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Premier trimestre 2009

La lettre diplometque
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     Editorial
 
  Robert Walter, MP

Renforcer la sécurité et la défense de l’Europe

Par M. Robert Walter, Président de l’Assemblée européenne de sécurité et de défense / Assemblée de l’UEO

Renforcer la sécurité et la défense de l’Europe nécessite avant tout une adhésion des citoyens européens aux opérations lancées ensemble par leurs Etats membres, que ce soit sous la bannière de l’UE ou de l’OTAN. Par ses missions sur le terrain, ses rapports et ses propositions, l’Assemblée européenne de sécurité et de défense, que j’ai l’honneur de présider, contribue à renforcer sécurité et la défense de l’Europe.
Notre logo symbolise bien la nature de notre action : une colombe surplombant un hémicycle, entouré des douze étoiles de l’Europe. L’Assemblée européenne de sécurité et de défense (AESD) est l’unique assemblée interparlementaire réunissant des élus nationaux des vingt-sept Etats membres de l’Union européenne (UE), ainsi que les pays européens membres de l’OTAN et non membres de l’UE, pour examiner les questions liées à la sécurité et à la défense de l’Europe. Au sein de l’Assemblée, les parlementaires nationaux œuvrent ensemble, dans le cadre européen, par le biais de leur contrôle parlementaire, au service de la paix et de la sécurité des citoyens.
Lors de la prochaine session plénière de l’Assemblée, qui se tiendra à Paris en juin 2009, des recommandations seront votées et transmises aux gouvernants européens et au Conseil européen, notamment sur les thèmes suivants :
- la PESD et l’avenir des Balkans occidentaux ;
- la sécurité européenne et le Moyen-Orient ;
- nouvelles perspectives de coopération en matière de politique étrangère et de sécurité entre l’UE et les Etats-Unis ;
- les opérations militaires de l’Union européenne ;
- le rôle de l’Union européenne pour la lutte contre la piraterie ;
- la guerre en Afghanistan : quelle stratégie pour l’Europe ;
- les véhicules blindés européens : les programmes en cours ;
- la surveillance de l’espace ;
- PESD : formation européenne et projet d’« Erasmus » militaire.
Etablie par le Traité de Bruxelles modifié de 1954 et forte de l’expertise acquise au cours de plus de 50 ans d’activités, l’Assemblée soutient avec dynamisme le renforcement de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD). Les rapports de l’Assemblée constituent des documents de référence pour le débat international sur les questions de sécurité et de défense. Les recommandations de l’Assemblée ont souvent été à l’origine des progrès réalisés sur la voie de l’intégration européenne en matière de sécurité et de défense, parmi lesquels on peut citer :
- les missions de Petersberg, approuvées par les ministres réunis près de Bonn en 1992, qui définissent toujours le champ d’application des activités de gestion de crise relevant de la PESD ;
- le Centre satellitaire, à Torrejón près de Madrid, qui confère désormais à l’UE une certaine autonomie en matière d’analyse d’images satellitaires à des fins de renseignement ;
- la coopération en matière d’équipements de défense au niveau européen, notamment la création de l’Agence européenne de défense, qui a absorbé les activités du Groupe armement de l’Europe occidentale (GAEO) et de l’Organisation de l’armement de l’Europe occidentale (OAEO).
Toutes ces réalisations sont le fruit de l’impulsion politique donnée par les parlementaires nationaux qui mènent une réflexion collective au sein de l’Assemblée.
Aujourd’hui, l’Assemblée permet aux parlementaires nationaux de tous les pays membres de l’UE et des membres européens de l’OTAN d’établir un dialogue structuré avec l’exécutif de l’UE et d’interroger la Présidence et les ministres des Etats membres, ainsi que des fonctionnaires et représentants militaires. Etant mieux informés sur les questions de défense européenne, les membres sont mieux à même de passer en revue la politique de sécurité et de défense de leurs propres gouvernements dans le cadre de la PESD.
Depuis les années 90, cette PESD ne cesse de progresser. L’UE a fait la preuve de sa capacité à mener des opérations militaires et civiles, par exemple en Bosnie-Herzégovine, au Congo ou au Tchad, mais aussi à Gaza et en Géorgie. Ces exemples illustrent bien ce que certains appellent la « marque déposée » de l’UE, sa capacité à déployer une large gamme d’instruments allant de la pression économique, politique et diplomatique aux missions d’observation, de police, de maintien de la paix et d’Etat de droit, sans omettre des interventions militaires à haut risque comme celle au Tchad ou au large des côtes somaliennes.
Au niveau opérationnel, la priorité est d’inciter les Européens à se doter de capacités militaires toujours plus modernes, robustes et interopérables. Pour cela, le Conseil de l’UE s’est récemment engagé sur plusieurs grands projets structurants :
- pour augmenter les moyens de projection : la mise en place d’une flotte européenne de transport aérien et la création d’une unité multinationale d’A400M, la modernisation des hélicoptères et l’entraînement de leurs équipages, une coopération aéronavale européenne et la constitution d’une capacité de projection d’une base aérienne, ont été décidées ;
- pour renforcer l’information et le renseignement spatial européen : des accords ont été signés sur le lancement du programme MUSIS de satellite d’observation militaire tout temps et la mise à disposition d’imagerie satellitaire au profit du Centre satellitaire de l’Union européenne ;
- pour accroître la protection des forces et leur efficacité en opérations : des accords ont été signés sur le lancement à l’Agence européenne de Défense d’un nouveau programme de déminage maritime, la conduite du projet de futur drone de surveillance et la préparation de la mise en réseau des systèmes de surveillance maritime existants ;
- pour développer une culture européenne de défense et l’interopérabilité des forces européennes : un système d’échanges de jeunes officiers (Erasmus militaire) entre les grandes écoles militaires européennes sera établi, ainsi qu’une meilleure coordination des moyens militaires pour les opérations d'évacuation des ressortissants.
Pour intensifier la coopération européenne en matière d’équipements de défense, l’Agence européenne de défense (AED) a vocation à jouer un rôle catalyseur de premier plan, en réunissant les Etats membres afin qu’ils exploitent au mieux leurs budgets de recherche (R&T) et d’équipements. L’AED a notamment publié une Vision à long terme et un plan de développement des capacités. Elle étudie constamment les programmes de défense des Etats membres pour cerner les possibilités de coopération sur des besoins similaires apparus au même moment dans leurs cycles de planification respectifs. Les programmes en cours de l’Agence européenne de défense incluent la radio logicielle, un besoin opérationnel urgent pour un programme d’hélicoptères tactiques et la projection de forces.
Alors que le Royaume-Uni et le France représentent 60% des dépenses de défense de l’UE, nous devons obtenir des autres dirigeants européens des engagements politiques de dépenser plus et mieux. C’est alors seulement que nous pourrons obtenir les capacités dont l’UE a besoin en vue de réaliser ses ambitions politiques et de s’acquitter de ses obligations dans le monde entier, pour la sécurité de nos peuples.
Renforcer la sécurité et la défense de l’Europe passe aussi par un renforcement des liens transatlantiques, en coopération avec la nouvelle administration américaine du président Barack Obama.
A l’approche de l’important sommet de l’Alliance atlantique des 3 et 4 avril, je salue les perspectives ouvertes par un changement de posture politique de la France dans l’OTAN. Je partage l’opinion, exprimée à titre personnel par mon prédécesseur Jean-Pierre Masseret (France), Président de l’Assemblée (2005-2008), selon laquelle la France est un allié loyal mais elle n’en tire pas tous les bénéfices, notamment en termes d’influence politique. Elle est encore trop souvent perçue par ses partenaires comme « sceptique » vis-à-vis de l’OTAN. Cette nouvelle approche pourrait permettre de gommer une bonne partie de la tension entre atlantistes et européistes qui a tant pesé sur les débats ces dix dernières années. Depuis les réactions initiales méfiantes de Washington à l’initiative de Saint-Malo, l’attitude des Etats-Unis a aussi évolué. Dix ans plus tard, les Américains perçoivent moins la PESD comme une menace pour l’Alliance et reconnaissent qu’une défense européenne robuste est profitable à l’OTAN et aux Etats-Unis.
Ce « pas en avant » est attendu des 23 autres membres européens de l’Alliance atlantique, plus encore que des partenaires d’outre-Atlantique. Pour effectuer un tel pas en avant, la France pourrait choisir un événement opportun et symbolique, par exemple, le sommet de l’OTAN, à l’occasion du soixantième anniversaire de l’Alliance atlantique, prévu à Strasbourg et Kehl, les 3 et 4 avril 2009.
Ce sommet de l’Alliance sera aussi et surtout l’occasion pour les Alliés d’élaborer un nouveau Concept stratégique de l’Alliance (le dernier date du sommet de Washington en avril 1999), de dialoguer avec la nouvelle administration américaine sur la voie à suivre en Afghanistan, de décider de la nature et de l’intensité des relations que les Alliés entendent poursuivre avec la Russie, ainsi que des perspectives d’élargissement de l’OTAN. Sur toutes ces questions les Alliés européens devront faire entendre leur voix à l’unisson !

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