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Premier trimestre 2011

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  Mme / Mrs Imoni Akpofure

Créer des opportunités là où elles font le plus défaut

Par Mme Imoni Akpofure
Déléguée générale en Europe, Département Europe
de l’Ouest de la Société financière internationale (SFI)

 

Alors que le monde se remet de la plus grave crise économique qu’il ait traversée depuis des décennies, l’heure est venue d’évaluer comment des crises similaires peuvent être évitées à l’avenir et comment notre monde, qui est de plus en plus globalisé, peut créer des opportunités économiques pour tous.
Cette crise a de nouveau fait basculer dans la pauvreté des millions d’êtres humains et a amoindri, dans certains pays, la confiance des populations à l’égard des vertus des marchés privés. Toutefois, il ne sera pas possible de rétablir de manière durable la prospérité sans une contribution majeure du secteur privé.
Celui-ci génère, en effet, plus de 90% des emplois qui représentent pour les populations autant d’opportunités pour améliorer leur situation sociale. Le secteur privé est également le moteur de l’innovation et procure les biens et services nécessaires pour maintenir ou relever le niveau de vie. Enfin, il constitue la principale source des recettes fiscales, apportant par ce biais sa contribution au financement public de services, notamment de santé et d’éducation.
Or, les différents apports du secteur privé revêtent plus d’importance que jamais depuis le déclenchement de la crise économique, car les moyens dont disposent les pouvoirs publics pour fournir des services aux populations sont encore plus réduits qu’auparavant. Les ressources nécessaires pour lutter contre la pauvreté et promouvoir le développement sont d’un niveau trop élevé pour que les États puissent, seuls, les assumer.
Selon nos estimations les besoins de financement extérieur des pays en développement représenteraient 1  milliards de dollars par an et devront, pour l’essentiel, être couverts par des investissements privés. Plus de 80 % des investissements requis pour atténuer l’impact du changement climatique et s’y adapter, devraient aussi provenir de sources privées. Dès lors, ce dont nous avons besoin, c’est davantage de secteur privé et non de moins.
Les pays en développement constituent une part croissante de l’économie mondiale ; ils ont, en effet, fortement contribué à sortir le monde de la crise. Il est vital, pour eux, de bien gérer l’épanouissement du secteur privé ; tout comme c’est aussi le cas pour le reste du monde.
Pour aussi convaincue qu’elle soit de l’importance du secteur privé, la Société financière internationale (IFC) n’ignore pas pour autant les défis que pose son essor durable. La plupart des entreprises préféreraient pouvoir opérer en l’absence de toute contrainte réglementaire ― bien qu’un cadre réglementaire puisse être nécessaire pour protéger un large  éventail d’intérêts primordiaux pour la société, notamment en matière d’environnement. De nombreuses entreprises préféreraient également bénéficier d’une variété de privilèges particuliers – et ce même si cela va à l’encontre du développement de marchés compétitifs et dynamiques qui sont le moteur de l’innovation et de la croissance à long terme.
Il importe donc, pour assurer un développement durable du secteur privé, de concilier avec soin différentes perspectives à court et à long terme. Opérer cet arbitrage est difficile pour tous les pays, riches ou pauvres. Le problème peut toutefois se poser de manière particulièrement aiguë dans les pays en développement où le fossé entre les besoins et les moyens disponibles est profond.
L’IFC a pour mission d’aider à relever ces défis de diverses manières. Elle s’emploie à améliorer les normes de comportement du secteur privé, non seulement au plan environnemental et social mais aussi dans les domaines de la finance et du gouvernement d’entreprise. L’IFC travaille avec les pouvoirs publics à l’amélioration de la réglementation des marchés privés ― dans le but de créer un climat d’investissement qui, dans le contexte d’un système de gouvernance prudentielle, permette d’assurer le respect des contrats, de protéger les intérêts de la société et de réduire la corruption.
Cette tâche est ardue, et peut donner lieu à des jugements et à des arbitrages délicats. Toutefois, l’IFC s’est de tout temps attelée à des tâches difficiles - sachant que les leçons qu’elle peut tirer de son expérience l’aideront à guider le secteur privé pour que sa contribution à la croissance et à la réduction de la pauvreté soit encore plus marquée.
L’IFC occupe une position idéale pour relever les défis que pose l’expansion du secteur privé. Elle est la source de près d’un tiers de tous les financements de développement accordés au secteur privé par des institutions financières internationales. Elle peut s’appuyer sur une perspective d’envergure mondiale, ce qui lui permet d’exploiter ses acquis non seulement dans différents pays mais aussi dans différentes régions en développement. Elle complète ses services de financement par des services-conseil de dimension internationale adressés aux entreprises et aux autorités publiques. Sa volonté d’obtenir des résultats quantifiables en matière de  développement n’a pas pour unique conséquence d’aider les pauvres ; elle a de profonds effets sur le secteur privé lui-même.
L’IFC utilise sa capacité de mobilisation financière pour s’attaquer aux principaux problèmes de développement de l’époque actuelle, en apportant aux entreprises d’une centaine de pays les capitaux dont elles ont besoin pour créer des emplois et fournir des services essentiels.
Grâce à son appartenance au Groupe de la Banque mondiale, l’IFC dispose également, sur le plan stratégique, d’une influence importante, permettant de promouvoir l’adoption de normes qui conduiront à l’établissement de modèles d’activités durables et guideront les investissements au cours des années à venir. L’effet normatif de ses travaux est illustré, notamment, par les « Principes de l’Équateur », qui régissent les financements commerciaux des projets, et par les normes de performance qu’elle utilise pour gérer les risques environnementaux et sociaux. Les travaux menés par IFC dans le domaine de l’élaboration de normes permettent à la Société et à ses clients de mieux résister aux chocs économiques et, partant, de renforcer le système financier.
De surcroît, la stratégie de l’IFC axée sur les réalisations privilégie l’obtention de résultats quantifiables en matière de développement et leur évaluation de manière à l’aider – ainsi que le public - à déterminer dans quelle mesure son action a des effets positifs et de quelle manière elle peut les faire progresser. Alors même que les ressources publiques sont très limitées, l’IFC est en mesure d’investir dans certaines parties du monde où la situation est plus difficile que partout ailleurs, d’améliorer les conditions de vie et de générer des profits. Elle a ainsi un puissant « effet de démonstration » ― qui encourage les entreprises privées à suivre son exemple, et à amorcer un cercle vertueux.
Plus de 200 millions d’habitants vivants dans le monde en développement sont restés sans emploi en 2010. Plus d’un milliard d’êtres humains ont faim et sont, avec des millions d’autres, confrontés à la menace que pose le changement climatique. Selon les estimations des Nations unies, presque 900 millions de personnes n’ont pas accès à de l’eau potable et plus de 2,6 milliards d’individus ne bénéficient pas de services d’assainissement de base. En outre, la population du monde en développement augmentera d’un tiers au cours des 40 prochaines années, ce qui ne pourra qu’accroître les pressions exercées sur des infrastructures déjà précaires.
Dans ce contexte, l’IFC cherche à innover pour créer des opportunités là où elles font le plus défaut. Elle a engagé le montant record de 18 milliards de dollars durant l’exercice 2010, et a investi dans plus de cinq projets, soit un nombre de projets plus élevé de 18 % que celui de l’exercice 2009. Son portefeuille d’activités de services conseil compte plus de sept projets en cours, dont la valeur globale s’établit à plus de 850 millions de dollars et les dépenses annuelles se chiffrent à presque 300 millions de dollars.
Les pays les plus pauvres ont été les destinataires de près de la moitié des investissements de l’IFC et ont bénéficié de plus de 60% des dépenses au titre de ses services-conseil. Elle a investi le montant record de 1,64 milliard de dollars dans des énergies propres, et a mobilisé 6,8 milliards de dollars à ce titre. Nos investissements dans la microfinance, secteur très important pour les plus pauvres, ont augmenté de 10 % pour s’établir à 400 millions de dollars, et le portefeuille de microfinance se chiffre maintenant à 1,2 milliard de dollars.
Lorsque nous observons l’avenir immédiat, de nouveaux défis s’ajoutent aux anciens. Les prix des biens alimentaires sont en hausse et les troubles dans le monde arabe accroissent la volatilité du marché de l’énergie. La nécessité d’identifier des solutions dans le domaine des énergies renouvelables est devenue encore plus pressante, tandis que des sources de financement doivent être trouvées pour mettre en œuvre les énormes investissements d’infrastructure requis pour la création d’un secteur privé dynamique dans les régions les plus pauvres du monde.
La promotion du développement durable en cette période d’incertitude dépendra plus que jamais de la mise en place de partenariats et de l’innovation, ainsi que de la capacité à mobiliser des ressources partout où elles se trouvent. Dans un monde de plus en plus interconnecté et multipolaire, les pays en développement ne seront pas seulement ceux dont les besoins seront les plus urgents ; ils seront également essentiels pour la prospérité mondiale. Il est dans l’intérêt de nous tous de travailler ensemble pour assurer leur prospérité et leur développement économique.

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