Samedi 25 Mai 2019  
 

N°58 - Deuxième trimestre 2002

La lettre diplometque
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     Israël
 
  S.E.M. / H.E. Elie BARNAVI

Israël demeure confiant dans l’avenir

Malgré la crise et la persistance des affrontements israélo-palestiniens, les autorités israéliennes restent confiantes dans l'avenir. S.E.M. Elie Barnavi, Ambassadeur d'Israël en France, nous fait part de ses inquiétudes et de ses espoirs quant à une solution viable. Il souligne également les atouts de son pays en faveur d'un développement durable dans la région.


Ce questionnaire m’ayant été soumis avant l’incendie qui a ravagé notre ambassade, que l’on me permette de saisir l’occasion pour exprimer ma vive gratitude à Monsieur le Ministre des Affaires étrangères, à nos amis du Quai, ainsi qu’aux nombreux ambassadeurs, chefs de mission et attachés d’ambassade, certains représentants de pays avec lesquels nous entretenons des relations plutôt fraîches, qui ont tenu à nous faire part de leurs sentiments de solidarité et de sympathie. Ces marques d’amitié, qui sont allées au-delà de ce qu’exige la simple courtoisie diplomatique, nous ont été précieuses. A tous, un grand merci.


La Lettre Diplomatique : Monsieur l’Ambassadeur, la liberté retrouvée de Yasser Arafat, l’accord sur l’évacuation de l’église de la Nativité à Bethléem, la visite d’Ariel Sharon à Washington et la perspective d’une conférence internationale sur le Proche-Orient au début de l’été ont-ils sensiblement dénoué la situation israélo-palestinienne ?

S.E.M. Elie Barnavi :
Difficile à dire. Certes, la spirale de violence qui s’est emballée au début du printemps - la vague d’attentats-suicide sans précédent qui a culminé avec le massacre de Pâque et l’opération “Rempart” qui s’en est suivie - semble avoir créé les conditions psychologiques d’un traitement de choc de la crise proche-orientale. Dans notre région comme ailleurs, c’est souvent à chaud que l’on traite le plus efficacement les accès de fièvre. Le plan de paix saoudien, le projet d’une conférence régionale ou internationale, mais aussi une plus forte implication américaine dans la crise, sont nés de la peur de perdre complètement le contrôle de la situation. En même temps, trop d’inconnues subsistent : la définition de la stratégie américaine, l’évolution des rapports de force politiques au sein des camps en présence, et, surtout, la capacité de l’Autorité palestinienne à juguler la violence. Les risques de rechute sont toujours là.

L.L.D. : Après une décennie d’un processus de paix laborieux, les données du problème sont-elles toujours les mêmes ? Peut-on encore envisager une solution pacifique à la question du partage de la terre entre les peuples israélien et palestinien ?

S.E.M.E.B. :
Tout a changé et rien a changé. Tout a changé, car les morts, les invectives et la diabolisation de l’adversaire ont tué la confiance et cet “esprit d’Oslo” qui était le meilleur d’un “processus de paix” par ailleurs fort mal engagé. Rien n’a changé, car, comme vous dites, “les données du problème” sont toujours les mêmes. Il y a et il y aura des Israéliens et des Palestiniens entassés sur un bout de territoire grand comme la Lorraine et qui sont condamnés à trouver un modus vivendi acceptable, faute de quoi ils n’ont simplement pas d’avenir. C’est dire que la question n’est pas de savoir si une solution pacifique peut encore être trouvée, mais de quoi elle sera faite et quand elle interviendra enfin.

L.L.D. : Alors qu’Ariel Sharon vient d’essuyer un sérieux revers au sein même du Likoud au sujet de la création d’un Etat palestinien, celui-ci avait déjà, lors de son investiture le 6 février 2001, évoqué “des concessions douloureuses”. Quelle est la nature de ces mesures courageuses et radicales” qui favoriseraient le retour à la paix dans la région ? Quels préalables exigez-vous des Palestiniens en contre-partie ?

S.E.M.E.B. :
Ariel Sharon vient d’essuyer un revers au sein du Comité central du Likoud, non au sein du Likoud. En effet, un sondage effectué tout de suite après parmi les électeurs du Likoud le donnait largement gagnant. mais le problème dépasse la question personnelle.
L’équation proche-orientale étant ce qu’elle est, tout gouvernement israélien doit se préparer à des “concessions douloureuses”. De quoi seront-elle faites, ces concessions douloureuses ? C’est à la négociation de le déterminer. Encore faut-il qu’elle s’enclenche derechef, dans la foulée de près de deux années de violence absurde qui nous ont ramenés à l’âge de pierre de nos relations avec les Palestiniens. Pour cela, un seul préalable : l’arrêt de cette violence, sans quoi aucune négociation sérieuse ne sera possible, pour la bonne raison que l’opinion israélienne ne le permettra pas.

L.L.D. : La dimension religieuse des affrontements rend-elle, selon vous, le conflit israélo-palestinien quasi-insoluble ? La cohabitation des Israéliens et des Palestiniens, même en cas d’accord politique, ne sera-t-elle pas pendant longtemps que de pure forme ?

S.E.M.E.B. :
Quasi insoluble, non, très difficile, oui, sans aucun doute. Les accords d’Oslo ont créé l’illusion d’une déconfessionnalisation du conflit, ramené, croyions-nous, à sa dimension nationale et territoriale. La place centrale prise dans le conflit par la question de Jérusalem et le nom même de cette deuxième insurrection palestinienne (l’Intifada al-Aksa), la montée en force des mouvements intégristes au sein de la société palestinienne et la substitution de thèmes antijuifs à la vieille réthorique anti-israélienne dans le discours arabe, tout comme, en Israël, un certain sentiment de revanche dans le camp néosioniste messianique contre les “illusions d’Oslo”, tout cela va manifestement à l’encontre d’une approche rationnelle du conflit et de moyens d’y mettre fin. Pour autant, il ne faut pas désespérer de la cohabitation future des deux peuples. Même si elle est au début “de pure forme”, comme vous dites, ce n’est pas grave. C’est sur des accords politiques de pure forme, sur une paix “froide”, que nous serons en mesure de bâtir plus tard, et plus vite qu’on y pense, des rapports de bon voisinage, puis de fraternité.

L.L.D. : Comment jugez-vous l’attitude de la communauté internationale dans ce conflit ? A vos yeux, une implication plus large des Etats-Unis dans le conflit est-elle indispensable à tout réglement de la situation ? Quels ont été les apports concrets de la visite de Colin Powell en avril dernier ?

S.E.M.E.B. :
Instruire le procès de la communauté internationale dans ce conflit serait à la fois facile et inutile. Après tout, c’est à nous, peuples de la région, qu’il appartient de décider de notre sort. Cela dit, une implication forte de la communauté internationale, américaines en tête, me paraît aujourd’hui indispensable. A cet égard, la mise en place du “quatuor” Etats-Unis, Union européenne, Nations unies, Russie, me paraît une excellente chose.

L.L.D. : Tout en maintenant leur soutien au gouvernement israélien, les Etats-Unis avaient, il y a peu encore, avant d’émettre quelques réserves, rappelé que Yasser Arafat était à leurs yeux le seul partenaire fiable pour faire la paix. Quelle est votre position à ce sujet ? Quelle est, selon vous, sa part de responsabilité dans les événements ? Comment voyez-vous l’après-Arafat qui fait déjà, y compris du côté palestinien et arabe, l’objet de nombreuses supputations ?

S.E.M.E.B. :
Partenaire fiable, certainement pas. Les responsables américains, et d’abord le Président Bush, ne cessent de dire leur déception face à un homme qui a trahi avec une telle constance les intérêts de son propre peuple. C’est d’ailleurs ce qu’admettent en privé les Européens, comme, de plus en plus ouvertement, certains des dirigeants les plus en vue de l’Autorité palestinienne. C’est au premier chef lui, avec ses erreurs d’analyse, sa mauvaise lecture des événements, des rapports de forces et des ressorts profonds de la société israélienne, son incapacité, au propre comme au figuré, à enlever l’uniforme de chef de guerre pour endosser le costume d’homme d’Etat, qui nous a conduits dans l’impasse où nous nous trouvons. Si Yasser Arafat paraît incontournable, c’est parce qu’il dispose d’une légitimité historique qu’il est le seul à avoir, mais aussi parce que le type de pouvoir qu’il a mis en place rend aléatoire toute transition pacifique et efficace. Bref, ceux qui s’opposent à sa mise à l’écart craignent avant tout, non sans raison, le chaos qui risque de lui succéder. Cela dit, la lutte pour l’après-Arafat a déjà bel et bien commencé, c’est même l’un des ressorts cachés de cette seconde Intifada. Israël n’a pas à se mêler de cette lutte-là. C’est aux Palestiniens et à eux seuls de désigner leurs dirigeants. Nous sommes en revanche en droit d’exiger de ces dirigeants qu’ils contrôlent leurs troupes et abandonnent le terrorisme comme moyen de parvenir à leurs fins. La reprise de négociations sérieuses est, on l’a vu, à ce prix.

L.L.D. : Selon les positions américaines, aucun accord de paix ne pourra être négocié sans le réglement du sort des implantations juives sur les territoires de l’Autorité palestinienne et sur les territoires occupés. Quel est votre point de vue ?

S.E.M.E.B. :
Le sort des implantations juives est, bien entendu, lié au tracé définitif des frontières entre l’Etat d’Israël et l’Etat palestinien à venir. C’est l’objet même des négociations entre les deux entités.

L.L.D. : Les relations entre l’Union européenne et Israël s’articulent autour d’un accord d’association. Quelles ont été les motivations du camouflet infligé à l’Union européenne et à sa mission pour apaiser la situation au Proche-Orient ? Quelle est votre réaction face à une possible suspension de l’accord proposée par la présidence espagnole ?

S.E.M.E.B. :
L’intention n’était certainement pas d’infliger un camouflet à l’Union européenne, même si l’interdiction faite à ses représentants de rendre visite à Yasser Arafat a pu être interprétée de cette manière. En fait, il s’agissait de maintenir l’isolement du président de l’Autorité palestinienne, isolement considéré par le gouvernement d’Israël comme une pièce centrale du dispositif de lutte contre la vague d’attentats terroristes qui ont ensanglanté le pays. Aussi bien, le seul à avoir été autorisé de rendre visite au raïs a été le général Zinni, dont la tâche était précisément de mettre en place un cessez-le-feu. Tout cela ne devrait avoir aucune incidence sur l’accord d’association qui lie Israël à l’Union européenne. Cet accord est bilatéral et a fonctionné jusqu’à maintenant à la satisfaction et au bénéfice mutuel des deux parties. S’en servir comme un moyen de pression sur Israël serait à la fois moralement discutable et politiquement contre-productif. Il y a d’ailleurs peu de chances qu’une suspension de cet accord, qui requiert l’agrément unanime des Quinze, devienne effective. La France, notamment, a toujours exprimé de fortes réserves à ce sujet.

L.L.D. : Pensez-vous que l’envoi d’une force internationale au Proche-Orient, relancée le 12 avril dernier par le Secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, soit susceptible de faire avancer les choses ?

S.E.M.E.B. :
Cela dépend des conditions dans lesquelles elle interviendrait. Le cas de l’imposition de vive force (Irak, Bosnie) étant de toute évidence et heureusement exclu, au Proche-Orient comme ailleurs l’expérience prouve que des troupes internationales ne sont efficaces que si elles suivent ou accompagnent un accord entre les parties et sanctionnent une volonté commune de parvenir à un modus vivendi. C’est le cas dans le Sinaï par exemple. Sinon elles sont au mieux inefficaces – qui se souvient qu’il y a une petite force internationale d’observateurs à Hébron ? -, au pire nuisibles.

L.L.D. : Que vous inspirent les propositions du Prince héritier saoudien Abdallah ? En quoi diffèrent-elles du plan de paix conçu par Shimon Pérès avec le président du Conseil législatif palestinien, Abou Alaa ?

S.E.M.E.B. :
Il faut saluer l’initiative saoudienne, qui dessine les grandes lignes d’un accord global entre Israël et l’ensemble du monde arabe. C’est là son mérite, et c’est là son originalité. Il pourrait constituer ainsi le cadre diplomatique d’accords particuliers, comme celui esquissé par le plan Pérès-Abou Alaa. En effet, l’une des faiblesses de la négociation marathon de Camp David a été précisément l’absence de soutien du monde arabe, notamment de l’Arabie Saoudite. Le plan du prince Abdallah lève cette hypothèque. Cela dit, il faut garder à l’esprit le fait qu’il s’agit d’un cadre vide ; il reste à peindre le tableau.

L.L.D. : Que traduit, selon vous, le phénomène contestataire des Arabes israéliens, soit environ 20% de la population, mis en lumière par l’Intifada El Aqsa ?

S.E.M.E.B. :
La radicalisation croissante de cette population. La situation des Arabes israéliens n’a jamais été confortable, pris qu’ils ont toujours été entre leur statut de citoyens d’un Etat dans lequel ils ne se reconnaissent pas vraiment et leur appartenance à un peuple en guerre contre l’Etat dont ils sont citoyens. Au fil des ans, dans la mesure même où ils se sont “ israélisés ”, ils ont connu un phénomène parallèle et paradoxal en apparence seulement de palestinisation. Les maladresses de l’Etat et l’irresponsabilité d’une classe politique arabe qui s’adonne à la surenchère aidant, ces contradictions sont allées s’exacerbant, jusqu’à prendre à la lumière de l’Intifada des mosquées un tournant proprement inquiétant. Cela dit, seule une infime minorité affirme vouloir changer de nationalité pour devenir citoyens d’un Etat palestinien. La paix advenant, cette population devrait pouvoir s’intégrer mieux dans l’Etat d’Israël, tout en servant de pont avec leurs frères d’outre-frontières.

L.L.D. : Compte tenu des liens privilégiés qui unissent la France à la Syrie et au Liban, mais aussi à Israël, comment souhaiteriez-vous voir évoluer le rôle de la France dans la région ?

S.E.M.E.B. :
La France dispose d’atouts non négligeables au Proche-Orient, c’est un fait. Ces atouts sont historiques, culturels, économiques, moraux. Ce qui l’empêche de jouer pleinement son rôle est surtout, je pense, le vieux malentendu dont souffrent les relations franco-israéliennes, par ailleurs excellentes. Affaire de style, de psychologie, que sais-je… Il est urgent de dépasser cet écueil, de dépassionner nos relations, de les normaliser en quelque sorte. Car la France peut et doit être le moteur d’une double évolution, dont j’aperçois d’ailleurs les prémisses : d’une part, la constitution d’une position européenne unique, non seulement sur les grands principes, mais aussi sur les moyens d’y parvenir ; de l’autre, la mise en place d’un front diplomatique euro-américain, seul susceptible de créer la masse critique nécessaire pour peser de manière décisive sur les affaires du Proche-Orient.

L.L.D. : Quelles sont les perspectives d’avenir des relations bilatérales franco-israéliennes ? En quoi les actes d’antisémitisme et de violence ayant eu lieu en France peuvent-ils avoir des conséquences sur l’évolution de ces relations ?

S.E.M.E.B. :
Nos relations sont ainsi faites que, la presse aidant, on connaît bien mieux ce qui ne marche pas que ce qui marche. Or, je l’ai dit, les relations bilatérales n’ont jamais été meilleures, et cela quel que soit le champ d’action envisagé : le culturel, le commercial, voire le sécuritaire. En France comme en Israël, nous souffrons d’un problème grave de communication. La vague de violence antisémite qui a balayé ce pays est-elle susceptible d’affecter durablement l’avenir de nos relations ? Franchement, je ne le pense pas.
D’abord, parce qu’elle est socialement et culturellement circonscrite. Ensuite, parce que la classe politique française et les faiseurs d’opinion de ce pays ont fini par comprendre la spécificité du phénomène et ce qu’il a de destructeur pour la République. Enfin, parce qu’en Israël, après un moment d’affolement, on a compris aussi que nous ne sommes pas en présence d’une résurgence des vieux démons antisémites – autrement dit, que la France du XXIe siècle n’est pas la Pologne de l’entre-deux guerres. Avec l’apaisement de la violence là-bas et une politique de répression et de prévention plus énergique ici, cela devrait pouvoir s’arranger.                   

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