Mardi 19 Novembre 2019  
 

N°86 - Deuxième trimestre 2009

La lettre diplometque
  Editorial
Argentine
Djibouti
Guinée Equatoriale
Ouzbékistan
  Un immense potentiel de coopération à développer avec l’UE et la France en particulier
 
  Le patrimoine millénaire de l’Ouzbékistan source d’une coopération fructueuse avec l’UNESCO
 
  Relations interparlementaires franco-ouzbèkes : l’amitié au service de la diplomatie !
 
  Une coopération dans le domaine des droits de l’Homme
 
  Portée par la croissance, l’économie ouzbèke cherche à intensifier ses échanges avec la France
 
  Le marché ouzbek : des conditions favorables aux investissements étrangers
 
  L’Ouzbékistan, un marché à conquérir
 
  Le modèle de réformes ouzbek au centre de l’intérêt de la communauté économique internationale
 
  O’zbekiston havo yo’llari appuie sa montée en puissance sur une coopération étroite avec ses partenaires européens et internationaux
 
  L’aéronautique ouzbeke, illustration d’une volonté de promouvoir les partenariats internationaux
 
  L’Ouzbékistan, perle de l’Asie centrale
 
  L’Ouzbékistan, carrefour des peuples et des civilisations à l’exceptionnel potentiel touristique
 
  Vingt ans d’échanges culturels entre la France et l’Ouzbékistan
 
  La francophonie, vecteur de l’amitié franco-ouzbèke
 
Philippines
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     Ouzbékistan
 
  S.E.M. / H.E. Bakhromjon ALOEV

Un acteur clé de l’échiquier eurasiatique

Héritier d’une histoire millénaire au carrefour des grandes civilisations, l’Ouzbékistan réaffirme son rôle croissant pour le développement et la stabilité de l’Asie centrale. Revenant sur les réussites du modèle de transition économique et politique impulsé par le Président Islam Karimov, S.E.M. Bakhromjon Aloev, Ambassadeur d’Ouzbékistan en France, analyse pour nous les défis que posent la crise financière internationale, l’instabilité de l’Afghanistan et la recherche d’une croissance économique durable.

La Lettre Diplomatique : Monsieur l’Ambassadeur, réélu le 23 décembre 2007, le Président Islam Karimov a initié un processus de réformes graduelles visant à moderniser l’Etat et l’économie ouzbeks. Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru par l’Ouzbékistan depuis son accession à l’indépendance en 1991 ?

S.E.M. Bakhromjon Aloev : La République d’Ouzbékistan a, en effet, proclamé son indépendance le 31 août 1991. Mais notre pays a également constitué durant plusieurs milliers d’années le berceau de grandes civilisations. Il s’est épanoui entre deux grands fleuves, l’Amou-Daria et le Syr-Daria, au cœur de l’Asie centrale et au carrefour de la « Grande Route de la Soie ».
De nos jours, la République d’Ouzbékistan forme un pays doté de possibilités surprenantes, de ressources naturelles uniques et de perspectives de développement prometteuses. Il occupe ainsi le quatrième rang mondial pour la production du coton et le deuxième rang pour son exportation, le septième rang pour la production de l’or et du gaz naturel, le dixième rang pour celle du cuivre.
Notre pays s’est particulièrement positionné en leader de la production de métaux rares et de matières premières pour le secteur de la construction. Ses immenses ressources énergétiques ne sauraient toutefois occulter son infinie richesse spirituelle et celle des traditions ancestrales de son artisanat, de son commerce et de son agriculture. J’ajouterais que l’Ouzbékistan constitue un formidable pays pour ses qualités touristiques.
La culture ouzbeke forme en effet l’une des plus marquantes et originales en Orient. Plus de 130 nationalités vivent aujourd’hui en paix en Ouzbékistan. Sa musique nationale, ses danses et sa peinture, sa cuisine et ses vêtements traditionnels sont inimitables.
La terre ouzbeke a également donné au monde de grands penseurs, de remarquables savants et astronomes, de célèbres philosophes et poètes, tels Imam Al-Boukhari, Al Khakim At-Termizi, Abu Raykhan Berouni, Al-Farghani (dit Alfraganus), Abu Ali ibn Sina (dit Avicenne), Al-Zamakhshari, Baha-ud-Din Naqshband, Al-Khorezmi (dit Algoritmi), Mirzo Oulougbek, Zahiriddin Babur, Alisher Navoï et beaucoup d’autres qui ont fortement contribué à la civilisation mondiale.
Le peuple ouzbek célèbre en 2009 le 18ème anniversaire de son indépendance. Ces dix-huit années ne représentent certes qu’un petit laps de temps à l’échelle de l’histoire, mais elles ont été marquées par d’importants accomplissements. Sous l’impulsion du Président Islam Karimov, l’Ouzbékistan a choisi dès les premières années de son indépendance, la voie conduisant à la création d’une société civile et d’un Etat démocratique. Aujourd’hui, nous continuons à mettre en œuvre avec grand succès des réformes démocratiques, sociales et économiques aspirant à créer des conditions de vie et de travail dignes de l’Homme.
Si l’on considère la jeune histoire de son développement, il apparaît que des progrès significatifs ont été accomplis dans sa marche vers la construction d’un Etat ouvert, laïc et démocratique, orienté vers une économie de marché et la formation d’une société civile vigoureuse.
Je tiens à souligner que pour mettre en œuvre ces vastes programmes de réforme, nos dirigeants ont profondément médité et tenu compte des expériences et des succès des autres pays en voie de démocratisation, tout en préservant les valeurs, les coutumes et les traditions de notre nation.

L.L.D. : Portée par ses exportations de gaz et de matières premières, l’Ouzbékistan enregistre depuis près de cinq ans une croissance soutenue. Considérant les effets de la crise financière et économique mondiale ainsi que l’analyse que lui a récemment consacrée dans un ouvrage le Président Islam Karimov, pourriez-vous nous expliquer les principaux dispositifs du programme anti-crise adopté par le gouvernement ouzbek ? Plus largement, comment s’inscrit-il dans la stratégie de développement ouzbeke ?

S.E.M.B.A. : Comme l’a souligné le Président ouzbek dans son ouvrage « La crise financière et économique mondiale, les voies et les mesures de sa prévention dans le contexte de l’Ouzbékistan », notre pays a commencé à mettre en œuvre, dès novembre 2008, un programme anticrise couvrant la période 2009-2012.
Les principales orientations de ce programme portent sur l’accélération de la modernisation et du rééquipement technique et technologique des entreprises, le soutien aux entreprises exportatrices en vue de garantir le maintien de leur compétitivité sur les marchés extérieurs, l’introduction d’une régulation stricte de l’économie, la réduction des dépenses et du prix de revient de la production industrielle, la modernisation des industries électriques, la réduction de la consommation d’énergie utilisée pour la production et la stimulation de la demande intérieure.
Alliée aux solides fondamentaux économiques résultant des réformes des précédentes années, la mise en œuvre de ce programme anticrise a permis de maintenir la stabilité de l’économie ouzbèke en 2008 et durant le premier trimestre 2009, qui s’est traduite par une augmentation du PIB de 7,9 %.
Dans son ouvrage consacré à l’éclatement de la crise financière, le Président Islam Karimov a en outre démontré que nous avons aujourd’hui toutes les raisons de déclarer que notre modèle de transition vers une économie libre de marché, d’orientation sociale et qu’il a défini selon cinq principes reconnus, trouve le fondement de sa mise en œuvre et de sa justesse dans les résultats obtenus ces dernières années.
Nous avons ainsi privilégié une approche évolutive pour assurer le passage d’un système administratif centralisé à un système de gestion du marché. Les différentes réformes ont été adoptées sur un mode progressif s’articulant autour de ce principe : « Ne détruis pas ta maison avant d’avoir achevé la construction de la nouvelle ».
Leur mise en œuvre a permis de maintenir une croissance économique stable durant la période récente. Ces six dernières années, le PIB a ainsi enregistré une croissance annuelle de plus de 7% en moyenne (x,4% en 2008).
Il est important de noter qu’en vue d’assurer un développement économique durable, l’accent a davantage été mis sur l’introduction de réformes du marché que sur un accroissement intensif de l’exploitation des matières premières et des hydrocarbures. Dans cette perspective, d’importantes transformations structurelles de l’économie ont été réalisées. Des mesures ont été prises en particulier pour favoriser le rééquipement des industries et des entreprises, ainsi que pour soutenir le développement des petites et moyennes entreprises tout en contribuant à la création de nouvelles sources de production compétitives et destinées à l’exportation.
L’Ouzbékistan peut aujourd’hui se prévaloir d’être un partenaire sûr et solvable au regard des conditions sans précédent qu’il a su créer en vue d’attirer le capital étranger. En témoigne la multiplication par 2,5 du volume des investissements étrangers au cours de ces deux dernières années. D’un point de vue plus global, les investissements dans l’économie ouzbeke ont dépassé 100 milliards de dollars depuis son indépendance, les capitaux étrangers représentant plus de 25 milliards de dollars.
Notre pays a par ailleurs atteint ses objectifs visant à devenir autosuffisant en matière alimentaire et énergétique. Sa production de blé est passée d’un volume estimé entre 300 000 et 400 000 tonnes avant 1991 à 6 millions de tonnes en 2008.
Il faut également noter que plus de 51% de notre budget national est destiné à répondre aux besoins sociaux, en particulier dans les domaines de la santé et de l’éducation. Plus de 64% de la population ayant moins de 30 ans, une grande attention est accordée à la formation des nouveaux cadres capables de mettre en œuvre concrètement la modernisation du pays et la construction d’une société démocratique moderne.
Depuis son indépendance, l’Ouzbékistan se mobilise en effet tout particulièrement pour améliorer son système éducatif et le rapprocher des standards internationaux. Ce n’est pas un hasard si l’une des premières lois que nous ayons adoptées portait sur l’enseignement. A titre de comparaison, la part du budget que nous allouons à ce domaine représente plus de 12% du PIB, tandis que la moyenne internationale se situe seulement entre 3 et 5%.
Depuis dix ans, notre programme national de formation des cadres prouve son efficacité par le cycle d’éducation continu et complet qu’il propose. Son objectif est de former des spécialistes pouvant devenir autodidactes dans d’autres domaines, exceller dans des activités créatives ou pouvant s’orienter dans un grand flux d’informations. Il a également permis la création de plus de 1 500 lycées académiques et collèges professionnels et la rénovation complète de plus de 4 500 écoles d’enseignement général.

L.L.D. : Le volontarisme réformateur du Président Islam Karimov a mis l’accent tout particulièrement sur la consolidation des principes démocratiques et de l’Etat de droit. Au travers de quelles mesures cette dynamique se traduit-elle ?

S.E.M.B.A. : Les profondes réformes introduites par notre gouvernement sous l’impulsion du Président Islam Karimov ont en effet abordé ces questions et en particulier la libéralisation du système judiciaire. Celle-ci forme une condition majeure de la formation d’un Etat de droit. L’histoire récente de notre pays a aussi été marquée par la création d’un parlement pluraliste en 2005, désormais composé de deux chambres : la Chambre haute (le sénat) et la Chambre basse (l’assemblée législative).
Sur le plan international, l’Ouzbékistan a signé plus de 60 accords concernant notamment les droits de l’homme. J’y inclus ses engagements sur la dimension humaine de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Notre pays est également signataire des six principales conventions internationales de l’ONU sur les droits de l’homme. De manière significative, un programme de manifestations a été adopté le 1er mai 2008 à l’occasion de la célébration du 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme.
Je tiens en outre à souligner que la peine de mort est abolie en Ouzbékistan depuis le 1er janvier 2008 et remplacée par la réclusion à perpétuité. Cette sentence ne peut d’ailleurs être prononcée que dans deux cas : le meurtre avec circonstances aggravantes et les actes de terrorisme. Elle ne peut s’appliquer aux femmes et ne concerne que les hommes entre 18 et 60 ans.
Notre pays s’est par ailleurs doté d’un système d’institutions nationales relatives aux droits de l’homme qui fonctionnent aujourd’hui activement. Dans le cadre de la protection des droits et des libertés des citoyens, les problèmes de traite des êtres humains figurent à cet égard en tête des préoccupations. Dans cette optique, le Parlement ouzbek a ratifié en 2008 le Protocole additionnel à la Convention des Nations unies contre la criminalité transnationale organisée, qui vise à prévenir, réprimer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants (New York, 15 novembre 2000). De plus, la loi portant sur la lutte contre le trafic des êtres humains est entrée en vigueur en 2009.
Enfin, l’Ouzbékistan demeure très attentif au développement de la société civile. Ce sujet est devenu une priorité nationale. La consolidation de notre cadre juridique permet ainsi à plus de 5 000 ONG d’œuvrer sans aucun obstacle. Dans ce contexte, les experts estiment que le succès des réformes introduites dans tous les domaines de la société sont de nature à inspirer confiance envers les efforts qui sont déployés pour bâtir une société démocratique développée. Pour ce faire nous nous appuyons d’ailleurs sur notre immense potentiel économique, en particulier en matière de transports, de communication, de ressources naturelles et humaines.

L.L.D. : A l’instar de l’année 2008 que le chef de l’Etat avait placée sous le thème phare « Les jeunes sont les forces d’aujourd’hui et de demain », le gouvernement ouzbek inscrit chaque année sous le sceau d’une grande cause de société. A quelle cause nationale 2009 est-elle consacrée et quelles initiatives sont prévues dans ce cadre ?

S.E.M.B.A : Le Président Islam Karimov a déclaré 2009 « Année du développement et de l’aménagement des zones rurales ». Près de 50% de la population ouzbeke vit en effet dans les campagnes.
Au-delà de ce choix thématique, le chef de l’Etat a fait adopter un Programme d’Etat en vue de réaliser les objectifs qui lui sont associés. Ce programme accorde dès lors une importance primordiale au développement à venir des infrastructures en milieu rural, notamment en matière de construction de logements, d’approvisionnement en gaz naturel, d’eau potable et d’énergie. Il aspire également à améliorer les réseaux de communication routiers, les services de transport et de communication, et pour résumer sa philosophie, à élever la qualité de vie et de la culture dans les villages.
Ce programme se concentre sur le développement de la production industrielle et du secteur de la construction dans les campagnes, la création d’entreprises de transformation pourvues de technologies modernes, ainsi que le renforcement des services en général.
La réalisation de ces mesures vise à élever les revenus et le bien-être des populations rurales, en particulier des jeunes par la création d’emplois. En ce sens, l’approfondissement des réformes du secteur agricole fait l’objet d’une attention particulière et doit s’accompagner d’un soutien à l’activité des fermiers, du renforcement de leur environnement matériel et financier ainsi que de la création de droits préférentiels et de privilèges nécessaires au soutien de leur activité.
Ce programme d’Etat prévoit ainsi que des réponses concrètes soient apportées aux questions de l’amélioration de la protection de la santé des populations, de l’augmentation de leur « culture médicale », de la qualité du système de l’enseignement et du renforcement de son assise matérielle.

L.L.D. : Situé au cœur de l’Asie centrale, l’Ouzbékistan partage des frontières communes avec l’Afghanistan, occupant ainsi une position clé pour la stabilité et le développement de la région. Comment votre pays appréhende-t-il la stabilisation de l’Afghanistan ?

S.E.M.B.A. : Les questions relatives au maintien de la sécurité régionale constituent une priorité pour la politique extérieure de l’Ouzbékistan. Aujourd’hui, aucun pays n’est à l’abri des répercussions des menaces globales et des défis qu’elles posent. Dans notre région, une source majeure d’inquiétude est ainsi directement liée à l’insécurité croissante et à l’instabilité résultant de l’accentuation de l’escalade des contradictions en Afghanistan, de la radicalisation de la situation et de l’activisme de bandes terroristes.
Avant beaucoup d’autres pays, l’Ouzbékistan a condamné la nature destructrice du terrorisme international et de l’extrémisme religieux. En 1993, lors de la 48ème session de l’Assemblée générale de l’ONU, le Président Islam Karimov a appelé à unir les efforts pour lutter contre cette menace globale. Il avait alors également noté la nécessité de régler le problème afghan avec le soutien de la communauté internationale.
L’instabilité de l’Afghanistan suscite l’inquiétude dans beaucoup de pays dans le monde et, bien entendu, tout particulièrement dans les Etats qui lui sont limitrophes. La montée de cette tension influe directement sur la sécurité régionale et globale. Malgré l’implication de la communauté internationale et de la coalition antiterroriste internationale dans le processus de la reconstruction politique et économique de l’Afghanistan, la situation y demeure compliquée et imprévisible. Elle se dégrade également à cause de la hausse du volume du trafic de drogues provenant de l’Afghanistan, où la production d’opium dépasse actuellement 8 000 tonnes, soit 90% de la production mondiale.
Le Président Islam Karimov a lancé une série d’initiatives visant au règlement du problème afghan. Il a mis en exergue la position et les propositions de l’Ouzbékistan sur ce sujet lors du sommet de l’OTAN qui s’est tenu en avril 2008 à Bucarest et lors des sommets de l’Organisation pour la coopération de Shanghai (OCS) d’août 2008 et de juin 2009. Le Président ouzbek a notamment fait valoir que l’évolution de la situation en Afghanistan illustre clairement que le recours à la force armée ainsi que le renforcement de la militarisation ne contribuent pas à résoudre le problème afghan.
La guerre en Afghanistan dure depuis plus de trente ans. Elle a détruit le tissu des infrastructures économiques et sociales, conduisant à l’appauvrissement de la population. Il est nécessaire de reconnaître que cette situation ôte aux individus la confiance en leur avenir, tout en créant les conditions du recrutement de nouveaux combattants.
Pour faire face au problème afghan, de nouvelles stratégies d’approches doivent donc être envisagées. La priorité doit désormais être d’assurer une aide économique bien orientée, la construction et la création d’infrastructures sociales et économiques, la garantie de l’emploi et de nouvelles réponses aux problèmes liés à la pauvreté.
Il est également nécessaire d’adopter une attitude de respect à l’égard des valeurs nationales et religieuses, ainsi que des traditions et des coutumes séculaires du peuple multi-éthnique et multiconfessionnel d’Afghanistan. Il convient ainsi d’opérer la consolidation des forces opposées.
De notre point de vue, la stratégie adéquate en vue d’atteindre ces objectifs devrait passer par le renouvellement de l’activité du Groupe de contact « 6+2 » sur l’Afghanistan. Celui-ci a fonctionné avec succès dans les années 1990 et il conviendrait à présent de le transformer en Groupe « 6+3 », en impliquant l’OTAN dans ce processus. Pour mémoire, les pays voisins de l’Afghanistan (l’Iran, le Pakistan, la Chine, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan, le Turkménistan), ainsi que les Etats-Unis et la Russie faisaient partie du Groupe « 6+2 ».

L.L.D. : Figurant parmi les grands enjeux des bouleversements écologiques, l’assèchement de la Mer d’Aral fait de plus en plus l’objet d’une concertation entre les Etats centrasiatique. Comment décririez-vous l’approche de l’Ouzbékistan face à ce problème, et plus particulièrement en ce qui concerne l’exploitation rationnelle des ressources en eau de l’Asie Centrale ?

S.E.M.B.A. : L’une des problématiques les plus sérieuses en Asie centrale réside en effet dans l’exploitation raisonnable des ressources naturelles, et tout d’abord hydro-énergétiques. A l’heure actuelle, les diverses approches mises en œuvre pour la gestion des ressources en eau entravent le développement durable, engendrant des catastrophes écologiques et des situations conflictuelles.
A titre d’exemple, on peut effectivement mentionner l’assèchement de la Mer d’Aral dont les conséquences sont tragiques non seulement pour l’Asie centrale, mais aussi pour tout l’espace eurasiatique. Ce phénomène se traduit par des carences en eau d’irrigation et en eau potable, perturbant l’équilibre de la vie dans le bassin d’Aral. Les tempêtes salines et poussiéreuses se forment également à la surface de l’eau et anéantissent les récoltes et la végétation. Son préjudice économique s’est d’ailleurs étendu au secteur de la pêche et de la chasse, tout en diminuant la productivité des pâturages et la fertilité des cultures agricoles.
Dans ses interventions au cours des 48ème et 50ème sessions de l’Assemblée générale de l’ONU, le Président Islam Karimov a ainsi souligné que « la crise d’Aral est l’une des plus grandes catastrophes écologiques et humanitaires de l’histoire de l’humanité, mettant en péril la vie de dizaines de millions de personnes vivant dans le bassin de la mer d’Aral. »
Toutes les ressources en eau de la région centrasiatique proviennent des bassins des rivières transfrontalières de la Syr-Daria et de l’Amou-Daria. Si leur volume venait à changer, les pays d’Asie centrale - où vivent plus de 50 millions d’habitants -, risqueraient une grande catastrophe écologique avec des conséquences dramatiques sur l’approvisionnement en eau des populations. La sécheresse aurait également des conséquences néfastes pour la population et l’agriculture.
Pendant une longue période historique, l’exploitation des cours d’eau des rivières transfrontalières s’est faite dans le cadre de la satisfaction des besoins vitaux des populations locales et des Etats. Les décisions relatives à leur exploitation et à la construction de centrales hydro-énergétiques dans les pays en amont de la région, ne doivent aujourd’hui ni engendrer de préjudice écologique ni léser les intérêts de la population des pays limitrophes.
En cas de préjudices, toutes les mesures doivent être prises pour qu’ils soient réglés ou atténués. La question d’éventuelles compensations doit se poser si nécessaire. Les conventions de l’ONU stipulent à cet égard que « les Etats traversés par des cours d’eau transfrontaliers coopèrent sur la base de l’égalité souveraine, de l’intégrité territoriale, du profit et de la conscience mutuels ».
Sur la base de ces exigences fondamentales, des experts internationaux compétents doivent apporter les garanties selon lesquelles la construction de nouvelles centrales hydroélectriques dans la région n’auront pas des conséquences irréparables sur le plan écologique et l’utilisation des cours d’eau par tous les Etats se trouvant dans le bassin de ces rivières ne provoqueront pas de rupture d’équilibre.
Les études de faisabilité des nouvelles installations hydrauliques dans le bassin des rivières transfrontalières doivent ainsi être soumises, et ce impérativement, à une expertise d’audit neutre et objective par des organisations internationales.
La Banque mondiale et la Banque asiatique de Développement (BAD) joue dans ce domaine un rôle central. L’Ouzbékistan nourrit l’espoir que la position de ces respectables organisations financières internationales servira d’exemple pour les autres organisations et Etats, ce qui permettra de renforcer la sécurité socio-économique et la stabilité dans la région. Les pays investisseurs, qui veulent participer à la réalisation des projets de construction des nouvelles installations hydrauliques, ne doivent pas oublier la nécessité du respect de ces conditions. Il ne faut pas y voir une quelconque prétention de la part de l’Ouzbékistan à revendiquer des droits particuliers sur l’exploitation des ressources en eau des rivières transfrontalières. Notre position se fonde entièrement sur les normes du droit international dans ce domaine.
Chaque pays a le droit de mettre en œuvre des projets dans ce domaine, notamment en matière d’énergie hydraulique, à condition qu’ils soient soumis à une expertise indépendante écologique, technique et économique sur le principe de la transparence pour toutes les parties intéressées. De même, il faut garantir deux conditions importantes : éviter la réduction du niveau des cours d’eau traversant les pays se situant en aval du cours des rivières ; ne pas déroger à la sécurité écologique de la région, qui demeure aujourd’hui fragile.
Pour sa part, l’Ouzbékistan continue à mettre en œuvre un ensemble de mesures visant à assurer l’équilibre des ressources en eau et l’équilibre énergétique de la région dans le but de préserver la paix et la stabilité en Asie centrale et de contribuer au renforcement de la sécurité.

L.L.D. : Considéré comme le pays le plus francophone de l’Asie centrale, l’Ouzbékistan a noué des relations culturelles relativement denses avec la France. Comment percevez-vous l’essor des échanges entre les deux pays, notamment sur le plan universitaire ?

S.E.M.B.A. : Les relations qu’entretiennent actuellement l’Ouzbékistan et la France se développent de manière positive dans tous les domaines. Il convient de souligner à cet égard les racines très profondes dans lesquelles leurs liens trouvent leur ancrage. Dès le XIVème siècle, Tamerlan a transmis au roi de France Charles VI, par le biais de son Ambassadeur, une lettre
lui proposant d’établir une coopération commerciale et économique, en vue notamment d’assurer la sécurité des commerçants. La copie en latin de cet épître figure aujourd’hui au sein des archives de la Bibliothèque nationale de France à Paris.
Cette lettre de Tamerlan commence par les paroles suivantes : « C’est le salut et la paix que je réclame... ». Ces mêmes paroles peuvent s’appliquer de nos jours aux relations ouzbeko-françaises et, plus largement, pour caractériser l’avènement de l’Ouzbékistan indépendant au sein de la communauté internationale selon les propres paroles du Président ouzbek.
Dès les premières années de son indépendance, notre pays a en effet manifesté son attachement aux valeurs fondamentales de l’humanité, telles la paix, une coopération équitable et la démocratie, tout en faisant la preuve de sa volonté à le promouvoir par des actes concrets.
L’Ouzbékistan et la France entretiennent un dialogue régulier par le biais de leurs ministères des Affaires étrangères respectifs, ainsi qu’au travers de multiples visites réciproques de différents niveaux de représentation. Des consultations politiques sont également organisées de façon régulière, dont le cinquième cycle s’est tenu à Tachkent, en juin 2009.
Les liens interparlementaires se développent en outre progressivement. Des délégations de parlementaires français ont ainsi effectué des visites en Ouzbékistan en avril 1996, septembre 1997, octobre 2000, avril 2001, septembre 2003, mai 2004, octobre-novembre 2007 et septembre 2008. Une délégation du Sénat ouzbek, conduite par son Président, M. Ilgizar Sobirov, s’est, pour sa part, rendue en France en novembre 2006.
Des groupes interparlementaires France-Ouzbékistan ont été créés au sein du Sénat et de l’Assemblée nationale française. Un groupe interparlementaire pour la coopération avec le Sénat français a vu le jour au sein du Sénat ouzbek le 26 mars 2008.
Une coopération efficace a également été mise en place entre les institutions de l’Ombudsman de l’Ouzbékistan et du Médiateur de la République française. Mme Sayora Rachidova, Déléguée du Parlement de la République d’Ouzbékistan pour les droits de l’homme, a accompli une visite en France en juin 2004 et en septembre 2008. De son côté, M. Jean-Paul Delevoye, Médiateur de la République française, a visité l’Ouzbékistan en 5 juin 2008.
Les relations entre l’Ouzbékistan et la France sont tout particulièrement portées par une coopération dynamique dans le domaine humanitaire et par des liens de partenariat et de jumelage qui ont été établis entre les villes de Samarkand et de Lyon, de Boukhara et de Rueil Malmaison, de Khiva et de Versailles.
Il convient par ailleurs de souligner la
création en France d’organismes comme l’Association pour l’Art et l’Histoire Timurides et les échanges culturels franco-ouzbeks, ou l’Association « Avicenne-France ». Dans notre pays, l’Institut français d’études sur l’Asie centrale (IFEAC), le Centre culturel français Victor Hugo auprès de l’Ambassade de France à Tachkent et l’association pour l'amitié franco-ouzbèke « Ouzbékistan-France » mènent des activités aspirant à contribuer à l’essor des relations humanitaires et culturelles.
Cette dynamique est également fructueuse dans le domaine universitaire. Plusieurs universités ouzbèkes ont déjà signé des accords de coopération avec des établissements
d’enseignement supérieur français, à savoir l’Université Panthéon-Sorbonne (Paris I), l’Université Paris-Sorbonne (Paris IV), l’Université Paris-Sud (Paris XI), l’Université de Nice Sophia Antipolis, l’Université de Bretagne-Sud, l’Institut d’Etudes politiques de Toulouse et l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO).
L’Académie des Sciences ouzbèke et le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) français ont en outre signé un accord de coopération en août 2007. Un partenariat a également été mis en œuvre dans le cadre de la réalisation de projets archéologiques communs, notamment dans les sites d’Afrosiab et de Kuktepa à Samarkand, ainsi que celui de Derbent dans la région de Surkhandarya (dans le sud du pays).
Enfin, je tiens à ajouter qu’aujourd’hui 35 000 professeurs et maîtres d’écoles enseignent le français en Ouzbékistan. Plus de 400 000 écoliers et étudiants apprennent le français dans plus de 1 500 écoles secondaires et dans la plupart des universités.

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