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Premier trimestre 2004

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  S.E.M. / H.E. Bernardino Osio

L’Union Latine, 1954-2004 :  50 ans au service de l’identité latine dans le monde

Par S.E.M. Bernardino Osio, Ambassadeur, Secrétaire Général de l'Union Latine


L’Union Latine est une organisation internationale intergouvernementale, dont la création a été décidée à l’issue d’un congrès qui s’était tenu en  1951 à Rio de Janeiro et qui a pris forme au travers d’une convention signée à Madrid en 1954 : celle-ci constitue le document fondateur dont nous célébrons cette année le 50ème anniversaire. Les États qui ont ratifié la convention de Madrid ou qui y ont adhéré postérieurement sont actuellement au nombre de 35, répartis comme une sorte d’archipel en Afrique, en Amérique et en Europe, avec un avant-poste isolé en Asie, la République des Philippines.
Ces États ont une caractéristique commune : ils ont chacun pour langue officielle une langue néo-latine. C’est l’originalité essentielle de notre organisation.
L’Union Latine ne correspond pas en effet à un espace géographique avec lequel elle se confondrait (elle n’a pas de base « géographique », elle n’est pas une organisation « régionale ») ; elle n’a pas une vocation unique ou prépondérante dont elle serait l’expression évidente (elle n’a pas une vocation politique ni économique ni technique comme les problèmes de la faim ou de la santé, ni même une vocation strictement culturelle). Elle se définit essentiellement par une dimension et une continuité temporelle. Trente-cinq États, si différents par leur situation géographique, par leurs problèmes socio-économiques et culturels, et par leur place et leur potentiel au sein de la communauté internationale, ont adhéré à un traité intergouvernemental, qui porte un témoignage implicite et essentiel : il est la reconnaissance d’une part commune qui est au cœur de l’identité inaliénable de chacun des États membres. Ce bien commun, c’est le partage de l’héritage latin, qui s’est perpétué à travers les siècles, et qui est constitué par toutes les valeurs symboliques, et donc fondamentales, qui s’attachent d’une part à l’appartenance à une même famille linguistique et à un même système juridique, et d’autre part au respect des mêmes références spirituelles et culturelles ; un héritage devenu un patrimoine, à la fois immatériel et incarné dans des monuments, des livres, des images (de toutes sortes de technique), des codes…
La responsabilité de l’Union Latine est de maintenir dans toute sa vitalité, ce sentiment d’appartenance et de partage, ou de lui rendre toute sa force. A une heure où l’on parle beaucoup de « diversité culturelle », il suffit à l’Union Latine d’être fidèle à elle même pour jouer son rôle dans ce grand débat.
Pour mener sa politique, l’Union Latine dispose d’une organisation qui met en œuvre des programmes. Les organes qui la composent, sont le Congrès, le Conseil Exécutif et le Secrétariat Général.
Le Congrès qui se réunit tous les deux ans, rassemble tous les États membres de l'organisation. Il vote le budget et les grandes orientations de ses activités. Il accueille les nouveaux États qui adhèrent à l'Union Latine, élit la Présidence et les Vice-présidences du Congrès, ainsi que les États membres du Conseil Exécutif.
Le Conseil Exécutif suit régulièrement les activités de l'Organisation. Il est composé de 12 États membres.
L’Union Latine est dirigée par un Secrétaire Général nommé pour quatre ans par le Congrès. Il est chargé de l’exécution des programmes et des décisions du Congrès et du Conseil Exécutif en matière de budgets et de grandes orientations. Il met en œuvre cette politique avec trois directions de programme. 

PROMOTION ET ENSEIGNEMENT DES LANGUES
Les actions menées par la Direction de la Promotion et de l’Enseignement des langues (DPEL) tentent de valoriser la présence de l’espagnol, du français, de l’italien, du portugais et du roumain au sein des pays membres de l’organisation afin de renouer les liens qui les unissent et qui les mettent aujourd’hui face à un avenir commun dans le processus de mondialisation. La participation des pays latins à des communautés économiques et politiques à grande échelle doit s’accompagner parallèlement d’une évolution sur le plan éducatif qui conduise les citoyens à partager leurs identités linguistiques et culturelles dans un vaste contexte plurilingue. Les activités de la DPEL peuvent être groupées par centres d’intérêt obéissant à une logique qui les rend interdépendantes :
- les études linguistiques et statistiques pour la mise en place de politiques linguistiques auprès des systèmes éducatifs des Etats membres ;
- le soutien aux cours de langues et de formation de professeurs ;
- les concours linguistiques ;
- les dons de matériels pédagogiques ;
- l’organisation de rencontres de jeunes ;
- les colloques sur la parenté des langues néo-latines;
- l’édition de manuels, de vocabulaires spécifiques et des actes des différents colloques ;
- le développement d’un site Internet (en particulier présentation de modules d’intercompréhension des langues néo-latines afin d’inciter les jeunes internautes à découvrir les liens nombreux existant entre ces langues).

TERMINOLOGIE ET INDUSTRIES DE LA LANGUE
La Direction Terminologie et Industries de la Langue (DTIL) a pour mission d’enrichir les terminologies scientifiques et techniques des langues romanes, de contribuer au développement de la coopération en matière d’industries de la langue dans les pays latins et de favoriser une présence accrue des langues romanes dans la Société de l’information (ou mieux définie comme Société de la connaissance). La DTIL est sollicitée par des organismes désirant obtenir un appui matériel, méthodologique ou technique. En outre, elle décèle ou anticipe les besoins et encourage des initiatives dans ses domaines d’action. En dirigeant les réseaux ibéro-américain (RITerm) et panlatin (Realiter) de terminologie et en participant aux Bureaux des associations européenne (AET) et plusieurs autres associations nationales de terminologie, du Réseau international d’aménagement linguistique (Rifal), des Commissions françaises de terminologie et de celle du Mercosur, ainsi qu’à de nombreuses autres structures internationales, elle est devenue le principal interlocuteur en la matière. La DTIL axe son action en la matière sur :
- le soutien aux associations nationales et aux réseaux internationaux ;
- la constitution de banques de données ;
- la réalisation de sites mettant en valeur la vitalité des langues latines dans le secteur de la connaissance;
- la formation et l’échange de spécialistes ;
- la réalisation de colloques, séminaires, expositions, symposiums, études et enquêtes ;
- l’édition et la diffusion de dictionnaires.

CULTURE ET COMMUNICATION
Dans le domaine culturel, les priorités de l’Union Latine sont :
- La valorisation et la diffusion du patrimoine latin (expositions, formations à la conservation des œuvres, cycles de cinéma, co-éditions...).
- Le soutien à la création et aux échanges culturels (prix littéraires et artistiques, rencontres entre créateurs, formation dans le secteur audiovisuel...).
- La promotion et l’approfondissement de l’idée de latinité (colloques, rencontres et publications sur la latinité et les différents aspects des cultures latines...).
Son action qui privilégie les interventions de type multilatéral, se traduit par:
- des concours d’art et des prix à la jeune création ;
- des colloques internationaux ;
- des rencontres d’écrivains et des prix littéraires prestigieux ;
- la promotion de la culture juridique d’origine romaine en liaison avec des universités et l’organisation de séminaires spécialisés ;
- des rétrospectives sur le cinéma latin, des cours de formation audiovisuelle pour spécialistes de cinéma, un soutien aux festivals de cinématographie latine et l’attribution de prix aux films documentaires latins ;
- le développement d’un site Internet (musée virtuel d’art latin, présentation du patrimoine monumental de plusieurs villes d’Amérique latine.)
- la constitution et la donation de bibliothèques d’art du monde latin.
Ces différentes actions sont mises en œuvre grâce aux ressources humaines et aux moyens matériels gérés par la Direction administrative et financière et par le Service du personnel.
Toutes ces actions incarnent un principe fédérateur qui est au cœur de la politique de l’Union Latine : la défense du principe de la diversité culturelle. Par son existence même, l’Union Latine est la démonstration vivante de la pertinence du principe de la diversité culturelle et de la possibilité de le mettre en œuvre. Elle a l’avantage de ne pas parler ni agir en position de force et de se situer au-dessus de tout intérêt ou égoïsme national. C’est enfin la seule institution qui porte une part commune de l’identité des 35 États membres. C’est peu en termes de puissance et de production. C’est peut-être essentiel sur le plan des principes.
Les idées, les projets et les espoirs dont l’Union Latine est porteuse se sont rencontrés à Paris, à l’occasion du colloque scientifique international, qu’elle a organisé du 16 au 19 mars 2004, et qui peut être maintenant considéré comme une synthèse et un symbole de nos réflexions et de nos conditions.
Le propos général de cette réunion était de mieux percevoir, en l’année même du cinquantenaire de la création de l’Union Latine, la signification, l’actualité et le contenu de l’idée de latinité, en relation avec une situation géopolitique dans laquelle les problèmes posés par la mondialisation prennent une importance croissante.
Alliant le sens du concret, la rigueur scientifique et une totale liberté de parole, les communications faites par trente-huit personnalités venues de tous les horizons du domaine latin, ont été articulées en une table ronde inaugurale consacrée à « L’avenir de la latinité », et de six sessions, sous les intitulés respectifs de « L’héritage latin et son actualité », « Histoire et géopolitique de la latinité », « Latinité en contact », « La latinité, le droit, la loi », « Pour une anthropologie de la latinité », et « Les langues néo-latines, instruments de communication internationale ? ».
Les propos croisés des participants ont démontré l’extrême diversité des modalités selon lesquelles les Latins d’Afrique, d’Amérique et d’Europe, vivent la part de latinité dont ils sont tous porteurs ; la permanence et la vitalité de ce facteur inaliénable de leur identité profonde ; la facilité avec laquelle il leur permet de communiquer entre eux ; et la qualité dont il imprègne leur dialogue avec le reste du monde.
Les communications ont confirmé la validité et la modernité d’une latinité qui a toujours fait preuve, à travers l’histoire, d’une remarquable faculté d’accueillir l’Autre, dans le respect de sa différence, à l’intérieur de frontières toujours ouvertes.
La participation très active d’un public nombreux et attentif à ces trois journées d’un niveau intellectuel très exigeant, a prouvé que l’opinion publique est sensible aux interrogations et aux espoirs soulevés par la présence de l’idée de latinité au croisement des grands problèmes à l’ordre du jour des relations internationales.
Le colloque a bénéficié d’une très bonne couverture médiatique, notamment grâce au partenariat avec le quotidien parisien La Croix et la radio France-Culture. Cette couverture a donné à l’initiative prise par l’Union Latine une dimension qui conforte notre organisation et justifie ses options fondamentales.
Le colloque a été conclu par l’adoption d’une déclaration, présentée par le président du Congrès, Monsieur l’Ambassadeur Javier Pérez de Cuellar, et dite « déclaration de Paris de l’Union Latine ».

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