Samedi 25 Mai 2019  
 

N°91 - Troisième trimestre 2010

La lettre diplometque
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     États-Unis d'Amérique
 
  S.E.M. / H.E. Charles RIVKIN

«Une alliance fondamentale avec la France» 

 

Deux ans après l’élection du Président Barack Obama, les États-Unis sont à la recherche d’un nouveau souffle économique, tandis qu’ils ont annoncé un tournant majeur dans leur stratégie aussi bien en Afghanistan qu’en Irak. Au-delà des élections de mi-mandat qui se sont tenues le 2 novembre 2010, S.E.M. Charles Rivkin, Ambassadeur des États-Unis en France, analyse pour nous la dynamique réformatrice lancée par le Président Barack Obama ainsi que les axes de la coopération américano-française.

 

La Lettre Diplomatique : Monsieur l’Ambassadeur, le Président Barack Obama a été élu en 2008 sur un programme qui promettait le changement et l'espoir à de nombreux Américains, dans un contexte économique et géopolitique difficile pour votre pays. Quelle est votre appréciation de ces deux premières années de son mandat ?

S.E.M. Charles Rivkin : Les deux premières années du mandat du Président Barack Obama ont été marquées par des succès exceptionnels, au premier rang desquels la loi sur la relance de l’économie (Recovery Act, également connue sous la désignation de « stimulus économique »), la réforme de l’assurance maladie et celle sur la réglementation des marchés financiers.
La loi de relance de l’économie comprenait des investissements historiques dans les domaines des infrastructures, de l’éducation, de la santé, de la recherche et des technologies vertes, destinés à aider les États-Unis à préparer leur économie au XXIème siècle. La réforme de l’assurance maladie menée à bien par le Président qui, pour la première fois, crée une couverture maladie universelle pour le peuple américain, constitue à elle seule un haut fait qu’en un siècle, aucun président des États-Unis, à commencer par Theodore Roosevelt, n’avait été en mesure d’accomplir.
Ces succès sont d’autant plus impressionnants si l’on considère le contexte dans lequel le Président a pris ses fonctions. À son arrivée à la Maison Blanche, le Président Obama a trouvé le monde plongé dans la crise économique la plus grave qu’il ait connue depuis les années 1930, et les États-Unis empêtrés dans deux guerres. Pour éviter que le pays ne s’enfonce dans une deuxième Grande dépression, le Président a dû agir avec une détermination sans faille. Certaines des mesures d’urgence qu’il a adoptées ont été critiquées ; elles n’en étaient pas moins nécessaires et ont été efficaces. Grâce à son action, l’économie américaine a renoué avec la croissance, et les fondations de son expansion future ont été édifiées.

L.L.D. : Deux ans après la chute de Lehman Brothers, quelle évaluation faites-vous de la situation économique des États-Unis ? Dans le cadre de la présidence française du G8 et du G20, comment définiriez-vous les priorités de Washington ? Comment appréhendez-vous l’appel de la France à réformer le système monétaire international ?

S.E.M.C.R. : Le G20 a joué un rôle essentiel dans la coordination des actions des grandes économies mondiales en réponse à la crise financière, et alors que s’ouvrait une période de reprise. Nous sommes impatients de travailler avec la France durant sa présidence du G20 et du G8.
En ce qui concerne l’économie américaine, l’administration Obama est intervenue rapidement pour répondre à la crise, stabiliser notre système financier et faire adopter des réformes financières sans précédent depuis les années 1930. Nous mettons en œuvre des investissements extrêmement nécessaires dans l’éducation, la recherche, les infrastructures et les technologies propres.
Les États-Unis sont en outre engagés sur la voie d’une consolidation fiscale ambitieuse, conformément à l’engagement pris par le G20 de stabiliser notre dette publique alors que la reprise se confirme. La croissance du marché du travail au mois d’octobre (159 000 nouveaux emplois créés), supérieure aux prévisions des économistes, constitue un signe encourageant.
Après la réunion couronnée de succès des ministres des Finances du G20 en octobre 2010, le Secrétaire au Trésor, M. Tim Geithner, a souligné un certain nombre de priorités des États-Unis concernant le système économique mondial : la réduction du niveau global des déséquilibres extérieurs dans l’économie mondiale ; une coopération plus étroite en matière de politique dans le domaine des taux de change ; et enfin, la reconnaissance d’un rôle accru du Fonds monétaire international (FMI) dans la mise en œuvre de ces engagements.
Les États-Unis accompliront ce qui leur revient de faire pour relancer la croissance mondiale, réduire les déséquilibres économiques et calmer les marchés. Une reprise dynamique, créatrice d’emplois, et génératrice de revenus et de dépenses constitue la contribution la plus importante que les États-Unis puissent apporter à la croissance de l’économie mondiale.

L.L.D. : Les États-Unis et la Chine constituent deux pôles majeurs sur la scène politique et économique mondiale. Comment s’articule le dialogue économique et stratégique lancé entre les deux pays ? Comment souhaiteriez-vous voir évoluer la coopération sino-américaine ?

S.E.M.C.R. : Le Président Obama et l’administration américaine coopèrent étroitement avec la Chine sur un large éventail de questions. Ils continuent à bâtir un partenariat avec cette nation, la plus peuplée de la planète et dont l’économie se classe désormais au deuxième rang mondial.
Au cours de sa visite en Chine, en mai 2010, la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton a expliqué que « le dialogue stratégique et économique entre les États-Unis et la Chine [est] le principal forum pour l’une des relations les plus importantes et les plus complexes du monde ». Elle a fait l’éloge du mécanisme de dialogue qui contribue à surmonter les frictions, à encourager la coopération et à renforcer globalement notre relation avec la Chine, ajoutant que nous continuons à travailler avec la République populaire pour accroître la paix et la stabilité en Asie du Nord-Est et dans le reste du monde.
Dans une perspective similaire à celle de l’objectif déclaré du Président Obama d’envoyer 100 000 Américains en Chine pour y étudier le mandarin, la Chine a rendu public un plan pour l’envoi de 10 000 Chinois aux États-Unis, dans le but d’approfondir les liens personnels entre nos deux pays.

L.L.D. : Traditionnellement considéré comme une puissance médiatrice au Moyen-Orient, votre pays tente de relancer des négociations de paix entre Israël et l’Autorité palestinienne en septembre 2010. Quelle est votre vision du processus de paix au Moyen Orient ? Pensez-vous que le Hamas puisse être impliqué dans les pourparlers, en particulier concernant la création d’un État palestinien ? Quels pourraient être les avantages d’une participation plus importante des pays de la région et de l’UE ?

S.E.M.C.R. :
Le Président Obama s’est engagé personnellement, et a engagé son administration, dans un effort actif pour parvenir à l’objectif d’une solution à deux États. Dès le lendemain de sa prise de fonction, le Président a désigné le Sénateur George Mitchell en qualité d’Envoyé spécial pour la paix au Moyen-Orient. Les États-Unis restent concentrés sur le progrès des négociations vers un accord de paix définitif et continuent à travailler en étroite concertation avec les parties pour créer les conditions nécessaires à la poursuite de négociations directes.
Concernant le Hamas, nous soutenons la Résolution du Conseil de sécurité de l’ONU 1850, selon laquelle une paix durable entre Israéliens et Palestiniens doit être basée sur un engagement ferme de reconnaissance mutuelle, une renonciation de la violence, de l’incitation, et de la terreur, ainsi qu’une solution à deux Etats construits à partir d’accords et d’obligations préalables. La violence ne fera rien avancer, mais retardera l’espoir de voir un jour la paix entre les deux peuples, actuellement poursuivie par le gouvernement légitime du Président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.

L.L.D. : Les États-Unis entreront en mars 2011 dans la huitième année de leur intervention en Irak. Comment analysez-vous la présence américaine en Irak ? Quelles doivent être, selon vous, les principales étapes du transfert de responsabilité aux Irakiens ? Au vu des difficultés rencontrées pour la formation d’un gouvernement irakien après les élections de mars 2010, comment percevez-vous les capacités de l’Irak à surmonter ses divisions religieuses et ethniques pour fonder un véritable État, ancré dans l’état de droit ?

S.E.M.C.R. :
Les Américains qui ont servi en Irak ont fait tomber un régime qui terrorisait son peuple. Grâce à nos soldats et aux civils présents sur le terrain, et à la capacité de résilience du peuple irakien, l’Irak a la possibilité de se donner un nouveau destin, même si de nombreux défis perdurent. A l’été 2010, les troupes américaines se sont retirées des villes et les forces irakiennes en assument désormais le contrôle, avec une grande compétence et un dévouement considérable à l’égard de leurs concitoyens.
Une administration de transition est actuellement en place, alors que les Irakiens constituent un gouvernement sur la base des résultats des élections de mars 2010. Les Irakiens ont fait montre d’un sérieux accru dans les négociations en vue de la formation d'un nouveau gouvernement. Nous invitons les responsables irakiens de tous partis et de toutes factions à poursuivre leurs efforts pour surmonter les différences qui les opposent.

L.L.D. : Confronté au refus de l’Iran de mettre un terme à ses activités d’enrichissement d’uranium, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté, en juin 2010, une nouvelle série de sanctions. Dans quelle mesure ces sanctions sont-elles efficaces ? Quelles sont vos attentes à l’égard des efforts déployés par le Président Barack Obama pour dialoguer avec l’Iran ? Plus globalement, dans quelle mesure l’accord sur le désarmement et la création d’une zone dénucléarisée au Moyen-Orient conclu le 28 mai 2010 vous semble-t-il réalisable ?

S.E.M.C.R. :
En 2009, à Prague, le Président Obama a proposé des mesures destinées à réduire les arsenaux nucléaires existants et à parvenir à la ratification du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires, à la conclusion d’un Traité sur l’interdiction de la production de matière fissile assorti d’un dispositif de contrôle et à la fin de la prolifération des armes nucléaires.
L’Iran peut choisir de prendre la place qui lui revient de droit dans la communauté des nations et d’exercer son droit à une utilisation pacifique de l’énergie nucléaire, ou continuer à refuser ses obligations internationales et à compromettre ses chances d’un avenir positif. Les États-Unis et la France sont unis sur cette question. Avec nos partenaires du groupe des cinq membres permanents plus l’Allemagne, nous avons soumis à l’Iran des propositions de bonne foi destinées à régler cette question par la diplomatie, mais l'Iran les a repoussées.


L.L.D. : Les États-Unis se sont fixés pour objectif le retrait progressif de leurs troupes présentes en Afghanistan à compter de juillet 2011. Dans quelle mesure vous semble-t-il envisageable ? Au regard du mouvement insurrectionnel particulièrement dur auquel fait face la coalition internationale, quelle stratégie est-elle privilégiée pour y faire face ? Comment décririez-vous le rôle du Pakistan dans ce cadre ?

S.E.M.C.R. : Comme le Président l’a clairement indiqué, les États-Unis travaillent en Afghanistan avec des partenaires internationaux pour renverser l’élan acquis par les talibans, assurer la sécurité du peuple afghan et mettre en place un partenariat avec les forces de sécurité afghanes, afin que les Afghans soient en mesure de prendre eux-mêmes en charge leur sécurité dès que possible. Le Président a déclaré que nous commencerions à transférer aux Afghans la responsabilité de leur sécurité en juillet 2011. Le rythme de cette transition dépendra naturellement de la manière dont la situation évolue sur le terrain.
L’aide civile fournie par les États-Unis (par le biais d’experts diplomatiques et du développement présents localement) se poursuivra en Afghanistan et au Pakistan. Le Président Obama considère le conflit afghan dans un contexte régional. Nous avons noué un dialogue avec l'Afghanistan, le Pakistan, leurs voisins ainsi que des partenaires internationaux essentiels, afin de coordonner l’assistance et d’encourager le soutien politique et économique à l’Afghanistan et au Pakistan.

L.L.D. : Près de 10 ans après les attentats du 11 septembre, la menace terroriste demeure constante, en particulier en Europe. Quelle est votre appréciation de l’efficacité de la guerre contre le terrorisme ? Quel regard portez-vous sur l’émergence de nouveaux groupes terroristes, tels que l’organisation qui, au Sahel, se réclame d’Al-Qaïda ?

S.E.M.C.R. :
L’activité terroriste en Europe reste un sujet de préoccupation grave. Les États-Unis et l’Union européenne coopèrent étroitement pour combattre le terrorisme. Les nations européennes participent activement à diverses organisations multilatérales qui contribuent aux efforts destinés à le contrer. Elles continuent parallèlement à renforcer leurs capacités en matière de lutte anti-terroriste en durcissant leur législation, en partageant des renseignements, en démantelant des cellules terroristes et en empêchant le financement et la logistique du terrorisme.
De plus, Al-Qaïda continue à s’efforcer de développer ses capacités opérationnelles en partenariat avec d’autres groupes terroristes, dont certains des plus actifs se trouvent en Afrique. Dans la région faiblement peuplée du Sahel, des agents d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) se sont alliés avec des tribus et des nomades locaux pour enlever des étrangers, ainsi que nous l'avons vu encore récemment, en septembre 2010.

L.L.D. : La première rencontre entre le Président Obama et le Président Medvedev, en avril 2009, a « réinitialisé » la relation américano-russe comme l’illustre la signature du nouveau traité START. Comment votre pays envisage-t-il d’œuvrer à l’amélioration de cette relation ? Comment l’administration américaine accueille-t-elle la participation de la Russie au sommet de l’OTAN ?

S.E.M.C.R. : Ces dernières années, les relations entre l’OTAN et la Russie ont connu une transformation unique. Nous nous sommes engagés dans une coopération concrète dans divers domaines, au nombre desquels l’Afghanistan, le désarmement, le terrorisme, ainsi que la prolifération nucléaire et des missiles balistiques. La Secrétaire d’État Hillary Clinton a récemment appelé à une coopération élargie dans des secteurs tels que la défense anti-missiles, la stratégie et la doctrine militaire, la lutte contre le trafic des stupéfiants et le contrôle des armements conventionnels.
Les États-Unis ont été heureux de la présence du Président Medvedev au sommet de l’OTAN à Lisbonne. Le sommet a été l’occasion, pour toutes les nations participantes, de regarder d'un œil neuf les défis auxquels nous sommes confrontés en termes de sécurité, de réfléchir à ce que notre coopération nous a permis de réussir et d’esquisser les contours de ce que sera notre ligne d’action commune au cours de la décennie à venir.

L.L.D. : Dans le contexte du sommet de l’OTAN de Lisbonne, l’Alliance atlantique adoptera un nouveau concept stratégique. En quels termes décririez-vous les points essentiels de ce concept ? Quels sont, de votre point de vue, les aspects communs, ou complémentaires, de la politique de défense de l'UE et de l'OTAN ? Quels progrès ont-ils été accomplis dans la réforme de l’OTAN ?


S.E.M.C.R. : D’évidence, le recours aux stratégies du passé ne suffit plus, ou n’est plus avisé. L’OTAN et les pays membres de l’organisation doivent se concentrer sur les menaces du XXIème siècle, comme le terrorisme, les missiles balistiques, le cyber-terrorisme et la prolifération des armes nucléaires, biologiques et chimiques. Ils doivent également améliorer leurs capacités d’intégration du militaire et du civil, car les défis qui se posent à nous aujourd’hui en matière de sécurité sont de nature tout autant politique que militaire.
Le projet de Concept stratégique requiert une rationalisation de la structure de l'Alliance, la mise en place d’une articulation entre les systèmes de défense antimissile américain et européen, l’approfondissement de la coopération avec la Russie et l’intensification de la lutte contre le cyber-terrorisme. Il définit un juste équilibre entre désarmement et dissuasion. Il améliorera également les relations entre l’OTAN et la Russie, et renforcera la capacité de l’Alliance à conduire des opérations combinées, à la fois civiles et militaires. Il permettra également d’améliorer considérablement la capacité de l’Alliance à faire face aux menaces propres à ce nouveau siècle.

L.L.D. : La visite du Président Nicolas Sarkozy aux États-Unis en mars 2010 a été l’occasion de mettre en exergue l’importance des relations franco-américaines. Au-delà des liens historiques qui unissent les deux pays, comment qualifieriez-vous l’évolution de la relation transatlantique ? Pourriez-vous évoquer quelques-unes des initiatives que vous avez prises pour renforcer cette relation ?

S.E.M.C.R. :
Aujourd’hui plus que jamais, cette relation spéciale entre alliés est cruciale dans un monde où la France et les États-Unis doivent pouvoir s’appuyer sur une amitié sans faille pour relever les défis qui les attendent. J’ai la certitude qu’aucun problème n’est trop important pour que nous ne puissions le surmonter ensemble.
L’alliance fondamentale entre les États-Unis et la France est au cœur même de l’histoire d’organisations aussi importantes que l’OTAN et les Nations unies. Mais plus important encore, elle est l'histoire des liens d’amitiés tissés entre nos deux pays ; deux peuples, unis dans l’adversité qui, loin de les diviser, les a toujours rapprochés autour des mêmes valeurs.

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