Samedi 25 Mai 2019  
 

N°93 - Premier trimestre 2011

La lettre diplometque
  Éditorial
Albanie
Indonésie
  France-Indonésie : une coopération en plein essor
 
  Un si grand pays, trop méconnu en France
 
  L’Indonésie, un partenaire économique incontournable pour la France
 
  Le marché indonésien devient stratégique pour la France
 
  « En 2011, l’Indonésie sera un des pays émergents les plus dynamiques »
 
  Les échanges humains au cœur des relations franco-indonésiennes
 
  L’École française d’Extrême-Orient et la coopération archéologique en Indonésie
 
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     Indonésie
 
  S.E.M. / H.E. Rezlan Ishar Jenie

Le pivot de l’Asie du Sud-Est s’affirme comme un futur Grand

Clé de voûte de l’ASEAN, l’Indonésie est devenue en l’espace d’une décennie l’une des économies les plus en vue de la planète. La réélection du Président Susilo Bambang Yudhoyono en juillet 2009 a confirmé la démocratisation du géant de l’Asie du Sud-Est et sa stabilisation intérieure. Ambassadeur d’Indonésie en France, S.E.M. Rezlan Ishar Jenie nous livre son analyse des principaux défis de la diplomatie indonésienne et de l’approfondissement des liens avec la France, 60 ans après l’établissement des relations diplomatiques entre
les deux pays.

La Lettre Diplomatique : Monsieur l’Ambassadeur, l’Indonésie assume en 2011 la présidence tournante de l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN). Seul membre du G20 de la région, quelles sont ses aspirations en vue de consolider le rôle de l’Asie du Sud-Est sur la scène internationale ? Alors que votre pays plaide pour une meilleure prise en compte des intérêts des pays émergents, comment avez-vous accueilli les propositions françaises concernant la réforme du système financier ?

S.E.M. Rezlan Ishar Jenie : En effet, l’Indonésie a l’honneur d’assumer la présidence de l’ASEAN en 2011, et elle est déterminée à œuvrer pour la faire progresser. Le thème de cette présidence, « la communauté de l’ASEAN dans la communauté mondiale des nations », souligne l’importance de l’Association pour la construction de la communauté régionale et sa consolidation, afin de nous permettre de mieux contribuer collectivement à trouver des solutions aux défis mondiaux.
Le monde change aujourd’hui comme jamais auparavant. Nous constatons une renaissance de la multipolarité dans laquelle aucun pays ne peut affirmer sa prédominance, ni s’attaquer seul aux défis mondiaux. En outre, les nations émergentes en Asie assument un rôle important dans les décisions internationales. Dans ce cadre, l’ASEAN peut, avec d’autres nations, faire partie de la solution aux défis multidimensionnels que rencontre le monde globalisé.
Les nombreuses menaces auxquelles nous sommes aujourd’hui confrontés revêtent différentes formes. Certaines résultent d’anomalies de la nature, d’autres sont créées par l’homme ; elles englobent les catastrophes, le changement climatique, la dégradation de l’environnement, les pandémies, l’immigration clandestine, les crises indissociables de la sécurité alimentaire et énergétique ou les problèmes financiers et économiques mondiaux. Certaines régions du monde sont encore secouées par de virulents conflits, alors que dans d’autres se profile la menace du terrorisme. Tous ces problèmes exigent des solutions qui reposent sur la coopération internationale.
C’est également dans ce contexte que l’Indonésie se positionne dans un rôle conforme à son mandat constitutionnel qui est « de contribuer activement à créer un monde de paix juste et prospère ». Aussi, cherche-t-elle à coopérer avec d’autres pays pour trouver une solution aux problèmes internationaux. Je pense ainsi que l’Indonésie saura faire entendre les intérêts des pays en développement au travers du G20, et travailler avec des partenaires développés pour surmonter les déséquilibres mondiaux.
Les leçons tirées de la crise asiatique de 1997 qui a durement frappé l’Indonésie et les pays de la région, et celles tirées de la crise financière actuelle, ont montré qu’il est important d’accélérer l’amélioration du secteur financier et les réformes des institutions financières internationales (IFI). Cette année, sous la présidence française du G20, nous devons continuer à concrétiser les engagements pris au cours du sommet précédent. Nous avons non seulement besoin d’un meilleur système monétaire international, mais nous devons aussi mettre en place un filet de sécurité financière mondiale pour éviter que ne se reproduise une nouvelle crise.
L’Indonésie a toujours indiqué qu’il était tout aussi important de faire avancer l’agenda du G20 en donnant la priorité au volet financier, aux systèmes sociaux de sécurité, au soutien au commerce ainsi qu’à la sécurité alimentaire. Nous nous sommes engagés en faveur d’une voie de développement régi par la bonne gouvernance et la tolérance zéro pour la corruption. L’Indonésie et la France coprésident le groupe de travail contre la corruption du G20. Nos deux pays espèrent établir un calendrier pour le plan d’action anticorruption et la mise en œuvre des principaux domaines d’action. L’Indonésie voudrait notamment renforcer la coopération dans les domaines de l’assistance juridique mutuelle et du recouvrement des avoirs financiers.

L.L.D. : Lancée sous l’impulsion de l’Indonésie en 2003, l’édification de la Communauté de l’ASEAN à l’horizon 2015 constitue le chantier majeur du processus d’intégration régionale. Quelles sont les propositions de la diplomatie indonésienne en vue de le concrétiser? Quelle attention entend-elle accorder à l’amélioration du fonctionnement de la Commission intergouvernementale sur les droits de l’homme de l’ASEAN (AICHR)?

S.E.M.R.I.J. : La charte de l’ASEAN constitue une étape importante dans les efforts mis en œuvre pour l’édification de la communauté de l’ASEAN à l’horizon 2015. Ce processus correspond à une transformation de l’Association qui passerait d’une organisation peu structurée à une organisation régie par des règles juridiquement contraignantes, centrée sur les individus et basée sur les trois piliers que sont la sécurité politique, l’économie et les communautés socio-culturelles.
Depuis le lancement de l’accord II de Bali en 2003, l’Indonésie insiste activement sur l’importance d’un développement équilibré des trois piliers en tant que fondements de la communauté de l’ASEAN, dans l’optique de créer une région de paix, de liberté et de prospérité en Asie du Sud-Est, à l’image de ce que souhaitaient les pères fondateurs réunis à Bangkok en 1967.
Dans le cadre de nos efforts pour renforcer le pilier politique de la communauté de l’ASEAN, la création de la Commission intergouvernementale des droits de l’homme de l’ASEAN (AICHR) conformément aux principes inscrits dans la charte et portant sur la démocratie, la primauté du droit et la bonne gouvernance, le respect et la protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales, constitue une de nos principales réalisations.
Le commissaire indonésien s’est montré très actif en faveur du renforcement de l’AICHR, afin d’en faire une instance crédible et capable d’assurer un équilibre tant au niveau de la promotion que de la protection des droits de l’homme dans l’ASEAN. Comme beaucoup d’entre nous le savent, l’AICHR a achevé son programme de priorités pour 2000-2011, qui prévoit la rédaction de la déclaration des droits de l’homme de l’ASEAN et d’autres mesures en vue d’accroître ses capacités. L’Indonésie continue également à plaider en faveur de l’alignement de la mission de l’AICHR sur celle portant sur la promotion et la protection des droits des femmes et des enfants de l’ASEAN (ACWC), afin de créer une synergie entre les deux instances dans le traitement de la question des droits de l’homme dans l’ASEAN.
Il est particulièrement important que la famille de l’ASEAN continue à remplir tous ses engagements envers ces trois piliers dans le cadre de sa transformation en une véritable communauté de nations.

L.L.D. : L’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange entre l’ASEAN et la Chine, le 1er janvier 2010, a donné naissance à la plus grande zone de libre-échange au monde. Comment analysez-vous les effets de la libéralisation des échanges commerciaux avec la Chine sur la compétitivité de votre pays ? Plus globalement, quels efforts doivent être engagés pour réduire les écarts de développement au sein de l’ASEAN ?

S.E.M.R.I.J. : L’entrée en vigueur en 2015 de la totalité de l’accord de libre-échange entre l’ASEAN et la Chine (ACFTA) donnera naissance à la plus grande zone de libre-échange au monde. Cette zone englobe 1,9 milliard de personnes, soit 30% de la population mondiale, et représente le troisième PIB combiné le plus élevé du monde, d’une valeur de 6,6 trillions de dollars, tandis que la totalité des échanges commerciaux atteint 4,3 trillions de dollars.
En raison de la diversité des principaux paramètres économiques qu’il implique, l’ACFTA se met en place graduellement depuis 2010 avec six membres de l’ASEAN que sont Brunei Darussalam, l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande et la Chine. En 2015, ils seront rejoints par le Cambodge, le Laos, Myanmar et le Vietnam.
La Chine est actuellement le plus important partenaire commercial de l’ASEAN, représentant 11,6% des échanges commerciaux de l’ASEAN, alors que par ailleurs, l’ASEAN est le quatrième partenaire commercial de la Chine, totalisant 9,7 % du total des échanges commerciaux de cette dernière. De plus, les échanges commerciaux entre l’ASEAN et la Chine ont enregistré une croissance moyenne de 26% par an entre 2003 et 2008, notamment pour les produits électriques et électroniques, le pétrole et les produits pétroliers, le plastique, le caoutchouc et les huiles végétales. Pour intensifier les relations ASEAN-Chine, les dirigeants de l’ASEAN et de la Chine ont convenu de fixer un objectif pour leurs échanges commerciaux bilatéraux d’un montant de 500 milliards de dollars et de 10 milliards de dollars pour les investissements directs étrangers à l’horizon 2015.
Pour l’ASEAN, les opportunités de profiter pleinement de l’ACFTA ne peuvent être mieux décrites qu’en cette période de crise. Alors que sur les marchés traditionnels, la demande pour les biens en provenance de l’ASEAN ont baissé, les résultats de l’ACFTA sont dans l’ensemble meilleurs que les tendances mondiales, car l’ASEAN a les capacités de devenir une plateforme d’approvisionnement pour une économie chinoise en plein essor.
Notre défi le plus urgent est de multiplier nos efforts pour améliorer l’intégration économique de l’ASEAN afin de créer un marché unique et une base de production qui soit fortement compétitive et facilite effectivement les échanges commerciaux et les investissements. Il est tout aussi important de réduire la disparité entre les Etats membres de l’ASEAN et de continuer à mettre en place l’Initiative pour l’intégration de l’ASEAN (IIA) lancée en l’an 2000 et visant non seulement à réduire les écarts de développement au sein de l’ASEAN, mais également les écarts entre l’ASEAN et d’autres régions du monde.
Le lancement de la connectivité de l’ASEAN en 2009 pour faciliter la croissance économique et réduire les écarts de développement, en renforçant les liens physiques, institutionnels et individuels, constitue une autre étape importante dans la voie vers l’intégration. Un de nos plus grands défis dans cette perspective consiste à mettre en place un transport multimodal pour relier les régions de l’archipel à la partie continentale de l’Asie du Sud-Est, la Chine et même au-delà. La Chine, le Japon et d’autres partenaires du dialogue avec l’ASEAN ont exprimé un profond intérêt pour les projets relatifs à la connectivité de l’ASEAN.
Ce défi particulier représente un potentiel énorme pour la région. La moitié de l’approvisionnement énergétique mondial et plus du tiers du transport mondial de conteneurs passent par le détroit de Malacca. Avec une plus grande connectivité, le détroit permettra non seulement de relier les archipels au continent du Sud-Est asiatique, mais servira également de corridor économique offrant croissance, stabilité et une chaîne de valeurs aux communautés côtières.

L.L.D. : Grâce à un rythme de croissance soutenu de plus de 6% en 2010 illustrant sa résistance face à la crise financière mondiale, l’Indonésie devrait intégrer le groupe restreint des puissances économiques émergentes (BRIC). Considérant le poids des ressources naturelles dans le PIB indonésien, comment cette dynamique peut-elle être mise à profit afin de diversifier son secteur industriel ? Quels efforts pourraient-ils être mobilisés en vue d’accroître son attractivité auprès des investisseurs étrangers, en particulier dans le domaine des infrastructures ?

S.E.M.R.I.J. : La résistance de l’économie indonésienne lui a en effet permis d’atteindre son apogée en terme d’expansion au cours de la dernière décennie. La croissance du PIB devrait s’accélérer et passer de 6,1% en 2010 à 6,4% en 2011. Nous nous sommes également fixé un objectif de croissance compris entre 7,2 et 7,4% à l’horizon 2013. Cette reprise de la croissance offre de nouvelles opportunités d’investissement. Avec ses ressources naturelles abondantes, l’Indonésie est bien placée pour répondre aux différents besoins de la demande mondiale en matière de ressources naturelles. Elle possède les plus grandes réserves de gaz naturel de l’Asie-Pacifique et la plus grande réserve mondiale de ressources géothermiques, sans compter nombre d’autres ressources minérales comme le charbon. Elle est ainsi l’un des plus grands producteurs de produits de base comme le clou de girofle, l’huile de palme, le caoutchouc et le cacao.
Notre pays a opté en faveur d’une stratégie de croissance comportant quatre axes que sont le soutien à la croissance, à la lutte contre la pauvreté, à l’emploi et à la protection de l’environnement. Fort de cette vision, l’Indonésie s’est pleinement engagée pour devenir une destination plus attrayante pour l’investissement et les affaires. A cette fin, le gouvernement a fait de son mieux pour assurer une croissance économique future mieux répartie avec un accès plus large aux opportunités qu’offre la croissance, et en répartir les bénéfices plus largement au travers d’initiatives fiscales et financières.
Dans la perspective d’exploiter la pleine croissance du potentiel de toutes les régions, notre pays est en train de mettre en place six corridors de croissance économique prospère. Pour améliorer la connectivité, le gouvernement envisage de poursuivre le développement de ses infrastructures, notamment pour ce qui est des routes et de l’énergie. Pour ce faire, il a prévu une dotation de 135,8 trillions de roupies (environ 154 milliards de dollars) dans le cadre du budget de 2011. A cet égard, le gouvernement invite également le secteur privé à participer au financement des programmes à travers des projets de partenariat public-privé pour construire des autoroutes, des ports, des usines électriques, et à développer d’autres établissements publics.
Dans le cadre de ses efforts pour améliorer le climat de l’investissement et pour garantir une plus grande prévisibilité dans le domaine économique, le gouvernement a décidé d’intensifier la réforme de la bureaucratie et en a fait la grande priorité de son agenda de réformes. Il veut améliorer la transparence aux niveaux économique, gouvernemental et judiciaire, de façon à ce que les normes bureaucratiques de l’ASEAN soient à la hauteur des meilleures pratiques internationales. En outre, il continue à rationaliser ses procédures d’octroi de licences, les politiques fiscales et l’administration des douanes. Ces stratégies visent à diversifier l’économie indonésienne et à assurer l’équilibre entre nos ressources naturelles, notre potentiel humain et nos capacités d’innovation. A l’appui de ces mesures importantes, le gouvernement invite le monde entier à « investir dans la remarquable Indonésie ».
 
L.L.D. : Remporté par le Président Susilo Bambang Yudhoyono le 8 juillet 2009, le deuxième scrutin présidentiel au suffrage universel direct de l’histoire indonésienne a consacré l’ancrage de la démocratie dans votre pays. Comment compte-il poursuivre son action réformatrice, en particulier dans le domaine de la lutte contre la corruption ? Plus largement, comment caractérisez-vous les évolutions du paysage politique et social de votre pays depuis la tenue des premières élections libres en 1999 ?

S.E.M.R.I.J. : L’Indonésie a beaucoup progressé depuis le mouvement réformateur Reformasi de 1998, qui a été à l’origine de grands bouleversements politiques, économiques et sociaux.
Le processus de réforme conduit par les étudiants s’est déroulé en plein milieu de la crise financière asiatique, qui a entraîné dans son sillage des problèmes multidimensionnels de nature politique sécuritaire, et relevant également d’une pression économique et d’un malaise social qui ont presque paralysé le pays. Le mouvement de réforme a alors forcé le gouvernement du « Nouvel ordre » du Président Soeharto à abandonner le pouvoir. C’est ainsi qu’a commencé la transformation qui a fait de l’Indonésie celle que nous connaissons aujourd’hui : une démocratie éclatante et une économie émergente avec une population dynamique qui, contre toute attente, a su résister et survivre.
Vous avez, à juste titre, indiqué que l’un des facteurs clés de la transformation de l’Indonésie réside dans notre capacité à changer le système. Depuis la première élection libre en 1999, nous nous sommes concentrés sur la construction et le renforcement des institutions nationales et démocratiques. Nous avons réformé nos lois et nos réglementations, instauré la liberté de la presse, ainsi que la liberté d’expression et d’association. Nous avons écarté les militaires de la politique. Nous avons aboli les restrictions pesant sur les partis politiques tout en rendant les responsables politiques comptables de leurs actes envers leurs électeurs. Nous avons mis en place un système d’équilibre des pouvoirs. En fait, nous avons instauré la démocratie au sens le plus large.
A ce jour, nous avons organisé deux élections directes législatives et présidentielles qui se sont déroulées dans la paix. L’Indonésie est reconnue par la communauté internationale comme la troisième plus grande démocratie au monde. En guise d’illustration, on comptait 174 millions d’électeurs, 38 partis politiques avec 560 000 bureaux de vote lors de la dernière élection. Depuis 2005, nous avons également tenu, entre autres, quelques 500 élections locales directes pour des postes de gouverneurs, de maires, de chefs de régence, et d’autres postes de responsables locaux. De ce fait, la Banque mondiale a qualifié l’Indonésie de « capitale mondiale de la démocratie ».
Néanmoins, la transformation de l’Indonésie est loin d’être terminée. Pour mieux assurer une bonne gouvernance, nous avons déployé les efforts les plus importants de notre histoire pour lutter contre la corruption. Nous avons mis en place les bases juridiques nécessaires à cette fin, en adoptant des lois strictes sur la bonne gouvernance, « la lutte contre la corruption, la collusion et le népotisme », l’éradication des délits de corruption, la prévention et l’éradication de délits de blanchiment d’argent.
En 2002, nous avons créé le Centre d’analyse et de rapports sur les transactions financières (PPATK/INTRAC) pour lutter contre le blanchiment d’argent et les transactions financières douteuses. Par ailleurs, la Commission anticorruption (KPK) a été créée en 2003 en tant qu’instance indépendante dotée de tous les pouvoirs pour enquêter et lancer des poursuites judiciaires dans les affaires de corruption. Nous avons également lancé un plan d’action nationale de lutte contre la corruption et élaboré une stratégie nationale pour l’éradication de la corruption (2010-2025).
Ces engagements se sont traduits par des actions concrètes qui ont abouti à la comparution devant les tribunaux d’anciens ministres et responsables officiels, de membres du Parlement et d’anciens gouverneurs qui ont été jugés et condamnés pour corruption.
Du fait de la nature transfrontalière de la corruption, il est essentiel de déployer des efforts internationaux concertés. Outre une coopération avec nos partenaires bilatéraux, nous œuvrons activement à l’échelle internationale. Dans ce contexte, nous avons ratifié la Convention des Nations unies contre la corruption (UNCAC) et accueilli la deuxième conférence des Etats parties de l’UNCAC.
L’Indonésie est également en première ligne de l’agenda du G20 en matière de lutte contre la corruption et copréside le groupe de travail du G20 contre la corruption. En outre, l’OCDE et le KPK co-organisent une conférence internationale sur la lutte contre la corruption en mai 2011 à Bali.
Nous avons encore beaucoup à faire pour lutter contre la corruption. Et je ne doute pas que nous soyons sur la bonne voie et que notre dur labeur pour instaurer une bonne gouvernance et la transparence dans notre pays portera ses fruits comme d’ailleurs l’ensemble de nos efforts.

L.L.D. : Plus grand pays musulman du monde, l’Indonésie a été confrontée au cours de la dernière décennie à une vague d’attentats meurtriers revendiqués par des organisations terroristes proches ou s’inspirant d’Al Qaïda. Quel bilan faites-vous de la stratégie indonésienne pour démanteler les réseaux terroristes et leurs sources de financement ?

S.E.M.R.I.J. : L’Indonésie figure parmi les quelques pays qui ont réussi à lutter contre le terrorisme grâce à une approche globale, incluant la lutte contre la criminalité et des mesures préventives pour s’attaquer à la racine et aux causes du terrorisme. Ces mesures sont appliquées dans le strict respect de la législation en vigueur et des droits de l’homme.
A ce jour, nous avons appréhendé un certain nombre d’auteurs d’actes de terrorisme et nous les avons traduits en justice. Nous avons ainsi réussi à démanteler leurs réseaux. En ce qui concerne les mesures préventives, nous poursuivons nos efforts pour lutter contre ce fléau en recourant à la coopération internationale ; ce, également dans le strict respect du droit international, notamment de la Charte des Nations Unies et d’autres législations sur les droits de l’homme.
L’Indonésie poursuit sa marche stratégique par étapes pour renforcer les règles et l’application de la loi. Nous avons ainsi mis en place des mesures pour éradiquer le terrorisme en Indonésie. La création du Détachement 88, une force de police spéciale, constitue un élément-clé s’inscrivant dans le cadre de ces efforts.
Du fait de la nature transfrontalière du terrorisme, une coopération bilatérale régionale et internationale entre les pays est indispensable. A l’échelon régional, nous travaillons avec nos partenaires dans le cadre de l’ASEAN, du forum régional de l’ASEAN et de l’APEC. Nous avons, avec l’Australie, lancé les réunions ministérielles régionales de Bali sur le contre-terrorisme (BRMMCT) et créé à Semarang, le Centre de Jakarta pour la coopération en matière d’application de la loi (Jakarta Center for Law Enforcement Cooperation - JCLEC) dont le rôle est de former et de renforcer les capacités des agences chargées de l’application de la loi dans la région Asie-Pacifique afin de lutter contre le fléau du terrorisme.
Nous pensons que l’application de la loi pourrait être associée à des mesures préventives au travers d’approches socio-culturelles visant à accroître l’influence des modérés, de façon à renforcer la « voix de la modération ». La grande majorité de notre peuple est dans cette disposition d’esprit, tolérante, ouverte et réceptive aux valeurs universelles de la démocratie. Nous devons faire entendre sa voix pour prévenir la prolifération d’opinions extrémistes.
Dans ce cadre, le Président Susilo Bambang Yudhoyono a indiqué lors du discours qu’il a prononcé à l’Université d’Harvard en octobre 2009 comment l’Indonésie avait montré au monde que l’Islam, la modernité et la démocratie peuvent constituer un partenariat puissant, et que l’Indonésie peut jouer un rôle important pour combler la fracture entre le monde islamique et le monde occidental.
Notre pays va continuer à promouvoir nos intérêts communs en faveur des différents dialogues interconfessionnels engagés aux niveaux national, régional, international et interrégional, parmi lesquels le Dialogue interconfessionnel Asie-Europe, les discussions de la table ronde internationale sur l’islam et la démocratisation en Asie du Sud-Est, ainsi que le Forum des chefs religieux lancé par l’Indonésie. D’autres initiatives s’accordent sur l’importance de ces dialogues, comme le Dialogue des Nations unies entre les civilisations et le Dialogue interconfessionnel de la réunion Asie-Europe (ASEM).
Nous ne pouvons relâcher notre vigilance face à la menace du terrorisme, et l’Indonésie est fermement engagée en faveur de cette cause, en coopération bien sûr avec la communauté internationale.

L.L.D. : Représentant une réussite majeure du premier mandat du Président Susilo Bambang Yudhoyono, l’accord de paix conclu en 2005 avec le mouvement séparatiste de la province d’Aceh (GAM) a mis fin à trente ans de conflit. Dans quelle mesure l’approche adoptée pour pacifier Aceh pourrait-elle être mise en œuvre en Papouasie-occidentale? Tenant compte des ressources minières stratégiques de cette province, quelle est votre perception des revendications papoues en faveur de l’autodétermination?

S.E.M.R.I.J. : Le règlement pacifique dans la province de Aceh Darussalam a effectivement constitué une immense réussite. La pleine application de l’accord d’Helsinki de 2005 a permis à la population d’Aceh d’instaurer la paix et de poursuivre son développement.
Nous devons garder à l’esprit que l’approche d’une « solution unique pour tous » ne fonctionnera pas nécessairement pour le développement des 33 provinces indonésiennes. La politique d’Aceh, à l’extrême ouest du pays, ne peut pas être « copiée-collée » et appliquée à la Papouasie qui est située à l’extrémité orientale de l’archipel indonésien et qui s’inscrit dans un contexte culturel et historique différent.
Conscient des besoins spécifiques de la Papouasie et de la nécessité de s’attaquer à la mauvaise gestion et aux politiques inadéquates du passé, le gouvernement indonésien a adopté une nouvelle approche envers cette province, en lui accordant un statut d’autonomie spéciale en 2001 et en modifiant les politiques mises en œuvre jusque là.
Le statut de la Papouasie, qui englobe les provinces de la Papouasie et de la Papouasie occidentale, traduit une approche globale visant à réaffirmer le respect des droits fondamentaux des Papouasiens à développer leurs provinces, à renforcer la démocratie à travers des élections locales, à promouvoir et à protéger les droits de l’homme, ainsi qu’à réunir des ressources budgétaires.
A cet égard, il convient de noter que le Conseil du peuple papouasien, le Majelis Rakyat Papua (MRP), créé en 2004, cherche à garantir une représentation fondée sur les droits traditionnels et à préserver l’identité et l’héritage culturels.
En outre, un décret présidentiel a été adopté en 2007 sur l’accélération du développement en Papouasie, allouant un budget spécial pour un développement autonome de plus de 27 trillions de roupies (soit environ 30,7 milliards de dollars) pour la période 2002-2009. Il soutient des projets axés sur le village, l’objectif de ce fonds étant de consolider la sécurité alimentaire et de réduire la pauvreté, en améliorant la qualité de l’éducation et de la santé, en multipliant le nombre d’établissements publics, et plus particulièrement les infrastructures, et en adoptant des actions positives en faveur du renforcement des capacités des Papouasiens. Le statut d’autonomie permet également aux Papouasiens de gérer leur propre budget avec l’allocation de 70% des revenus provenant des industries minières des deux provinces.
L’autonomie spéciale basée sur l’approche sociale a permis de réduire considérablement la pauvreté qui est passée de 40,78 % en 2007, son niveau le plus élevé, à 37,53 % en mars 2009. Le taux de chômage a, quant à lui, diminué passant de 5,52 % en 2007 à 4,13 % de 2009.
Dans le cadre du renforcement de la démocratie, le nombre important d’électeurs (75% des électeurs inscrits) lors des élections directes aux niveaux national et provincial, a permis de mieux consolider les institutions politiques. Les postes exécutifs et législatifs au niveau de la province et de la régence, ainsi que d’autres postes essentiels, sont occupés par des Papouasiens. Le retour des Papouasiens vivant à l’étranger a également contribué à renforcer les institutions politiques en Papouasie.
Je suis convaincu que parallèlement aux efforts de développement engagés à l’échelle nationale à travers le pays, beaucoup peut être encore fait pour exploiter la totalité du potentiel de la Papouasie. Les progrès dans cette province ont contribué aux efforts déployés pour faire avancer la démocratie et instaurer la paix, la prospérité et l’intégration nationale.

L.L.D. : Avec le soutien de votre pays, le Timor-Leste a accéléré les démarches pour sa candidature d’adhésion à l’ASEAN. Comment décririez-vous les liens de coopération noués entre les deux pays depuis la proclamation de l’indépendance timoraise en 2002 ?

S.E.M.R.I.J. : Les relations excellentes et étroites qui prévalent entre l’Indonésie et Timor-Leste constituent un exemple parlant qui montre comment deux pays et peuples voisins peuvent résoudre leurs difficultés passées et s’engager sur un chemin de paix tourné vers l’avenir et l’amitié.
Les deux pays ont noué des relations diplomatiques le 2 juillet 2002, juste après la passation de pouvoirs de l’UNTAET. Depuis, nous avons réussi à régler presque tous les problèmes résiduels découlant de la séparation de Timor-Leste de l’Indonésie.
Un autre facteur important qu’il faut noter est la façon dont les deux pays ont résolu la question des allégations de violations des droits de l’homme perpétrées avant et après la consultation populaire de 1999, à travers la création de la Commission pour la vérité et l’amitié (Commission of Truth and Friendship - CTF) en 2005. Au moment de la présentation du rapport final de la CTF, les deux chefs d’État ont signé en 2008 une déclaration conjointe entérinant les résultats, les conclusions et les recommandations de ce rapport. Les deux pays sont actuellement en train d’appliquer les recommandations basées sur un plan d’action à court terme et à moyen terme couvrant les réparations collectives, la réforme institutionnelle et le renforcement de la culture des droits de l’homme.
Les relations bilatérales entre l’Indonésie et Timor-Leste sont globales et caractérisées par l’existence de structures bilatérales solides à tous les niveaux : la politique, la défense, l’économie et le commerce, les secteurs socio-culturels, et également dans divers domaines sectoriels. Un grand nombre de projets concrets sont en place allant de l’agriculture, la forêt, la pêche, l’administration publique, la santé, l’autonomisation des femmes et la protection des enfants, la gestion des archives, la communication et la formation, les travaux publics, la police jusqu’aux droits de l’homme.
Il est donc naturel de faire évoluer les relations bilatérales excellentes que nous entretenons et d’appuyer la candidature d’adhésion à l’ASEAN de Timor-Leste. Nous avons la convictions qu’il peut contribuer aux efforts de construction de la communauté de l’ASEAN pour créer une Asie du Sud-Est où règnent la paix et la stabilité, et qui offre la prospérité à sa population. Nous considérons que l’adhésion de Timor-Leste renforcera l’ASEAN.

L.L.D. : L’Indonésie doit accueillir le premier sommet de l’Asie de l’Est (EAS) élargi aux Etats-Unis et à la Russie. Compte tenu des regains de tensions sur les conflits territoriaux en Mer de Chine méridionale, quelle nouvelle étape ce sommet est-il susceptible d’ouvrir dans la construction d’une architecture de dialogue asiatique sur les enjeux de sécurité? Comment peut-il contribuer à la reprise des négociations sur le programme nucléaire nord-coréen ?


S.E.M.R.I.J. : L’Indonésie assume la présidence de l’ASEAN au moment où l’Asie connaît une forte renaissance économique et stratégique, et où l’Asie du Sud-Est s’affirme comme l’une des plaques tournantes dynamiques de la région. L’Asie du Sud-Est contribue au dynamisme de l’Asie car la consolidation découlant des efforts de construction de notre communauté a placé l’ASEAN sur une trajectoire ascendante. Vers l’extérieur, l’ASEAN a élargi la coopération avec les partenaires de dialogue, nous plaçant ainsi au centre de l’évolution au sein de la communauté élargie de l’Asie-Pacifique.
Les différents processus de l’ASEAN avec ses partenaires de dialogue et d’autres forums conduits sous son égide, comme plus particulièrement le Sommet d’Asie de l’Est (EAS) et le Forum régional de l’ASEAN (ARF), forment les éléments constitutifs d’une architecture régionale. Du point de vue de notre pays, l’avenir de l’Asie-Pacifique doit être inclusif plutôt qu’exclusif tout en soutenant simultanément l’équilibre dynamique de la région.
A cet égard, l’intégration des États-Unis et de la Fédération de Russie en 2011 au sein du sommet de l’Asie de l’Est aux côtés de l’Australie, la Chine, l’Inde, le Japon, la Nouvelle-Zélande, la République de Corée, et bien sûr le groupe des dix pays de l’ASEAN, pourrait faire de ce sommet un grand forum stratégique en Asie-Pacifique. Depuis son lancement à Kuala Lumpur en 2005, l’EAS forme un forum directeur entre l’ASEAN et ses partenaires de dialogue dans la région. La nature informelle de la réunion permet une discussion ouverte et transparente entre les dirigeants, et porte sur des questions factuelles et stratégiques à caractère régional qui exigent une attention immédiate.
A ce jour, les dirigeants de l’EAS ont débattu de la grippe aviaire, de la sécurité énergétique, de l’énergie et de l’environnement, du changement climatique et du développement durable, de la gestion des catastrophes et de la crise économique et financière mondiale, du développement d’une zone scientifique et d’innovation en Asie de l’Est, ainsi que des liens entre les universités de l’EAS. L’EAS a également déterminé deux processus axés sur un partenariat économique global en Asie de l’Est et sur les recommandations politiques de l’Institut de recherche économique pour l’ASEAN et l’Asie de l’Est (ERIA), afin de renforcer l’intégration économique dans la région d’Asie-Pacifique.
Le Président Susilo Bambang Yudhoyono a mis en exergue trois domaines d’importance à aborder lors de la future réunion de l’EAS à Bali, notamment l’économie mondiale, en mettant l’accent sur le développement équitable et durable, la stabilité et la sécurité dans la politique régionale, ainsi que le changement climatique.
Il est important de souligner que bien que les initiatives au sein de l’EAS portent sur des questions concernant la région Asie-Pacifique, elles s’ajoutent aux efforts mondiaux et les renforcent. C’est en ce sens que je pense que l’ASEAN a joué un rôle essentiel pour s’attaquer à de nombreux défis qui se posent au monde actuellement.


L.L.D. : Consacrant le resserrement des liens entre votre pays et les Etats-Unis, la visite effectuée en novembre 2010 par le Président Barack Obama à Jakarta s’est conclue par la signature d’un partenariat global. Dans quels domaines la coopération stratégique entre les deux pays est-elle appelée à être renforcée ? Comment percevez-vous le rôle des Etats-Unis en Asie du Sud-Est?


S.E.M.R.I.J. :
Le partenariat global entre l’Indonésie et les Etats-Unis d’Amérique signé entre le Président Susilo Bambang Yudhoyono et le Président Barack Obama lors de sa visite à Jakarta le 9 novembre 2010, a ouvert une nouvelle ère dans les relations entre les deux pays.
Ce partenariat a, en effet, renforcé les relations bilatérales dans un grand nombre de domaines englobant l’éducation, l’environnement, la sécurité, la science et la technologie, le commerce et l’investissement, la démocratie, les droits de l’homme, la santé, l’énergie, l’alimentation et l’entrepreunariat. Ces relations s’étendront au-delà des échanges officiels, avec une forte participation des individus, impliquant les gouvernements et les sociétés civiles, les milieux d’affaires et des gens des deux pays venant de toutes les catégories sociales.
Les initiatives comme le Programme de partenariat mondial pour la coopération économique et la promotion de l’investissement dans les ressources humaines de l’US Millennium Challenge Account, ainsi que le Conseil pour un partenariat US-Indonésie dans l’enseignement supérieur (US-Indonesia Council for Higher Education Partnership), devraient permettre de propulser la portée de ce partenariat à un niveau supérieur.
En outre, le nouveau partenariat s’appuie sur un désir partagé d’accroître la coopération non seulement au niveau bilatéral, mais également de s’attaquer aux défis régionaux et mondiaux. Dans ce contexte, le partenariat Etats-Unis-ASEAN a considérablement évolué au cours des deux dernières années, avec un dialogue élargi entre les dirigeants qui, avec la décision du Président Obama de participer au sommet de l’Asie de l’Est, contribuera davantage au dynamisme de la région Asie-Pacifique. Leur étroite coopération à l’échelle bilatérale et régionale contribuera également aux efforts menés sur la scène internationale pour s’attaquer aux défis du XXIème siècle.

L.L.D. : A l’image du forum des Quatre sur la Palestine qu’il a présidé en marge de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre 2010, votre pays cherche à se poser en médiateur au Proche-Orient. Quelle alternative peut-il offrir en vue d’encourager la relance des négociations de paix?

S.E.M.R.I.J. :
L’Indonésie est fermement décidée à trouver une solution globale à la question palestinienne en s’appuyant sur les résolutions pertinentes des Nations unies. L’Indonésie soutient le processus de paix au Moyen-Orient pour la création aux côtés d’Israël d’un Etat palestinien indépendant et souverain avec Jérusalem-Est comme capitale, délimité par des frontières bien définies, pour mettre un terme au conflit israélo-palestinien qui n’a que trop duré.
Nous sommes attristés par le fait que les droits légitimes des Palestiniens à l’autodétermination et à se doter d’un Etat indépendant aient été constamment bafoués. Nous regrettons que, par moments, Israël continue, au mépris total du droit et de ses obligations internationales, d’appliquer des politiques qui freinent le processus de paix et l’empêchent de progresser. Aussi, appelons-nous la communauté internationale à continuer à faire pression sur Israël pour se conformer aux résolutions afférentes des Nations unies et à négocier de bonne foi.
L’incident de Mavi Marmara est un autre exemple clair de l’impunité constante d’Israël qui a fait un usage excessif et disproportionné de la force, attirant l’attention du monde sur la situation humanitaire des Palestiniens qui continuent d’être isolés en raison d’un blocus illégal de la bande de Gaza. En outre, la communauté internationale a récemment été confrontée à la reprise de la colonisation illégale des territoires palestiniens occupés.
Notre pays est d’avis que, parallèlement aux efforts internationaux, l’aide au renforcement des capacités des Palestiniens est tout aussi importante pour l’avenir d’un État palestinien indépendant. L’Indonésie a lancé le nouveau partenariat stratégique Asie-Afrique (NAASP) en 2008, dans le cadre duquel les pays des deux continents ont élaboré un programme pour offrir une formation à 10 000 diplomates, responsables de gouvernement et entrepreneurs palestiniens en vue de contribuer à la mise en place des institutions palestiniennes dans une période de cinq ans. A ce jour, plus de 1 000 Palestiniens ont bénéficié de ces programmes dans différents domaines en Indonésie.
L’Indonésie continue à recevoir le soutien de la communauté internationale en faveur de la cause palestinienne. En réponse à la demande du Président Mahmoud Abbas, au cours de la visite d’État qu’il a effectuée à Jakarta en mai 2010, l’Indonésie a créé un forum des pays émergents, à savoir l’Indonésie, le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud, sur la cause palestinienne.
Durant la réunion qui s’est déroulée en 2010, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, les quatre pays ont pour la première fois exprimé conjointement leur engagement à contribuer sérieusement à promouvoir le processus de paix au Moyen-Orient. Leurs ministres ont réaffirmé leur soutien à la lutte palestinienne pour l’indépendance, ainsi qu’aux efforts déployés tels que le processus conduit par le Quartet et l’Initiative de paix arabe. Ils ont souligné l’importance de la réconciliation nationale du peuple palestinien dans la cause qu’ils défendent face à Israël. Ils ont également discuté des efforts pour rallier un soutien en faveur de la Palestine et du processus de paix dans tous les forums régionaux et interrégionaux dont ils sont membres, comme le Forum Asie-Afrique et le Forum Afrique-Pays arabes. Les ministres ont réaffirmé l’appui de leur pays en faveur d’une assistance technique continue et d’autres efforts de renforcement des capacités pour l’Autorité palestinienne.
Plus globalement, je dirai que ce forum n’est pas supposé remplacer les divers forums existants sur la paix, mais doit compléter et apporter une valeur ajoutée au processus de paix au Moyen-Orient.


L.L.D. : L’Indonésie et l’Union européenne (UE) ont signé le 9 novembre 2009 un accord de partenariat. Quelles initiatives communes cet accord a-t-il permis de mettre en œuvre?

S.E.M.R.I.J. :
A ce jour, l’Indonésie est le seul pays de l’Asie du Sud-Est a avoir conclu un accord de coopération et de partenariat (PCA) avec l’UE. Il a été signé en novembre 2009 et renforcé en novembre 2010 par un protocole d’accord entre l’Indonésie et l’UE à Bruxelles. Le PCA étoffera la coopération politique, économique et sectorielle dans un grand nombre de domaines englobant le commerce, l’environnement, l’énergie, la science et la technologie, la bonne gouvernance, le tourisme et la culture, l’immigration, la lutte anti-terroriste ainsi que contre la corruption et le crime organisé. Proches partenaires, l’Indonésie et l’UE peuvent jouer un rôle important dans la recherche de solutions aux problèmes mondiaux dans le cadre de l’ASEAN, l’ASEM et d’autres forums stratégiques comme le G20.
Dans le cadre de notre coopération avec le Parlement européen, il convient de souligner un certain nombre de domaines d’intérêt mutuel comme le dialogue interconfessionnel et la liberté de culte, le développement durable, la lutte contre la corruption et les échanges humains.
Dans le sillage du PCA, un comité conjoint et un certain nombre de groupes de travail sectoriels ont été créés pour développer la coopération et assurer un dialogue global et plus intensif.
En matière économique, il existe un grand nombre d’opportunités pour exploiter le potentiel des relations UE-Indonésie. Le dialogue commercial UE-Indonésie offre le potentiel pour accroître les investissements européens en Indonésie qui ne représentent actuellement qu’1,5% de l’ensemble des investissements de l’UE.
Le groupe de vision Indonésie-UE a également été créé pour assurer le suivi de l’accord conclu fin 2009 entre le Président indonésien et le Président de la Commission européenne, ainsi que pour formuler des recommandations en vue d’accroître les relations économiques entre les deux parties.
L’assouplissement des exigences pour les visas d’affaires Schengen constitue un élément important qui doit être amélioré, dans le cadre des efforts menés pour accroître les relations économiques et commerciales entre l’Indonésie et les Etats-Unis. Des liens économiques et des contacts personnels plus importants contribueront ainsi au renforcement du partenariat Indonésie-UE.

L.L.D. : 2010 a marqué le 60ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques franco-indonésiennes. A l’aune de la déclaration politique commune publiée à l’occasion de la visite du Président indonésien à Paris le 14 décembre 2009, comment définiriez-vous les vecteurs d’avenir de l’approfondissement des liens entre les deux pays ? Quelle impulsion souhaiteriez-vous insuffler à la coopération bilatérale, notamment dans le domaine des échanges économiques ?

S.E.M.R.I.J. :
Nous pouvons affirmer avec fierté que le 60ème anniversaire des relations diplomatiques entre l’Indonésie et la France est marqué par une coopération stable et fructueuse dans différents domaines. Cette coopération a été renforcée par la visite du Président Bambang Yudhoyono à Paris en décembre 2009, au cours de laquelle un partenariat stratégique a été envisagé. Cette visite a marqué une nouvelle phase dans nos liens bilatéraux. Les chefs d’Etat indonésien et français se sont également rencontrés à Davos en janvier 2010, en marge du Forum économique mondial, donnant une impulsion plus forte encore au renforcement de ce partenariat. Après cette réunion, le Président Nicolas Sarkozy a déclaré le 3 février 2011, qu’il envisageait de se rendre en Indonésie au cours de cette année.
Dans le cadre de l’identification de nos intérêts communs à élargir et renforcer la coopération bilatérale dans les domaines politique, économique, social et culturel, nos deux pays peuvent s’appuyer sur les consultations régulières organisées avec les principaux responsables, à travers le Forum de consultations bilatérales (BCF). La dernière réunion du BCF s’est tenue à Jakarta en décembre 2010.
Nos relations futures me paraissent sur une trajectoire positive. Il existe beaucoup d’opportunités sur le plan des relations commerciales et des investissements bilatéraux. Nous avons également mis en place ou sommes en train de développer plusieurs initiatives d’intérêt commun dans le domaine du développement de la coopération et de l’éducation.
La visite récente de Mme Christine Lagarde, Ministre française de l’Economie, des Finances et de l’Industrie à Jakarta, où elle a rencontré le Vice-Président indonésien et son homologue, marque un renouveau d’intérêt de la France pour l’Indonésie. Il est important de noter qu’elle était également accompagnée par des représentants de quarante grandes entreprises et investisseurs français, et qu’elle a pris part à quelques négociations commerciales. Tout en insistant sur le fait que l’Indonésie est devenue un partenaire économique d’une plus grande importance pour la France, celle-ci s’est engagée à accroître de 10% le commerce bilatéral cette année.
Les échanges commerciaux entre l’Indonésie et la France représentaient 2,26 milliards de dollars en novembre 2010, soit une augmentation de 2,41% par rapport à l’année précédente. Au cours des cinq dernières années, le total des échanges commerciaux entre les deux pays a augmenté de 18%, toujours en faveur de la France, tout en enregistrant une baisse du déficit de l’Indonésie en 2010 par rapport à 2009.
Au cours des cinq dernières années, la France est devenue le septième plus grand investisseur européen en Indonésie avec un montant total de 317,7 millions de dollars en 2009, lequel devrait encore augmenter avec la multiplication des principaux investisseurs français dans différents secteurs.
Dans le domaine de l’éducation, je tiens à souligner que le gouvernement indonésien propose des bourses aux étudiants français comme la bourse Dharmasiswa à ceux qui apprennent la langue et la culture indonésiennes. L’Indonésie offre également une bourse non-diplômante pour les étudiants français des beaux-arts souhaitant développer leur talent dans la culture indonésienne. De plus, le gouvernement français offre chaque année une Bourse du Gouvernement Français (BGF) et une bourse Erasmus Mundus aux étudiants indonésiens pour étudier en France.
Outre la coopération susmentionnée, de nombreux accords ont été conclus entre les deux pays, notamment des accords en matière de coopération énergétique, de métrologie, de promotion et de protection de l’investissement, de défense et de tourisme.
La France et l’Indonésie figurant parmi les destinations touristiques les plus prisées dans le monde, de grands domaines de coopération pourraient être développés, notamment le renforcement des moyens en matière de formation professionnelle, de savoirs et de partage d’expérience, d’études de marché, de développement des technologies de l’informations (TI) dans le domaine du tourisme, et de coopération avec le secteur privé.
Je suis convaincu que dans la continuité de l’élan que nous avons initié, nos relations bilatérales pourraient passer au stade d’un partenariat stratégique marqué par une coopération plus large et plus profonde.

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