Samedi 25 Mai 2019  
 

N°58 - Deuxième trimestre 2002

La lettre diplometque
  Editorial
Russie
Maroc
Bulgarie
  La politique européenne de sécurité et de défense et la République de Bulgarie
 
  Ilôt de stabilité balkanique, la Bulgarie s'impose comme plaque tournante vers l'Eurasie
 
  Energie : la Bulgarie indispensable dans les Balkans
 
Ouzbékistan
Israël
Défense, armement et sécurité
 
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     Bulgarie
 
  S.E.M. / H.E. Marin Raykov

La Bulgarie sur la voie du redressement économique et de l'adhésion à l'Union européenne

Il y a un an, le gouvernement de Siméon II issu des élections législatives du 17 juin 2001 relançait la Bulgarie sur le chemin des réformes permettant à celle-ci d'offrir de réels atouts aux investisseurs étrangers. S.E.M. Marin Raykov, Ambassadeur de la Bulgarie en France, rappelle les grandes priorités de son pays en vue de l'adhésion à l'Union européenne et souligne le rôle de celui-ci dans la perspective de stabilisation de la région des Balkans.

La Lettre Diplomatique : Monsieur l'Ambassadeur, le paysage politique de la Bulgarie a connu au cours des 12 derniers mois de grands changements avec le succès du mouvement de Siméon II aux législatives de juin 2001 qui fait de lui le Premier ministre de la Bulgarie et l'arrivée au pouvoir de Gueorgui Parvanov en janvier 2002 à la faveur des élections présidentielles. Quel premier bilan pouvez-vous tirer de ces changements ?

S.E.M. Marin Raykov : Il n'appartient pas à un Ambassadeur de faire le bilan de l'activité du Président et du Gouvernement, surtout sur le plan intérieur. A mon avis, on devrait souligner que dans le domaine de la politique étrangère le nouveau Président Guéorgui Parvanov, ainsi que le cabinet du Premier ministre Siméon de Saxe-Cobourg Gotha, ont proclamé une ligne de continuité par rapport aux priorités clé de la politique extérieure du pays, soutenues par le précédent Gouvernement de la droite en Bulgarie - l'accélération de l'adhésion à part entière à l'UE et à l'OTAN. Ces priorités sont à la base du Programme du Gouvernement actuel, parce qu'elles sont partagées par toutes les forces politiques au Parlement, et bénéficient d'un large soutien de l'opinion publique.
 
L.L.D. : Quelles sont, alors que la Bulgarie est officiellement candidate à l'intégration aux institutions euro-atlantiques, les orientations, les objectifs et les priorités de la diplomatie bulgare ? Membre non-permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU pour la période 2002-2003, quelle contribution supplémentaire la Bulgarie entend-elle apporter au processus de réformes de l'ONU, ainsi qu'au renforcement de la paix et de la sécurité, notamment au Proche-Orient ?

S.E.M.M.R. : La réalisation des deux priorités principales de la politique extérieure est une condition préalable importante pour la participation de la Bulgarie à la globalisation et correspond entièrement aux intérêts nationaux du pays. Nous sommes dans une étape de négociations actives d'adhésion à l'UE. Jusqu'à présent (courant juin 2002) nous avons ouvert tous les chapitres de négociations, et nous en avons clôturé vingt. L'objectif est d'accélérer le processus de négociations pour les finaliser jusqu'à fin 2003, ce qui nous permettrait, après la procédure de ratification respective, de devenir membre à part entière de l'Union. Nous considérons que ces délais sont tout à fait réalistes, et cet avis est partagé par nos principaux partenaires de l'UE et de la Commission européenne. Fin avril dernier le Commissaire à l'élargissement Günter Verheugen a appuyé sur le fait que le progrès de la Bulgarie dans le processus de négociations est vraiment considérable, et l'a qualifié de "record particulier". Lors de sa visite en Bulgarie au mois de mai il a de nouveau souligné : "Les négociations ont commencé il y a deux ans et je n'aurais jamais cru que pour un tel délai on puisse ouvrir tous les chapitres - c'est un cas unique dans l'histoire de l'élargissement". Avec le rythme actuel des négociations nous espérons obtenir, lors du Sommet de l'UE à Copenhague à la fin de cette année, une nouvelle "feuille de route" fixant une date négociée d'adhésion.
En octobre 2001 la Bulgarie a été élue membre non-permanent du Conseil de Sécurité des Nations unies pour la période janvier 2002 - décembre 2003. Cette élection est un "vote de confiance" de la part de la communauté internationale. Nous considérons notre mandat au Conseil de sécurité des Nations unies comme une prise de responsabilité supplémentaire dans le contexte des efforts de la communauté internationale de défendre et renforcer la paix et la sécurité. Bien entendu, la lutte contre le terrorisme international est une priorité essentielle de la Bulgarie en tant que membre non-permanent du Conseil de Sécurité des Nations unies, dans le contexte des nouvelles menaces après le 11 septembre 2001. Aussi, nous félicitons-nous de la création d'un Comité contre le terrorisme, et nous nous emploierons à participer activement dans ses travaux.
La diplomatie bulgare, tant dans le cadre de l'ONU que sur une base bilatérale, défend une position active sur la crise au Proche-Orient et contribue, dans la mesure de ses possibilités, à la recherche d'une solution. Nous soutenons les efforts de la mise en place de préparatifs pour la tenue d'une conférence internationale sur les questions de la sécurité, de l'économie, ainsi que des questions d'ordre humanitaire. Nos bonnes relations avec Israël et les pays arabes sont une condition préalable pour réussir les efforts dans cette direction.
Au sujet de la réforme de l'ONU la partie bulgare s'emploiera à ce que celle-ci prenne en compte au maximum les intérêts de tous les pays intéressés, pour que le travail de l'organisation internationale gagne en promptitude et en efficacité. Au cours de notre mandat au Conseil de Sécurité des Nations unies nous nous emploierons à ce qu'une plus grande transparence soit conférée au travail du Conseil de Sécurité et à ce que le retour d'information avec l'Assemblée Générale de l'ONU devienne plus effectif.

L.L.D. : Le Premier ministre bulgare Monsieur Siméon de Saxe-Cobourg Gotha vient d'effectuer une visite aux Etats-Unis. Etes-vous optimiste quant à l'adhésion de la Bulgarie à l'OTAN dès le prochain Sommet de l'Alliance qui devrait avoir lieu à l'automne ? En cas de refus, quelles conséquences seront à craindre ?

S.E.M.M.R. : Pour les derniers Gouvernements bulgares les visites aux Etats-Unis sont d'une signification symbolique compte tenu de notre désir de rejoindre plus rapidement l'espace géopolitique vers lequel nous poussent les valeurs de la société bulgare. Tout ce qui a été effectué au cours des cinq dernières années concernant la candidature de la Bulgarie d'adhésion à l'OTAN a obtenu la reconnaissance du Président américain, du Secrétaire d'Etat Colin Powell et de nombre de membres influents du Congrès américain, qui ont apprécié positivement les réformes en Bulgarie, et avant tout l'ensemble de ses préparatifs d'adhésion, en exprimant la conviction que notre pays doit être admis au sein de l'Alliance.
Dans ce contexte l'invitation d'adhésion à l'Alliance lors du Sommet de Prague en novembre prochain représente une priorité immédiate. Nous sommes convaincus qu'un élargissement de l'OTAN - "de la mer Baltique à la mer Noire" - à travers l'engagement de nouveaux pays ayant prouvé leur détermination et leur capacité d'assumer des responsabilités au nom de la paix et de la stabilité dans les Balkans, dont la Bulgarie, est dans l'intérêt de l'ensemble de l'Europe. Les intérêts euro-atlantiques de la Bulgarie coïncident avec les intérêts stratégiques de l'OTAN qui renforce son flanc Sud et obtient de nouveaux alliés fiables dans la lutte contre le terrorisme international. C'est encore plus vrai à la suite des événements du 11 septembre dernier - période, durant laquelle la Bulgarie a prouvé qu'elle pouvait de nouveau agir comme allié effectif de l'OTAN. Un tel allié, nous l'étions déjà du temps de la crise au Kosovo, lorsque nous avons joué un rôle essentiel en devenant nous-mêmes une partie intégrante de la solution du problème. C'est dans ces mêmes intentions que nous augmentons notre participation à la KFOR et à la SFOR, afin d'aider l'OTAN à libérer des ressources pour la lutte contre le terrorisme.
En outre, l'élargissement vers le Sud conférera à l'OTAN des avantages géostratégiques incontestables, en édifiant un pont entre la Grèce et la Turquie et l'Europe Centrale, ce qui rendra les frontières de l'Europe plus sûres.

L.L.D. : Fin mai dernier le Pape Jean-Paul II a effectué une visite en Bulgarie et par la suite on a reparlé de votre pays comme d'une porte de l'Europe vers l'Orient. Quelle est la signification, spirituelle et politique, que l'on attribue à cette visite en Bulgarie, tenant compte que plus de 84% de la population est orthodoxe ?

S.E.M.M.R. : C'est en effet une première visite du Saint-Père dans notre pays. A Sofia il a participé aux célébrations de la Journée des Saints frères Cyrille et Méthode qui font partie de la contribution bulgare à la civilisation européenne. Leur œuvre est non seulement spirituelle, car ses dimensions au cours des siècles suivants vont au-delà de l'évangélisation des Slaves, de la création de l'écriture slave, de la littérature bulgare, de la première université en Europe - celle d'Ohrid, etc. Ils expriment également l'aspiration à l'unité européenne et ce n'est pas un hasard si Saint-Cyrille et Saint-Méthode ont été consacrés par le Pape Jean-Paul II patrons de l'Europe, de paire avec Saint Benoît.
Le Saint-Père a définitivement levé - sur le plan moral et  politique - les soupçons d'une participation bulgare à l'attentat perpétré contre lui il y a plus de 20 ans. Cette page de l'histoire de la guerre froide, considérée par les Bulgares comme une accusation inique, a été définitivement tournée. Ainsi les efforts déployés par nombre de gouvernements bulgares d'effacer cette tache de l'image de la Bulgarie ont été couronnés de succès.

L.L.D. : Pouvez-vous décrire la stratégie de la Bulgarie, située au cœur de la péninsule balkanique, abritant une minorité musulmane sur son territoire, dans cette région marquée depuis 1989 par l'instabilité politique ? Comment expliquez-vous que la Bulgarie ait su éviter l'écueil des conflits ethniques dans lequel sont tombés certains de ses voisins, surtout ceux à l'ouest de ses frontières ?

S.E.M.M.R. : L'intégration aux structures européennes est la manière la plus sûre et la plus durable de prévenir de futurs conflits dans les Balkans. Pour ce qui est de savoir comment notre pays a su échapper aux conflits interethniques dans lesquels se sont retrouvés certains de nos voisins, la réponse réside dans les traditions historiques, culturelles et spirituelles du peuple bulgare qui depuis des siècles s'attache aux principes de la cohabitation, de la tolérance ethnique et religieuse. Pendant les années de guerre en ex-Yougoslavie notre pays a été maintes fois désigné comme un modèle ethnique réussi. Revenant en arrière dans l'histoire, je voudrais évoquer le sauvetage des Juifs bulgares des camps de la mort au cours de la Deuxième guerre mondiale, un fait historique dont peu de peuples pourraient se réclamer. Malgré l'existence de différentes communautés minoritaires dans le pays, par tradition il n'existe en Bulgarie aucune tension d'ordre ethnique ou religieux. Les musulmans bulgares ont une large représentation au Parlement, ainsi que deux ministres au sein du Gouvernement.
Bien entendu, le plus important c'est que conformément à ces traditions de tolérance, après 1997, des actions essentielles ont été entreprises de côté bulgare pour éviter que la Bulgarie soit entraînée dans le conflit faisant rage en ex-Yougoslavie. A la veille de la crise du Kosovo ont été résolus d'essentiels problèmes pendants de la politique étrangère régionale bulgare : un litige frontalier avec la Turquie, vieux de cinquante ans, a été réglé ; l'ouverture vers la Grèce a connu un fort élan; le soi-disant "différend linguistique" dans les rapports entre la Bulgarie et la République de Macédoine a été effacé du vocabulaire politique; le problème de la minorité bulgare en Yougoslavie a été cerné pour ne pas générer un nouveau foyer de tension; la Convention-cadre pour la défense des minorités nationales a été signée et ratifiée, etc. Grâce à de tels actes la Bulgarie a, en fait, dressé d'une manière planifiée et efficace une barrière contre les impulsions venant de la région de crise pour empêcher d'être entraînée dans le conflit et pour se transformer en partie irrévocable de la solution du problème. Dans cette période nous avons su éviter l'effet domino sur lequel comptaient les facteurs destructifs dans les Balkans dans leur désir d'étendre le foyer de tension sur toute la région. Mon pays s'est retrouvé dans le rôle de garant de la stabilité régionale et européenne. La politique extérieure a été située entièrement dans le contexte du système des valeurs européennes et le début des négociations d'adhésion de la Bulgarie à l'UE en 2000 en a été la reconnaissance. Mais à part le rôle du pays dans la crise du Kosovo, on peut citer les efforts bulgares pour l'extinction du foyer de confrontation interethnique en République de Macédoine. Aujourd'hui, s'inscrivant dans la même logique de politique étrangère, la Bulgarie est un allié important de la communauté internationale dans la lutte contre le terrorisme international.

L.L.D. : En quoi la signature par 7 pays (Albanie, Bulgarie, Grèce, Italie, Macédoine, Roumanie et Turquie) d'un protocole d'accord sur la création d'une force multinationale de maintien de la paix en Europe du Sud-Est, par lequel Plovdiv est désigné comme premier centre d'état-major de cette force, relève-t-elle de la volonté des autorités bulgares d'être un pôle de stabilité régionale ?

S.E.M.M.R. : L'accord pour la création de Forces de paix internationales en Europe du Sud-Est a été signé dès le mois de septembre 1998 lors de la Troisième réunion des Ministres de la défense des pays d'Europe du Sud-Est. Cet accord reflète incontestablement la volonté, non seulement de la Bulgarie, mais aussi des autres Etats de la région de coopérer dans le domaine de la défense et de la sécurité. Nous considérons l'existence de ces forces comme un moyen important d'intégration aux structures de sécurité euroatlantiques, d'autant plus que trois des pays participants sont membres de l'OTAN. La brigade multinationale "Europe du Sud-Est" (SEEBRIG) accomplira des tâches de maintien de la paix, ainsi que des opérations humanitaires, et ce sera dans le cadre d'opérations mandatées par l'ONU ou l'OSCE qu'on aura recours à elle. Ceci est la preuve que notre région peut être non seulement consommateur, mais aussi générateur de sécurité. Le 2 mai 2001 à l'ONU SEEBRIG a été déclarée opérationnellement prête à participer à des opérations. Le fait que la Bulgarie, et plus particulièrement la ville de Plovdiv, ait été désignée comme siège de l'Etat-Major de la brigade, est une reconnaissance formelle du rôle stabilisateur joué par mon pays en Europe du Sud-Est.

L.L.D. : Pensez-vous que la signature du protocole d'accord du Corridor paneuropéen du Danube le 27 février 2002 soit de nature à favoriser tout à la fois le prochain élargissement de l'Union européenne, le processus de stabilisation des Balkans, ainsi que le renforcement de la coopération entre l'Union et l'Europe orientale et les nouveaux Etats indépendants ?

S.E.M.M.R. : La Bulgarie situe le développement de l'infrastructure dans notre région dans le contexte de la perspective européenne globale. Le rattachement des projets régionaux aux projets européens découle du lien entre la sécurité dans les Balkans et celle de l'Europe entière.
Pour nous, l'objectif politique - l'instauration d'une paix durable dans la région dans les conditions d'un parfait respect des droits de l'homme, est étroitement lié à l'objectif économique : le redressement du niveau de vie de nos peuples. On ne peut accéder à une sécurité réelle que par l'adhésion de tous les pays de la région à l'intégration du continent. Se joindre aux structures européennes est d'ailleurs impossible sans une percée dans le développement économique de nos pays. Voilà pourquoi nous attachons une importance cruciale au développement de l'infrastructure des transports, des télécommunications et de l'énergie en Europe du Sud-Est.
Le travail accompli sur quelques projets transfrontaliers dans la région, comme par exemple le Corridor Paneuropéen numéro 7 (le fleuve du Danube), est d'une importance exclusive pour le développement des Balkans. Pour ce qui nous concerne, la navigation entravée sur le Danube, suite à la guerre en Yougoslavie, a eu de lourdes conséquences sur les communications avec nos partenaires européens traditionnels. Aujourd'hui le plus gros investisseur dans ce type de projets est la BERD, en même temps que l'Union européenne et les autres institutions internationales qui continueront à jouer un rôle important pour les années à venir.

L.L.D. : Membre de la Zone de Coopération de la Mer Noire, quelle est la contribution de la Bulgarie à cet organisme ?

S.E.M.M.R. : Tout ce qui vient d'être dit concernant le développement de l'infrastructure concerne également nos intérêts dans la région du bassin de la mer Noire. Nous sommes convaincus que la Coopération économique de la mer Noire (CEMN) peut jouer, et jouera un rôle essentiel pour le rattachement progressif de la région de la mer Noire à l'espace économique européen. Dans cette perspective la Bulgarie représente un pont, et ce n'est pas un hasard si elle participe à l'élaboration d'une série de programmes ambitieux de la CEMN : pour le ralliement des systèmes électriques des pays membres, pour le développement de la zone de transport de la mer Noire comme maillon du réseau de transport européen, pour faciliter le partenariat entre les petites et les moyennes entreprises, pour la création progressive d'une zone de libre échange dans la région de la mer Noire, etc.
La CEMN peut se développer avec succès uniquement en corrélation avec les processus d'intégration européenne, en se concentrant avant tout sur la réalisation de programmes économiques et de projets d'infrastructure d'importance régionale et européenne. Bien entendu, la coopération régionale ne pourrait se substituer à la voie directe vers l'UE que nous avons choisie.

L.L.D. : Concernant la question macédonienne, quelle politique la Bulgarie mène-t-elle ? En quels termes le dialogue avec vos voisins grec et serbe pourra-t-il être développé ?

S.E.M.M.R. : Il n'existe pas de questions ouvertes entre la Bulgarie et la R. de Macédoine. Nos rapports depuis quelques années se situent dans un contexte d'amitié qui n'est que naturelle. La Bulgarie est le premier pays à avoir reconnu la République de Macédoine. Une déclaration conjointe a été signée en 1999 par les dirigeants des deux Gouvernements, grâce à laquelle a été résolu le soi-disant différend linguistique, qui jusqu'alors était une source de polémique artificielle dans les relations bilatérales. Dorénavant, ce qui nous a unis dans le passé ne devrait plus nous opposer dans le présent. La logique de l'histoire l'interdit, aussi bien que l'orientation européenne de nos deux Etats. La Bulgarie était naturellement fort préoccupée du conflit dans cette république voisine. Ce problème concernait directement la sauvegarde de la stabilité régionale. Dès le début nous avons soutenu fermement les efforts de la communauté internationale et des forces politiques responsables en République de Macédoine pour trouver une solution politique à la crise et garantir l'intégrité et la stabilité de la République de Macédoine.
Je suis convaincu que les importants projets communs que nous avons à réaliser ensemble - je mentionnerai ici la coopération dans le cadre du Corridor numéro 8, auront un effet stimulant pour notre travail conjoint visant l'amélioration du climat politique et économique dans la région.
Quant au développement du dialogue avec la Grèce, il est d'une importance prioritaire dans le contexte de nos objectifs d'adhésion à l'UE et à l'OTAN. Athènes est un partenaire stratégique pour nous, avec lequel nous partageons le désir d'accélérer le processus de ralliement des pays de la région aux structures européennes et euro-atlantiques. Les rapports économiques et commerciaux entre la Bulgarie et la Grèce sont extrêmement dynamiques. Elle occupe une des premières places parmi les investisseurs en Bulgarie.
Mon pays soutient et encourage le processus démocratique en Serbie et apportera son concours au pays pour sa complète réintégration au sein de la communauté internationale. Après la chute du régime de Milosevic nous sommes au devant d'une tâche qui consiste à fonder nos relations sur la confiance et la coopération sur les dossiers de la sécurité régionale. La minorité nationale bulgare en Serbie est appelée, dans le contexte du respect de ses droits, à jouer le rôle de lien entre nos deux Etats.

L.L.D. : Sensible à de nombreuses tensions, la géopolitique bulgare est marquée par le rôle de la Turquie et de la Russie. Comment définissez-vous, aujourd'hui, vos relations avec ces deux puissances à vocation régionale ?

S.E.M.M.R. : Avec la Turquie nous partageons nombre de positions et d'initiatives communes, liées à la sécurité dans les Balkans. Nous lui sommes reconnaissants du soutien qu'elle nous apporte dans la perspective du Sommet de l'OTAN à Prague. L'Accord de libre échange ouvre la voie à de nouvelles possibilités devant nos relations économiques et commerciales.
Avec la Fédération de Russie nous développons aujourd'hui nos rapports en tenant compte de notre ferme orientation européenne et euroatlantique, mais également des exigences de l'économie de marché. Je pense que les deux pays attachent la même importance au développement du dialogue politique, et pour notre part, il est d'une importance cruciale de réussir à retrouver nos positions sur le vaste marché russe.

L.L.D. : La sécurité de la centrale nucléaire de Kozlodoui et l'arrêt d'une partie de ses réacteurs constituent l'un des enjeux importants des futures négociations d'adhésion de la Bulgarie à l'UE. Pouvez-vous nous préciser les grandes lignes de la stratégie énergétique de votre pays ?

S.E.M.M.R. : Le cadre de la coopération entre l'Union européenne et la Bulgarie sur le dossier de la centrale nucléaire de Kozlodouï est basé sur le Mémorandum entre la Bulgarie et la Commission européenne, signé le 29 novembre 1999, à la suite duquel a été rendue possible la décision du Conseil européen d'Helsinki au mois de décembre de la même année pour le début des négociations d'adhésion avec la Bulgarie. Le Mémorandum précise que la fermeture des unités 1 et 2 aura lieu avant 2003.
Nous sommes le seul des pays candidats à qui l'on demande de fermer des unités de son secteur énergétique nucléaire, sans lui donner un calendrier fixe pour son adhésion à l'UE. Nous sommes dans l'attente de dates concrètes pour notre adhésion - des dates que les autres pays candidats obtiennent. Nous attendons à être reconnus comme une économie de marché viable.
En février dernier le Gouvernement bulgare a adopté une Conception de Stratégie énergétique, reflétant une vision nouvelle. Elle prévoit que notre système énergétique soit considéré comme faisant partie du marché, et non comme un système fermé. L'objectif principal de la nouvelle stratégie doit être la transformation du secteur en vue de sa plus grande compétitivité. Un des principes de la future stratégie vise à maintenir notre potentiel d'exportation par une croissance de l'efficacité de production.
Nous participons à la Convention pour la sécurité nucléaire et nous respectons strictement nos engagements dans ce cadre. La Convention a été ratifiée par l'Assemblée Nationale et fait partie de notre législation nationale. En accomplissement d'un programme à court terme pour la modernisation des quatre premières unités de la centrale nucléaire de Kozlodouï, 130 millions d'euros ont été investis entre 1991 et 1997. La modernisation des plus petites unités de la centrale les situe parmi les plus sûres en leur genre. Un programme de modernisation d'une telle envergure visant la sécurité nucléaire est rare en Europe.

L.L.D. : Quelles assurances du respect de l'environnement pouvez-vous fournir à vos détracteurs écologistes, alors même que le premier ministre bulgare a annoncé le 6 avril 2002 la construction d'une deuxième centrale nucléaire à Béléné sur le Danube ?

S.E.M.M.R. : On devrait souligner que l'idée de poursuivre et finir la construction de la centrale nucléaire de Béléné n'est pas une solution alternative au problème des unités nucléaires de Kozlodouï, et que les deux problèmes doivent être étudiés et résolus parallèlement. Il est évident que les questions liées à la sécurité et à l'équilibre écologique dans la région, compte tenu de l'expérience avec Kozlodouï, seront examinées d’après les critères internationaux et européens les plus élevés en la matière.

L.L.D. : Alors qu'aujourd'hui le taux d'investissement demeure le plus faible parmi les PECO, de quels atouts la Bulgarie peut-elle se prévaloir pour attirer les capitaux étrangers ? Sur quels principes repose la politique structurelle de réformes engagée depuis cinq ans par la Bulgarie et quels en sont les résultats ? De quel ordre seront les effets de la nouvelle loi sur les privatisations et le contrôle post-privatisation adopté par le Parlement le 21 février dernier ?

S.E.M.M.R. : Au cours des cinq dernières années en Bulgarie ont été crées des conditions et un terrain d'affaires propices pour attirer les investissements étrangers, qui sont traités à pied d'égalité au niveau national. Un soutien institutionnel aux projets d'investissements étrangers a été mis en place. Il n'y a pas d'entraves au rapatriement des bénéfices et des dividendes. Un Conseil monétaire est en vigueur dans le pays, garantissant la stabilité macroéconomique et financière.
Le volume global des investissements directs en Bulgarie pour la période de transition (1992-2001) atteint 4 494 millions USD, dont 1 448 millions USD proviennent de la privatisation (32%). Le restant est constitué par des investissements en projets de développement (dans de nouvelles entreprises) et des investissements dans des entreprises à participation étrangère (3046 millions USD). Le montant des capitaux directs investis en Bulgarie ne satisfait toujours pas les nécessités d'investissements accrues dans le pays.
En même temps, la Bulgarie dispose d'avantages encore plus importants qu'elle présente à tous ceux qui désirent développer une activité économique†: une position géographique stratégique, un milieu macroéconomique stable, prévisible pour les investisseurs à moyen terme, une croissance économique stable, des impôts et une imposition fiscale progressivement régressants, une main d'œuvre hautement qualifiée et une parfaite corrélation entre qualité et prix du travail, une bonne qualité de la production avec un coût bas de production. Et la liste, bien sûr, ne s'arrête pas là.
Grâce aux efforts déployés pour la restructuration et la libéralisation ultérieure de l'économie à travers la privatisation, une partie importante de la propriété d'Etat a été privatisée. Vers le 30.04.2002 ont été privatisés 52,7% des capitaux des entreprises d'Etat, représentant 79,8% des capitaux destinés à la privatisation. La vente des grandes entreprises des principaux secteurs de l'économie (chimie, métallurgie, industrie militaire et de défense, la construction mécanique) a presque entièrement été finalisée. Il reste à privatiser les entreprises qui avaient, jusqu'à une période récente, des positions de monopole dans certains secteurs de l'infrastructure tels que l'énergie, les télécommunications, les chemins de fer.
La privatisation effectuée au cours des dernières années a élargi et consolidé les fondements du secteur privé dans le pays. C'est surtout grâce à ce processus que la part du PIB produit par ce secteur atteint en 1999-2000 environ 70%.

L.L.D. : 5ème partenaire économique de la Bulgarie avec 5% de part de marché, quelles sont vos attentes à l'égard des investisseurs français ? Quelles ont été les retombées en terme de projets bilatéraux des récentes visites ministérielles de part et d'autres des deux pays ?

S.E.M.M.R. : La France n'est malheureusement pas parmi les plus gros investisseurs en Bulgarie, mais les échanges économiques et commerciaux connaissent une progression régulière depuis cinq ans. Elle est le quatrième fournisseur de la Bulgarie avec une part de marché s'élevant à 6,1%. La France occupe la 13ème place en matière d'investissements étrangers qui, selon les données pour 2001, s'élèvent globalement à 124 millions de dollars. Le volume total des échanges franco-bulgares pour la même année est de 729 millions de dollars.
Dans la perspective d'une Europe élargie, la Bulgarie présente beaucoup d'atouts. En cours de finalisation se trouvent actuellement de nouveaux projets d'investissements dans la grande distribution, l'industrie, l'énergie, l'agriculture et le tourisme.
Les plus gros investisseurs français en Bulgarie sont actuellement le groupe Danone, la Société générale, la BNP. D'autres grands noms suivent dans la liste - Ciment Français, Hôtels de Luxe, Consortium France-Irlande, Finmost Infotechnologies, Schneider Electric, Air Liquide,  Mecamidi. Des débouchés importants s'ouvrent dans le domaine de l'agroalimentaire et du secteur bancaire.                                                    

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