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Troisième trimestre 2003

La lettre diplometque
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  M. / Mr Francesco Frangialli

Vers une renforcement du rôle de l'Organisation mondiale du Tourisme au sein des Nations unies

Par M. Francesco Frangialli, Secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme

Le système des Nations unies comptera, d’ici au début de l’année 2004, et ce, pour la première fois depuis la transformation, en 1985, de l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI) en une institution spécialisée, un nouveau membre à part entière : l’Organisation mondiale du tourisme (OMT).
Il aura fallu à peine deux ans pour en arriver à cette nouvelle étape dans la vie de l’OMT. En effet, c’est lors de sa quatorzième session en septembre 2001 à Séoul (République de Corée) et Osaka (Japon), que l’Assemblée générale de notre Organisation a souhaité que l’on examine la possibilité de sa transformation en une institution spécialisée des Nations unies. En conséquence, des démarches étaient immédiatement entamées par l’OMT auprès du Secrétaire général des Nations unies, auxquelles le Conseil économique et social des Nations unies (ECOSOC) répondait favorablement en juillet 2002, suivi par l’Assemblée générale des Nations unies elle-même.
Le processus de transformation ainsi engagé devait s’effectuer par le biais d’un accord visant à établir des relations organiques avec l’Organisation des Nations unies. Un tel accord était appelé à se substituer à celui qui a lié les deux institutions depuis 1977.
Au premier semestre de cette année, le projet de nouvel accord, préparé par le Bureau du Conseiller juridique des Nations unies, a été examiné par les comités de négociations qui ont été respectivement constitués par les deux organisations. Après avoir été approuvé en juin 2003 par le Conseil exécutif de l’OMT, il était adopté par l’ECOSOC, le 10 juillet 2003, à Genève, lequel le recommandait à l’Assemblée générale des Nations unies pour approbation.
La transformation ainsi engagée deviendra une réalité au moment de l’entrée en vigueur du nouvel accord entre l’ONU et l’OMT, c’est-à-dire après son approbation finale, d’ici à la fin de 2003, par les Assemblées générales des deux institutions.
Que de chemin parcouru pour en arriver jusque là ! Presque un demi-siècle aura été nécessaire pour parvenir à la création de l’OMT, puis à sa transformation en une institution spécialisée des Nations unies. Dans ce cas spécifique, l’on peut même parler d’une double mutation.
Résultat, en effet, de la transformation d’une organisation internationale à caractère non gouvernemental – l’Union internationale des organismes officiels de tourisme  (UIOOT) – constituée en 1947 et ayant elle-même succédé à l’Union internationale des organismes officiels de propagande touristique (UIOOPT), créée à La Haye en 1934, la propre OMT a vu officiellement le jour en janvier 1975.
Quels furent les motifs à l’origine de la transformation, à l’époque, de l’UIOOT en une organisation intergouvernementale ?
Les années cinquante et soixante avaient vu le tourisme changer de dimension, avec la démocratisation de l’accès aux loisirs et aux vacances, résultant de la croissance du pouvoir d’achat dans les pays développés, de l’accroissement du temps libre et de l’abaissement du coût relatif du transport.
Cette période fut également celle durant laquelle les derniers pays encore colonisés accédèrent à l’indépendance. Ils prenaient la mesure de ce que le tourisme pouvait leur apporter, se dotaient d’une administration nationale spécialisée et rejoignaient l’UIOOT. Les échanges touristiques devenaient réellement partie prenante des relations internationales et du processus de développement économique sur une base qui se mondialisait.
Dès lors, il apparut de plus en plus nécessaire de permettre au tourisme de disposer, au niveau intergouvernemental, d’un outil apte à traiter des questions liées à son développement interne comme à son internationalisation. Il convenait en particulier d’assister les pays en développement dans ce domaine, à l’instar des autres secteurs, tels que la santé, l’agriculture, la science et l’éducation, l’aviation civile, le transport maritime …
Il ne fallut pas longtemps à l’Organisation des Nations unies pour mesurer la portée de ce phénomène. Par sa résolution 2529(XXIV) du 5 décembre 1969, l’Assemblée générale des Nations unies reconnaissait "la contribution vitale que le tourisme international apporte au progrès économique, social, culturel et éducatif de l’humanité et à la sauvegarde de la paix mondiale". Elle appelait l’UIOOT à prendre un caractère intergouvernemental, afin de jouer "un rôle décisif et central dans le domaine du tourisme mondial".
L’UIOOT répondit à cet appel. Son Assemblée générale extraordinaire, convoquée à Mexico, décidait, le 27 septembre 1970, sa transformation en une institution intergouvernementale, adoptant par là-même, les statuts de la future OMT. La mutation s’accomplissait entre 1970 et 1975 et le Secrétariat de notre Organisation se déplaçait de Genève à Madrid. En 1976 et 1977, deux accords intervenaient, le premier qui faisait de la nouvelle OMT une agence d’exécution du Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD), le second qui lui conférait la qualité d’institution apparentée au sein des Nations unies : ce dernier sera, comme déjà indiqué, remplacé par un nouvel accord dans le contexte de la transformation de l’OMT.
Organisation intergouvernementale au sein de laquelle les décisions sont prises par les seuls représentants des États, l’OMT demeurait, comme son prédécesseur, l’UIOOT, et au travers de ses Membres affiliés, ouverte en partenariat aux autres acteurs du tourisme, notamment du secteur privé, se positionnant ainsi comme «un pont entre la société civile, le monde des affaires et les gouvernements», pour reprendre l’expression que le Secrétaire général des Nations unies, M. Kofi Annan, souhaite voir s’appliquer à sa propre institution.
Au fil des années, l’OMT s’est modernisée et le nombre de ses États membres s’est accru de 84 au moment de sa création à 140 aujourd’hui.
Dans le même temps, les liens de coopération de l’OMT avec l’Organisation des Nations unies se sont faits plus étroits, avec les accords successifs donnés aux travaux de notre Organisation en matière de statistiques et de «compte satellite du tourisme», avec la prise en considération par l’Assemblée générale des Nations unies du Code mondial d’éthique du tourisme, avec la proclamation de 2002 comme «Année internationale de l’écotourisme» et enfin, avec l’inscription du tourisme dans l’ordre du jour et le «plan d’action» du Sommet mondial sur le développement durable de Johannesburg. Dans le même esprit, l’OMT a fait sienne, dans son domaine, la Déclaration du Millénaire des Nations unies en lançant un programme d’action visant à contribuer, à travers le tourisme, à la réduction de la pauvreté et la création d’emplois, notamment pour les pays les moins avancés. La conviction de l’OMT est que là où le tourisme avance, la pauvreté recule.
Durant les trois décennies d’existence de l’OMT, le tourisme a poursuivi sa montée en puissance. Il continue de se transformer, sous l’influence des technologies de l’information et de la communication et avec l’apparition de nouvelles catégories d’opérateurs, comme les «agences de voyages virtuelles» ou les compagnies aériennes "à bas coût". L’activité touristique s’est généralisée à toutes les régions du monde avec 715 millions d’arrivées et 480 milliards de dollars de dépenses en 2002.
Même le 11 septembre n’a fait qu’arrêter temporairement sa croissance, et dès lors que le conflit de l’Irak et l’épidémie de SRAS sont, semble-t-il, désormais derrière nous, les indices d’un rebond significatif se manifestent déjà. Au delà des difficultés, de la guerre, du terrorisme, des désastres naturels et des épidémies, les voyages et les loisirs sont devenus un phénomène incontournable de notre temps. C’est, en définitive, ce que nous nous proposons de reconnaître, en transformant l’OMT en une institution spécialisée du système des Nations unies et, de cette façon, en permettant au tourisme d’être considéré à l’égal des autres grandes activités de la société des hommes.
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