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Troisième trimestre 2010

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La diversité au cœur de la  dynamique francophone

 

Le 13ème sommet de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) fera date. Réunis du 22 au 24 octobre 2010, sur les bords du lac Léman à Montreux, près d’une quarantaine de chefs d’Etat et de gouvernement ont répondu présents. S’élargissant à cinq nouveaux membres, la Francophonie a affirmé sa volonté de peser davantage sur la scène internationale. Ambassadeur, Délégué permanent de la Suisse auprès de l’UNESCO, et Représentant personnel du Président de la Suisse auprès de l’OIF, S.E.M. Rodolphe S. Imhoof revient sur les enjeux de cet événement.

La Lettre Diplomatique : Monsieur l’Ambassadeur, la Suisse a accueilli du 21 au 24 octobre 2010 le 13ème sommet de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), en lieu et place de Madagascar qui devait initialement l’abriter. Pourriez-vous nous rappeler les motivations de la candidature de votre pays ?

S.E.M. Rodolphe S. Imhoof :
Madagascar, désigné pays organisateur du XIIIème Sommet à Québec, en 2008, n’a pas été en mesure de le mettre sur pieds en raison de la situation politique interne qui prévalait dans le pays, à savoir une rupture de l’ordre constitutionnel. La présidence canadienne a alors approché la Suisse et lui a demandé si elle pouvait s’en charger. Le Conseil fédéral a donné son accord à la fin de l’été 2009. C’était une première pour la Suisse.
La disponibilité de notre pays, la collaboration efficace des cantons de Vaud, de Genève et de Fribourg principalement, l’engagement sans failles de la ville de Montreux, nous ont permis de réaliser un sommet chaleureux et convivial, qui a entraîné la participation de la population, ce qui a contribué au rayonnement de la Francophonie. La Suisse étant membre de l’OIF, c’était pour nous l’occasion de souligner notre engagement, notre solidarité et notre volonté de développer des contacts, dans un cadre engagé et consensuel, avec les pays qui ont, comme nous, le français en partage.

L.L.D. : S’articulant autour de trois thèmes majeurs relatifs aux grandes questions de politique internationale, le sommet de Montreux a adopté une Déclaration aspirant à définir les « défis et visions d’avenir de la Francophonie ». Comment décririez-vous les grands axes de cette nouvelle feuille de route ? Dans quelle mesure le sommet de Montreux peut-il marquer, selon vous, un tournant dans l’histoire de l’organisation ?

S.E.M.R.S.I. :
La Déclaration de Montreux s’articule autour de trois thèmes consacrés aux défis et missions d’avenir pour la Francophonie. D’abord la place de notre organisation dans la gouvernance mondiale, son rôle d’acteur, sa visibilité et son impact potentiel. Ensuite, son rôle moteur dans le développement des solidarités multiples indispensables face aux défis majeurs du développement durable dont nous sommes tous responsables. Enfin, le rôle de la Francophonie dans l’éducation, en particulier face aux défis de la promotion de notre langue et de nos valeurs communes, de la diversité linguistique et culturelle et de l’innovation. La Déclaration, résolument tournée vers l’avenir, s’achève par un témoignage et un appel adressés à la jeunesse. C’est elle qui nous permettra de réaliser nos ambitions qui sont rappelées et énumérées sans équivoque dans le corps
du texte.
La Déclaration est complétée par neuf résolutions qui comportent, dans des domaines divers – droits de l’Homme, démocratie, crises et consolidation de la paix, faux médicaments, menaces transversales, piraterie, terrorisme, criminalité, inondations récurrentes etc – des engagements forts et précis des chefs d’Etat et de Gouvernement. Une attention particulière sera portée au suivi, notamment des demandes concrètes adressées au Secrétariat de l’OIF. Les résultats seront évalués lors du prochain sommet qui aura lieu à Kinshasa. La Déclaration de Montreux est donc programmatique. Courte, pointue, elle spécifie des engagements, elle indique le chemin, le pave même. Elle innove pour faire de la Francophonie un acteur qui soit pris en compte, et qui compte, au moment où la communauté internationale élabore et formule des réponses aux défis communs auxquels nous sommes confrontés.

L.L.D. : Depuis l’adoption de la convention fondatrice de Niamey, l’OIF s’est affirmée comme une organisation influente, regroupant 56 Etats membres et 14 observateurs représentant 800 millions d’habitants. Quelle analyse faites-vous des réussites mais aussi des échecs de l’OIF ?

S.E.M.R.S.I. :
Cinq nouveaux observateurs ont rejoint notre famille à Montreux. C’est souligner l’attractivité de l’OIF, et dire son influence potentielle. Plutôt que de parler de réussites et d’échecs, j’aimerais, à la lumière de la résolution sur les crises, la sortie de crise et la consolidation de la paix, illustrer une spécificité de notre organisation. Fondée autour d’un joyau commun, la langue française, l’OIF s’est développée au fil de ses quarante ans d’existence en une organisation animée par des valeurs communes, une solidarité, un esprit de corps. Nous soutenons, par des mesures d’accompagnement différenciées, les Etats membres en difficulté. Nous les accompagnons sur le chemin parfois rocailleux d’une vraie démocratie digne de nos valeurs communes. Nous les aidons dans les processus électoraux, de consolidation de l’Etat de droit, de la promotion des droits de l’Homme et d’une vie politique apaisée. Croyez-moi, malgré les écueils, ce sont-là d’extraordinaires résultats.

L.L.D. : Placé sous le sceau de « la diversité au service de la paix », les célébrations du 40ème anniversaire de l’OIF sont également marquées par la rénovation de son fonctionnement avec l’inauguration de son nouveau siège à la Maison de la Francophonie, à Paris. Quel regard portez-vous sur l’évolution de la coopération intergouvernementale ayant permis de façonner le mouvement francophone ?

S.E.M.R.S.I. :
Avec l’adoption de la Déclaration de Bamako, dont nous fêtons cette année le dixième anniversaire, la mise en place de la Francophonie institutionnelle, son engagement croissant dans l’accompagnement des pays membres en crise vers un environnement politique apaisé, la prise de conscience de son potentiel comme acteur sur la scène internationale, la Francophonie a acquis une visibilité politique qui ne demande qu’à être renforcée. L’inauguration prochaine de son nouveau siège à Paris ne sera qu’un exemple concret de la conviction qu’ont ses membres de la valeur ajoutée qu’elle peut apporter dans le concert des nations.

L.L.D. : Vous avez été élu Président du Groupe des Ambassadeurs Francophones à l’UNESCO dont le rôle a été central en vue de l’adoption de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Comment s’articule la coopération entre l’OIF et l’UNESCO et dans quels autres domaines souhaiteriez-vous la voir s’approfondir ?

S.E.M.R.S.I. :
Les statuts du Groupe des Ambassadeurs francophones à l’UNESCO prévoient que l’année d’un sommet de la Francophonie, la présidence revient d’office au représentant du pays organisateur. Ce simple fait illustre la volonté de collaboration des deux organisations. De plus, le fait que les deux organismes aient leur siège à Paris facilite les contacts entre les différents acteurs concernés : nous l’avons vécu de manière concrète cette année, dans le cadre des discussions sur les mesures d’entraide en faveur d’Haïti, si durement touché par le tremblement de terre du 12 janvier 2010 : nous avons œuvré pour qu’il n’y ait pas de dispersion, pas de doublons, que nous joignions nos efforts dans le processus de reconstruction.

L.L.D. : Située au cœur de l’Europe, la Suisse est un pays multiculturel par excellence doté de quatre langues nationales. Comment définiriez-vous l’attachement de votre pays à l’espace francophone ? Comment cette diversité culturelle se traduit-elle dans la conduite de la politique étrangère helvétique ?
 
S.E.M.R.S.I. :
J’ai déjà laissé transparaître que nous nous sentions bien dans la famille francophone. Peut-être justement parce que notre pays est marqué par cette diversité qui en fait, au fond, son unité. La Francophonie elle-même est un merveilleux exemple d’ouverture et de diversité culturelles. Ceux qui, à Montreux, ont visité par exemple le « Village de la Francophonie » ont vraiment pu s’en rendre compte. Et, ne l’oublions pas : la Francophonie a été la cheville ouvrière de la Convention sur la diversité culturelle de l’UNESCO. Elle veille aujourd’hui encore à sa mise en œuvre, en collaboration étroite avec les instances compétentes de l’UNESCO.

 

Montreux consacre une Francophonie engagée

Quarante ans après la signature de la Convention de Niamey, acte fondateur de la Francophonie, l’événement se devait d’être à la hauteur des ambitions. La ministre suisse des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey s’était ainsi fixée pour objectif de « renforcer l’influence de la Francophonie sur le reste du monde. »
« Concise » et « forte » selon les termes du Secrétaire général de l’OIF, M. Abdou Diouf, la Déclaration de Montreux se veut résolument engagée. Les chefs d’Etat signataires y affirment leur volonté « de consolider la place et la visibilité de la Francophonie dans la gouvernance mondiale, conscients de sa valeur ajoutée comme acteur des relations internationales. »
Reconduit pour un 3ème mandat, M. Abdou Diouf avait explicité cet engagement dans son allocution d’ouverture où il esquissait l’aspiration à faire de la Francophonie « un lieu où s’élaborent des prises de position que nous nous engagerons à porter, unis, dans les instances de négociations et de décisions internationales, au service d’une gouvernance économique mondiale plus équitable (…) des Objectifs du Millénaire pour le développement (…) et d’une démocratisation des relations internationales et d’un multilatéralisme équilibré. »
De fait, les discussions au cours du sommet de Montreux ont fait une large place aux enjeux de la gouvernance mondiale et du développement durable. C’est donc une Francophonie politique et volontaire qui a été affichée à la veille de la présidence française du G20 et du G8 ainsi que du sommet de Mexico sur le réchauffement climatique. Ce d’autant que l’OIF s’est élargie à cinq nouveaux pays observateurs : l’Estonie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, la République Dominicaine et les Emirats arabes unis.
Fidèle aux principes de la Déclaration de Bamako, qui célèbre son 10ème anniversaire, l’OIF compte également consolider son rôle de médiateur dans les processus électoraux et, ce, tout particulièrement en Afrique, où ses observateurs sont déjà présents.
Symbole de la place occupée par le continent africain durant les travaux de Montreux, Kinshasa a été choisie pour accueillir le prochain sommet en 2012. Dans son discours, le Président français Nicolas Sarkozy a également plaidé pour l’entrée de l’Afrique au Conseil de sécurité des Nations unies. Au-delà des enjeux politiques, celle-ci est devenue la principale force vive de la Francophonie. Sur 220 millions de locuteurs francophones dans le monde, plus de la moitié vivent en Afrique. Alors que la langue française tend à régresser en Europe, cette proportion pourrait dépasser les 85% en 2050, soit plus de 500 millions de personnes, selon le rapport de l’OIF publié à la veille du sommet. D’où l’enjeu majeur que représente en Afrique le défi de la scolarisation et de sa poursuite en français.
Pour autant, l’OIF semble désormais privilégier une défense sans complexe du français par rapport à l’anglais. En 2010, la langue française est la neuvième langue la plus parlée au monde et l’une des deux langues, avec l’anglais, à être parlée sur les cinq continents. Elle est aussi l’une des langues de travail des Nations unies. CH

 

 

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