissements privés,
- la création d’emplois et leur pérennisation,
- la formation continue des travailleurs,
- la promotion de la transformation des produits locaux et de l’exportation des produits finis,
- la promotion des inventions et innovations technologiques protégées,
- les transferts de technologie.
En outre, il simplifie les formalités par l’instauration de deux régimes :
- le régime de déclaration d’investissement qui permet au promoteur dont l’investissement est inférieur ou égal à environ 1 million d’euros  (600 000 000 FCFA) d’accéder au code dans les 72 heures après la remise du questionnaire dûment rempli et signé ;
- le régime d’agrément à l’investissement qui permet au promoteur dont l’investissement initial est supérieur à environ 1 million d’euros (600 000 000 FCFA) d’accéder au code dans les 45 jours ouvrables après le dépôt du dossier complet de demande.
L’adoption de ce projet de code, qui a été élaboré avec l’appui technique de nos partenaires en développement et dont les textes d’application sont en cours de finalisation, permettrait au Togo de se doter d’un instrument précieux et incitatif des investissements. La compétitivité de notre économie en dépend, tout comme l’avenir de l’emploi.
Je voudrais aussi insister sur d’autres mesures prises par les autorités pour améliorer le climat des affaires, entre autres :
- la loi sur la zone franche a été révisée et adoptée en janvier 2011 par le gouvernement en tenant compte des nouvelles donnes économiques et du nouvel environnement des affaires de la sous région ;
- dans le souci d’assainir et de sécuriser l’environnement juridique des affaires la Cour arbitrale du Togo (CATO), a vu le jour ;
En vue d’alléger et de simplifier la procédure de création d’entreprises, un guichet unique, le Centre de formalité des entreprises (CFE), devant regrouper en un seul endroit tous les services administratifs intervenant pour les formalités et procédures, est créé et est en cours d’installation au niveau de la Chambre de commerce et d’industrie du Togo (CCIT).

L.L.D. : Le Togo a été accepté comme candidat à l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE). A travers quels autres mécanismes s’articule la lutte contre la corruption conduite par les autorités togolaises ?

S.E.M.C.B.M. :
En matière de lutte contre la corruption, le gouvernement a initié les actions suivantes :
- l’assainissement des finances publiques,
- la transparence des marchés publics,
- la coordination et la gestion saine et efficace des flux d’aides.
Dans le cadre de l’assainissement des finances publiques, il a été mis en place :
- une Inspection générale des Finances,
- un système intégré de gestion des finances publiques (SIGFIP) qui permet de suivre en temps réel le niveau d’exécution du budget de l’Etat,
- une Cour des comptes pour un contrôle à posteriori des dépenses publiques,
- une Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF) pour lutter efficacement contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme.
Conscients des effets néfastes de la corruption dans le pays et qu’aucun développement ne peut se faire dans ces conditions, le Président de la République et le gouvernement sont déterminés à œuvrer sans relâche, en s’appuyant sur les avis et recommandations de l’ONG Transparency International pour circonscrire et endiguer ce phénomène qui constitue un véritable cancer pour les économies de nos pays.
La lutte contre la corruption au Togo est menée dans tous les secteurs ; aujourd’hui, tout citoyen qui se rend coupable d’actes de corruption est sanctionné.

L.L.D. : Plus largement, comment se traduit son engagement en faveur des recommandations du NEPAD en matière de bonne gouvernance ?

S.E.M.C.B.M. :
Conformément aux recommandations du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), le gouvernement a lancé une réforme de l’administration depuis 2008. Aussi s’est-il engagé à poursuivre le processus de consolidation de la décentralisation et à promouvoir l’aménagement du territoire.
Les années 2009 et 2010 ont marqué pour le Togo, une étape décisive dans la mise en œuvre de la stratégie de réforme et de modernisation de l’administration.
C’est au cours de ces années que les grands chantiers ont connu leur phase active, notamment à travers la révision du cadre juridique de la fonction publique, celle des structures et des procédures de travail, l’introduction et la diffusion de nouveaux outils de travail s’appuyant sur les nouvelles technologies de l’information telles que l’internet et l’intranet.
S’agissant de l’Assemblée nationale, une stratégie de renforcement des capacités a été validée. Des séminaires de formation et d’information ont été organisés tout au long de l’année, au bénéfice des parlementaires sur des thématiques variées.
De même, une cellule d’appui à la Commission des Finances a été mise en place et dotée de moyens matériels et humains dans le cadre du renforcement des capacités de contrôle de l’Assemblée nationale en matière de gestion des finances publiques.
En outre, avec la mise en place de la Cour des comptes, l’Assemblée nationale exerce désormais ses prérogatives lors du vote de la loi de règlement. Dans le cadre de son contrôle concomitant, elle interpelle les membres du gouvernement et les responsables de société sur leur gestion.
Enfin, en vue du renforcement de la cohésion sociale pour promouvoir un climat sociopolitique favorable à la poursuite des actions de développement, le gouvernement a opté pour le renforcement de la culture citoyenne et l’implication des organisations de la société civile dans la gestion des affaires publiques.

L.L.D. : Détériorées par les inondations de 2008, les infrastructures routières de votre pays bénéficient d’un vaste programme de rénovation. Pourriez-vous dresser un état de l’avancement des principaux chantiers mis en œuvre ? En quoi participent-ils d’une vision plus large visant à faciliter les échanges commerciaux transfrontaliers ? Quels autres projets sont envisagés dans les secteurs de l’énergie ?


S.E.M.C.B.M. :
Aujourd’hui, tout le territoire national est en chantier, en termes de réhabilitation et de reconstruction des routes, des ouvrages d’art et des pistes rurales. Bien entendu, cela crée quelques désagréments, notamment à Lomé, qui bénéficie en outre de travaux d’assainissement visant à juguler les conséquences néfastes des pluies diluviennes désormais récurrentes, mais la population et les usagers seront satisfaits une fois les travaux achevés.
Comme je l’ai évoqué auparavant, au-delà des besoins d’embellissement et d’amélioration du cadre de vie et de la mobilité, les routes au Togo ont une vocation économique et stratégique indiscutable en matière d’intégration régionale et de développement du commerce transfrontalier.
Dans cet esprit, le tronçon togolais du corridor Abidjan-Lagos est en pleine reconstruction. D’autres tronçons à vocation régionale sont en voie d’être étudiés ou réhabilités, comme la route Dapaong-Ponio-Frontière Burkina-Faso. Quant à l’axe dorsal, qui relie la capitale togolaise aux pays de l’hinterland que sont le Burkina-Faso, le Mali et le Niger, les efforts sont déployés pour mobiliser les ressources nécessaires à sa modernisation, en complément des voies de contournement et de déviation en cours de réalisation à Lomé, Alédjo et Défalé.
Dans le secteur de l’énergie, contrairement à beaucoup de pays de la sous-région, le Président de la République a été très visionnaire en initiant la construction d’une centrale électrique de 100 mégawatts. Cette initiative a procuré au Togo une certaine indépendance et une stabilité en matière énergétique, favorisant également les travaux de renforcement et d’extension de l’éclairage public de Lomé et des autres régions du pays. A présent, c’est l’électrification des zones rurales qui a été initié. Il convient par ailleurs de souligner que l’interconnexion électrique transfrontalière avec le Bénin et le Ghana se poursuit.

L.L.D. : En matière de télécommunications, quels sont les projets en cours dans votre pays?

S.E.M.C.B.M. :
Le cadre institutionnel du secteur des télécommunications est en voie de modernisation et sera élargi plus généralement aux technologies de l’information et de la communication (TIC), avec notamment :
- une nouvelle Déclaration de la politique sectorielle qui devrait être adoptée prochainement ;
- un avant-projet de loi sur les communications électroniques et ses textes d’application en cours de préparation.
Pour le développement des réseaux, quatre grands projets peuvent être cités :
- l’octroi d’une troisième licence mobile,
- l’évolution des réseaux mobiles existants vers ceux de la troisième génération,
- le développement des réseaux à large bande,
- l’achèvement du point d’atterrissement et la mise en service du projet de câble sous-marin WACS.
En ce qui concerne la promotion des TIC :
- un projet de technopole est en cours de lancement pour promouvoir ce secteur industriel,
- des projets ciblés sont prévus pour développer l’utilisation des TIC dans tous les secteurs d’activités socio-économiques dont l’éducation et la santé.
D’une manière générale, un ambitieux programme d’actions sera élaboré à l’issue de l’adoption de la nouvelle déclaration de politique sectorielle.

L.L.D. : Pôle régional de transit et de services, le Togo capte avec le Port de Lomé une part croissante des échanges commerciaux des pays enclavés ouest-africains. Comment évaluez-vous les capacités togolaises à répondre au surcroît d’activités généré par la crise ivoirienne ?

S.E.M.C.B.M. :
La crise ivoirienne a certainement perturbé les activités du Port autonome de Lomé, avec l’affluence des véhicules du Mali, du Burkina-Faso et du Niger, qui formait initialement un trafic destiné à la Côte d’Ivoire.
Il faut aussi noter qu’au-delà de cette crise, le Port autonome de Lomé bénéficie d’un capital de confiance de la part de tous ces opérateurs économiques compte tenu de ses atouts et de la qualité de ses prestations, notamment la manutention des conteneurs gérée par les sociétés privées, la rapidité de la cadence et la sécurité des personnes et des marchandises.
Pour juguler toutes ces perturbations, le Port autonome de Lomé, avec l’appui des autorités togolaises, a rapidement aménagé des aires et parcs de stationnement de gros porteurs :
- le parking de stationnement à l’entrée du port d’une superficie de 20 760 m²,
- le parking dans l’enceinte de l’ancienne
SOTOMA de 49 448m², 
-  le parking à la sortie nord de Lomé (Togblékopé) d’une capacité de 61 593 m²,
- un autre parking d’une superficie de 38 425 m² en face de l’hôtel Sarakawa est en projet.
Pour désengorger l’intérieur du port, le groupe Bolloré a également entrepris des travaux d’urgence d’extension et de modernisation du terminal à conteneurs.
Par ailleurs, avec l’affluence de trafic résultant de la crise ivoirienne, le Togo manque de camions pour absorber tout ce trafic ; ce qui a conduit certains représentants du Sahel, notamment le Conseil Burkinabé des Chargeurs, à faire appel aux transporteurs des pays voisins afin d’accélérer l’enlèvement des marchandises pour éviter la pénurie au Burkina Faso.

L.L.D. : Alors qu’un troisième quai est en cours de construction, quels nouveaux marchés votre pays cherche-t-il à conquérir ?

S.E.M.C.B.M. :
Le Port autonome de Lomé est un carrefour des échanges sous-régionaux et la meilleure porte maritime des pays du Sahel avec une capacité d’accueil des navires de nouvelle génération.
L’ambition des autorités portuaires avec ce nouveau chantier est en effet de faire de Lomé, une plateforme maritime de la zone économique ouest-africaine et une destination de choix dans un environnement de plus en plus concurrentiel.
Le quai à conteneur actuel, construit en 1984, connaît un taux d’occupation très élevé à cause du nombre exponentiel de conteneurs à gérer.
Aussi, ce nouveau chantier permettra de moderniser les infrastructures portuaires pour répondre ainsi aux besoins de traitement rapide des navires.
En fait, il ne s’agit pas forcément de conquérir de nouveaux marchés, mais ceux que nous desservons traditionnellement deviennent de plus en plus importants grâce à leur croissance démographique.

L.L.D. : Abritant les sièges de la Banque Ouest-africaine de Développement (BOAD) et de la Banque d’Investissement et de Développement de la CEDEAO (BIDC), comment décririez-vous le potentiel de votre pays à s’affirmer comme une place financière d’envergure régionale ? Quel rôle peut-il jouer dans la mise en place de mécanismes visant au développement durable de l’Afrique de l’Ouest ?


S.E.M.C.B.M. :
Le Togo détient aujourd’hui un énorme potentiel pour s’affirmer comme une place financière d’envergure régionale.
Le premier atout reste et demeure le climat de paix et de stabilité qui permet à tout investisseur étranger d’opérer en toute quiétude. Les sociétés sont régies par l’acte uniforme de l’Organisation pour l’harmonisation du Droit des affaires en Afrique (OHADA). Cet acte uniforme interdit toute restriction aux droits des étrangers à gérer des sociétés locales. L’investisseur étranger peut créer une filiale à 100%. Il n’a pas l’obligation de s’associer à un investisseur local.
En outre, au plan financier et bancaire, le Togo jouit d’une réglementation de change libérale. Le marché financier de l’Union économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA) reste accessible aux investisseurs. De nombreuses banques commerciales et de développement, nationales et régionales, opèrent ainsi sur le territoire, nouant plusieurs partenariats avec des banques françaises et américaines.
Aujourd’hui, le Togo a un rôle très important à jouer dans la mise en place de mécanismes visant au développement durable de l’Afrique de l’Ouest. Il est en effet membre de plusieurs organisations économiques telles que le Conseil de l’Entente, la Zone d’Alliance de Coprospérité (ZACOP), l’UEMOA, la CEDEAO, la CEN-SAD, l’OHADA, etc. Autant d’organisations qui ont à cœur le développement socio-économique des Etats membres.

L.L.D. : Marqué par les préoccupations concernant la situation en Côte d’Ivoire, le 16ème sommet des Chefs d’Etat de l’UA s’est achevé le 31 janvier 2011 par l’adoption d’une « déclaration sur les valeurs partagées de l’Afrique ». Quelle est votre vision des mutations profondes qui semblent caractériser le Maghreb et le Moyen-Orient, et leurs possibles répercussions sur l’ensemble du continent africain ?

S.E.M.C.B.M. :
Les mutations profondes qui semblent caractériser à l’heure actuelle le Maghreb se justifient par la quête d’une plus grande liberté, de plus de démocratie et d’emplois pour la jeunesse.
Ce vent qui souffle sur le Maghreb ne peut s’emparer d’autres pays du continent que si la liberté et la justice y sont bafouées. Ces événements invitent les gouvernants à faire preuve de bonne gouvernance et de sagesse dans la gestion des ressources de leurs pays. Et les principes de la bonne gouvernance doivent avoir pour finalité la réduction des inégalités et des frustrations au sein des populations qui sont appelées à accompagner les processus de développement.
En un mot, je crois, pour ma part, que la plupart des pays africains ont déjà vécu ces événements dans les années 1990, au lendemain de la chute du mur de Berlin et de la Conférence de
La Baule.

L.L.D. : Le Togo a renoué des liens de coopération avec l’Union européenne depuis novembre 2007. Considérant la convergence de vue exprimée à l’occasion de la 9ème session du dialogue politique qui s’est tenue à Lomé en juillet 2010, comment souhaiteriez-vous voir évoluer ces relations ?

S.E.M.C.B.M. :
La reprise de la coopération entre le Togo et l’Union européenne en novembre 2007 est une opportunité qui est offerte aux deux parties de repartir sur de nouvelles bases. Il est souhaitable que ces relations évoluent dans le respect mutuel et qu’elles soient fructueuses pour les Togolais et les Européens, avec la possibilité, surtout pour la diplomatie togolaise, de signer d’autres accords dans des secteurs clés de développement.
 
L.L.D. : Représentant l’un des principaux partenaires commerciaux du Togo, la France est également son premier bailleur bilatéral. Comment se matérialisent les projets mis en œuvre sous l’égide du Document-cadre de partenariat (2008-2012) signé en septembre 2008 ? Quels changements caractérisent la coopération en matière de défense avec le renouvellement des accords dans ce domaine le 12 mars 2009 ? Alors que votre pays se tourne vers l’émergence, comment comptez-vous faire fructifier les liens qui unissent les deux pays au plan économique, mais aussi culturel, à travers leur appartenance commune à la Francophonie ?

S.E.M.C.B.M. :
Fidèle partenaire du Togo, la France a renouvelé en septembre 2008 son engagement à travers le Document Cadre de Partenariat (DCP). Outil de programmation et de communication, ce document constitue un guide de l’action de la coopération française au Togo sur la période (2008-2012).
S’agissant des projets mis en œuvre sous l’égide dudit document, ils se matérialisent déjà à travers leur financement sur le terrain dans les secteurs de l’Education, des Infrastructures, de la Santé, de la Gouvernance, du Renforcement des Capacités et de la Culture. Je voudrais préciser que ces actions de coopération sont conduites et mises en œuvre sur le terrain par l’Agence française de Développement (AFD).
En ce qui concerne la coopération en matière de défense, je tiens à souligner que le Togo fut le tout premier pays parmi les partenaires de la France à conclure ce nouvel accord de défense le 12 mars 2009.
Les changements qui caractérisent ce nouveau type de partenariat sont, entre autres, les principes de transparence, de réciprocité, de respect mutuel, de sécurité collective (ouverture de ce partenariat à la CEDEAO et à l’UA) et l’absence de clauses d’intervention des forces françaises dans une crise togolaise.
Au moment où le Togo se tourne vers l’émergence, j’estime pour ma part qu’il serait de bon ton que les relations qu’entretient le Togo avec son partenaire traditionnel, la France, se consolident et se matérialisent davantage, surtout dans les domaines ciblés par le Document Cadre de Partenariat.    

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