Mardi 19 Novembre 2019  
 

N°86 - Deuxième trimestre 2009

La lettre diplometque
  Editorial
Argentine
  Passé et présent de la coopération militaire et de défense entre l'Argentine et la France
 
  « Pour une autre vision des relations franco-argentines »
 
  Le développement touristique, une politique d'Etat
 
  Une présence et une expertise de 125 ans en Argentine
 
  Les produits argentins doublent la mise
 
  L’Argentine défie la crise et séduit les entreprises françaises
 
  L'Argentine et la France, une longue et fructueuse coopération scientifique
 
  Le 1er Forum franco- argentin de la coopération décentralisée
 
  L’émigration basque en Argentine
 
  Poursuivre les « vieilles luttes » en faveur de la Paix, des Droits de l’homme, de l’Education
 
  Paris-Buenos Aires : Aller et retour au rythme du tango
 
  La Maison de l'Argentine à Paris « un espace stratégique en Europe »
 
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  S.E.M. / H.E. Luis Maria URETA SAENZ PENA

Vers un renouveau du modèle de développement argentin

Dans moins d’un an, le 25 mai 2010, l’Argentine célèbrera le bicentenaire de son indépendance. Renforcée par les différentes crises qu’elle a su surmonter, la deuxième économie d’Amérique du Sud se positionne aujourd’hui au centre des enjeux de l’intégration régionale. S.E.M. Luis Maria Ureta Saenz Peña, Ambassadeur d’Argentine en France, revient pour nous sur les projets phares de la Présidente Cristina Fernández de Kirchner visant à réaffirmer le modèle argentin dans un monde en pleine mutation.


La Lettre Diplomatique : Monsieur l’Ambassadeur, l’Argentine s’apprête à célébrer en 2010 le bicentenaire de la Révolution de Mai qui marque son indépendance. Quelles réflexions vous inspire le cheminement historique de votre pays au regard des défis auxquels il est actuellement confronté ? Quel message devront s’attacher à transmettre, selon vous, les manifestations culturelles prévues pour marquer cet anniversaire?

S.E. M. Luis Maria Ureta Saenz Peña :
En effet, toute commémoration nationale est importante, et notamment la célébration du bicentenaire de la Révolution de Mai, qui sera une excellente occasion pour engager un débat pluriel et large sur le passé, réfléchir sur le présent et imaginer notre avenir. Mais ces considérations doivent nécessairement s'associer à l'action et, dans ce sens, les préparatifs pour la célébration du bicentenaire en Argentine s'articulent autour d'objectifs importants.
Tout d'abord, la réalisation de travaux d'infrastructure sur des biens culturels, dont certains d'entre eux sont actuellement en cours et d'autres déjà achevés, comme des écoles, des théâtres, des musées, et des travaux de restauration de monuments historiques. Ensuite, la concrétisation d'un certain nombre de réformes, comme la réforme fiscale et la réforme judiciaire, ainsi que la poursuite de la réindustrialisation du pays. Enfin, la construction d'une conscience citoyenne sur l'importance de la célébration même du bicentenaire.
Sur le plan international, l'Argentine participera en 2010, en qualité de pays invité, à la Foire du livre de Francfort, la plus grande foire dans ce secteur. L'Argentine a une très longue tradition éditoriale et sa présence à Francfort ne se limitera pas à promouvoir son industrie dans le domaine de l'édition des livres et magazines. Nous profiterons de cette occasion pour montrer une image intégrale de notre pays : sa culture, son économie, le tourisme, les sports.
Evidemment, l'Argentine a beaucoup changé depuis la célébration du Centenaire de la Révolution de Mai au début du XXème siècle, elle n'était à l'époque qu'un pays de quatre millions d'habitants. L'Argentine du XXème siècle a vécu entre espoirs et frustrations, entre périodes de croissance et de crise. Le monde aussi est devenu beaucoup plus complexe, les pays plus interdépendants et les crises plus globales, comme celle que nous traversons à l'heure actuelle. Bref, nous profiterons du bicentenaire, en Argentine comme ailleurs, pour réflechir sur le modèle de pays que nous devenons, un pays moderne et bien inséré dans le monde.

L.L.D. : Buenos Aires accueille depuis le 16 février dernier le premier Centre international de promotion des droits de l’homme. Au-delà du symbole fort que représente l’ancienne Ecole supérieure de mécanique de la Marine (ESMA) où il est installé, comment décririez-vous l’engagement de votre pays en faveur de cette cause universelle ? Comment avez-vous ressenti l’émotion suscitée dans la société argentine par le décès, le 29 mars 2009, de l’ancien président et fervent défenseur de la démocratie Rául Alfonsín ?

S.E.M.L.M.U.S.P. :
Dès son retour à la démocratie en 1983, l'Argentine s'est fortement engagée en faveur du respect et de la promotion des droits de l'homme, aussi bien sur le plan national que sur celui des organismes internationaux. La réforme de notre Constitution en 1994, a donné à certaines dispositions concernant les droits de l'homme un statut constitutionnel.
Nous travaillons aussi en très étroite collaboration avec la France et d'autres pays afin de parvenir à l'entrée en vigueur de la Convention des Nations unies contre la disparition forcée des personnes. Tout cela met en relief notre vocation à jouer un rôle de premier plan en matière de défense des droits de l'homme. Ainsi, la création du Centre dans les bâtiments mêmes de l'ESMA répond parfaitement à l'importance que le gouvernement argentin attache à la consolidation du respect et à la défense des droits fondamentaux de l'individu.
Le Président Raúl Alfonsín, personnalité reconnue par tous comme d'une valeur extraordinaire, était avant tout un grand défenseur des droits de l'homme. Il a eu la grande responsabilité de gérer la délicate transition de l'Argentine vers la démocratie, objectif qu'il a pleinement réussi. Il appartient maintenant à la catégorie des grands hommes de l'histoire. Son œuvre l'a placé dans une position privilégiée, aussi bien au sein de la société argentine, que de la communauté plus large de ses contemporains. Sa mort est donc très regrettée par le peuple argentin.

L.L.D. : Enregistrant une croissance soutenue du PIB depuis six ans, après avoir été bouleversée par la crise de 2001, l’Argentine, comme d'autres pays émergents, se trouve mise en difficulté par la défaillance du système financier international. Comment évaluez-vous ses capacités de résistance face à la récession de l’économie mondiale ?

S.E.M.L.M.U.S.P. :
L'Argentine est l'une des économies à plus forte croissance du monde. Le taux annuel de croissance moyenne pour la période 2003-2008 a été de 8,5 %, et se situe juste après la Chine (10,7 %), devant l'Inde (8,4 %) ainsi que les autres économies latino-américaines. Cette excellente évolution économique a permis la création de 3,8 millions d'emplois depuis 2003. L'année 2008 a enregistré le plus faible taux de chômage des 15 dernières années (7,3 %). Actuellement, à la différence des cycles de croissance précédents, l'Argentine peut s'appuyer sur deux excédents jumeaux, fiscal et du compte courant, respectivement de 3,1% et 2,3% du PIB.
Dans ce contexte, les exportations de biens et de services ont atteint le chiffre record de 82,6 milliards de dollars en 2008. La vente de biens à l'étranger a presque triplé lors des cinq dernières années, en passant de 29 milliards de dollars en 2003 à 70,6 milliards en 2008, et l'excédent commercial enregistre actuellement des records historiques pour notre pays.
Cette performance s'explique par le développement de la capacité exportatrice et notamment dans les secteurs à forte valeur ajoutée, comme les manufactures d'origine industrielle. L'exportation de services, particulièrement dans le secteur des technologies de l'information, a enregistré un record de 12 milliards de dollars en 2008, un des plus hauts niveaux de l'Amérique latine.
Par ailleurs, et conformément aux données de la Commission économique pour l'Amérique latine des Nations unies (CEPAL), l'investissement étranger direct en Argentine a augmenté de 23% en 2008 pour atteindre 8 milliards de dollars. Il y a cinq ans, ces flux d'investissements n'étaient que de 1,65 milliard. Cela veut dire que les entreprises transnationales continuent de considérer l'Argentine comme l'une des principales destinations pour leurs investissements dans la région. L'investissement total représente, en 2008, 23% du produit intérieur brut (PIB), ce qui est le plus haut niveau des trente dernières années et qui dépasse les indices des principaux pays de l'Amérique latine.
Ainsi, les projections pour l'année 2009 confirment que l'Argentine sera l'un des pays les moins touchés de toute la région par la crise internationale, car sa capacité de résistance repose sur un système financier solide et assaini, avec un niveau de liquidité adapté et soutenu, en plus d’être doté d'un réseau bancaire qui a évité, à la différence d'autres pays, les produits financiers problématiques comme les « subprime ».
Les réserves de la Banque centrale de la République argentine se maintiennent à un niveau sans précédent, ce qui donne une grande solidité à l’ensemble du système financier. Cependant, dans le contexte de l'économie réelle, la réduction du commerce international entraîne évidemment une diminution de la valeur de nos exportations. Nonobstant, la compétitivité de nos entreprises leur a permis de compenser la baisse des prix internationaux par une augmentation des volumes exportés, comme on peut l'observer sur les données de la balance commerciale des quatre premiers mois de l’année 2009.

L.L.D. : Avec le lancement d’un « mégaplan anti-crise » de grands travaux publics, la Présidente Cristina Fernández de Kirchner entend contrecarrer les effets de la crise sur l’activité économique et l’emploi. Comment s’articule la mise en œuvre de ce programme d’investissement, tant au plan de son financement que de celui du recours aux investisseurs étrangers ? Dans quels secteurs des infrastructures argentines ce programme devrait-il plus précisément mettre l’accent ?

S.E.M.L.M.U.S.P. :
Le plan de relance de l'économie argentine vient s'insérer dans un contexte de programmes semblables présentés par la plupart des pays développés et ses objectifs sont de réactiver la consommation, d'améliorer la compétitivité au moyen d'importants investissements en infrastructures et de maintenir le niveau de l'activité économique.
Le paquet de mesures regroupe plusieurs volets, parmi lesquels il faut citer en premier lieu une augmentation du crédit à l'endroit du secteur privé, les avantages fiscaux accordés aux sociétés qui embaucheraient du personnel, un moratoire fiscal pour les entreprises, une loi de rapatriement des capitaux destinés à l'investissement et à la production, un plan de travaux publics avec d'importants investissements en infrastructures et la création d'un Ministère de la Production.
En ce qui concerne les travaux publics, le programme de relance fait partie d'un plan stratégique que l'Argentine prépare depuis plusieurs années déjà, et conformément auquel l'investissement public est passé, en termes de PIB, de 0,7% en 2002 à 3,1% en 2008, avec un objectif de 5% dans un avenir proche. Cette croissance est encore plus significative si nous considérons que le PIB de l'année 2008 est 63% plus élevé que celui de l'année 2002. Ce dernier paquet de mesures d'environ 30 milliards de dollars pour le plan de relance de l'économie va dans cette direction.

L.L.D. : Représentant l’Amérique latine au G20 aux côtés de ses homologues brésilien et mexicain, la Présidente Cristina Fernández de Kirchner a salué les décisions adoptées lors du sommet organisé à Londres le 2 avril 2009. Comment évaluez-vous leur portée pour votre pays et l’ensemble de l’Amérique latine alors que l’économie mondiale semble continuer à se détériorer ? Quelle analyse faites-vous du rôle de premier plan confié au FMI, particulièrement critiqué dans votre pays depuis la crise de 2001 ?

S.E.M.L.M.U.S.P. :
L'Argentine, en tant que membre du G20, travaille dans un climat de consensus en ce qui concerne les décisions adoptées par ce forum pour faire face à la crise financière mondiale. La réunion de Londres et les décisions qui ont été prises à cette occasion, montrent bien que le monde s'achemine vers un système multipolaire dans lequel les pays émergents d'Amérique latine, et d'autres régions, ont toute leur place.
S’agissant de l'Argentine en particulier, je voudrais ajouter que nous avons une grande expérience, renforcée par la gestion des crises précédentes, ce qui nous permet de faire face aux difficultés actuelles de façon très différente et beaucoup plus efficace.
Nonobstant, l'Argentine continue de poser quelques réserves vis-à-vis des mécanismes de contrôle et d'audit appliqués par le Fonds monétaire international (FMI) pour accorder des crédits et adoptés par le Consensus de Washington. L'expérience argentine a constitué à son époque un puissant révélateur des failles du FMI dans sa mission d’assistance aux pays, et notamment durant la période qui a immédiatement précédé la forte crise de économique de l'année 2001.

L.L.D. : En concluant des accords avec la Chine et le Brésil, l’Argentine multiplie les initiatives pour réduire l’utilisation du dollar dans ses échanges commerciaux. Quel est l’objectif de ces mesures et comment peuvent-elles être élargies à d’autres pays, notamment dans le cadre de l'Association latino-américaine d'intégration (ALADI) ?

S.E.M.L.M.U.S.P. :
Le Brésil est le principal partenaire commercial de l'Argentine, destination de 19% des exportations totales de notre pays et pays d'origine de 31% de nos importations. Dans ce cadre de référence, le Système de paiement en monnaies locales (SML, Sistema de Pagos en Monedas Locales) établi entre l'Argentine et le Brésil et mis en application conjointement par nos banques centrales respectives en octobre 2008, permet aussi bien aux exportateurs qu'aux importateurs argentins et brésiliens de réaliser leurs transactions dans leurs monnaies respectives sans être obligés de passer par des opérations de change avec le dollar américain.
Cette mesure a pour objectif de développer le commerce extérieur entre les deux pays, en faisant l'économie du coût des transactions aussi bien financier qu'administratif. Sur ses premiers mois de fonctionnement, le SML a enregistré une croissance constante, et il faut signaler l'importante participation des petites et moyennes entreprises.
En ce qui concerne l'Association latino-américaine d'intégration (ALADI), comme moyen de faire face à la chute du commerce régional avant la crise, ce que nous cherchons, c'est à développer et à perfectionner l'Accord de paiements et de crédits réciproques (Convenio de Pagos y Créditos Recíprocos), mécanisme par lequel les banques centrales des pays membres de l'association compensent entre eux les paiements relatifs au commerce inter-régional.
Pour sa part, la Chine représente la deuxième destination des exportations argentines, avec 9% du total exporté. Inversement, 12% du total de nos importations vient de Chine. L'accord trouvé avec la Chine cherche, de la même façon, à augmenter le volume négocié entre les deux pays.

L.L.D. : Piliers du marché commun sud-américain, le Mercosur, dont ils génèrent près de 80% des échanges économiques, l’Argentine et le Brésil ont réaffirmé leur volonté d’approfondir l’intégration régionale à l’issue de la rencontre entre leurs chefs d’Etat à Buenos Aires, le 23 avril 2009. Au travers de quels projets concrets ce processus pourrait-il être davantage intensifié ? Comment les contentieux commerciaux qui se présentent entre les deux pays peuvent-ils être résolus, notamment en ce qui concerne les questions de tarifs douaniers ?

S.E.M.L.M.U.S.P. :
Le processus d’intégration au sein du Mercosur (Marché Commun du Sud) est toujours en pleine phase d'approfondissement. Les relations économiques entre l'Argentine et le Mercosur montrent bien son importance pour notre pays. En 2008, presque un quart des ventes argentines à l'étranger ont eu pour destination le Mercosur, et plus d'un tiers des importations de notre pays dans la même année sont venues du Mercosur.
Un exemple concret et récent de l'approfondissement de l'intégration entre l'Argentine et le Brésil réside dans le travail réalisé par les réseaux provinciaux et municipaux des deux pays. Je veux parler des Mercovilles (Mercociudades), dont l'action consiste à donner une large diffusion aux négociations menées par ce marché commun avec d'autres blocs économiques, la mise à disposition d'informations sur différentes questions, qui peuvent aller des actions intermunicipales jusqu'aux affaires de taxes de douane.
De leur côté, les pays membres continuent d'investir pour améliorer une infrastructure permettant une plus large intégration commerciale à travers les routes et les voies de communication principales. Je me souviens très bien des époques lointaines, précédant le retour de la démocratie dans la région, où les relations entre l'Argentine et le Brésil se plaçaient sous le signe de l'« hypothèse de conflit ». Ce changement d'attitude est maintenant irréversible, et les différends commerciaux pouvant surgir sont toujours résolus autour de la table de négociations, au moyen des mécanismes institutionnels existants.

L.L.D. : L’adhésion prochaine du Venezuela au Mercosur devrait accroître le poids économique du marché commun sud-américain. Au regard du large éventail d’accords bilatéraux conclus en mars 2008 entre les présidents argentin et vénézuélien, quelles sont vos attentes à l’égard de cet élargissement?

S.E.M.L.M.U.S.P. :
L'adhésion du Venezuela au Mercosur apportera des avantages liés à la fourniture de pétrole et de produits pétroliers, ce qui ne manquera pas de renforcer le secteur énergétique et la production industrielle au sein du Mercosur.
Son adhésion permettra aussi l'élargissement du marché à 28 millions de consommateurs dépassant ainsi un ensemble de 260 millions de personnes. Il faut se rappeler que le Venezuela est un pays dont l'infrastructure de production a encore besoin d’importer des produits à valeur ajoutée, et que les pays du Mercosur sont en mesure de répondre à cette demande de manière satisfaisante et compétitive.

L.L.D. : La Présidente Cristina Fernández de Kirchner a conclu à Caracas, en mars 2008, un important accord sur la fourniture de pétrole vénézuélien. Tenant compte d’autres initiatives, comme le projet hydroélectrique Garabi ou la création d’un centre d’enrichissement d’uranium commun avec le Brésil, dans quelle mesure la gestion commune des immenses ressources énergétiques de l’Amérique du Sud pourrait-elle s’affirmer comme le « moteur » de l’intégration régionale ?

S.E.M.L.M.U.S.P. :
La gestion commune des ressources énergétiques constitue, évidemment, un aspect très important de l'intégration régionale. Mais il faut souligner que, traditionnellement, l'Argentine et le Brésil se sont orientés vers différentes sources de production d'énergie. Mon pays vers les hydrocarbures et le Brésil vers l'énergie hydroélectrique. Il faudra donc travailler ensemble pour intégrer ces différences, tout en tenant compte des défis liés au changement climatique et aux engagements internationaux en la matière.

L.L.D. : En créant un Conseil de défense de l’Union des nations sud-américaines (UNASUR) qui s’est réuni pour la première fois le 10 mars 2009, l’Amérique du Sud s’est dotée d’un outil de coopération ambitieux. Quels axes majeurs ont été définis pour renforcer les consultations entre les pays de l’UNASUR face aux questions de sécurité transnationales ?

S.E.M.L.M.U.S.P. :
Le Conseil de défense est d'abord un espace de dialogue et de coordination politique dans le cadre duquel on cherche à identifier un consensus régional qui sera donc présenté auprès d'autres instances. Il représente un moyen pour donner à notre intégration régionale une dimension militaire.
Parmi les principaux objectifs du Conseil, figurent la consolidation de l’Amérique du Sud comme une zone de paix et le renforcement de la coopération militaire en matière de défense. Plus particulièrement, la position argentine vise à établir des mesures de confiance et de coopération au sein du Conseil, traduisant la vocation à l’intégration de mon pays. Dans ce contexte, les consultations entre les pays de l'UNASUR face aux différents enjeux régionaux seront très dynamiques, très orientées vers l'action. Une réunion de nos ministres de la Défense est ainsi prévue tous les six mois.

L.L.D. : Quatre ans après le sommet de Mar del Plata, en Argentine, le sommet des Amériques qui s'est tenu à Trinidad-et-Tobago le 19 avril 2009, a permis de sceller les retrouvailles entre les pays latino-américains et les Etats Unis. Fort de la volonté du Président américain Barak Obama d'amorcer un « nouveau départ », dans quels domaines ces retrouvailles pourraient-elles rapidement se matérialiser ? Comment cette nouvelle donne se traduit-elle plus particulièrement pour les relations entre Buenos Aires et Washington ?

S.E.M.L.M.U.S.P. :
Je crois que cette nouvelle entente entre les Etats-Unis et les pays latino-américains va se matérialiser différemment pour chaque pays concerné, selon les différentes priorités que chacun accorde à ses propres besoins de développement.
En tout cas, ces « retrouvaillles » devraient se révéler plus évidentes, d’une manière immédiate, au sein des organismes internationaux où les Etats-Unis et les pays latino-américains sont présents, tels que l'Organisation des Etats Américains (OEA) et l'ONU. Nous espérons que le gouvernement du Président Obama attachera plus d'importance au multilatéralisme.
Il y a beaucoup de questions sur lesquelles les pays latino-américains ont une position commune, comme la lutte contre la pauvreté, les droits de l'homme, la paix et la sécurité internationales, pour ne citer que quelques exemples. Sur beaucoup de ces sujets, on s'attend à une meilleure possibilité d'entente avec l'administration Obama qu'avec la précédente administration.
Quant aux relations entre Buenos Aires et Washington, nous espérons continuer à développer des liens intéressants de coopération dans tous les domaines, sur la base du dialogue et du respect mutuel entre deux pays souverains ayant des intérêts communs. Je pense qu’à des questions telles que la lutte contre le terrorisme international et la lutte contre la drogue, qui sont des problèmes communs aux Etats-Unis et à l'Argentine, vont dorénavant s'ajouter des questions comme la lutte contre la pauvreté, la mise en place de politiques sociales pour protéger les populations vulnérables, le renforcement du système d'intégration régionale et la réforme de l'architecture financière internationale, entre autres.

L.L.D. : Lors du sommet de Trinidad-et-Tobago, la Présidente Argentine a appelé le Président des Etats-Unis à lever l'embargo américain qui pèse sur Cuba depuis 1962. Quelle appréciation faites-vous des mesures prises par les Etats-Unis en faveur d'une détente de ses relations avec La Havane ? Quel rôle votre pays envisage-t-il de jouer pour contribuer au développement de Cuba, où la Présidente Cristina Fernández de Kirchner a effectué en janvier 2009 la première visite d'un chef d'Etat argentin depuis plus de vingt ans ?

S.E.M.L.M.U.S.P. :
Il faudrait préciser d'abord que, dès 1992, l'Assemblée générale de l'ONU a exhorté les Etats-Unis à lever l'embargo économique qu'ils imposent à Cuba depuis plus de quatre décennies. Cette résolution est approuvée chaque année à New York à la quasi-unanimité. En 2008, elle a été adoptée par 185 voix contre 3, avec deux abstentions.
L'Argentine, comme la grande majorité de la communauté internationale, vote chaque année en faveur de cette résolution au sein de l'ONU. Il n'est donc pas étonnant que la Présidente de l'Argentine ait manifesté au Président Obama, lors du sommet de Trinidad-et-Tobago, son espoir qu’il soit mis un terme à cette situation injuste.
Evidemment, tout geste des Etats-Unis en faveur d'une détente dans leurs relations avec Cuba est bien apprécié par l'Argentine, notamment la levée de certaines restrictions affectant les Cubains résidant aux Etats-Unis et qui depuis avril 2009, peuvent se rendre dans l'île et effectuer des transferts d'argent à leurs familles. Le Président Obama a également élargi la liste des produits humanitaires qui peuvent être envoyés à Cuba, ce dont l'Argentine se réjouit. On espère que la liste va s'élargir progressivement jusqu'à la levée totale de l'embargo.
Quant au rôle de mon pays vis-à-vis de Cuba, nous continuerons à travailler en faveur de tout ce qui peut contribuer à son développement économique et à sa pleine insertion au sein du système régional. Récemment, à l'occasion d'une réunion historique de l'Assemblée générale de l'OEA, qui s'est tenue au Honduras début juin 2009, l'organisation américaine a annulé une résolution datant de 1962 qui excluait Cuba de cette organisation. On en a ainsi fini avec un anachronisme et une injustice. L'Argentine a d’ailleurs participé activement au groupe chargé de rédiger la nouvelle résolution de l'OEA visant à permettre à Cuba d'intégrer le système interaméricain. Pour mon pays, cette réussite a été surtout un triomphe du multilatéralisme, auquel nous attachons la plus grande importance.

L.L.D. : Au cours de la visite officielle qu’elle a effectuée à Paris les 6 et 7 avril 2008, la Présidente Cristina Fernandez de Kirchner a marqué sa volonté de relancer le dynamisme des relations franco-argentines. A l’instar du projet, pour l’instant retardé, de construction d’une ligne de train à grande vitesse dans votre pays, quel rôle les entreprises françaises sont-elles appelées à jouer sur le marché argentin? Dans le sillage de la visite que devrait accomplir prochainement le Président Nicolas Sarkozy en Argentine et considérant votre propre expérience de la France, quel nouvel élan pourrait-il être insufflé à la coopération entre les deux pays?

S.E.M.L.M.U.S.P. :
Les relations bilatérales entre l'Argentine et la France traversent sans aucun doute l'une des meilleures périodes de leur histoire. La coopération scientifique et technique entre nos pays a toujours été un élément primordial de nos relations bilatérales. Plusieurs générations d’Argentins se sont nourries et formées des théories et des avancées scientifiques françaises dans de nombreux domaines : médecine, droit, administration du secteur public, architecture, urbanisme etc.
De la même manière, il faut souligner que les chercheurs d’origine latino-américaine qui travaillent au CNRS sont en majorité argentins et dirigent un grand nombre de projets communs.
Les flux et échanges scientifiques sont très intenses entre les deux pays. Rien qu’en 2007, par exemple, il y a eu 250 missions de chercheurs du CNRS en Argentine, centrées sur les sciences de l’univers (30%), l’ingénierie et la technologie (19%), la physique (15%) et les sciences sociales (12%), mettant en évidence le haut niveau de ressources humaines dont dispose notre pays et expliquant le choix de l’Argentine par la France en tant que destination de cinq programmes internationaux de coopération scientifique (PICS) de grande envergure.
Cette relation bilatérale, comme je l’ai déjà souligné, est particulièrement importante pour l'Argentine. C'est en effet avec la France que l'Argentine a signé, en 1964, son premier accord de coopération scientifique et technique. De plus, permettez-moi de vous raconter comme anecdote que le prestigieux laboratoire de restauration du Musée du Louvre a été créé, en 1931, grâce à la donation faite par M. Fernando Pérez qui était à l'époque l'Ambassadeur de l'Argentine en France.
Du point de vue économique, le volume des échanges au cours de l'année 2008 a été de 1,82 milliard, ce qui représente une hausse de 16,5%, un record historique. Les exportations argentines vers la France ont atteint 867 millions d'euros (+ 45,5%) tandis que les exportations françaises vers l'Argentine ont représenté 951 millions d'euros. Les entreprises françaises font traditionnellement partie du monde entrepreneurial argentin, surtout dans des secteurs importants comme l'industrie automobile, l'agro-industrie, l'industrie pharmaceutique, les services publics et les services financiers. Il y a actuellement une forte présence d'entreprises françaises en Argentine et le niveau des investissements est élevé.
L'Argentine continue d'offrir d'excellentes opportunités d'investissement. Au cours de ces trois dernières années, la rentabilité des entreprises étrangères qui s'y sont installées a été supérieure à 10% de l'investissement d'origine. C'est le niveau le plus élevé de ces quinze dernières années. Les ratios de bénéfices sur ventes des principales entreprises étrangères ont dépassé en moyenne 15% par an durant ces trois dernières années.
Un secteur qui apparaît aujourd'hui comme une très belle opportunité pour les investissements français est celui des technologies de l'information où la production de logiciels a sensiblement augmenté. L'Argentine offre par ailleurs d'importants avantages dans les secteurs viticole, minier, forestier, de la biotechnologie, des biocombustibles, de l'oliviculture, des aliments et boissons, des services professionnels et du tourisme. Tous ces secteurs ont connu ces dernières années un développement considérable et offrent d’importants potentiels de croissance pour l’avenir. De plus, d'importants travaux d'infrastructure sont prévus dans un avenir proche, concernant les chemins de fer, le métro, les routes et les autoroutes, les ports. L'Argentine envisage également la réalisation de travaux pour augmenter sa capacité énergétique.
Enfin, en ce qui concerne l'installation d'entreprises étrangères nouvelles, je voudrais souligner que l'Argentine peut compter sur des ressources humaines hautement qualifiées, ce qui représente un atout supplémentaire pour les entreprises à la recherche d'une force de travail compétitive. C'est pourquoi nous espérons que les entreprises françaises continueront d'investir en Argentine, que ce soit au moyen d'investissements directs, par le biais de filiales, ou par le recours à des joint-ventures, avec des partenaires locaux. J'espère que cela se fera particulièrement dans les secteurs où la France dispose d'un savoir-faire d'excellence.

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